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EAN : 9782753800151
155 pages
Éditeur : Le Serpent à plumes (10/02/2005)

Note moyenne : 3.37/5 (sur 15 notes)
Résumé :
L'histoire suit la destinée d'Alice Bienaimé, qui grandit dans les années quarante dans une famille de la grande bourgeoisie d'Haïti. Une atmosphère séduisante et chaleureuse nimbe au début les personnages. Mais très vite, l'Histoire, ses rumeurs, ses petitesses et sa fureur, les rattrapent. Alice parvient à supporter les contraintes de son éducation de jeune fille de bonne famille parce que son oncle et sa tante lui apprennent la culture populaire. Et puis survienn... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
le_Bison
  04 avril 2013
Tu ne trouves pas qu'il fait chaud subitement. Je me sens moite, la chemise collante et trempée de sueur. le soleil tarde à se coucher. Il n'est pas encore fatigué de sa folle journée à danser au-dessus des vagues. Je ne compte plus le nombre de verre de rhum, ni même de rondelles d'ananas. Je ne sais plus trop où j'en suis, ces effluves d'hibiscus et de bougainvilliers m'enivrent, j'ai la tête qui tourne. Tourne, tourne, tourne comme la danse de cette petite fille, la bien-nommée Alice Bienaimé.
Tu ne connais pas Alice ? Alors, laisses-moi te conter son histoire.
Cela remonte aux années quarante, sur une île qui aurait pu être paradisiaque, Haïti. De famille bourgeoise, Alice a été élevée par un père bien trop strict et une mère bien trop aimante. Elle se confiera donc plus à son oncle et aussi à Man-Bo, la servante couleur noire charbon. L'un lui apportera le sentiment d'être libre, l'autre la bienveillance.
En fait, je connais très mal l'histoire d'Haïti, son passé ainsi que son présent. Que sais-je de cette île ? Elle est entourée d'eau, une mer bleue azure que j'imagine. Des alizées parfumés de vanille bourbon, la nostalgie des bougainvilliers et les verres de Rhum de sa voisine, Cuba. D'ailleurs, tu n'imagines pas lire ce roman sans en goûter un verre. Là fut mon erreur, je n'avais à disposition que du rhum martiniquais. Je ne reviendrai pas sur le contexte économique, du genre achetons français, si le rhum cubain est bon, je ne m'interdirai pas un embargo. Mais bon je m'éloigne à la rame du sujet. Je redescends sur la plage – de sable fin où les alizées font voler les cheveux des belles haïtiennes – pour revoir Alice faire virevolter sa belle robe fleurie. Quand la nostalgie t'étreint, tu te sens heureux. Non ? Alice continue à danser car à Haïti, la danse est synonyme de lutte des classes.
Je ne suis pas certain d'avoir tout compris dans la danse, son importance et ses racines africaines. Je sais que cela lui procure un sentiment de liberté. Je perçois que danse et vaudou entraînent une même transe. Sans la danse, Alice aurait eu l'impression d'être retenue en cage, une cage dorée sous les cocotiers. Je ne suis pas sur non plus de comprendre les changements politiques de cette île. Un aveu de faiblesse de ma part. le roman débute avec la fin de l'occupation américaine et se termine avant la prise de pouvoir de François Duvalier (alias « Papa Doc »). Par contre, tout au long de ce roman, j'ai senti la poésie de son auteure, Yanick Lahens, au même titre que les effluves de ylang-ylang venues flirter avec mes narines et mettre mes sens en émoi. Je reviendrai sur cette île, à Port-au-Prince, voir les papillons danser et boire du jus de goyave. Je reviendrai sur la terre et les racines de Toussaint Louverture...
http://www.youtube.com/watch?v=jaNhEqNIAwk
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ATOS
  18 mai 2015
Yanick Lahens, écrivaine haïtienne, nous parle d'un langage que son héroïne embrassera, corps et âme, pour apprendre, pour vivre son identité et toute sa liberté : la danse. Danser pour survivre, pour ne pas laisser la mort gagner la partie.
« l'indicible ce « en de-çà de l'écrit ». Ainsi naîtra de cette bi langue, neuvième conscience des mots : l'ainsité, le tout de la Parole, son universalité. » comme l'écrit Patrick Chamoiseau.
Le mot, le geste, la main, le pied, la danse comme une bouche plantaire.
La castration identitaire et culturelle d'un peuple est dévastateur.
Haiti, la perle des Antilles, qui devint en 1804 la première République indépendante de population majoritairement noire, occupée de 1915 à 1934 par les Usa, dans les mains des Duvalier , dictateurs de père en fils, de 1957 à 1986. Haïti est fracturée. Fracturée dans son sol, fracturée dans sa mémoire. Pourquoi Haïti a-t-elle mis tant de temps à prendre entièrement conscience d'elle même ?
Plus de 80 % des haïtiens ont des origines africaines, descendants d'esclaves, majoritairement originaires du Bénin.
75 % de la population haÎtienne vit en dessous du seuil de pauvreté. Une « élite » politique, économique, marchande a totalement coupé les liens avec ses racines. Penser blanc, vivre blanc, étudier blanc, porter blanc, chanter blanc, voilà les fantômes culturels d'Haïti. Voilà les stigmates d'un colonialisme esclavagiste non expurgé.
Alice est haïtienne, enfant de la bourgeoisie de Port au Prince. Éduquée, cultivée. Mais ordre est communément admis de ne pas se mélanger, de ne pas se confondre avec le peuple haïtien, avec la culture des ancêtres. Deux Haïti se côtoie, l'une riche, l'autre pauvre. L'une de parquet et de pelouse entretenue l'autre des arrières cours et de la terre battue. Haïti la catholique, Haïti la vaudouiste.
Facture sociale profonde et injuste qui n'a de cesse de rejeter une identité commune. La parole commune. Cette lave qui sans cesse remonte dans les âmes, provoque transes et souvent torrents de colère et qui ressurgit.
Le traumatisme n'a pas été exprimé, expulsé. le refus de soi, la haine même de ses propres origines, le retournement de la violence à l'intérieur d'un groupe afin d'expulser une souffrance qui ne peut se faire entendre, à travers ses romans, Toni Morrison a su nous le faire comprendre .
Alors comment aujourd'hui réduire toutes les fractures d'Haïti ?
Il est temps pour Haïti de se regrouper, de sortir du groupe des vaincus.
De ne plus parler d'exil, mais de retour.
Les intellectuels haïtiens sont et seront ceux qui n'ayant jamais perdu la parole, permettront à Haïti de retrouver sa mémoire à travers son langage. Langage de terre, d'odeurs, de verbe, d'algues, de plage, d'océan, de poussière, de larmes, de chair, d'esprit, d'ancêtres, de couleurs, de musicalité, d'oralité, de poésie. Cette « oraliture » dont nous parle Chamoiseau. La multitude de ses langages que contient son corps. Cette langue commune dans laquelle la beauté offre « consolance » à la blessure.
« "entre les mots et le moi
un mince fil les sépare
un mince fil de salive
reliant pont de parole
au moteur d'une barque
pour mieux prendre le large » ecrit le poète James Noël.
Yanick Lahens nous parle du peuple haïtien, de son merveilleux multiculturalisme, elle nous écrit d'un retour dans la maison du père.
Très belle écriture que celle de Yanick Lahens.
Astrid Shriqui Garain

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clude_stas
  05 juin 2013
Un roman d'apprentissage de bonne facture ! Mais également des images de Haiti dans les années 40. Un pays en devenir où les noirs ne sont plus tous pauvres, où certains d'entre eux ont honte de la couleur de leur peau. Un pays où la danse, les pratiques ésotériques, la chaleur du climat, l'âpreté des hommes sont les ferments de la vie de tout un peuple. Une enfant, Alice, découvre tout cela ainsi que les joies de l'éducation bourgeoise (à la française). Elle prend conscience que son pays et sa culture sont occultés par des références (des valeurs) européennes. Et les journées de la révolution de 1945-46 sont décrites avec sobriété… Enfin, ce petit livre pose la question de la place de la femme dans cette société. Et comment résister ??? Je suis plutôt conquis par cette écriture rythmée, riche en images, qui me donne envie de découvrir d'autres auteurs des Antilles…
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Acerola13
  12 novembre 2018
Court mais d'une intensité rare, dans la maison du père nous dresse un tableau de l'enfance et de l'adolescence d'Alice, jeune haïtienne bien élevée dont les parents tentent de réprimer les pulsions et sensations, la sensualité et les souvenirs immémorables de l'Afrique lointaine.
C'est avec avidité que l'on se plonge dans les rues grouillantes de la capitale haïtienne, tentant de suivre la jeune femme qui poursuit elle-même les amis de son oncle et de ses idéaux, et qui ne peut résister aux tambours vaudous et à la danse interdite qu'ils appellent.
C'est difficilement que l'on referme ce roman aux poétiques et sensuelles effluves, et que l'on s'efforce de ne pas s'envoler pour les Caraïbes tenter de retrouver cette langueur et ces sensations si merveilleusement terrestres et musicales.
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Malice
  06 novembre 2012
Roman d'apprentissage dans les années 40 à Haïti
Alice Bienaimé, est issue d'une grande famille bourgeoise d'Haïti.
La danse , la chaleur du pays, la violence des hommes voilà ces trois éléments constituent l'ambiance, le climat de ce roman à l'image du pays. Alice reçoit une éducation de jeune fille de bonne famille. Elle apprend, elle fait connaissance de la culture populaire par sa bonne et son oncle. Elle suit péripéties des journées chaudes révolutionnaires de 1945-46. La danse sa pratique tient de la lutte de classe en Haïti. Un très beau livre, une histoire forte servit par une écriture très fluide, très agréable à lire, elle glisse, un grand plaisir ! à découvrir la littérature haïtienne est très attachante, c'est une littérature a ne pas ignorer cela serait tellement dommage !
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
le_Bisonle_Bison   18 mars 2013
Du jour où j’ai compris que la mort pouvait me dérober un visage aimé, du jour où j’ai compris que ceux que j’aimais étaient mortels, j’ai voulu les aimer plus forts. Quelquefois, je rêvais la nuit les yeux ouverts. J’inventais des scénarios macabres, des tremblements de terre des inondations ou des accidents dans lesquels disparaissaient ou s’engloutissaient ceux que j’aimais. J’attendais au bout de quelques minutes de sentir les larmes couler le long de mes joues. Je rêvais leur mort et me sentais rassurer de les aimer si fort.
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le_Bisonle_Bison   02 avril 2013
Man Bo n’a jamais aimé que je m’attarde dans la cour une fois la nuit tombée. Elle n’aimait pas la nuit, Man Bo. « La nuit est menaçant pour qui ne la connait pas », me disait-elle. « Tous ceux qui ne peuvent pas vivre le jour comme tout le monde, les bandes, les sociétés secrètes, les zombis à la file indienne, les morts en perdition, les humains transformés en cabris ou en porcs, déambulent dans les rues ou se tapissent dans les fourrés et les ombres. » Man Bo glissait du coton ou des morceaux de tissu aux interstices de l’unique porte et des deux fenêtres de sa chambre par crainte des mauvais airs. Man Bo respirait à peine la nuit.
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le_Bisonle_Bison   20 mars 2013
Dans cette île, nous n’avons jamais beaucoup aimé la mer, persuadés qu’elle nous a amené tous nos malheurs. Je ne suis donc allée qu’une ou deux fois m’y baigner, cet été-là, mais j’ai longtemps imaginé ses grondements durant le jour et les soirs sa plainte hagarde roulant dans l’épaisseur de la nuit. J’aimais marcher le long de la dentelle des algues sur le sable et sentir la mer me lécher les pieds. J’aimais la mer comme la danse, j’aimais le risque physique et le plaisir. J’aimais ses mystères d’écume, de sel et d’eau. Les yeux grands ouverts je rêvais de son désordre fantasque et violent tout au loin. De sa poésie si amère. De son ventre d’eau pleine de toutes sortes d’animaux vivants et morts, de vieilles carcasses à la dérive, de sables mouvants et fins, d’algues de toutes les couleurs, de coraux étranges. L’idée de la vie et de la mort dans ce ventre d’eau du monde devenait un songe bienfaisant qui m’enchantait. Et quand le songe ne trouvait plus où s’arrêter, je le laissais filer au-dessus de l’eau, m’enivrant d’air et de sel.
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le_Bisonle_Bison   06 mars 2013
La féminité pour elle allait de soi. Elle se devait d’être tiède. Ni trop libre comme celle de bourgeoises qu’elle imaginait se vautrant dans la luxure et la volupté. Ni trop chaude comme celle des négresses bleues des bas quartiers dont elle disait en chuchotant qu’elles ondulaient leur bassin et offraient sans honte leur sexe.
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ATOSATOS   18 mai 2015
"Ce premier jour de classe, la plus jeune des demoiselles Védin s'était approchée de nous, une grande tige de bois à la main.Elle avait un visage de malfini, d'oiseau de proie. De sa voix aigüe et cassée, elle nous cria : "Mesdemoiselles, en rang, deux par deux.Vous êtes ici à ce qu'il y a de meilleur dans la civilisation."J'entendais distinctement le bruit de chaque syllabe.Les mots sifflaient entre ses dents. Cette phrase inaugurée, à elle seule, le long travail auquel ces vieilles filles s'étaient astreintes depuis des années : faire de ces jeunes négresses que nous étions des filles colorées de la France, métropole ancienne et lointaine. Mais les mots étaient déjà pour moi sans patrie et sans drapeaux.
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Videos de Yanick Lahens (28) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Yanick Lahens
Leçon inaugurale de Yanick Lahens prononcée le 21 mars 2019. Accédez à son cours "Haïti autrement" : https://www.college-de-france.fr/site/yanick-lahens/_course.htm Yanick Lahens est la première personnalité à occuper la chaire Mondes francophones créée en partenariat avec l?Agence universitaire de la Francophonie (AUF). le Collège de France et l?AUF entendent ainsi illustrer la diversité et la richesse des mondes francophones en donnant une tribune aux chercheurs des pays ayant le français en partage. Créée pour trois ans, cette chaire accueillera chaque année une grande voix de la francophonie issue de différents domaines des lettres, des arts et des sciences. La langue restant le lien premier de cet espace francophone, c?est une grande figure de la littérature haïtienne, prix Femina 2014 pour Bain de lune (Sabine Wespieser éditeur), qui a été invitée à inaugurer cette chaire : Yanick Lahens, « une personnalité remarquable de la littérature et de la culture en langue française », selon le Pr Antoine Compagnon, titulaire de la chaire Littérature française moderne et contemporaine : histoire, critique, théorie. Plus d'informations : https://www.college-de-france.fr/site/yanick-lahens/p4605458164149482_content.htm
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