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EAN : 9782757803998
245 pages
Éditeur : Points (27/12/2006)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 120 notes)
Résumé :
Porté à l’écran par le cinéaste Claude Jutra, Kamouraska est considéré à juste titre comme l’un des chefs-d’œuvre de la littérature québécoise.
Dans la vieille ville de Québec, au milieu du XXe siècle, Mme Rolland accompagne son mari dans les derniers moments de sa vie. Et tandis qu’elle guette le souffle ultime de celui avec qui elle a vieilli, “attentive au moindre mouvement de la mort”, lui reviennent en rafales des souvenirs de sa jeunesse tumultueuse, de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
Gabriel_Oak
  08 juillet 2014
Une descente hallucinée dans la conscience d'une femme torturée par l'amour et le ressentiment. Madame d'Aulnières, au chevet de son second époux agonisant, se remémore son passé. La vie dans son village, son premier mariage avec un homme antipathique, grossier et violent, sa rencontre avec l'homme qui deviendra son amant, la catastrophe, la chute, le cauchemar.
Malgré une trame qui peut sembler assez classique, Anne Hébert a su construire un récit dont la forme est surprenante. le lecteur est appelé à reconstituer les lambeaux d'une narration fiévreuse, offerte par bribes, à travers la confusion profonde du personnage. le son de la pluie ou d'un attelage de chevaux, la vue d'une silhouette dans l'ombre, la présence latente de la mort autour d'elle, tout et n'importe quoi sert de déclencheur pour ramener cette femme tourmentée dans le tumulte de son histoire avortée.
L'écriture est incisive, l'émotion passe de la tendresse à la colère, de la passion à la froideur la plus noire. Bien que l'histoire racontée se déroule en 1839, Kamouraska n'est pas un roman historique. Il s'agit plutôt d'un contexte servant le propos et lui donnant sa couleur particulière. le drame qui s'y cache demeure, somme toute, intemporel.
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isanne
  12 décembre 2019
La passion, voilà le mot de ce livre, celle que l'on dit destructrice, irraisonnée, indomptable.
Une femme veille son second mari dans ses derniers instants. La fatigue lui fait baisser les barrières qu'elle a édifiées face à son passé, et les souvenirs reviennent, affluent...
Un mariage très jeune, avec un homme peu sérieux , peu aimant, la vie de couple au bon vouloir de l'époux volage et brutal. La rencontre d'un autre homme, la découverte de sentiments plus doux mais également plus exaltants, impétueux. Et l'envie de ne vivre que pour cet homme, celui qui prend soin d'elle, le seul pour qui elle existe réellement. Un complot pour faire disparaître le mari violent et peu aimant...
Que reste-t-il de cette femme délaissée, adulée et écoutée pour ce que son projet a de réalisable. Et qui est réellement celui qui la quitte , en quittant la vie, alors qu'elle le veille, celui avec lequel elle a vécu le plus d'années ?
Anne Hébert a un style qui lui est propre : davantage que l'histoire elle-même, la façon de raconter les faits, la narration rapide, incisive, scandée vous serre le coeur et vous remplit d'effroi devant les conséquences des gestes des personnages et la détermination du jeune amant.
Anne Hébert me captive par son style, son écriture, la poésie et malgré tout la force qu'elle contient.
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AMR
  17 janvier 2020
Je replonge dans mes notes de lectures et d'études de ce roman québécois publié en 1971, Kamouraska d'Anne Hébert. Je l'ai découvert il y a quelques années et relu récemment.
C'est l'histoire d'une passion amoureuse dans tous ses excès. Madame Rolland se tient au chevet de son époux, en train de mourir. Pendant cette veille, elle repense à sa jeunesse tumultueuse, à son premier mariage avec Antoine de Tassy et à ses amours adultères avec le docteur Nelson… Cela se passe quelque part à l'est du Québec, sur la rive sud du Saint-Laurent.
La base de l'intrigue romanesque est issue d'un fait divers réel : en 1839, Achille Taché, le seigneur de Kamouraska, est assassiné par le Docteur George Holmes. On suspecta l'épouse, Éléonore d'Estimauville, de complicité ; si l'auteure a changé les noms, elle a gardé l'époque, les initiales des prénoms et le lieu emblématique à l'étrange sonorité.
Il s'agit ici de l'éternel triangle amoureux et de toutes une série de triptyques associés…
En parallèle du triangle typique du couple et de l'amant (Antoine/ Elisabeth/ George), il y a un triangle diabolique d'empoisonneurs (Elisabeth/ George/ Aurélie) ; cette dernière est un personnage trouble, qui rêve de prendre la place d'Élisabeth et de lui ressembler.
Les trois tantes sont des personnages secondaires très intéressantes, telles trois vieilles fées… Elisabeth et Antoine ont trois enfants… Il y a trois servantes…
On peut également relever trois couleurs dominantes dans le récit : le blanc de la neige et du givre, le noir porté par le docteur Nelson, toujours décrit comme un être sombre et diabolique, la couleur de ses yeux ou encore la robe de son cheval, le noir du deuil et le rouge très féminin des travaux d'aiguilles ou des vêtements.
J'ai été frappée par la naissance de l'amour entre Elisabeth et Georges sur fonds de rivalité masculine : le mari et l'amant se connaissaient depuis l'école et étaient déjà rivaux, adversaires aux échecs. Pour George, posséder Elisabeth n'est pas très diffèrent de battre Antoine sur un échiquier.
J'avoue avoir un peu buté sur le schéma narratif de ce livre, particulièrement complexe, car les points de vue intérieurs et omniscients se mêlent dans une alternance de première et de troisième personnes dont il faut s'approprier le rythme et le sens. Il n'y a pas de mise en page particulière ou de guillemets pour signaler qui s'exprime et à quel titre.
Puis, cela devient plus fluide quand Elisabeth assume de plus en plus la narration, à mesure qu'elle se replonge dans les souvenirs et qu'elle se laisse emporter par eux. Les deux facettes de son personnage sont même bien différenciées : Mme Rolland désigne l'épouse respectable tandis que le prénom seul indique les souvenirs passionnés. Il ne faut jamais perdre de vue que tout est raconté de son point de vue, à travers sa focalisation, son imaginaire, ses ressentis. Elisabeth vit par la pensée ce que vit son amant : le voyage dans la neige vers l'anse de Kamouraska, le meurtre…
Le présent et le passé se mélangent également dans une temporalité alternée avec souvent des effets d'annonces.
Il m'a fallu plusieurs lectures pour tout comprendre.
Naturellement, j'ai apprécié le dépaysement, la langue et les accents québécois de certains dialogues, trop peu à mon goût d'ailleurs car Anne Hébert a écrit pour un lectorat francophone et a choisi un langage assez neutre, dans un souci de compromis linguistique peut-être. Par contre, la présence de l'anglais est importante dans ce roman, tant dans le langage amoureux que dans le jargon juridique…
Et puis il y a toute une intertextualité en filigrane autour de la Lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne, de Macbeth de Shakespeare, d'Anna Karénine de Tolstoï ou encore de la Princesse de Clèves de Mme de la Fayette… le thème de l'adultère, le côté théâtral de certains passages et les références aux tâches de sang, la succession de scènes du bal qui résument la jeunesse d'Elisabeth sont autant de références à des grandes oeuvres littéraires.
Kamouraska n'est pas un roman facile, loin de là.
Il faut s'accrocher pour en venir à bout, ne jamais perdre de vue qu'il donne à lire une parole féminine complexe et déconcertante, qu'il nous plonge dans la conscience d'une femme en proie à la passion au sens tragique du terme.
https://www.facebook.com/piratedespal/
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AquinER
  22 avril 2013
Elisabeth veille son second mari qui se meurt. Cette veillée lui rappelle la mort de son premier mari qui n'avait rien de naturelle. Dans une série de flashbacks qui se chevauchent, on apprend les circonstances de la mort d'Antoine Tassy, seigneur de Kamouraska : un meurtre passionnel qui taraude à jamais la souffreteuse Elisabeth, éperdue d'un amour adultère. Nous sommes au Québec de 1839. Dehors, la neige. du sang sur la neige.
Le lire à petites doses, le savourer plutôt que le dévorer, voilà la façon d'ingurgiter Kamouraska, un roman à la Jane Austen, mais sans raison (ou presque), que du sentiment, voire de la passion dévorante. Une écriture poétique rythmée par la folie et le délire. Des chapitres courts, des phrases souvent sans verbe. le grand classique d'Anne Hébert prend parfois l'air d'un long poème en prose. Georges Sand et Alfred de Musset auraient probablement aimé.
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nathalie_MarketMarcel
  28 juin 2018
Le premier chapitre nous dit tout. Madame Rolland laisse ses souvenirs aller pendant que son mari, malade, s'éteint doucement. Il s'agit de son second mariage. Elle a été accusée d'avoir tué son premier époux, en complicité avec son amant. L'accusation n'a pas été jusqu'au bout. Elle est libre, innocente, respectable, parfaite. Mais les souvenirs sont bouillants.
Lors d'une longue nuit d'insomnie, elle entreprend de tout se rappeler : son enfance, encadrée par sa mère et trois tantes très pieuses, son mariage avec Antoine Tassy, seigneur de Kamouraska, ivrogne, coureur et aux idées suicidaires, son refuge auprès des femmes de sa famille et sa rencontre avec le sombre et beau docteur Nelson. Et la suite, la terrible suite, le tumulte des sentiments.
Madame Rolland est couchée sur un lit et se souvient. Elle revit aussi les événements du passé, comme des reconstitutions judiciaires, où chaque acte et chaque parole peut influer dans un sens ou dans un autre. Elle entend les dépositions des témoins. Elle se faufile mentalement dans les événements auxquels elle n'a pas assisté. Elle mélange quelquefois ces temporalités, dans une confusion mentale terrible, se raccrochant à des souvenirs précis, des images, des gestes pour conserver une apparence d'honnête femme.
Hébert dresse un portrait du Québec des années 1840, très corsetées, où les femmes ne sont pas laissées seules avec un homme, où elles enchaînent les maternités docilement et où les protestants anglophones ne sont pas très aimés. Il y a aussi ce mystérieux (enfin, mystérieux pour moi, française) « seigneur de Kamouraska » qui évoque un lieu lointain, inaccessible, perdu dans la neige et la glace. En réalité, il y a un manoir, une église et un village, mais ce nom porte un imaginaire de danger et de bout du monde. Il s'agit aussi du portrait d'une femme, écrasée par ses actes, par ses souvenirs, par ses sentiments, contradictoires et puissants.
Ce n'est pas un livre qui se donne aisément. L'entremêlement des années qui exprime si bien la confusion mentale de l'héroïne, broyée par les événements, qui se raccroche à ce qu'elle peut pour ne pas sombrer dans la folie, peut perturber le lecteur. Il convient d'être attentif aux sauts d'une époque à l'autre. Les témoins, les servantes, les tantes, les enfants défilent à la barre, devant la mémoire de la pauvre madame Rolland, se débattant mentalement comme elle peut contre l'accusation.
Un roman très prenant, envoûtant même. Je le relirais certainement, car je suis allée beaucoup trop vite et j'ai dû passer plein de belles choses. En effet, la langue d'Hébert contient de nombreuses trouvailles pour traduire les émotions humaines, les émotions tues, étouffées, cachées, qui se libèrent lors d'accès honteux.
Lien : https://chezmarketmarcel.blo..
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
CielvariableCielvariable   04 juin 2019
On entend un claquement de fouet dans l'air sonore. Il est cinq heure du matin. À l'autre bout de Sorel, un homme relève le col de son manteau d'habitant. Ajuste sa ceinture de laine autour de ses reins. S'installe dans un sleigh américain, monté sur de hauts patins. Il parle à mi-voix. Comme celui qui est seul au monde. Il dit qu'il sait maintenant à quoi il sert. Ceci est une affaire d'homme à régler entre hommes. Le temps des sorcières est révolu. Leurs poisons, leurs charmes et leurs chaudrons de fer sont relégués parmi les berceuses et les langes. Malfaisante Elisabeth, tu l'auras voulu.

Noir sur blanc. Barbe, cheveux, yeux, cœur (ah! surtout le cœur), noir, noir, noir, le cheval et le traîneau. Et la neige blanche, aveuglante, sous tes pas, jusqu'au bout du chemin. De tous les chemins. Là où l'horizon bascule sur le vide. Tuer un homme à la limite de ce vide. Se maintenir en équilibre au bord du gouffre. le temps nécessaire pour ajuster son arme et tirer. Un gallon de sang, environ, pas beaucoup plus, à verser. Tu es médecin et connais ces choses. Ta familiarité avec la naissance et la mort n'a de comparable que celle des très vieilles femmes de campagne. Couseuses éternelles de langes et de linceuls.

Cinq heures du matin. Tu laisses tinter joyeusement les grelots au col de ton cheval. Tout comme si tu les avais toi-même autour du coup, ces clochettes exubérantes. Personne, à part toi, ne pourrait supporter l'incroyable légèreté de ton âme, ce matin.
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Madame_litMadame_lit   27 septembre 2015
L'apaisement qui suit l'amour. Son épuisement. Nous refusons encore d'ouvrir les yeux. Dans un chuchotement d'alcôve nous discutons de la mort d'Antoine. Nous en arrivons là tout naturellement. Nos deux corps à peine reposés après l'amour fou. Tout comme si cet instant paisible, cette trêve ne nous était accordée que pour déboucher sur une frénésie plus violente encore. Tout comme si le meurtre d'Antoine n'était que pour nous que le prolongement suprême de l'amour.
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isallysunisallysun   18 mars 2013
Dehors, l'immensité de la neige, à perte de vue. Cette espèce de vapeur blanche, épaisse, s'élevant des champs, de la route, du fleuve, de partout où le vent peut soulever la neige en rafales. La poudrerie efface les pistes et les routes. La pensée de l'anse de Kamouraska, en vrille dans ma tête. La vibration de cette pensée faisant son chemin dans ma tête. La résistance de mes os.
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CielvariableCielvariable   04 juin 2019
Bientôt je serai libre à nouveau. Redevenir veuve. je voudrais déjà être couverte de crêpe fin et de voiles de qualité. Le noir bon marché ça verdit facilement. Essuyer mes yeux secs, flâner dans une ville inconnue, immense, sans fin, pleine d'hommes. Toutes voiles battantes. Sur la haute mer. La grande ville est comme la mer hautaine et folle. Partir, à la recherche de l'unique douceur de mon coeur. Amour perdu. Toute cette marmaille à porter et à mettre au monde, à élever au sein, à sevrer. Occupation de mes jours et de mes nuits. Cela me tue et me fait vivre tout à la fois. Je suis occupée à plein temps. Onze maternités en vingt-deux ans. Terre aveugle, tant de sang et de lait, de placenta en galettes brisées. Pauvre Elisabeth, prodigue Elisabeth. Mon petit Nicolas, fils unique de l'amour. le sacrifice célébré sur la neige. Dans l'anse de Kamouraska gelée comme un champ sec et poudreux. L'amour meurtrier. L'amour infâme. L'amour funeste. Amour. Amour. Unique vie de ce monde. La folie de l'amour. "Je vous en prie dites-moi l'état de votre santé et celle du pauvre petit enfant". Sa dernière lettre interceptée par les juges.
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AquinERAquinER   15 avril 2013
Votre mari se meurt dans une des chambres du premier, et vous feignez de dormir, étendue sur le lit de l'institutrice de vos enfants. Vous entendez des voix, madame Rolland. Vous jouez à entendre des voix. Vous avez des hallucinations. Avez-vous donc tant besoin de distractions qu'il vous faut aller chercher, au plus creux des ténèbres, les fantômes de votre jeunesse ?
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Vidéo de Anne Hébert
Anne HÉBERT – Biographie : 1916-2000 (DOCUMENTAIRE, 2000) Un documentaire de Jacques Godbout réalisé en l’an 2000.
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