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EAN : 978B08ZBBNLJY
220 pages
Sylca (18/03/2021)
4.41/5   22 notes
Résumé :
Une nuit de juin 1819, à Abisko en Laponie suédoise, une femme habillée de blanc est assassinée par une mystérieuse confrérie lors d'un rituel macabre.
Deux cents ans plus tard, près de Malmö, la jeune Kristina, désœuvrée et solitaire, est retrouvée morte dans un lac, un symbole étrange gravé dans la peau.
L'inspecteur Anders Falk de la brigade criminelle de Simrishamn est chargé de l'affaire. Mais les indices manquent et Sarah, l'amie de sa fille, dis... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
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dannso
  21 avril 2022
Un polar qui se passe en Suède, écrit par Agneta Gerson : Eh bien non, ce n'est pas de la littérature nordique. Première surprise de ce roman: Agneta est française, ne cherchez pas le nom du traducteur.
Un prologue angoissant qui se termine par l'assassinat d'une femme en 1819, le roman se passe lui à l'époque actuelle : deux femmes assassinées, retrouvées noyées dans deux lacs différents de Suède, le ventre scarifié par un symbole mythologique. L'enquête est menée par l'inspecteur Anders Falk, qui se remet mal d'un divorce et d'une addiction à l'alcool, et sa nouvelle collègue Karen, qui cache un mystère : quels sont ces comprimés qu'elle doit prendre régulièrement?
L'attrait principal de ce roman policier pour moi réside dans ses personnages, qui tous se débattent avec leurs difficultés, qui tous ont été cabossés par la vie. L'auteure a le don de les camper en quelques pages, les rendant très vivants rapidement et provocant notre attachement envers eux, en particulier envers son inspecteur que j'espère bien retrouver dans une prochaine enquête.
D'ascendance lapone, il n'a rien du suédois typique. Supérieurement intelligent, il est parfois malhabile dans les rapports humains et craint plus que tout de perdre ceux qu'ils aiment s'il leur avoue son amour. Pas évident d'être mari et père dans ces conditions, et après s'être laissé glisser dans une addiction à l'alcool, il les a perdues. Divorce et injonction d'éloignement, il ne voit plus sa fille à la demande de son ex-femme.
Son métier est ce qui lui reste, mais il a du mal à en suivre les règles et les procédures, ce qui nuira parfois à l'enquête. Une enquête particulièrement difficile à gérer pour lui sur la plan émotionnel, car sa fille en est une victime possible et Hans, celui qui l'a remplacé auprès de sa femme, un suspect potentiel.
L'auteure glisse habilement ça et là des indices, qui conduisent à de fausses pistes et elle réussit à maintenir la tension sur quasiment tout le roman.
Je regrette juste que le dénouement ne soit pas à la hauteur du reste, le comportement du meurtrier reste très étrange et peu expliqué, ses motivations ne sont pas claires pour moi. Je ne veux pas en dire plus, pour ne pas divulgacher, mais cela est certainement pour moi le point faible de ce polar.
Mais c'est une lecture que j'ai cependant appréciée pour les personnages (ils sont nombreux aux cotés de l'inspecteur) et son atmosphère, avec cet aspect crime rituel qui crée l'angoisse de la récidive.
Je remercie l'auteure pour sa confiance.
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Danieldu38
  05 août 2021
Avec La Libellule Noire voici une auteure française qui nous livre un pur polar à la suédoise avec tous les ingrédients du genre !
Au début j'ai craint que l'on nous dépeigne une galerie sans fin de personnages, un peu comme dans l'Anomalie d'Hervé le Tellier, mais non. L'intrigue se noue assez rapidement et se révèle très prenante jusqu'à la fin.
Je ne sais pas dire si un livre est bon ou s'il est mauvais. Je ne vous dirais jamais lisez celui-ci, ne lisez pas celui-là, tellement tout cela est une affaire de goût et de ressentis personnels. Je saurais seulement vous dire si j'ai aimé ou pas… Quoique… là j'ai un petit problème : j'ai adoré lire ce livre, mais je n'ai pas aimé le terminer. Sa fin, que je ne vais évidemment pas vous raconter, m'a pris de court et en quelque sorte ramené sur terre, et du coup m'a conduit à reconsidérer d'un oeil nouveau certains éléments de l'enquête. Voici en texte masqué le fruit de mes réflexions :

Avec un peu de recul, j'ai envie de comparer ce roman à une bicyclette : tant qu'on a de l'élan, tout tient debout et le voyage est agréable. Mais il n'aurait pas fallu freiner si brutalement…
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Khiad
  25 avril 2022
Je voudrais tout d'abord commencer par remercier Agneta Gerson pour m'avoir proposé son livre en SP via le site SimPlement.
Concernant la couverture, j'aime bien les tons de bleu et de noir, ainsi que la composition avec le ponton, la lumière, les nuages et cette libellule à peine perceptible. le petit effet dans la police du titre est sympa aussi.
Concernant la plume, je l'ai trouvée fluide et agréable, mais un peu pavé dans la mise en page : le premier paragraphe du deuxième chapitre fait quand même deux pages et demie ! Heureusement, le tout est aéré par les dialogues par la suite.
J'ai, par ailleurs, beaucoup apprécié le fait que le roman comporte plusieurs points de vue. C'est quelque chose qui, je trouve, donne toujours un coup de fouet au récit.
Anders est un policier suédois aux perceptions émotionnelles plus affutées que la moyenne et qui ne rentre pas toujours dans les clous niveau procédure. Divorcé, il est tombé dans la bouteille (avant même la séparation il me semble). C'est un personnage qui m'a beaucoup plu, bien développé, et que j'ai apprécié suivre tout au long de l'enquête. Il est agréable, a des valeurs, des convictions et n'est pas dénué d'un certain humour.
Son ex-femme Léa, pour le bien de leur fille Kätlin, lui a demandé de ne plus la contacter. Ce qui n'arrange pas ses souffrances ni son addiction à l'alcool. Néanmoins, pour quelqu'un qui avait l'air d'avoir sombré, il s'est apparemment sevré d'un seul coup, puisque l'on ne parle plus, après une sorte de déclic, de ses soirées alcoolisées. Je ne vais pas dire que cela ne fait pas réel, je sais que c'est possible étant donné que je connais quelqu'un qui a fait la même chose. Je suis juste étonnée qu'il ne soit pas mentionné le fait qu'il soit en manque. Quoi qu'entre son enquête et sa fille, il a autre chose à gérer et l'esprit bien occupé, le pauvre...
Parce que oui, sa fille a des soucis : elle est tombée dans la drogue. Au début du livre, elle a donc été internée à l'hôpital, contre son gré, pour un sevrage et un suivi psychologique. Kätlin est une jeune fille abîmée par la vie. Non remise du divorce de ses parents et du fait de ne plus voir son père (sans qu'on lui ait donné de raison), elle ne sait plus vraiment quoi faire pour exprimer son mal-être et se sent abandonnée. Elle est la preuve vivante (enfin dans le livre lol) qu'en voulant protéger son enfant, on peut parfois au contraire le détruire. Je pense que dans certaines situations, au lieu de vouloir contrôler leur vie, on devrait au contraire discuter de certaines choses avec eux. Après tout, cette vie est certes celle qu'on leur a donné, mais c'est surtout et avant tout la leur.
Enfin bref ! Revenons-en à notre histoire !
En parallèle, une enquête est ouverte. Une jeune femme a été assassinée selon des circonstances particulières. Malheureusement pour les policiers, elle piétine dès le départ. Ce n'est pas pour autant que l'on s'ennuie, au contraire. Surtout lorsqu'une seconde jeune femme disparait...
Anders va donc devoir concilier son rôle de père à celui de policier lorsque Kätlin, malgré elle, va se retrouvée mêlée à l'affaire. Il n'est pas toujours facile d'être parent, croyez-moi !
On suit donc ladite enquête, mais aussi l'histoire de famille d'Anders avec Kätlin, Léa et Hans. Mais c'est sans compter le mystérieux Karl, Kamilla la généalogiste, Lucas l'entomologiste passionné et Karen, la nouvelle partenaire d'Anders (qui semble cacher un lourd secret). Tout ce petit monde ramène des points de vue différents (même celui, anonyme, du meurtrier) et de la fraîcheur au roman, étant donné qu'on ne reste pas fixé uniquement sur l'enquête. Peut-être que certains préfèrent. Moi, j'aime bien avoir des perspectives différentes dans un livre et ne pas rester entièrement focus sur la même chose, au risque de me lasser. :p
J'ai aussi beaucoup apprécié parcourir la Suède (que je ne connais qu'au travers de certaines vidéos de pêche) de la pointe sud, jusqu'en Laponie tout au nord. C'est un joli dépaysement, même si j'aurais peut-être aimé un peu plus de descriptions.
L'auteure sème plusieurs pistes, fausses ou non à vous de voir ;-), tout au long de son roman. Elle nous pousse ainsi à réfléchir à l'implication des personnages dans ladite enquête et à essayer de les percevoir différemment.
Je n'ai pas spécialement été surprise par l'identité du meurtrier car j'avais fini par avoir une forte présomption. La chose qui m'a un peu dérangée c'est la fin qui, après une enquête longue (pas dans le mauvais sens) et un étau qui se resserre, se termine assez abruptement. le dernier chapitre se passe deux semaines plus tard et nous résume ce qu'il s'est passé, mais je trouve que ça manque d'explications et le motif du meurtrier un peu "léger" (après, je pense qu'il existe plusieurs formes de folie), tout comme son arrestation...
En résumé, j'ai apprécié ma lecture, avec un bon ressenti sur ce livre, des personnages travaillés et intéressants, une enquête bien construite que l'on suit avec plaisir, un axe secondaire non moins intéressant et une découverte du territoire suédois. La fin m'a paru un poil légère, mais cela n'a pas été non plus un obstacle pour moi. Je vous encourage à le lire pour vous faire votre propre idée sur ce roman français au coeur de la Suède.
Lien : http://booksfeedmemore.eklab..
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Caran
  03 juin 2022
Un policier au sein de l'univers du service-presse, histoire de me changer un peu des thrillers, des fantasy et autres joyeusetés sur lesquelles j'aime me risquer. Et après avoir tourné la dernière page de ce roman, il est clair que j'ai passé un bon moment en sa compagnie. Parfois, l'autrice m'a semblé plus que digne d'intégrer cette lignée d'auteurs de polars scandinaves qu'on ne présente plus comme : Arnaldur Indridason, Jussi Adler-Olsen, etc. Autant dire que ce roman m'a laissé une très bonne impression et j'encourage Agneta Gerson à poursuivre sur cette voie, si elle désire devenir une plume à part entière au sein de ce genre littéraire. Bien sûr, comme pour la plupart de mes lectures, j'ai trouvé deux ou trois points qui m'ont empêché de faire de ce roman, un coup de coeur, mais la note que je vais lui attribuer reste très belle. Sans plus attendre, je passe à la rédaction de mes fameuses listes.
Points négatifs :
- Des répétitions.
- J'ai repéré trois phrases qui étaient mal tournées, surtout à cause d'une mauvaise utilisation des pronoms personnels.
Points positifs :
- La taille aléatoire des chapitres,
- J'ai trouvé un très bon rythme au sein de ce roman, les rebondissements s'enchaînent très bien et surtout, aucun temps mort, ce qui est fortement appréciable.
- La plume de l'autrice est vraiment agréable. le vocabulaire est riche, fluide, les phrases se lisent très facilement les unes après les autres. Bref, un régal.
- Agneta Gerson est très douée lorsqu'il s'agit de dépeindre des personnages. L'un d'entre eux m'est un peu sorti des yeux à cause de son comportement exécrable : la fille d'Anders. Certes, cette dernière a beau être une adolescente mais tout au long du roman, j'ai souhaité bon courage à ses deux parents et je peux comprendre l'attitude de son beau-père. Par contre, j'ai regretté de ne pas en savoir plus sur Karen. D'ailleurs, c'est sûrement celle qui a su retenir pleinement mon attention et j'espère qu'un jour, je serais invité à découvrir son histoire car cette dernière semble avoir un passé lourd et si je suis très bon client dans un domaine, c'est bien celui-ci.
- Enfin, même si l'autrice a tenté de me perdre parmi les suspects, nombreux au sein de ce roman, j'ai su faire mouche en trouvant le tueur avant que l'identité de ce dernier me soit dévoilé. Pourtant, mon coeur hésitait entre quatre personnes mais le comportement du fameux meurtrier m'avait paru suspect dès le départ.
- Au sein de ce roman, nous sommes invités à nous promener en Suède. C'est aussi pour cette raison que je place cette oeuvre dans la continuité des auteurs que j'ai cité en ouverture de cette chronique. Ce pays, je rêve de le découvrir un jour pour vivre un évènement annuel : l'Eurovision. Et puis je perçois toujours la Suède comme un pays froid et comme j'ai ces derniers en favoritisme, forcément, je vais vouloir me faire plaisir.
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Coetseslivres
  14 mai 2022
Mon avis est un peu mitigé.
Objectivement, je n'ai rien à dire. Une enquête qui se tient, qui est même intrigante. Un décor bien posé, des personnages bien présentés, réalistes, à la psychologie étudiée.
Anders Falk, l'inspecteur en charge de l'affaire a 43 ans. Divorcé, une fille de 16 ans qui se drogue, Kätlin, et qui hospitalisée en psychiatrie. Quelque peu déprimé, il boit plus que de raison, mais c'est un excellent flic, avec un grand esprit d'analyse.
Il va faire équipe avec une nouvelle recrue, Karen Björn, une femme qui semble cacher quelque chose. Un rapport avec la cicatrice qu'elle a sur son visage ?
Bien des questions se posent sur la mort de Kristina. Dans quel but a-t-on gravé ce symbole sur son corps ? Ou pourquoi tout semble amener l'inspecteur vers l'hôpital psychiatrique où séjourne sa fille ? Est-elle en danger ?
L'écriture est agréable à lire, on a de jolies descriptions qui plongent dans l'ambiance et le décor. le dénouement est cohérent et plausible.
Subjectivement parlant par contre, il y a des choses que j'ai moins appréciées.
Certes, personnages et décors sont bien posés, mais j'ai trouvé ce passage assez long et par le fait l'intrigue tarde à se mettre en place. On est plus sur la vie privée d'Anders et celle de sa fille que sur l'enquête. le rythme s'accélère à la découverte du cadavre de Kristina. Les choses se mettent en place, finissent par s'imbriquer. Ça devient assez captivant mais un peu trop tard à MON goût.
Un petit mot aussi sur le final (que je vous laisse découvrir !) que j'ai trouvé trop rapide. L'auteure prend le temps dans le dernier chapitre de nous expliquer l'affaire à fond, avec des détails. Mais, entre la fin du chapitre précédent et celui-ci, j'ai eu l'impression d'avoir sauté quelque chose à pieds joints. Il m'a manqué un truc.
Je le répète, tout cela est subjectif et ne concerne que MOI. C'est un livre à découvrir parce que l'histoire est intéressante, c'est juste que la façon de l'écrire ne me correspond pas tout à fait. Vous n'aurez pas le même avis que moi et c'est tant mieux !
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
agnetagersonagnetagerson   18 mars 2021
Abisko, Suède, juin 1819

Empêtrée dans sa robe, la femme tomba dans la boue. Elle jura et se releva rapidement, essuyant son visage avec son bras. Tournant la tête, elle perçut la rumeur de ses poursuivants qui se rapprochaient et regarda ses jambes couvertes de sang. Ce-lui-ci maculait sa longue robe blanche. Elle avait réussi à leur échapper, mais elle se sentait maintenant piégée, fatiguée. Elle déchira violemment le bas de son vêtement et le lança de toutes ses forces en contrebas du chemin, puis partit en sens inverse. Elle espérait brouiller les pistes, mais elle savait que ce ne se-rait pas aussi simple. Les hommes qui l’avaient prise en chasse avaient des chiens avec eux. Essayant de ne pas penser, elle continua à courir avec l’énergie du désespoir. Après une semaine de captivité dans l’ancienne carrière de pierre, où elle n’avait eu pour nourriture qu’un peu de pain et d’eau, censés la purifier en vue du sacrifice, elle avait perdu bon nombre de ses forces. Mais sa volonté était toujours intacte. Elle s’en sortirait et les dénoncerait dans le village. Ils étaient nombreux et in-fluents, mais elle n’était pas la première femme à disparaître dans la région. Dans les veillées, on parlait d’un être malfaisant, mi homme mi bête, qui enlevait et dévorait les jeunes imprudentes, rentrées trop tard chez elles après la traite des brebis ou ayant profité des derniers rayons du soleil pour se promener. On ne les retrouvait jamais. Mais elle savait maintenant. Elle les avait entendus. Elle savait que c’était son don qu’ils convoitaient.
Elle venait d’arriver au pied du grand arbre mort qui se dressait devant la vieille église en pierre. Elle entendait les bourrasques du vent qui faisaient chanter les feuilles des gigantesques bouleaux. Les anémones hépatiques, ces fleurs aux jolis pétales bleutés, avaient commencé à recouvrir les champs. À un autre moment, elle aurait trouvé cela agréable et se serait arrêtée pour se connecter à la nature. Depuis maintenant quelque temps, elle entendait des voix, des sons que personne ne percevait. Cela avait débuté peu après son adolescence et avait rapidement progressé. Sa mère lui avait dit qu’elle était bénie, qu'elle était une héritière de la confrérie des magiciennes. Elle lui avait aussi recommandé de ne pas le dire aux hommes, jaloux du pouvoir de ces femmes. Mais une crise plus forte que les autres lui avait pratiquement fait perdre la raison, alors qu’elle rentrait chez elle un soir. Le pasteur l’avait vue et l’avait recueillie le temps qu’elle se calme. Il lui avait posé des questions et lui avait dit qu’il ne la trahirait pas. Grâce à lui, elle avait réussi à préserver son secret. Elle n’était pas comme les autres et cela lui pesait souvent.
Devant elle, se dressait enfin le portail en fer forgé qui signait son salut. Rassemblant ses dernières forces, elle se jeta dans l’allée jonchée de pierres rondes. La porte de l’église était fermée et elle tambourina aussi fort qu’elle le put, criant à l’aide. Au bout de quelques minutes, la lourde pièce de bois grinça et s’entrouvrit, laissant apparaître le visage familier du pasteur.
— Margeret ? Que faites-vous là ? demanda-t-il avec étonnement.
— Je suis poursuivie, laissez-moi entrer !
— Bien sûr, dit-il en ouvrant la porte rapidement, tout en re-gardant derrière la jeune femme.
Elle pénétra d’un bond dans l'église, passant sous son bras, son esprit en alerte. Quelque chose n’allait pas, mais elle ne comprenait pas encore quoi jusqu’à ce que ses yeux se posent sur le pendentif. Elle se retourna et regarda effarée le pasteur qui avait refermé la porte derrière lui. À son cou, une pièce de bois pendait. Dedans, elle distingua clairement un rond dans lequel une flèche avait été tracée. Le même symbole qu’elle avait vu sur les stèles funéraires de la tombe. Les yeux agrandis par la peur, elle regarda cet homme en qui elle avait toute con-fiance et qui aurait dû représenter la sécurité, sortir de sa robe un couteau à la lame fine et aiguisée. Il la dévisageait avec un mélange indéfinissable de sauvagerie et de compassion, comme celui du chasseur qui s’apprête à tuer l’animal qui lui a tant résisté.

— Je suis désolé Margeret. Cela n’aurait pas dû se passer ainsi. Si vous ne vous étiez pas enfuie, je n’aurais pas eu à faire cela moi-même…
Il avança vers elle, de son pas lourd, le couteau en avant.
— Mais pourquoi ? Pourquoi moi ?
— Vous êtes impure Margeret, vous le savez bien.
— Mais… Ce n’est pas vrai, je vous le jure ! Je suis quelqu’un de bien, je prie tous les jours, vous êtes proche de ma famille, vous me connaissez depuis que je suis enfant !

Le regard du pasteur était calme et déterminé. Elle n’eut pas le temps de se relever qu’il était déjà derrière elle. Elle sentit la pointe froide de la lame appuyer sur sa peau puis entrer entre ses côtes, déchirant sa chair. Sans un bruit, la vie la quitta et son corps s’effondra sur le sol glacé de l’église. Le pasteur Svenson regarda le sang s’écouler lentement sur les carreaux de grès puis prit la jeune femme par les pieds, la traînant sur les tommettes. Sa tête faisait un bruit sourd sur les dalles. Il ne ressentait rien de plus qu’un profond agacement. Ces incapables l’avaient laissée s’échapper. Qui sait ce qu’il se serait passé si elle avait réussi à se réfugier chez quelqu’un d’autre ? Heureusement pour lui, il était la personne la plus influente du village et personne n’irait soupçonner quoi que ce soit le con-cernant. Il connaissait toutes les familles et avait la confiance et le respect des habitants. Avec son sang, il tracerait sur la terre sacrée le symbole qui leur donnerait de nouveau richesse et pouvoir. Ces derniers temps avaient été rudes, entre l’hiver très froid qui avait décimé les bêtes et la sécheresse qui avait réduit à néant les récoltes. La famine menaçait et les paysans se révoltaient contre les nantis et leurs privilèges. Et l'église n’avait pas échappé à leurs revendications. Il fallait faire quelque chose. Il avait alors proposé aux décideurs de la région des sacrifices rituels, pour contrer le mauvais œil qui s’était abattu sur eux. Il les avait convaincus que des sorcières étaient parmi eux, jetant des sorts aux récoltes. Avec une poignée de fidèles des comtés alentours, ils avaient cherché à démasquer ces femmes particulières. Après la première disparition, puis la deuxième, les rumeurs avaient commencé à enfler et à se répandre dans tout le nord du pays. La première femme s'était volatilisée un mois auparavant. Un étranger avait été lynché, puis on avait abattu un loup qui rôdait dans le coin. Perdu dans ses pensées, le pasteur sursauta quand il entendit des bruits de pas rapides dans l’allée. Il regarda autour de lui, mais rien ne permettait de cacher le corps. Il alla s’adosser à la lourde porte en chêne massif, tentant d’identifier les voix. En les reconnaissant, il respira plus facilement et ouvrit la porte. Ils étaient quatre, vêtus d’une sorte de grande bure blanche et verte, portant tous le même médaillon que lui.

— Où est-elle ? demanda l’un d’eux. On a suivi ses traces jusqu’ici.
— Je m’en suis occupé, le sacrifice est presque achevé. Gravez la marque et allez la jeter dans le lac, dit-il en ouvrant plus grand la porte, dévoilant la femme qui gisait au sol.
Sans un mot, deux des hommes vinrent prendre le corps. Le pasteur alla vers le fond de l’église, contourna l’autel et descendit les quelques marches qui menaient à la crypte. Dans la semi-pénombre, il caressa un des piliers et s’agenouilla. Il souleva une dalle, dévoilant un trou qui contenait un vieux livre à la couverture en cuir brun. Il le sortit et l’ouvrit, parcourant les pages avec intérêt. Plusieurs siècles étaient passés depuis que les premiers hommes avaient commencé à écrire sur ce manuscrit. La langue employée au départ était le norrois, parlée par les Vikings. Il tourna les feuilles jusqu’à arriver à la zone où était indiquée l’année 1819. Il se redressa et posa le livre sur un pilier bas, prenant la plume et l’encre qui étaient entreposées avec le parchemin. Avec application, il écrivit en lettres calligraphiées le nom de la femme qu’il venait d’assassiner.
Margeret Johannson. D’un geste sec, il referma le vieux grimoire et caressa la couverture fendue ornée de la flèche. Il avait fait son devoir.

— Par-delà le temps, nous veillons, marmonna-t-il machinalement en replaçant la dalle, scellant les fissures avec de la terre humide.
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LectureChroniqueLectureChronique   15 avril 2022
Elle faisait attention aux petites méduses transparentes en nageant, gloussant de peur par moments quand l'une d'elles la frôlait. Les enfants les lançaient en l'air, déclenchant des rires en cascade. Très peu urticantes, les habitants de la ville avaient appris à vivre avec et ne s'en préoccupaient plus. On repérait ainsi les touristes à leur mine circonspecte devant ces amas gélatineux quand ils observaient la mer depuis les pontons.
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KhiadKhiad   20 avril 2022
Sven Saren le regardait avec de petits yeux inquisiteurs. Anders avait toujours eu un mauvais contact avec Sven et plusieurs fois, il s'était dit qu'il n'était pas net. Il avait remarqué sa façon d'observer les femmes, avec ce mélange de désir et de perversité qui lui étaient propres. Anders soutenait la cause féministe dont Léa avait été une des égéries avant leur mariage et même quand ils s'étaient séparés, il avait continué à aller à certaines de leurs réunions. Il ne supportait pas les hommes qui prenaient les femmes pour des proies, tout juste bonnes à être chassées. Ce genre de prédateur existait dans toutes les professions et la police ne faisait pas exception, même si cela restait heureusement rare.
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KhiadKhiad   20 avril 2022
Kätlin baissa la tête, comprenant parfaitement qu'il valait mieux ne pas insister. Le travail de son père l'avait toujours fascinée et elle se demandait souvent comment il faisait pour résister à la violence qu'il côtoyait au quotidien.
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