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EAN : 9782267044522
280 pages
Éditeur : Christian Bourgois Editeur (19/08/2021)
3.71/5   84 notes
Résumé :
Nous sommes en France, à la fin des années 1990. Dans une ville de banlieue pavillonnaire, une adolescente regarde passer les trains qui filent vers la capitale. Elle a des projets plein la tête : partir, devenir hôtesse de l'air ou avocate et surtout, plus urgent, s'acheter des vêtements de marque. Mais comment faire quand on n'a pas assez d'argent de poche et que la vie dont on rêvait se révèle être un champ de cactus ? Pour le moment, sa famille vacille et ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
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Christophe_bj
  24 août 2021
Dans la banlieue nord de Paris, entre Sarcelles et Montmorency, une jeune fille parfois appelée Tennessy, passe une adolescence troublée entre ses parents qui divorcent, sa mère déprimée, sa grande soeur qui quitte la maison pour l'Espagne à à peine dix-huit ans, et ses deux frères plus jeunes dont l'un a un handicap mental. Pour pouvoir se payer des marques, la jeune fille ne va pas hésiter à se prostituer, tout en rêvant à l'amour. ● Ce roman fait parler de lui et il est vrai qu'il a un ton, que son autrice possède une voix. ● On se laisse facilement embarquer dans la vie chaotique de la jeune narratrice, qui restitue bien les émotions et les complexes de l'adolescence, passant souvent du coq à l'âne sans toujours faire attention au lecteur, ce qui n'est pas gênant car on rattrape toujours le fil. ● Mais malheureusement, comme souvent quand on est en présence d'une forte empreinte stylistique, c'est du côté de l'intrigue que le roman pêche. Car celle-ci est plus que maigrelette, quasi-inexistante à vrai dire. On est plus dans la chronique du quotidien que dans le roman. ● C'est dommage, s'il y avait eu une vraie intrigue charpentée, une tension narrative, alors le livre aurait été une magnifique réussite. En l'état, il n'en est qu'une demie. Attendons le deuxième roman de Salomé Kiner.
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Kittiwake
  17 septembre 2021
Elle a quatorze ans, une mère dont la dépression ne s'arrange pas lorsque le père les quitte, une soeur rebelle, deux frères, l'un obsédé par la guerre et l'autre handicapé.
Mais ce qui lui pèse le plus, ce sont les habitudes de consommation de la mère, qui refuse de tomber dans les pièges grossiers posés sur sa route dans les rayons des magasins (et en 1990, c'est moins tendance qu'en 2020, et carrément craignos de s'exhiber avec des sous-marques, qu'elles concernent des vêtements ou des compotes).
Comment réaliser ses rêves de Reebock, ou de sac Vialhero ? C'est Nelly, une fille du collège qui lui propose de se faire de l'argent de poche facile : elle intègre le réseau Magritte…
L'histoire met mal à l'aise, les mots sont crus, émis par une gamine de quatorze ans pour décrire ce qu'elle vit au quotidien auprès des « zguègues » qui la reçoivent dans leur voiture le temps d'une gâterie ! Et la désinvolture apparente de l'adolescente est édifiante. Et pourtant il y a derrière le récit explicite, un art de manier l'humour qui détend un peu l'atmosphère glauque du roman.
Cependant, même si elles ont un sens dans l'histoire, les scènes de sexe sont un peu trop insistantes, et il existe une certaine complaisance à en rajouter.
Avis mitigé donc pour ce roman qui a malgré tout de dénoncer la prostitution adolescente.

Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Bazart
  17 août 2021
La narratrice de Grande couronne est une adolescente de la fin des années 1990. Elle regarde passer les RER en partance pour Paris pour oublier que sa famille se disloque.
Pour gagner de l'argent de poche, elle va rejoindre avec ses amies une organisation clandestine au collège, les « Magritte ».

Pour la rentrée littéraire, les éditions Christian Bourgois publient l'excellent premier roman de Salomé Kiner, Grande Couronne.
Pour la petite histoire, il faut savoir que Salomé Kiner, journaliste qui travaille pour des médias suisses, a fait parvenir directement par courrier son premier manuscrit à l'éditeur qui s'est empressé d'accepter de l'éditer
Grande couronne donne voix à une adolescente des années 1990, prête à tout pour s'extraire de sa vie banlieusarde terne, entre des parents qui se séparent et une envie de s'offrir des biens matériels difficiles à acquérir légalement
Cette gamine de 14 ans d'une cite pavillonnaire aussi attachante qu'agaçante est en révolte contre la terre entière et fantasme sa vie à coups de marques et de choses futiles mais qui ne semblent pas l'être pour elle
Ce roman d'apprentissage ne pourra que séduire les nostalgiques des années 1990, dans cette peinture sans fard d'une adolescence à vif, et d'une classe sociale en marge qui fait parfois penser à du Virginie Despentes
Notre héroïne est animée d'une une énergie sans pareille et un humour qui fait mouche et entre découverte de la sexualité et apprentissage .
Dans ce récit brutal d'une jeune femme qui considère l'amoralité comme une manière d'être et même un véritable mode de survie, on est frappés par le
sens de la formule, l'acuité du regard sur les gens et les choses de Salomé Kiner.
Belle surprise de cette rentrée littéraire, Grande Couronne brille par cette plume trempée dans l'acide qui bouscule et bouleverse en même temps !
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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alexb27
  13 octobre 2021
Il y a un petit air de « leurs enfants après eux » de Nicolas Mathieu dans ce premier roman (l'adolescence, les années 90, un certain ennui) mais la plume, acérée, virevoltante est bien celle de Salomé Kiner. Une plume qui claque pour dénoncer l'appât des marques chez les jeunes (jusqu'à y laisser leur innocence) et la vie dans les grands ensembles péri urbains, entre rêves, espoirs et désenchantement.
La plume se fait plus tendre pour raconter Tennessy, sa famille (en pleine décrépitude) et ses copines délurées. Elle devient explicite pour relater les premières expériences (et premières désillusions) de la jeune collégienne, qui finit par tracer sa route, non sans humour (heureusement !). le sujet du livre reste terrifiant (difficile de ne pas se projeter quand on a une ado à la maison).
C'est cru, difficile, ça choque, agace, bouleverse…
Soit tous les marqueurs d'un roman qui ne s'oublie pas (décidément je ne fais que des bonnes pioches dans mes lectures de premier roman 😉).
Une autrice à suivre…
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babel95
  07 octobre 2021
Rien de plus banal que la vie de Tennessy, ado des années 1990, coincée dans un pavillon de la Grande Couronne dans une famille modeste de quatre enfants. Plus que tout, Tennessy aimerait vivre comme ses camarades de classe, consommer, et plus particulièrement acheter toutes sortes de produits, pourvu que ce soient des marques, vêtements, produits de beauté, alimentation... Tennessy ne veut plus de la vie "marque repère" de ses parents. Et pour cela, elle choisit de faire ce que certaines de ses copines de classe ont fait avant elle pour s'en sortir.
Bien sûr, Tennessy ne s'appelle pas Tennessy. Tennessy, en quelque sorte son "nom de scène" celui qu'elle utilise lors des rencontres avec ses clients - celui que lui a donné le réseau "Magritte", un réseau de prostitution de mineurs.
Peut-on dire que Grande Couronne est un roman misérabiliste sur la condition d'une jeune fille des années 1990 ?
Grande Couronne est un roman qui aborde des sujets sensibles, qui nous donne à voir une réalité glauque que nous ne connaissons pas forcément.
Cet aspect dérangeant de Grande Couronne n'est qu'une facette d'un roman original.
Je retiens la description d'une adolescente qui doit faire face, avec ses moyens, à un monde des adultes qui la perturbe. Elève brillante au collège, sa famille implose lorsque le père part brusquement, laissant la mère s'occuper seule de la famille, un petit garçon handicapé et de trois adolescents. Tennessy gère la crise, de la même façon qu'elle gère son agenda scolaire, son agenda "professionnel". Elle s'organise, elle essaie tant bien que mal de se construire, avec des repères traditionnels qu'elle "bricole" à sa façon. Elle s'en sort en mettant une grande distance avec son activité "professionnelle" - elle reste avant tout une adolescente avec des rêves de son âge.

J'ai beaucoup aimé ce premier roman de Salomé Kiner, sa manière de mettre en scène une adolescente, sa vision réaliste qui n'est pourtant pas dénuée d'humour. Selon moi, le roman est particulièrement bien écrit, la voix de Tennessy m'a beaucoup plu et résonne encore, lorsque la dernière page se tourne.

Afin de compléter la lecture et d'aller un peu plus loin dans la réflexion, j'ai aimé visionner plusieurs interviews de Salomé Kiner (liens sur Babelio) pour mieux connaître l'autrice et ses aspirations.
Un roman réaliste, qui ne peut pas laisser indifférent, qui ouvre de nombreuses pistes de réflexion, sur la période de l'adolescence, et sur notre monde et ce qu'il a à offrir.

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critiques presse (2)
LeMonde   20 septembre 2021
Un premier roman fonceur et culotté.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LaLibreBelgique   20 août 2021
Salomé Kiner signe avec "Grande couronne" un roman initiatique énergique et teinté d’humour.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
babel95babel95   07 octobre 2021
- La date de péremption c'est une arnaque du marketing, disait ma mère en fourrant son poison au fond de nos cartables.
Arnaque ou pas, je mangeais mon goûter cachée dans les toilettes. Pendant que mes camarades rouaient la porte à coup de poings, je m'empiffrais, les poches pleines de fruits secs, de biscuits au sésame, de Balisto dans les bons jours. C'était pas les goûters de ma mère qui me posaient problème. Il y en a même que j'aimais bien. Mon problème, c'était les autres. Ca a toujours été les autres. Leurs yeux cireux de poissons morts sur vos moeurs particulières, la vénération des vies droites et la religion cathodique. Leurs pères, premiers sur les courts de tennis, leurs mères, toutes assistantes de direction. Leurs virées à Auchan, les allées de gravier brossé, le papier peint relief, les casseroles en cuivre assorties, les doubles bols olives-noyaux. Et la moquette dans les chambres à coucher. Chez moi, j'avais du lino gris chiné. C'est plus facile à nettoyer, disait ma mère. Tu m'étonnes : même quand c'est propre, c'est sale.
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babel95babel95   07 octobre 2021
J'attendais qu'elle aille aux toilettes pour me ruer dans le salon. Je ramassais les mouchoirs sales, les tasses ébréchées, le pilulier, la couverture Air France, je poussais les cendres dans l'âtre, retapais les oreillers et ouvrais les rideaux pour faire entrer le soleil : en octobre les premières feuilles tombent des arbres en tournoyant comme des hélices mais l'air est tiède et lumineux. Elle fermait tout en revenant. Quelque part, je crois qu'elle voulait disparaître, qu'elle ne voulait plus être mère, ni être humain. Cette existence ne l'intéressait plus.
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VincentGloecklerVincentGloeckler   16 août 2021
Ma mère devait préparer le dîner, je l'ai suivie à la cuisine. je lui ai récité les grands principes de la démocratie, elle avait l'air d'accord et satisfaite, j'ai saisi l'occasion pour lui faire part de mes projets professionnels, le tailleur Air France et les talons carrés. Elle est restée bouche bée, sa patate à la main, l'économe en suspens. Elle portait le même jean tous les jours : elle l'avait en trois exemplaires plus ou moins délavée selon leur ancienneté. un mouton de poussière s'était pris dans sa frange. ses racines grises pointaient sous la coloration que ma soeur lui posait à genoux dans la baignoire. Elle m'a toisée.
- Tu vas vraiment te choisir un métier en fonction d'une tenue ?
j'ai dit Bah oui, et je n'y voyais pas d'inconvénient. Elle n'a pas eu la force de me répondre. Je l'ai vu à ce mouvement de tête qu'elle a quand elle choisit de regarder au loin, de fixer un ailleurs imaginaire où elle n'est pas mère de famille nombreuse accablée par le poids des enfants. Elle a fini sa pomme de terre, en a repris une autre, j'ai observé ses mains blanchies par l'amidon et j'ai pensé qu'il n'y aurait jamais de tarmac ni d'épingle à chignon parce que je finirais ma vie cul nu sur un parking handicapés, regrettant dans ma solitude les jeans élimés de ma mère et l'odeur du tofu soyeux.
(p.42)
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MysterfoolMysterfool   18 septembre 2021
J’ai planté un eucalyptus sur le tapis roulant des rêves de ma vie. J’ai appliqué les techniques que Chanelle m’avait enseignées pour pratiquer les gorges profondes. J’ai respiré par le nez. Calmement. Plusieurs fois. J’ai descendu la main plus bas, j’étais sèche comme le Sahara. J’ai respiré un peu plus fort, j’ai eu un premier haut-le-cœur, j’ai vu le costume Bouygues de Lionel. J’ai chassé les visions de Magritte en pensant à René, ses mains gantées de cuir sur la boîte à pizza. Avec l’odeur du fromage j’ai eu un second haut-le-cœur. Diane m’avait raconté qu’elle avait rencontré l’orgasme en écoutant la voix de Moos, Au nom de la rose, Mon amie la femme, Prête-moi ton corps, Pour écrire des choses. J’ai dessiné tout l’alphabet entre mes jambes. La nausée continuait. Sur le poster, on devinait la culotte de la ballerine sous le tulle blanc de son tutu. J’ai fixé l’affiche : les lettres de Casse-Noisette dansaient sous le ciel étoilé. J’ai abandonné ma séance.
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VincentGloecklerVincentGloeckler   16 août 2021
Elle ouvrait à peine la bouche pour parler. Son haleine sentait le bigoût à cause des Malabar et des Mentos qu'elle mâchait toute la journée. Kat linh n'achetait pas ses bonbons en comptant ses centimes sur le comptoir de le boulangerie. Sa mère prenait des sachets maxi à Auchan. Elles les mangeaient ensemble devant Julien Lepers. Je les avais vues faire. Ma mère n'allait pas à Auchan parce que c'était trop cher. Elle allait chez Leclerc. Quand on lui réclamait des Haribo, ne serait-ce qu'une imitation, elle invoquait la gélatine de porc, la cacherout et son grand-père six pieds sous terre. Mais rien à voir ! hurlait Rachel en claquant toutes les portes de la maison.
(p.28)
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Vidéo de Salomé Kiner
Grande Couronne est le premier roman de Salomé Kiner, mais à son contact, on pense davantage à une couronne d'épines.
Écrit sans gras, ce roman ponctué de phrases chocs qui font sourire et pleurer, nous plonge dans les années 2000, la violence de l'adolescence et la rugosité des banlieues qu'on identifie peu à peu comme des monuments d'inégalité.
La narratrice n'a pas de nom mais elle porte la voix d‘une génération qui ne sait pas encore dire non, qui teste les limites avec une candeur qui agace et une lucidité qui fait mal.

Personnages flamboyants qui passent tour à tour par le mépris, la lâcheté, la fraternité et qui reproduisent malgré tout ce parcours à l'aveugle, ont trouvé le chemin romanesque tracé par Salomé Kiner, provoquant chez nous, un gros coup de coeur.

Salomé Kiner est journaliste au magazine Mouvement, Grand Couronne est son premier roman paru chez Christian Bourgois Editeur. Elle n'a pas reçu le soutien du CNL, puisqu'un soutien ne peut advenir qu'à la parution du 2e roman, mais elle a provoqué son inclination.
#rentréelittéraire #SaloméKiner #banlieue #GrandeCouronne #premierroman
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