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EAN : 9782020063937
248 pages
Éditeur : Seuil (01/11/1982)

Note moyenne : 3.74/5 (sur 192 notes)
Résumé :
Un des derniers soirs de l'été 1936 deux jeunes adolescentes disparaissent sur la grève. Dans le village de Griffin Creek, face à la mer et au vent, chacun sait que cette tragédie vient de loin : de l'histoire d'un peuple soumis aux commandements de Dieu.
C'est à Faulkner sans cesse que l'on pense, un Faulkner boréal, dont le bruit et la fureur se cacheraient sous les mots.
Mathieu Galey, l'Express

Source : Points, Seuil

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Critiques, Analyses et Avis (32) Voir plus Ajouter une critique
Neneve
  29 avril 2017
Lecture quelque peu déroutante et étrange, surtout la première moitié, mais envoûtante... les pages se tournent toutes seules, rythmées par plusieurs voix. Hébert nous amène dans les non-dits, la folie et les secrets d'un village du Québec riverain où deux cousines sont mystérieusement disparues. Des policiers venus de Québec débarquent au village pour élucider le mystère qui plane autour de cette disparition. Ils se rendent compte, de même que le lecteur, combien une atmosphère mystérieuse plane dans les familles concernées. Hébert signe avec sa plume magnifique une grande oeuvre. On sent le vent du large, on entend les vagues qui déferlent, ça embaume l'air salin. Des images très fortes sont provoquées par la plume fluide et majestueuse d'Hébert. A lire, pour peu qu'on s'intéresse à la littérature québécoise.
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pompimpon
  02 janvier 2021
"Stevens debout, inondé de lumière, l'ombre noire de son chapeau sur ses yeux, vient de faire son apparition dans l'encadrement de la porte. À partir de là tout va aller très vite à Griffin Creek. Mon oncle Nicolas, ma tante Irène, Stevens, Perceval, Olivia et moi serons tous emportés par le mouvement de notre propre sang, lâchés dans la campagne, au grand galop de la vie et de la mort."
En 1982, le grand galop de la vie et de la mort a desséché les façades de bois des maisons de Griffin Creek, dont la plupart sont à l'abandon.
Griffin Creek, entre Cap Sec et Cap Sauvagine, où s'étaient installées quatre familles fuyant la révolution américaine, deux siècles plus tôt.
Leurs descendants sont tous cousins, recroquevillés sur leur vie réglée par les contraintes et la peur d'un Dieu tout-puissant dont le pasteur Nicolas Brown tonne les lois du haut de sa chaire.
Il est vieux et seul, hormis les deux jumelles qui s'occupent de sa maison depuis qu'elles ont douze ans. Leur présence légère ne suffit pas à empêcher les souvenirs de l'été 1936 de venir le hanter.
Après lui, quatre personnages prendront successivement la parole, pour raconter ces trois mois d'été précédant la disparition de Nora Atkins et Olivia Atkins, le 31 août 1936, et après aussi.
Anne Hébert sait distiller le malaise goutte à goutte, entre les hommes jeune et vieux qui perdent la tête devant les jeunes filles et celles-ci qui ne semblent pas vraiment comprendre qu'elles sont en danger, ou aimeraient peut-être en jouer, ou les deux.
Elles n'ont de toute façon que le droit d'obéir, et celui de rêver au prince charmant, de se marier et de faire des enfants avec la bénédiction de leurs familles.
En attendant, elles sont surveillées par leurs pères et leurs frères, et Anne Hébert fait bien sentir le poids de ces regards les épiant sans cesse.
C'est d'une belle plume que la romancière québecoise accompagne ses narrateurs, adaptant son style à chacun d'entre eux et nous permettant par là même de ressentir ce qui les agite.
Elle laisse parfois traîner quelque indice, mais la culpabilité de la disparition de Nora et d'Olivia pèse autant sur tout Griffin Creek que sur l'un ou l'autre de ses habitants, jusqu'aux dernières lignes.
J'ai eu un peu de mal à rentrer dans cet ouvrage, longtemps après une première lecture qui m'avait enthousiasmée, à l'époque de sa publication.
Puis je me suis intéressée davantage à ces quelques maisons fouettées par les vents et à leurs habitants, fermés au monde extérieur, emmêlés dans leurs liens familiaux inextricables, bercés, encerclés, malmenés par les éléments.
Et après un bon tiers du livre, j'ai vraiment été emportée par la poésie étrange qui s'en dégage, comme par l'envie de savoir pourquoi-comment, et qui aussi, jusqu'au bout de cette histoire terrible.
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saphoo
  25 novembre 2017
Quel étrange roman, à la fois original dans sa construction, déroutant mais tellement bien écrit.
Une histoire qui se tisse de par les différents personnages laissant des brides d'indice, bien que très vite, on se fait déjà son propre film.
D'un fait grave, l'auteur aurait pu faire un roman noir, classique, mais là, elle nous offre un roman choral, très surprenant, dans un climat de tempête, de vent, des forces de la mer, de la rage des éléments qui ont sans doute rendu fou le meurtrier.
C'est à la fois très beau dans le style et l'originalité, et à la fois très violent, noir et puissant dans les faits.
je dois dire que le début m'a semblé quelque peu étrange mais au fur et à mesure de ma lecture j'ai pu deviner le chemin que l'auteur nous dessine. Et là, j'ai hâte d'y courir au plus vite pour arriver au bout.
Un roman qui marque et qui restera une référence dans le genre.
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Myriam3
  03 novembre 2018
D'une écriture poétique, Anne Hébert fait la chronique de la disparition de deux jeunes filles, Nora et Olivia, dans un petit village côtier du Québec dans les années 30. Plusieurs voix se succèdent, de l'oncle pasteur des deux filles à Stevens, vilain canard du village et de la famille qui peuple presque entièrement le village, de retour cinq ans après son départ précipité.
Anne Hébert étouffe le crime sans doute commis par l'un des membres de la famille dans une nature sauvage omniprésente, et les non-dits tacites partagés par les habitants.
Oui, un crime a été commis, mais le récit se déroule très lentement comme pour laisser à l'événement le temps de s'interroger, aux disparues de revivre une dernière fois.
La fin, à l'évocation puissante, est magnifiquement décrite et le récit dans son entièreté est une belle expérience de lecture.
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Maxie
  25 mars 2017
Quelle écriture, mais en même temps que de noirceur dans ce roman de Anne Hébert ! Nous sommes plongés au coeur d'un petit village en bord de mer, dans une petite communauté chrétienne menée par un pasteur pétri du péché qu'il entend éradiquer, une communauté dont les membres semblent un peu mentalement limités, certains même idiots, sans doute dû au fait que dans cette petite communauté on ne regarde pas vers l'extérieur, on vit entre soi, à la merci des marées, des vents et des pluies. Ces vents et ces pluies qui rendent fous certains jours, eux aussi. Personne ne semble vraiment heureux dans ce village, et c'est pire encore quand deux jeunes filles, des cousines, disparaissent. Qui porte la responsabilité de cette disparition ? Un peu tout le monde sans doute… Anne Hébert, par l'intermédiaire de journaux, de lettres ou de pensées de différents protagonistes, nous guide au coeur de l'obscurité, avec un style d'écriture qui lui est propre, pas toujours facile, mais très prenant.
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Citations et extraits (43) Voir plus Ajouter une citation
CielvariableCielvariable   30 mars 2013
Je me suis mis cela dans la tête, de vivre la tempête jusqu'au bout, le plus profondément possible, au coeur de son épicentre, semblable à un fou que je suis, jouissant de la fureur de la mer et m'y projetant, délivré de toute pesanteur, comme un bouchon de liège. Transi sur mon rocher, dans mes vêtements mouillés, je m'égosille à crier, dans un fracas d'enfer. Personne ne peut m'entendre et le cri rauque qui s'échappe de ma gorge me fait du bien et me délivre d'une excitation difficile à supporter. La mer déchaînée déferle sur la grève, se heurte aux rochers, rejette une nuée de cailloux et de bouts de bois, des débris de toutes sortes. Je retourne me sécher, manger et dormir chez ma cousine Maureen. A chaque apparition j'emprunte un nouveau pantalon, une nouvelle chemise dans la grade-robe du défunt de cette bonne vieille Maureen, et je retourne à mon poste, sur le rocher. Maureen me crie que je suis fou et que je vais attraper mon coup de mort. Rien à faire, il faut que je pleure et que je hurle, dans la tempête, que je sois transpercé jusqu'aux os par la pluie et l'embrun. J'y trouve l'expression de ma vie, de ma violence la plus secrète.
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CielvariableCielvariable   30 mars 2013
Crier en toute impunité sur la grand-place de la nuit, face à la mer. Jamais eu un tel espace et la nuit tout entière pour l'emplir de tout moi dans un cri. Crier avec les autres. Mêlé aux autres. «Nora et Olivia». Crier tout d'abord avec plaisir. La voix poussée à sa limite extrême de voix vivante. Puissance délivrée dans ma gorge et ma poitrine. Le cri qui ricoche contre les rochers. Moi tout entier sorti dans mes cris. Mes cris dépassant mon corps, à travers mon corps, atteignant le monde, les rochers et la mer. Encore un peu et Nora et Olivia ne seront plus prononcés du tout pour moi. J'en viens au hurlement pur, sans mots distincts. Me déchirer la poitrine. Hurler pour tous ceux de Griffin Creek qui sont avec moi, prononcent encore distinctement «Nora Olivia», appellent trop doucement, ont besoin pour exprimer l'épouvante, plus que d'aucune syllabe distincte, du cri informe, profond de la bête qui appelle. Je crois que la lune se couche et va disparaître. Le ciel d'après la lune et d'avant le soleil est triste à mourir. Entre lune et soleil se glisse l'heure sombre, épaisse, gluante, plus poignante que la brunante. Si Nora et Olivia se trouvaient là cachées dans l'aube grise, à dix pieds de nous, on ne les apercevrait même pas. Je crois que je pleure à présent. La gorge brulée d'avoir trop crié. Je guette la première lueur de l'aube sur la mer.
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CielvariableCielvariable   30 mars 2013
Mais il faut que je te parle de la tempête. Une belle grosse tempête de trois jours, comme je les aime. Rivières et ruisseaux débordés, ponts et maisons emportés, arbres cassés, grèves ravagées, quais arrachés. Les journaux ne parlent que de ça. Je garde le souvenir confus d'une sorte d'ivresse s'emparant de moi, peu à peu, à force de contempler la mer démontée, me réduisant au rôle d'un fétu de paille emporté par la fièvre, tandis qu'un espèce de chant se formait dans mes veines en guise d'accompagnement à la fureur des éléments. Je passais presque tout mon temps sur la grève. J'étais fou et libre comme le vent et je soufflais par la bouche, par le nez, un grand souffle vivace et fort semblable au vent. L'ivresse dont je ne parle n'a rien à voir avec la dive bouteille, du moins pas au début.
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Madame_litMadame_lit   06 juin 2016
Regagnons la haute mer. Légère comme une bulle, écume de mer salée, plus rapide que la pensée, plus agile que le songe, je quitte la grève de mon enfance et les mémoires obscures de ma vie ancienne. Pareille à quelque oiseau de mer, mollement balancé entre deux vagues, je regarde l’étendue de l’eau, à perte de vue, se gonfler, se distendre comme le ventre d’une femme sous la poussée de son fruit. Toute une masse profonde et épaisse fermente et travaille par en dessous, tandis que la vague se forme à la surface, un pli à peine, puis une muraille d’eau monte, se lève, atteint son apogée, très haute, puis se cabre, mugit, éclate, se jette sur la grève, s’affaisse en une frange d’écume neigeuse sur le sable gris de Griffin Creek.
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Madame_litMadame_lit   22 novembre 2017
Le fou de Bassan modère soudain sa vitesse, ferme à moitié ses ailes, se laisse tomber, tête première, comme une flèche, à la verticale. Ne ferme ses ailes qu’au moment de toucher l’eau. Faisant gicler dans l’air un nuage d’écume. L’air si souvent contemplé cet oiseau superbe. Le retrouver intact et bien dessiné. Il suffit d’une image trop précise pour que le reste suive, se réveille, recolle ses morceaux, se remette à exister, tout un pays vivant, repêché au fond des eaux obscures. Griffin Creek, remué dans ses eaux natales par une nuée d’oiseaux affamés, remonte à la surface, étale ses grèves, ses herbes marines, ses rochers abrupts là où autrefois grimpaient des escaliers de bois pour la pêche à la baleine.
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