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ISBN : 2809711097
Éditeur : Editions Philippe Picquier (02/10/2015)

Note moyenne : 3.45/5 (sur 11 notes)
Résumé :
Enfant abandonné des hommes, Jeï est né dans les toilettes d’une gare, a grandi dans un foyer pour enfants. Il possède le don de capter, de sentir la souffrance des autres, humains ou animaux. Il a quinze ans quand il se retrouve à partager la vie pitoyable et violente des jeunes fugueurs dans les rues de Séoul, mais bientôt il s’invente un mode de vie personnel, proche de l’ascèse, se nourrissant de riz cru, lisant les livres trouvés parmi les ordures, il gagne le ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
traversay
  09 octobre 2015
L'arrivée au monde de Jeï, le héros de J'entends ta voix, n'est pas banal. A sa naissance, sa mère tente de se débarrasser de lui. Sauvé de justesse, une femme le recueille puis l'abandonne. Il vit un temps dans un foyer avant de s'enfuir, de devenir un gamin des rues se mêlant à des bandes qui pratiquent des jeux pervers. Mais, de plus en plus sensible au monde qui l'entoure, véritable capteur humain de la souffrance et même des objets, il poursuit son existence, avant même d'être adulte, à la tête de gangs de motards qui trouent la nuit de Séoul de leurs pétarades, dans un "excitant" jeu de course-poursuite avec la police ... Kim Young-ha n'est pas non plus un écrivain banal. Reconnaissable à son style froid et fluide, il s'est imposé en Corée par ses histoires singulières où il donne la parole aux marginaux, se refusant à distinguer le bien du mal dans des livres habilement construits qui flirtent avec l'onirisme et le fantastique ou, ici, le mysticisme avec la figure de Jeï, sorte de gourou à moto, qui dicte ses propres règles à ses disciples. Plusieurs narrateurs se succèdent dans J'entends ta voix, déroulant une intrigue faussement linéaire, violente et apaisée à la fois. Déroutante parfois mais captivante comme un thriller. L'auteur, lui-même, vient mettre son grain de sel, laissant entendre que le roman n'est pas qu'une fiction. Au lecteur de se faire sa propre religion. Ce que l'on retient avant tout du livre est la description sans concession et souvent crue d'un pan de la jeunesse coréenne qui se sent exclue d'une société policée en surface mais extrêmement agressive pour ceux qui ne suivent pas les règles. En ce sens, le livre rejoint certains films coréens qui, dans leurs excès mêmes, pointent du doigt le dysfonctionnement social d'un pays qui ne laisse d'autre choix que celui d'une normalité aliénante.
Un grand merci à la Masse critique de Babelio et aux Editions Picquier pour l'envoi de cet excellent roman.
Lien : http://cin-phile-m-----tait-..
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Myrinna
  12 octobre 2015
Auparavant, j’avais déjà repéré cet auteur avec un roman précédent.
L’univers d’ Young-Ha Kim m’intriguait. Aussi, lorsque le titre « J’entends ta voix » fut proposé parmi la liste de l’opération masse critique. J’ai sauté sur l’occasion …Pour revenir au roman proprement dit, « J’entends ta voix » s’adresse à un public averti ou adulte car les thèmes abordés sont tabous et difficiles : délinquance juvénile, la prostitution et viol, etc. Une jeunesse désœuvrée, livrée à elle-même où le héros n’est autre que Jeï. Né dans un endroit insolite (une gare routière), Jeï est un héros vraiment atypique …D’abord, rejeté et ensuite adulé par les foules, Jeï sera le fil conducteur de cette histoire et sera le chef d’un mouvement de révolte contre l’ordre établi. Tour à tour, d’autres personnages parleront de lui en termes élogieux ou le contraire. Jeï ne laisse pas les gens indifférents. J’ai apprécié ma lecture sauf l’avant dernière partie (le policier), le passage des courses poursuites avec les motards traînait en longueur. Contrairement à la fin, je l’ai trouvée trop rapide. Cela ne m’empêchera pas de lire un autre roman de cet auteur car je sais à quoi m’attendre. Pour ceux qui aiment Ryû Murakami, il est fort probable que vous aimeriez les romans d' Young-Ha Kim.
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zofiamiu
  27 octobre 2015
Un peu après mon inscription à Babelio, j'ai eu l'occasion de participer à une Masse Critique et j'ai gagné J'entends ta voix, roman du coréen KIM Young-ha. Je remercie donc Babelio et les éditions Philippe Picquier :-)
Si j'ai choisi J'entends ta voix, c'est pour deux choses : son résumé et sa faible ressemblance avec tout ce que j'ai pu lire jusqu'à présent. Et en effet, ma lecture m'a confirmé que ce roman est vraiment très loin des mes précédentes lectures...
Jeï, enfant abandonné, est né dans les toilettes de la gare de Séoul. Naissance hors du commun pour un héros hors du commun. Recueilli et élevé par Maman-cochon, il va rencontrer Dong-kyu et vivre une enfance inhabituelle pour devenir à 15 ans, un vagabond errant parmi la jeunesse désœuvrée de Corée.
Quand on lit J'entends ta voix, on plonge dans une culture que l'on a peu l'habitude de voir ou de lire, on découvre un milieu populaire, pauvre, où une mère adolescente accouche seule dans les toilettes d'une gare. On suit parallèlement l'enfance de Dong-kyu qui raconte son histoire et celle de Jeï. Le début est immersif, poisseux et dur...
Globalement d'ailleurs ce n'est pas une histoire joyeuses mais l'écriture de l'auteur apporte un certain onirisme à l'ensemble. S'ils m'avaient accepté, j'aurais bien aimé retourner parmi eux. Quand on est triste, on éprouve tantôt une cuisante douleur, tantôt une amertume froide. Ce jour-là j'étais plutôt dans la deuxième disposition. Pourrais-je dire que mon cœur se couvrait de givre ? Alors que je le sentais se glacer, les larmes vinrent. Je montai le volume de mon MP3, et eux descendirent tous à la station suivante. De leurs mains qui formaient les signes, des oiseaux s'échappaient en battant des ailes. - p. 66
J'entends ta voix est un roman qui m'a fait une forte impression, montrant une jeunesse coréenne livrée à elle-même, violente, désabusée où des groupes de filles et de garçons vivent ensemble, s'échangeant les partenaires, perpétrant des viols collectifs ou se prostituant pour ramener un peu d'argent au groupe. Certains passages sont assez durs, l'auteur montre bien à quel point cette jeunesse vit dans une autre réalité.
Le récit est à plusieurs voix, et l'auteur alterne les narrateurs, montrant ainsi plusieurs faces d'une même histoire. Celle-ci se teinte de fantastique car Jeï est une personnalité à part, extrêmement sensible, il est une sorte de capteur à souffrance qui lui fait ressentir la douleur de toutes choses, humains, animaux mais aussi objets. C'est un héros inhabituel, une sorte d'icône, un gourou à moto qui va attirer derrière lui tous les jeunes isolés et abandonnés de Séoul.
Ce roman est finalement très social, les jeunes n'arrivent pas à se situer dans la société coréenne, se sentant rejetés par les adultes. Ces mêmes adultes qui cherchent à tout prix à leur faire payer le prix de cette place à part, on sent une société dysfonctionnelle, une société où il faut tout faire pour que tout le monde rentre dans des cases.
J'entends ta voix est un roman très intense, que je ne regrette pas d'avoir choisi, il m'a permis de découvrir une autre littérature, une autre culture, une autre réalité. J'ai peut-être parfois eu un peu de mal à entrer dans ce monde si différent du mien et à suivre les pérégrinations de Jeï, mais l'écriture de KIM Young-ha m'a totalement emballé !
Pendant toute cette dernière année, je me suis posé et reposé beaucoup de questions. Sans m'en rendre compte, c'est devenu une habitude. Pourquoi je souffre ? Pourquoi est-ce que je prends sur moi la souffrance des autres ? Que veut dire ce destin que Dieu m'a donné ? Pourquoi je suis encore en vie, moi qui aurais dû mourir à la gare routière, qu'est-ce que ça signifie ? Ce genre de questions. Je suis debout à l'aube et après je traîne ici ou là jusque tard dans la nuit. Je me cherche un coin calme pour lire et réfléchir. Et pourtant je n'ai jamais assez de temps à moi. - p. 147
"Ces jeunes existent partout mais personne ne leur tend l'oreille. Comment les transformer en voix ? Comment traduire ces voix de façon que nous puissions les entendre et nous souvenir d'eux longtemps ? Telles sont les questions auxquelles je pense." (4ème de couverture) Personnellement, je me souviendrais longtemps de Jeï, de Dong-kyu, de Mok-ran et des autres...
Lien : http://revoir1printemps.cana..
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ComiteromansPoissy
  16 décembre 2015
Avec ce roman, plongée dans l'univers d'une jeunesse coréenne livrée à elle-même, violente et désabusée, évoluant dans les tréfonds des villes coréennes. le ton est donné dès les premières pages : abandons, délinquance, la prostitution, viols, le décor est planté. Et pourtant, plus qu'un roman social, J'entends ta voix est le récit d'une véritable quête spirituelle. Jeï, bien qu'évoluant dans la misère et à la marge de la société, se distingue par son mode de vie, sa culture atypique, et surtout ses capacités extra-sensorielles qui apportent une touche fantastique à ce roman. Jeï est capable de percevoir la souffrance des hommes et des objets. Charismatique, hyper-empathique il devient le chef d'un mouvement de révolte contre l'ordre établi. Original, l'histoire est racontée par le biais de nombreux personnages ayant croisé sa route : Dong-Kyu, avec qui Jeï a été élevé, sa petite amie Mokran, et bien d'autres. Passé les quelques longueurs du début, j'ai trouvé ce roman passionnant, avec l'impression que le charisme du héros et ses pouvoirs quasi-magiques agissaient aussi sur moi. La fin, très inattendue (et déroutante), fait de Jeï est une sorte de prophète des temps modernes.
Florence (Le Vésinet)
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Atasi
  28 septembre 2015
Jeï n'est pas né sous la bonne étoile mais dans des toilettes d'une gare routière de Séoul. Tour à tour enfant non désiré, bébé volé, enfant abandonné, enfant orphelin pour enfin arriver sur la case enfant des rues à seulement quinze ans.
Dans la rue, il a rejoint d'autres adolescents qui eux ont fui leur famille et leur vie confortable pour s'exercer à des expériences de tous les excès et de tous les dangers dans des logements miteux et avec différents partenaires. Jeï ayant le pouvoir de ressentir profondément les choses - personnes, animaux, objets - même les plus horribles des souffrances préférera mettre fin à cette vie de débauche.
Il s'adonnera alors à une vie simple, presque comme un saddhu, à se nourrir de riz cru, méditer et lire des livres trouvés dans les poubelles. Excellent orateur, il attirera même des foules autour de lui qui se délecteront de ses paroles. Mais là, où Jeï deviendra enfin un leader mais surtout une légende sera lors des rassemblements de motards qui ont lieu en milieu de nuit et qui donnent lieu à des courses folles à travers Séoul.
Un roman au cœur de la jeunesse coréenne, une génération à la recherche d'expériences où n'existe aucune frontière. Un roman intéressant entre mythe et réalité.
Lien : http://atasi.over-blog.com/2..
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
LybertaireLybertaire   04 mai 2016
Ce que décrivait Jeï, c’était exactement ce que j'étais en train de vivre. La seule odeur de la pizza me donnait la nausée. Chaque nuit, épuisé, en m'endormant je me demandais si je ne devais pas rentrer à la maison et retourner en cours. Dans ce cas, j'aurais bénéficié d'une illusoire sécurité pendant deux ans au maximum. Ensuite, avec les mauvaises notes que j'aurais eues, je n'aurais aucune chance d'intégrer une bonne université. Retourner en classe n'avait donc pas de sens. Pour autant, je n'aimais pas la vie que je menais. Les jeunes dans la précarité étaient au même niveau que les immigrés clandestins, ou presque. Ils touchaient le minimum et se faisaient humilier, mais ils ne pouvaient rien dire. La plupart n'avaient même pas conscience d'être traités comme des chiens.
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AtasiAtasi   27 septembre 2015
Moteurs coupés, sans un mot, nous nous oubliâmes les uns les autres. C'est Jeï qui reprit le premier :
" Y a rien.
- A part la mer, qu'est-ce que tu veux qu'il y ait à la mer ?" demanda Mok-ran, habituée à la voir chaque été, en Corée ou à l'étranger. Jeong-keun continua, comme pour se défendre :
"Faut dire que c'est pas encore la saison. Et puis y a plein de trucs dedans, des palourdes et tout."
Jeï avait d'emblée saisi l'étrangeté de son néant. Il était renvoyé au passé où il existait pas encore et projeté dans le futur où il ne serait plus. Il éprouva une sorte d'effroi. La mer lui avait révélé une image tangible du temps cosmique, sans commencement ni fin.
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AtasiAtasi   27 septembre 2015
Mais étrangement, ce fait passé lui donna une sensation d'avenir. Maintenant confondu avec une machine, il avait perdu la mesure du temps. La frontière entre les certitudes du passé et l'inconnu du futur devenait floue, les évènements à venir prenaient l'allure d'expériences vécues, et les souvenirs semblaient des prophéties funestes.
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zofiamiuzofiamiu   27 octobre 2015
Pendant toute cette dernière année, je me suis posé et reposé beaucoup de questions. Sans m'en rendre compte, c'est devenu une habitude. Pourquoi je souffre ? Pourquoi est-ce que je prends sur moi la souffrance des autres ? Que veut dire ce destin que Dieu m'a donné ? Pourquoi je suis encore en vie, moi qui aurais dû mourir à la gare routière, qu'est-ce que ça signifie ? Ce genre de questions. Je suis debout à l'aube et après je traîne ici ou là jusque tard dans la nuit. Je me cherche un coin calme pour lire et réfléchir. Et pourtant je n'ai jamais assez de temps à moi. - p. 147
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zofiamiuzofiamiu   27 octobre 2015
S'ils m'avaient accepté, j'aurais bien aimé retourner parmi eux. Quand on est triste, on éprouve tantôt une cuisante douleur, tantôt une amertume froide. Ce jour-là j'étais plutôt dans la deuxième disposition. Pourrais-je dire que mon cœur se couvrait de givre ? Alors que je le sentais se glacer, les larmes vinrent. Je montai le volume de mon MP3, et eux descendirent tous à la station suivante. De leurs mains qui formaient les signes, des oiseaux s'échappaient en battant des ailes. - p. 66
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