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ISBN : 2020557177
Éditeur : Seuil (05/09/2002)

Note moyenne : 3.22/5 (sur 171 notes)
Résumé :
Cachée derrière les rideaux de sa chambre, une prostituée patiente entre deux clients. L'attente se nourrit du souvenir : une famille dévote, une mère absente et un père distrait. Et parfois la jouissance éprouvée avec ces hommes auxquels elle fait l'amour, ces hommes qu'elle déteste peut-être autant qu'elle-même. Un récit obsessionnel qui ressemble à un exorcisme désespéré pour se maintenir en vie.
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Critiques, Analyses et Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
MarianneDesroziers
  26 avril 2010
Quand Nelly Arcan s'est suicidée en septembre dernier (réalisant ainsi l'acte qu'elle avait prévu depuis l'âge de 15 ans), personne n'en a parlé en France, pays qui l'avait pourtant célébré dès 2001 avec la publication de « Putain », son premier livre auto-biographique. Ce silence est, il me semble, une grande injustice. Ce livre est à la fois l'autoportrait douloureux de son auteur et le reflet sans concession d'une société qui valorise l'apparence, incite à la « putasserie » et ne considère la femme le plus souvent que comme « femme-vulve ».
Texte très fort, politiquement incorrect, féministe tout en reflétant les contradictions d'une identité féminine non assumée.
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Renatan
  29 mars 2017
J'ai abordé ce livre avec la curiosité de celle qui visite les ruines d'un pays en cherchant à comprendre l'origine de ses ravages. Nelly Arcan, cette jeune prostituée montréalaise, s'est donnée la mort en 2009, à l'âge de 34 ans. Qu'est-ce qui a amené cette étudiante en littérature à ne plus espérer au point de s'enlever la vie ? J'ai tenté de trouver des réponses à travers ce roman, sans tomber dans le piège de la suranalyse des traumatismes qui l'ont habitée, encore moins dans le voyeurisme. Même si ses mots laissent en nous une empreinte de mal être, son univers n'est pas moins complexe que celui qui évolue en chacun de nous.
« Putain » est son premier roman, une autofiction débordante de sentiments noirs résultant de comportements autodestructeurs. Quelques pages à peine suffisent à nous éclairer sur les origines de son mal. Entre une mère, qui passe ses grandes journées à dormir et qu'elle qualifie de « larve » et de « cadavérique », et un père qui chasse les putains, on a vite fait de comprendre que Nelly Arcan n'a pas été entourée de modèles positifs.
Les pages de ce roman m'ont aussi révélé sa hantise des femmes et sa misanthropie. Son besoin de plaire et l'image d'un corps qu'elle craint de voir vieillir. C'est d'ailleurs en alliant les mots « femmes » et « féminité » que l'expression de cette crainte est la plus marquée. Un passage du livre : « Je me suis mise à vieillir à toute allure », m'a rappelé Marguerite Duras qui disait dans « L'amant » : « J'avais à 15 ans le visage de la jouissance et je ne connaissais pas la jouissance. Tout a commencé de cette façon pour moi, par ce visage voyant, exténué… en avance sur le temps… ». Les ressemblances dans leurs écrits sont frappantes. le style est tout autre, Duras ayant une plume incomparable, beaucoup plus fine et subtile, mais leur vécu comporte un nombre infini de similitudes, notamment celle de faire l'expérience de la sexualité à un âge beaucoup trop précoce.
Pourquoi ne suis-je donc pas arrivée à aller au bout de cette lecture ? le style est lourd, un immense cri de détresse sans points ni ponctuations. S'ajoute au style un ton vulgaire qui m'a vraiment déplu. N'allez pas croire que je pense nécessaire d'exprimer son mal de vivre dans le but d'obtenir des distinctions de l'Académie française. Je crois seulement que, pour demeurer authentique face à son vécu, il ne soit pas nécessaire de communiquer avec une telle disgrâce. Un minimum de pudeur ajoute sans doute une meilleure crédibilité aux yeux du lecteur. C'est un avis personnel, bien sûr... J'en arrive maintenant à ce qui m'a vraiment percutée : la paradoxalité de son discours. Nelly Arcan aborde dans ses ouvrages des thèmes tels que l'influence de l'image chez la femme, la marchandisation du corps et le suicide. Elle dénonce haut et fort le commerce de la prostitution qu'elle refuse pourtant de quitter. Pour toute réponse, elle dira que « c'est peut-être à cause d'une tendance naturelle que j'ai à me dévêtir et à m'étendre à toute heure ». J'ai franchement été agacée de l'entendre parler de l'image corporelle de la femme, affirmant que les femmes ne se sentent le besoin d'exister qu'à travers le regard des hommes. J'ai beaucoup de difficulté à comprendre que, même avec une conscience aussi aiguë des raisons qui poussent les femmes à devenir des esclaves de leur image (époque axée sur l'image et la minceur), elle n'ait pas réussi à s'en affranchir elle-même. Son roman est à mes yeux un tissu de provocations qu'elle alimente à travers une allure hyper-sexualisée et des propos uniquement centrés sur le sexe. J'ai le sentiment d'avoir perdu mon temps alors qu'une tonne de romans croulent sous mes pieds…

Lien : http://www.lamarreedesmots.c..
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Analire
  09 septembre 2014
Je ne vais pas m'étaler longuement sur ce roman autobiographique de Nelly Arcan que j'ai trouvé affreuseument ennuyant et fort mal construit.
L'auteure nous raconte avec mille détours et figures de style ces trépidantes années de prostitutée à l'hôtel, années noires, lugubres et cauchemardesques, qui ont marquées sa vie à jamais et lui ont fait prendre un tournant radical.
Le problème de ce livre, c'est la construction de l'histoire. Aucun événement ne vient relever le récit, les mots sont balancés à la pelle sans queue ni tête, sans élément connecteurs. Comme dans Belle du seingneur d'Albert Cohen, Nelly Arcan, par cocquetterie ou pour donner un rythme essouflé à ses propos, limite au possible les points finaux censés clores ses phrases. Un genre quelque peu lourd à lire, sans but précis, qui ne m'a pas intéressé plus que ça.
Vous l'aurez compris, je n'ai pas vraiment apprécié le style d'écriture de l'auteure. Mais je souligne l'intimité des propos, les confessions secrètes, souvent pudiques, qui peuvent être choquantes par moment. Pour décrire avec autant de précision les pires moments de sa vie, il faut un profond courage, une clairvoyance à la hauteur des insanités subies. Je respecte le travail effectué, même s'il ne m'a pas touché plus qu'escompté.
Lien : http://addictbooks.skyrock.c..
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Apoapo
  11 février 2016
"La prostitution est-elle un 'métier comme les autres' ?", "L'exerce-t-on par choix ou par contrainte ?", "En sort-on (indemne) ?", "Comporte-t-elle des éléments de satisfaction voire du plaisir ?", "Faut-il la proscrire ? punir ? qui punir ?" - Questions ô combien dérisoires ! Complexité ô combien plus pesante du réel...
C'est ce qu'indique ce premier ouvrage littéraire, texte d'autofiction de cette météore prodigieuse et tragique qu'a été Nelly Arcan, connue grâce à Nancy Huston et qui a tout pour m'impressionner durablement. le style (et sans doute la circonstance de l'écriture) emprunte le discours psychanalytique : flot ininterrompu d'une parole qui se cherche un sens et tourne en rond dans de très longues phrases, se répète et digresse et s'associe librement, renvoie - dans une "dimension scandaleusement intime" - à l'enfance et à des figures parentales particulièrement détestées (et détestables) - la mère larve, le père prêt à surgir de derrière la porte sous les traits d'un client - comme origine de l'infini malheur, de l'incapacité d'amour et de la haine de soi de la narratrice, dont la prostitution n'est qu'un épiphénomène. Celle-ci est portant disséquée sans complaisance, souvent par des mots crus, mais dans une démarche proprement analytique dont le centre est la personne elle-même, avec sa "putasserie" et son identité de "schtroumpfette bandante" totalement assumées.
Dans un entretien télévisé datant environ de la parution de l'ouvrage, Arcan concède qu'elle ne récuse pas l'éventualité de l'existence de l'amour, peut-être pas pour elle-même cependant. Ce n'est pourtant pas ce qui ressort de la lettre du texte, dont la prose ténébreuse et morbide témoigne de l'immanence de la pulsion suicidaire - le passage à l'acte surviendra seulement huit ans et quatre livres plus tard...
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Moglug
  08 janvier 2019
Ce récit auto-fictif ressasse les heures de travail d'une escorte girl, le défilé des clients, le dégoût de soi, mêlé aux souvenirs d'enfance entre père absent et mère dépressive. Étudiante, la narratrice délaisse rapidement les salles de cours pour les chambres d'hôtel dans le but avoué de gagner toujours plus d'argent. Elle décrit avec une lucidité glaçante le cercle vicieux de la jeunesse, de la beauté, du sexe, de l'argent pour rester la plus belle, satisfaire le client, etc. Loin de l'autrice l'idée d'en faire un récit érotique. Ses longues phrases obsessionnelles disent le dégoût de l'autre, du client, le dégoût du père, le dégoût de la vieillesse, tout autant que le dégoût de soi. Elles disent la manière dont l'étau se resserre autour d'un environnement social de plus en plus restreint. Putain est un récit angoissant, une spirale oppressante, dressant le portrait hyper-lucide de l'envers de nos sociétés.
Nelly Arcan s'est suicidée en 2009 à l'âge de 34 ans. Son récit se fait l'écho sidérant d'un certain type d'exploitation féminine physique et psychologique. En ce sens, il vaut le détour.
Nelly Arcan a par ailleurs fait l'objet de plusieurs publications, notamment scientifiques : "Nelly Arcan : de l'autre côté du miroir" de Marguerite Paulin , "De Marie de L'Incarnation à Nelly Arcan: Se dire, se faire par l'écriture intime" de Patricia Smart , et "Nelly Arcan, Trajectoires Fulgurantes" d'Isabelle Boisclair .
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Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
mathieuplmathieupl   01 décembre 2010
Et ses doigts rendus croches d'être si fort rongés, ses doigts tordus de ne servir à rien, il faut dire que ma mère ne se ronge pas les ongles avec la bouche, tout occupée à n'être qu'une fente, mais avec ses doigts qui se mangent les uns les autres, ça fait tac lorsque l'ongle écorche un doigt, un tac qui laisse des gouttelettes de sang sur quoi elle tac encore, des points rouges dont elle ne se préoccupe pas, ma mère et ses mains qui s'affrontent sur ses cuisses comme si elles avaient une vie propre, comme si de rien n'était, comme si tout le reste du corps, jusque-là resté dans une torpeur de vieille folle, n'existait que pour assister à leur agitation, et elle fait ça tout le temps et sans rien dire car elle ne parle pas, elle crie ou elle se tait, elle garde le silence avec le tac de ses doigts qui envahit la pièce, une horloge à pendule qui se fait remarquer dans les temps morts, le dimanche après-midi, lorsque les enfants jouent dehors, et ce silence me rend folle, nous somme deux folles qui gardons le silence pour mieux nous détester.
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MarianneDesroziersMarianneDesroziers   26 avril 2010
Je me souviens de la forme de son corps sous les draps et de la tête qui ne sortait qu’à moitié comme un chat en boule sur l’oreiller, un débris de mère qui s’aplanissait lentement, il n’y avait là que ses cheveux pour indiquer sa présence, pour la différencier des draps qui la recouvraient, et cette période de cheveux a duré des années, trois ou quatre ans peut-être, enfin il me semble, ce fut pour moi la période de la Belle au bois dormant, ma mère s’offrait là une vieillesse souterraine alors que je n’étais plus tout à fait une enfant ni encore une adolescente, alors que j’étais suspendue dans cette zone intermédiaire où les cheveux commencent à changer de couleur, où poussent sans prévenir deux ou trois polis noirs dans le duvet doré du pubis, et je savais qu’elle ne dormait pas complètement, qu’à moitié, on le voyait dans sa façon d’être raide sous les draps trop bleus, trop carrés dans sa chambre trop ensoleillée, les quatre grandes fenêtres qui entouraient son lit et qui jetaient sur la tête des faisceaux lumineux, rectilignes, et dites-moi, comment peut-on dormir avec des rais de lumière sur la tête et à quoi ça sert d’avoir tant de soleil dans sa chambre lorsqu’on dort ?
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Lisette2611Lisette2611   12 février 2013
de toute façon ils ne remarquent l'obésité que chez les femmes, eux peuvent être tout ce qu'ils veulent, médiocres et flasques, à demi bandés, alors que chez les femmes c'est impardonnable, le flasque et les rides, c'est proprement indécent, il ne faut pas oublier que c'est le corps qui fait la femme, la putain en témoigne, elle prend le flambeau de toutes celles qui sont trop vieilles, trop moches, elle met son corps à la place de celles qui n'arrivent plus à combler l'exigence des hommes, bander sur du toujours plus ferme, du toujours plus jeune.
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Lisette2611Lisette2611   12 février 2013
Et que pensent mes clients de tout ça, de ma mère et de leur femme, de moi et de leur fille, du fait que meurt leur femme et qu'ils baisent leur fille, eh bien que pensez-vous qu'ils en pensent, rien du tout j'en ai peur car ils ont trop de réunions à présider en dehors desquelles ils ne songent qu'à bander, et lorsqu'ils me confient d'un air triste qu'ils ne voudraient pas que leur fille fasse un tel métier, qu'au grand jamais ils ne voudraient qu'elle soit putain, parce qu'il n'y a pas de quoi être fier pourraient-ils dire s'ils ne se taisaient pas toujours à ce moment, il faudrait leur arracher les yeux, leur briser les os comme on pourrait briser les miens d'un moment à l'autre, mais qui croyez-vous que je sois, je suis la fille d'un père comme n'importe quel père
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HekahmHekahm   22 septembre 2015
(...) et il a certainement décidé qu'un jour un homme sera amoureux de moi et moi de lui, comme si ça allait de soi, comme si l'amour était une fatalité, alors que je le veuille ou non il faudra bien qu'un homme se dresse sur mon chemin pour m'enlever sur son cheval, lui m'entourant de ses bras et moi les pieds dans le vide, moi et lui galopant vers je ne sais qu'elle union éternelle, et ce sera un homme comme lui sans doute, sain et équilibré, et pourquoi donc le faudrait-il monsieur le psychanalyste, vous savez bien que je n'en voudrai pas de cet homme car je ne veux que ce que je ne peux pas avoir, comme vous par exemple, je vous veux parce que je ne vous aurai jamais, c'est simple et sans issue, c'est désespérément logique, le désir qui ne connaît de réalité que lui-même, et vous voyez bien que je mérite la mort pour cet entêtement de rat qui ne sait pas rebrousser chemin, pour cet acharnement de bestiole aveugle qui finira par crever d'avoir trop avancé, vous verrez bien, je mourrai de ce compromis que je ne veux pas faire, et tant pis pour tous les hommes sains et équilibrés qui m'aimeront et tant pis pour moi surtout qui en aimerai d'autres, on finit tous par mourir de la discordance de nos amours.
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