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EAN : 9782290007921
254 pages
J'ai lu (28/02/2008)
3.6/5   31 notes
Résumé :
Paris, 2003. Un homme sent sa solitude troublée par une double invasion : la guerre en Irak qui se profile sur son écran de télévision et les échos d'une présence, inquiétante sur le palier de son studio, un nouveau voisin ?

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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Quel est le point commun entre une guerre annoncée et la loi 48 sur les loyers? le monologue intérieur que nous livre cet homme solitaire, précaire à plus d'un titre : une fiancée évanescente, un ami pragmatique mais qui vit sur une autre planète,la perpétuelle question de sa légitimité, un chez soi en sursis pour cause de réhabilitation et de loyer impayé, le sentiment de son incapacité à conduire son destin.

Les images qui défilent sur les écrans en cet hiver de l'année sont celle d'une propagande ourdie par les USA contre le l'Irak, au prétexte avoué de venger l'humiliation du 11 septembre, mais qui servent d'autres intérêts plus mercantiles dont l'unité est le baril. Envouté par ce feuilleton médiatique, le narrateur est en proie à un autre combat. le 15 mars, date annoncée pour l'offensive guerrière est aussi une date fatidique quand on ne règle pas son loyer... Les promoteurs viendront-ils à bout des fantômes qui hantent les lieux, à commencer ce voisin invisible? le dérisoire d'une vie ordinaire rejoint l'impudeur des corps mutilés exposés sans vergogne sur les millions d'écrans de spectateurs au mieux indifférents . La seule issue est de renoncer à son sentiment de puissance individuelle pour se fondre dans le groupe, au risque de s'y perdre.

Si ratiocination il y a, c'est à un niveau très élaboré de langage que le narrateur se livre. Ce sont les répétitions qui donnent cette illusion de processus mental familier. La langue est autrement riche que celle qu'utilisent nos pensées ordinaires, particulièrement quand elles flirtent avec l'obsession.

Belle réflexion sur l'absurdité du fonctionnement de l'humain, qui, élément insignifiant dans son groupe de pairs, est collectivement coupable des comportements absurdes de la horde, pour peu qu'il ait su s'y faire accepter.



Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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Que la paix soit avec vous de Serge Joncour ( J'ai lu, 254 pages)

Depuis la perte de son emploi, le narrateur végète dans son appartement au troisième étage d'un immeuble vétuste.Il vit de façon spartiate et dans la crainte d'être expulsé,
n'acquittant plus son loyer. En outre, l'immeuble sis dans le quartier prisé du Marais
est convoité par des promoteurs.
La phrase d'ouverture du roman est percutante : « je suis bien la personne au monde avec laquelle je passe le plus de temps ». le narrateur trompe sa solitude scotché à sa télé, qui déverse son flot d'horreurs, ses images anxiogènes.
Son quotidien est ponctué par les journaux télévisés qu'il commente et consigne
dans une sorte de journal couvrant la période de novembre 2002 à avril 2003.
Il nous replonge dans le syndrome du SRAS ( 1), dans les prémices de la guerre en Irak.Il dévoile ses convictions pacifistes : « que la paix soit avec vous », son antiaméricanisme. Il montre comment le matraquage des images en boucle influe sur le spectateur qui ne fait plus la différence entre réalité et fiction. Cette addiction déclenche la psychose générale : « le monde joue à se faire peur ». La guerre omniprésente gangrène l'atmosphère dans tous les foyers. Les mesures antiterroristes sont mises en vigueur. Les manifestations et marches pour la paix se multiplient.

Pour le narrateur qui souffre d'agoraphobie, y participer relève du défi. Il vit presque en misanthrope. Il dévoile l'incident qui l'a coupé de sa famille et renvoyé à sa solitude du fils unique. Sa chambre ne fut-elle pas le premier laboratoire de son isolement ? Il fréquente par nécessité la concierge et la propriétaire. Par elles, il découvre le passé de l'immeuble, l'identité des locataires précédents, mais le mystère de son voisin, Monsieur Grossmann, (qui a échappé à la rafle des juifs, contrairement à sa femme et à leur enfant), demeure. Pourquoi de la lumière, une plante qui change de place, un papier bleu glissé sous la porte qui disparaît ? Qui détient le secret ?
La deuxième énigme qui éveille la curiosité du lecteur, concerne le narrateur taraudé de culpabilité lorsqu'il se réfère à « l'accident » : « Ne pas se dénoncer n'arrange rien ». Son commerce avec l'ami chinois permet à Serge Joncour de mettre en exergue les différences entre la culture chinoise et française. Cet ami « qui veille à sa réintégration », « maîtrise la ville, il a l'avenir, la femme, le monde au bout de ses doigts », le sort et le distrait. Si le narrateur n'a pas réussi à séduire la serveuse chinoise, il a su faire craquer Hannah, une jolie blonde rencontrée Place des Vosges.
Celle-ci se rappelle à lui par texto et lui annonce sa venue. Mais le héros est-il prêt à aimer ? le roman se termine avec la cessation supposée des hostilités, donc l'espoir pour une population qui a vécu l'enfer de la guerre et voudrait croire que «  ce sera la dernière ».
Pour contrebalancer l'atmosphère pesante, assombrie par la guerre, l'auteur déploie
sa dose d'humour «  les guerres, c'est la seule façon de voyager » et distille quelques scènes cocasses. Son combat avec la bestiole qui le terrorise, la recherche de la télécommande égarée, le travelling sur la poubelle qu'il déplace pour dégager la rue,
le bruit dont il ne déteste pas la provenance sont des instants de légèreté dans ce roman aux accents de gravité et de solitude.A l'heure où la presse est envahie de rétrospectives de mai 68, Serge Joncour nous livre une trace documentaire du conflit en Irak. Il dénonce les guerres qui laissent des traces indélébiles ainsi que l'impact néfaste des médias portés à la surenchère. Il anticipe et subodore que dans dix ans les films proposés auront pour trame les événements actuels. Un roman aux résonances plus qu'actuelles, que ce soit la télé réalité ou la « guerre réalité ». L'auteur décrypte le comportement du spectateur victime d'addiction à son petit écran cacochyme, qui « télécommande » sa vie. Il souligne combien les lieux, les murs ont une mémoire.

Le roman se termine par une tendre déclaration amoureuse d' Hannah : «  Toi, je manque »,(le « I miss you ») anglais, touchante par sa maladresse, rappelant Dora ( dans L'écrivain national). Attirance réciproque «  moi aussi », comme une chanson de Gainsbourg. La paix est dans leurs coeurs, l'avenir à eux.
Ces mots échangés marqueraient-ils la fin de la solitude du héros, sauvé de son huis clos oppressant par l'amour ? Hannah va-t-elle réenchanter sa vie ?
Et si toute une vie pouvait se jouer sur une rencontre ?

(1) SRAS : Syndrome respiratoire aigu sévère.
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Serge JONCOUR, Que la paix soit avec vous (Flammarion, 2006)
La paix, cet "anti-héros" de Serge Joncour, l'avait presque trouvée dans le Paris de 2002.
Il est seul sur son palier, dans ce vieux studio sous les toits dans ce vieil immeuble décrépit et chargé d'histoires ou plutôt d'Histoire. Vigile, désormais inapte au travail après un drame, sa vie bascule lorsque soudain la lumière s'allume dans l'appartement soit disant abandonné en face du sien.
Qui est ce voisin, qui était-il ? La vieille Kinsver, voisine du bas va le lui révéler, comme le drame qui s'est produit ce matin de juillet 1942.
La paix, il n'en est plus question dans ce monde qui prépare l'invasion de l'Irak.
Et si c'était la solution ? Et si cette guerre devenait vraiment mondiale et nous entrainait vers le chaos salvateur ?
Pourtant, même pour les solitaires, les rencontres peuvent être belles. Celles que l'on fait en côtoyant ses voisins âgés ou celles qui conduisent à l'amour idéalisé au détour d'une promenade dans le Marais _ véritable appel vers un ailleurs. L'écriture est sublimée et poussée au paroxysme du Romantisme le plus pur notamment à travers cette relation amoureuse fantomatique d'un autre temps avec Hannah _ une lointaine évanescente dont la chevelure blonde ondulante pareille à un long fleuve nous fait nostalgiquement remonter le cours du temps jusqu'à la Source originelle :


"Bagdad c'était la ville aux trois murailles, une oasis qui ne redoutait rien, dans ses ombres Schéhérazade taisait sa beauté, elle masquait son corps dans le noir, de soleil en soleil, on attendait la suite de l'histoire. Des vents de sable enrôlaient les corps dans leurs vestiges, dans les effluves d'un parfum venu de Grenade ou des poussées d'Alhambra..."

Mais la guerre et le chaos sont très proches et peuvent prendre bien des formes, comme celle du promoteur qui rachète l'immeuble et qui entame les travaux juste au dessus du petit studio, mettant en péril l'équilibre de notre héros et de tous ses voisins. Et si du chaos ressortait une lueur d'espoir ? Si cette "invasion" domestique était l'occasion de repartir dans la vie ?

Dans ce roman Serge Joncour renoue avec le héros un peu paumé, en marge de la société mais qui finalement se laisse apprivoiser pour sortir de sa solitude.
Un livre plein d'espoir qui nous démontre que rien n'est définitif et que, même dans le conflit, l'Homme peut trouver une source de renouveau.









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Dans ce court récit, tout est écho et résonance.
Les bombardements de la guerre en Irak et les travaux de rénovation de l'immeuble.
L'ancien locataire juif caché dans la cave et le narrateur qui vit au troisième sans payer son loyer.
Les SMS d'Hannah et la solitude de l'ancien vigile.
Les grosses voitures du riche ami chinois et le risque d'expulsion.
Et en guise de trait d'union, la voisine nonagénaire qui connaît toute l'histoire.
Ce n'est pas le premier roman de Serge Joncour que je lis, et ce n'est pas non plus mon préféré. Trop bref, peut-être, trop citadin. J'aime mieux ses récits retirés du monde.
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Il y a beaucoup de choses que j'ai aimées dans ce bouquin, dont évidemment le style ! C'est un roman de la solitude, celle des âmes perdues, un roman où se croisent quelques fantômes (certains bien vivants, d'autres très très morts !), et où se dessine la fin d'un monde, entre deux guerres, deux effondrements de certitudes.
C'est souvent touchant, ça met même le doigt là où ça fait mal, et malgré le style de Serge Joncour que j'adore, je me suis parfois sentie un peu à distance..
Ça ne sera pas mon roman préféré de l'auteur mais j'ai passé un bon moment, apprécié la prose juste et percutante, et finalement c'est plutôt positif !
(Ceci dit, je crois que je vais relire le machiavélique "U.V" 😊)
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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
Quand l'insomnie me traque aux premières lueurs de l'aube, je soirs comme un homme qui aurait à faire, un homme qui se lèverait tôt. Rue Saint-Antoine, je m'installe sur une chaise en terrasse, commande un café serré que je laisse refroidir, je regarde les matinaux. Tout un monde me passe devant, des gens hypnotisés par l'idée d'un devoir. Les uns filent à scooter vers des postes conquis, les autres partent à pied, les moins audacieux hoquettent leur parcours dans des crédits à quatre roues, tout contents d'enchaîner trois feux verts, il y a ceux qui méritent leur bus après avoir couru, des cyclistes qui risquent leur peau au moindre croisement, des mômes sous les cartables qui vont coloniser le savoir, des petits vieux qui jouent la montre en faisant leurs courses avant tout le monde, des commerçants qui se croient libres le temps d'un express au bar, des postiers décuplés par l'envie d'en finir, je suis perdu au milieu de ça, j'aurais presque le sentiment de gêner, c'est la marée des certitudes qui tiendra le pavé jusqu'à ce soir. Le monde va droit vers son petit miracle d'organisation, c'est le moment où ça semble encore fonctionner, où ça a l'air cohérent. Les errants viendront plus tard, les chômeurs présument de leur désolation dans des salles de bains froides, les SDF commencent à peine de piétiner leur journée.
Quand le monde se remet en route, ça fait un bruit pas possible. Faudrait arriver à parler fort pour participer à ça, mais dans la vie en vrai on ne prend jamais les trains en marche.
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C'est magique le téléphone portable, ça permet de ne même plus se voir, on s'appelle, on se dit qu'on se verra, mais d'abord il faudra qu'on se rappelle pour mettre tout ça au point, alors on se rappelle pour se dire quand, quand on va se voir, mais d'abord on se repassera un coup de fil pour confirmer tout ça, hein, à quelle heure, de quel jour ? Oui c'est ça, de toute façon on se rappelle pour mettre ça au point. Le portable c'est la télépathie sur forfait, la forme la plus extrapolée de présence, même les plus cyniques sont jouables.
La classe vraiment c'est quand le portable sonne tout le temps, ça donne une importance, cette nécessité d'être joignable à tout moment, ça confine à la dignité. Rien n'est plus dévalorisant qu'un portable qui ne sonne pas, moi parfois au café je le mets sur la table, pour être sûr de bien entendre au cas où, et en fait non, je peux parfois me lire le journal entier et me commander trois cafés, sans que ça ait sonné une fois, de la journée il ne sonnera pas.Alors je le regarde, je l'empoigne, je vérifie, voir si ça capte bien, si le réseau est là, au pire je me réécoute un vieux message que j'ai archivé depuis une semaine, une voix d'hôtesse électronique m'annonce que mon message ne sera plus sauvegardé que pour une journée seulement, autant dire que demain ma messagerie sera vierge. C'est pas grave. Je me relaisserai un message, un de ceux que je me fais parfois pour être sûr que mon téléphone marche, rien n'est plus humiliant que de se faire suspendre le forfait, c'est bien là ce qui s'appelle être coupé du monde.
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Le plus émouvant dans le journal de 20 heures, c'est de savoir que tout le monde le regarde en même temps. Tous les soirs je suis de la belle fraternité, j'y participe, un peu en retrait, en spectateur. Le journal télévisé c'est comme les accidents au bord de la route, les gens s'arrêtent pour voir, même pas vraiment par compassion, d'avance ils savent qu'ils n'y peuvent rien. Chaque soir on est là par millions, à voir enfler le spectacle tout en se remplissant soi-même, de bière, de chips ou d'un vrai repas, pour la plupart ils sont à table comme moi, ils avalent à mesure que les sujets passent, ils s'enfoncent comme des pieux dans un désarroi total. Au même moment, tous les regards se portent sur les mêmes images, de la bicoque au fin fond de la Corrèze aux immeubles de la Cité d'Evry, des banlieues pavillonnaires au quartier du Mirail, des cellules de Fleury aux fermettes perdues sur le Causse, tout le monde joue à se faire peur, et c'est fatal, à force de regarder vient le goût de la surenchère, cette nécessité que chaque effet surclasse le précédent.
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Chacun est l'enfant du vocabulaire qui l'a inventé. Dans mes premiers âges, mes parents ne me parlaient pas. La journée ils travaillaient, et le soir ils finissaient tard. Mais ils sont toujours restés. Plus d'une fois j'ai chialé, de peur qu'ils ne rentrent pas, de devenir fils unique à ce point là. Et pourtant, quand on se retrouvait à table, les week-ends surtout, on se taisait, c'était peut-être notre façon de s'aimer. Mon père souvent parlait alsacien, ma mère répondait en français, en général, elle ne répondait pas.
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Je ne serai jamais de ces époques où il y avait un choix définitif à faire, qui demandaient de s'en remettre à des valeur suprêmes, des époques où l'on se révélait héros d'avoir osé parler ou de s'être tu. Toute certitude sur ma bravoure relève de la seule projection. Faut-il en avoir dans le ventre pour aller se battre, ou plus encore en n'y allant pas ? Est-i plus louable de mourir pour une idée plutôt que de vivre tout simplement pour soi ? En m'épargnant ces questions, l'histoire aura fait de moi une ombre perdue dans sa propre paix, en quête de sa propre paix. Un partisan de l'espoir personnel, mais certainement pas un homme en paix.
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