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EAN : 9782234087101
Éditeur : Stock (21/08/2019)

Note moyenne : 3.55/5 (sur 166 notes)
Résumé :
C’est l’histoire d’un monde qui bascule. Le vieux monde qui s’embrase, le nouveau qui surgit. Toujours la même histoire… et pourtant.

François, chirurgien, la cinquantaine, aime chasser. Il aime la traque, et même s’il ne se l’avoue pas, le pouvoir de tuer. Au moment où il va abattre un cerf magnifique, il hésite et le blesse. À l’instant où il devrait l’achever, il le hisse sur son pick-up, le répare, le sauve. Quel sentiment de toute-puissance venu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (54) Voir plus Ajouter une critique
Cannetille
  01 avril 2020
Chirurgien à Lyon et passionné de chasse, François, la cinquantaine, passe tout son temps libre à traquer et à tirer le gros gibier autour de sa résidence secondaire, isolée à l'écart de la commune de Lanslebourg, en Savoie. Par un jour neigeux de Novembre, son quotidien bascule brutalement : alors que s'impose intolérablement à son esprit l'abîme d'incompréhension creusé au fil du temps entre lui, son épouse de plus en plus absorbée par ses crises mystiques et ses retraites monacales, son fils qui mène grand train du haut de sa réussite dans la finance, et sa fille éperdument amoureuse d'un drôle de type aux affaires pas bien nettes, il en perd même l'envie d'ajouter à sa collection de trophées le grand cerf qu'il traquait depuis quelque temps. Encore est-il loin de se douter qu'il ne se trouve qu'aux prémices d'un véritable tsunami dans son existence et dans celle des siens…

L'histoire prend son temps pour laisser appréhender peu à peu par le lecteur le terreau des malentendus qui s'est accumulé dans cette famille depuis des décennies, un insidieux pourrissement amorcé il y a bien longtemps qui pourrait bien s'avérer une véritable bombe à retardement. Jusqu'ici plein de certitudes et fort de sa toute-puissance, lui qui partage son existence à sauver ou à prendre la vie d'autres êtres vivants, François doit bien s'avouer que le monde lui échappe et que ses enfants lui sont devenus étrangers. Bientôt, le doute et le désarroi vont laisser la place à une soudaine accélération et au rythme palpitant d'une tragédie cauchemardesque.

L'écriture est précise, voire experte quand elle aborde la chasse, la taxidermie ou la chirurgie. Elle réserve de beaux passages sur le cocon de nature en noir et blanc qui enserre l'intrigue jusqu'à l'étouffement, tandis que le mode narratif, souvent constitué des seuls dialogues, sans commentaires et avec leurs blancs, tels la restitution d'un enregistrement audio, donne aux personnages une profondeur et un réalisme réussis. le texte revient parfois audacieusement sur les mêmes passages, les faisant redécouvrir à la lumière des réflexions survenues entre temps dans la tête de François comme dans celle du lecteur, renforçant encore l'impression d'originalité déjà générée.

Curieusement aussi méditatif qu'haletant, ce noir polar sur fond de paysages glacés livre un implacable tableau familial, aux personnages désespérément englués dans un attachement délétère et mortifère.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Eve-Yeshe
  19 novembre 2019
Je suis encore sous le charme de cette lecture et j'ai du mal à parler de cette histoire comme si j'avais peur de l'abîmer !
François Rey est chirurgien orthopédiste dans une clinique qu'il a créée à Lyon. Il est connu pour sa technique rigoureuse, sa dextérité et le respect du patient, de la déontologie qui ont fait sa notoriété.
Côté famille, c'est plus compliqué : son épouse passe sa vie en retraite dans différents monastères et les séjours ont tendance à se prolonger. Son fils Mathieu a abandonné ses études de médecine pour se consacrer à la finance et s'enrichir sur le dos des autres.
Sa fille Mathilde continue les siennes mais jusqu'à quand car elle vient de tomber amoureuse d'un financier un peu glauque.
François vient passer les vacances de Toussaint dans son relais de chasse, dans les Alpes et rencontre un cerf magnifique, majestueux selon ses termes. Il l'ajouterait bien à son tableau de chasse, mais une seconde de réflexion, une fascination pour l'animal, il rate sa cible et le blesse.
On est médecin ou on ne l'est pas : il va chercher du matériel et opère l'animal…
J'ai adoré ce roman, avec presque une identification avec François, un des derniers dinosaures de ce monde en train de s'écrouler, où on respectait le travail, l'argent bien gagné, car il a un patrimoine important, des parts dans sa clinique… Son face à face avec le cerf est extraordinaire, deux forces de la nature qui s'observent et se « respectent ».
Reconnaissez que le cerf a de la classe (de la gueule) quand même sur la couverture!
Son sens des valeurs, le respect de l'autre, le fait d'être là pour ses enfants malgré tout m'ont plu, et je connais bien son milieu professionnel. Solidarité par le travail ou par la génération ? Entre dinosaures peut-être simplement.
Par contre, ses enfants sont imbuvables, seul l'argent les intéresse, en le piquant aux autres de préférence. Une phrase pour illustrer la vision du monde de Mathieu quand son père lui dit que ses mains valent de l'or, et sont assurées : « Aujourd'hui, on ne gagne plus d'argent avec son métier, avec son travail. On le gagne avec de l'argent. » Ou bientôt ce seront les robots qui feront les interventions chirurgicales…
J'ai aimé la manière d'écrire de Luc Lang, de tenter de semer le lecteur, démarrant en douceur pour s'emballer, avec les requiem ou messe que François écoute en boucle. J'avais déjà été emballée par « L'autoroute » il y a quelques années.
Coup de coeur donc ! et pourtant la chasse me hérisse… C'est dire à quel point l'histoire et l'écriture peuvent faire plonger dans un roman!
Un grand merci à NetGalley et aux éditions Stock qui ont bien voulu de faire confiance…
#LaTentation #NetGalleyFrance
Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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gouelan
  28 novembre 2019
« Il me faut une journée pour faire l'histoire d'une seconde… »
À l'instant de tirer sur le cerf François hésite. Et s'il…
La tentation.
« Il me faut une année pour faire l'histoire d'une minute… »
Son fils Mathieu débarque au relais de chasse familial. Il bouscule les convictions, écorche la trame d'une vie, soulève les ombres.
La vision de sa fille en danger accable François. Est-ce une hallucination ? Elle ne répond pas à ses appels. L'angoisse monte d'un cran.
Sa femme est folle. Sa toile de folie empoisonne le foyer. Emprisonne les non-dits.
L'argent envenime les enfants élevés dans ce milieu bourgeois, où jusque-là on soignait et réparait les corps. Une famille de médecins et de chasseurs.
Ils refusent la voie de leurs aïeux, cassent les codes, humilient l'art du travail, l'argent gagné avec les mains.
Ils font de l'argent avec l'argent, peu importe s'il est sale.
Il neige. Le temps dérape, il s'étire. L'histoire revient sur ses pas. Le présent empiète le passé, le futur se refuse, il ralentit, fait demi-tour. Tout s'emmêle.
« Il me faut une vie pour faire l'histoire d'un jour… »
Sa fille devenue proie se réfugie dans le relais de chasse familial. La toile se resserre. Tout vole en éclat.
À l'instant d'injecter l'anesthésiant, François hésite. Et s'il…
La tentation.
François cherche encore une explication, il cherche la première balle qui a impacté son futur et chamboulé sa vie. Il ne voit pas comment raccrocher l'image de ses enfants adultes à celle de leur enfance lorsqu'ils marchaient dans ses pas. Désormais ses enfants l'abandonnent, le trahissent, l'humilient. Le train va trop vite, il déraille, les wagons se détachent. François n'est plus la locomotive.
La construction de ce roman est originale, déroutante, envoûtante. François, chirurgien, dissèque les instants cherche l'anomalie, le point de départ. Le geste est précis. Ces instants sont comme en suspens dans ce paysage de montagne où la neige arrête le temps. Recouvre les traces. François fouille sa mémoire et les instants s'éparpillent, se mélangent. Les dialogues se mêlent aux descriptions. Les sons des voix sont assourdis par la neige. Tout se mêle au décor. La neige se colore de sang. Les fusillades éclatent le silence de la forêt. Le chasseur devient proie. Les enfants des fauves.
On se sent un peu perdu dans la trame de ce thriller. Comme au ralenti, en arrêt sur image, il nous invite à chercher les indices de cette violence familiale. On devine tout au long de ces longues phrases l'avalanche qui va bientôt se déclencher. Elles décortiquent chaque moment, le répètent, le tournent et le retournent jusqu'à l'asphyxie. Jusqu'à la mort.
« Que serait-ce quand il faut dans un livre, dans du livre, mettre de la réalité. Qu'arrive-t-il toujours. […] Il me faut une journée pour faire l'histoire d'une seconde. Il me faut une année pour faire l'histoire d'une minute. Il me faut une vie pour faire l'histoire d'un jour. On peut tout faire, excepté l'histoire de ce que l'on fait. »
Péguy
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Renod
  21 juillet 2019
Me voilà ébloui et désemparé. Je ferme le roman incertain quant au sens à lui donner. Une interprétation se dégage mais elle reste trop fragile. Commençons par résumer l’intrigue en quelques lignes. François Rey est un grand chirurgien qui possède une clinique à Lyon. Il passe le week-end de la Toussaint dans sa résidence secondaire située dans le massif du Mont-Cenis en Savoie. Il souhaite profiter de ses jours de repos pour s’adonner à sa passion : la chasse. Mais son entourage familial le tracasse. Son épouse Maria multiplie les retraites dans des couvents où elle peut donner libre cours à ses crises mystiques. Son fils Mathieu s’est installé à New York où il a fait fortune dans la finance internationale. Mais c’est Mathilde, sa fille, qui lui donne le plus de soucis. Alors qu’il s’apprête à abattre un cerf doté de seize corps, il est pris d’un doute. Il manque son tir et blesse l’animal. Il suit sa trace mais lorsqu’il traverse une route, il croit apercevoir sa fille dans une voiture qui évite de justesse la bête blessée. C’est le début d’une série d’événements qui vont s’enchainer vers une conclusion brutale.
L’écriture de Luc Lang revêt plusieurs tournures. L’auteur est avant tout un styliste qui éblouit par la beauté de sa prose poétique. Il dresse de nombreuses correspondances avec l’art pictural ou la musique classique. Mais il sait également se faire descriptif pour détailler une série d’actions, chargeant le texte de nombreux termes techniques. L’auteur dépeint ainsi une opération de la main ou un combat de cerfs. L’auteur sait aussi créer un récit haletant en enchainant des phrases courtes, rythmées, dictées par l’angoisse. Le roman peut déstabiliser par sa construction. Des glissements temporels brisent la linéarité du récit. Et le lecteur se demande si les pages qui ont précédé n’étaient pas le fruit d’un mauvais rêve.
Les références au Christianisme sont permanentes. On les retrouve dans le titre, le choix des prénoms des personnages, les citations extraites de la Bible, les renvois à l’art ou à la musique liturgiques. J’ai peiné à retrouver le sens qu’elles apportaient au texte pêchant par un manque de culture religieuse. Cependant, j’ai saisi que l’auteur opposait un monde de chaos dominé par la rapacité et la violence à une nature majestueuse, incarnée par ce cerf rayonnant de calme et de dignité, qui offre à qui l'observe un apaisement salutaire.
Le roman se clôt sur ses mystères. Je vais me laisser le temps de digérer ma lecture. Y revenir dans quelques semaines. Le relire pour profiter de la beauté de certains passages et pour tenter d’en pénétrer le sens. Je compte suivre les entrevues de l’auteur et les comptes rendus de lecteurs plus avisés qui pourront m’aider à l’interpréter.
Je remercie Netgalley et les éditions Stock pour ce beau partage.
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Annette55
  12 janvier 2020
C'est l'histoire d'un monde qui bascule, un ouvrage à l'intensité rare, sur fond sonore quasi permanent d'opéras et de musique classique, au coeur de la splendeur des décors magnifiquement décrits de la nature savoyarde !
« La-tentation » mais quelle tentation: celle du désespoir? de l'échec? , du renoncement? de la rédemption ? de l'amour ? ..
François, la cinquantaine, chirurgien lyonnais chasse seul—
Il n'a même plus de chien, mort il y a trois ans ——, se réfugie dés qu'il le peut dans la vieille demeure familiale au coeur des Alpes.
Le voilà face à un cerf seize cors, altier, majestueux, repéré depuis longtemps , révélant sa puissance et sa splendeur .
Il ne désire pas le tuer, décide de la ramener chez lui pour le soigner, l'opérer.
Survient son fils Mathieu ,banquier à New- York, : «  Les masses d'argent que je fais fructifier, c'est l'énergie divine qui circule entre les êtres. La vérité de Dieu enfin révélée. L'argent , c'est la Grâce, qui nous cimente ensemble... »
François n'a pas de nouvelles de sa fille Mathilde, Elle ne répond plus à ses messages....
Soudain , le récit semble basculer: François qui se croyait tout puissant vivra de très cruelles épreuves , entre Thriller et Western enflammé , vibrant, haletant , lors de fulgurantes descriptions magnifiant la nature glacée , sauvage, et précis de chirurgie orthopédique , plus des références christiques sans cesse présentes.
Les deux enfants ont rompu leurs études médicales. Ils ne perpétueront pas la tradition familiale .
Entre eux et Maria, épouse , mère et belle- mère hystérique, coutumière de frasques mystiques qui court retraites religieuses de couvent en couvent , François est pris dans une spirale d'échec ...
Enfin, que transmet - on à ses enfants ?
Quelles valeurs humaines, culturelles et sociales ?
Qui trahira qui ?
Le père ne se reconnaît plus en ses enfants, spirale de l'argent fou, apparences et superficialité pour Mathieu , folie amoureuse de bête traquée qu'est devenue sa fille Mathilde ?
C'est un livre à la passion dévorante, aux phrases souvent non terminées, qui dépeint la violence des noeuds inextricables des liens sacrés du sang,au rythme soutenu, ample , puissant, brillant ...

J'ai été emportée malgré moi par l'âpreté de ces relations d'amour contrarié , une sorte «  de mur de verre »entre un fils que François ne comprend plus, et une fille «  obsédée » obnubilée par son Loïc ...
Récit initiatique noir , haletant , où l'auteur explore brillamment les abîmes familiaux dans une société en vrac , le désarroi d'une génération parentale complètement dépassée, qui pardonne tout , au fond ...
Tour de force littéraire, langue précise , quête de rédemption!
Un nouveau monde qui survient, un ancien monde qui s'embrase !
Féroce et difficile à critiquer car tellement riche !
A relire , certainement ....
«  C'est commode. Faire des affaires. Ça évite d'entrer dans les détails. Acheter, vendre, fusionner , absorber, assécher, ruiner, ouvrir, fermer , démembrer, revendre... C'est dur comme métier .
T'es dépassé , mon pauvre papa » .....
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critiques presse (7)
Actualitte   20 novembre 2019
Un roman d'action contemplatif, où le décor est le contrepoint de la crise familiale qui se joue sous nos yeux, entre l'épouse, la fille et le fils.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LeFigaro   12 novembre 2019
Avec La Tentation, son douzième roman depuis Voyage sur la ligne d’horizon (Gallimard), Luc Lang, 63 ans, donne l’un de ses meilleurs livres. Une histoire guère dans l’air du temps puisque son personnage principal, un chirurgien orthopédiste lyonnais dans la force de l’âge, est un adepte de la chasse.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Culturebox   12 novembre 2019
A travers ce thriller haletant, Luc Lang livre un roman noir sur la famille et les mécanismes qui ligotent ses membres par des liens d'amour, mais aussi des liens néfastes, noués aux origines. Dans les décors magnifiquement décrits de la nature savoyarde, le romancier offre une tragédie grecque transposée dans la bourgeoisie d'aujourd'hui.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Culturebox   04 novembre 2019
A travers ce thriller haletant, Luc Lang livre un roman noir sur la famille et les mécanismes qui ligotent ses membres par des liens d'amour, mais aussi des liens néfastes, noués aux origines. Dans les décors magnifiquement décrits de la nature savoyarde, le romancier offre une tragédie grecque transposée dans la bourgeoisie d'aujourd'hui.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LeFigaro   24 octobre 2019
Dans son dernier roman, Luc Lang décrit le face-à-face entre un chirurgien et sa famille. Maître de lui, l’auteur ne desserre jamais l’étreinte, son livre frôle la frontière du polar glacé.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LeJournaldeQuebec   21 octobre 2019
Un terrible huis clos. Un roman qu’on a refermé sans plus pouvoir bouger ou rouvrir les yeux pendant de longues minutes.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
Bibliobs   18 septembre 2019
Luc Lang signe un grand roman faulknérien, dont le héros est un chirurgien-chasseur. Impressionnant.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   19 septembre 2019
Il patauge dans le feuillage pourrissant, la mousse, il rue lui-même dans la terre détrempée, le sang frais qui suinte à nouveau du cuissot troué, qui poisse, il suffoque dans l’odeur musquée du gibier aux abois, dans l’arôme du larmier, huileux et entêtant à l’époque des amours, un corps-à-corps absurde, un pugilat abruti dans l’éclat cru des phares, mêlant ses jurons et ses grognements aux cris d’effroi de la bête. Il parvient enfin à serrer les nœuds, les quatre pattes ficelées ensemble au plus près. Il est à genoux, tête basse, les mains sur les cuisses, il cherche l’air, ses veines saillent aux tempes, aux poignets, le cœur cogne dans les côtes. Il demeure prostré deux longues minutes, vide, sans force, se relève lentement, s’approche du plateau, ramasse le boîtier de télécommande, enclenche le treuil électrique, le câble se tend, puis la corde, l’animal vissé à la terre s’allonge, se distend, dépasse sa marge d’élasticité, les pattes puis le tronc s’engagent sur la rampe d’accès, le froissement râpeux du pelage sur l’alu rainuré a la sécheresse d’un Tergal, François maintient haut sur son bras libre la tête et la coiffe, accompagnant sur la rampe la montée du cerf à la vitesse de l’enroulement du câble.
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CannetilleCannetille   01 avril 2020
L’entrée dans le monde adulte, François l’a noté, est si résolue qu’elle signe chaque fois, sans le trouble d’une hésitation, la diaspora des enfants. Ils ont pourtant partagé les jeux et les rêves, les liens semblaient scellés pour l’éternité, mais rien ne résiste à l’euphorie du sacrement, devenir adulte, devenir, croit-on, libre et puissant, du moins le temps de se cogner aux limites des possibles, faisant alors remonter l’enfance en chacun comme un désir éperdu des confins où se vivaient pour de vrai les odyssées les plus folles.
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hcdahlemhcdahlem   19 septembre 2019
INCIPIT
L’index sur la détente, la joue sur la crosse, l’œil dans la lunette, il scrute l’animal, un cerf à seize cors dans la lumière dorée d’un jour d’octobre, qui se tient, puissant, campé dans une splendeur héraldique, les sabots enfouis dans une flaque de neige, la tête tournée de son côté avec une sorte d’affectation, comme s’il regardait la mort en face. L’homme aurait été sous le vent, la bête se serait déjà enfuie. C’est un cerf de sept ou huit ans qu’il a observé dans ses jumelles l’automne précédent, vigoureux mais trop jeune et dont les bois n’étaient pas encore dans leur plénitude. Cette année, la pousse est accomplie, les empaumures sont vastes et régulières, telles deux mains aux doigts écartés, les andouillers de massacre sont eux-mêmes d’une amplitude considérable.
Son chien est mort trois ans plus tôt, il se contente de chasser seul, il s’accommode, il sait observer, se placer dans le vent, effacer sa propre odeur, il pourrait marcher des heures sans faillir, deux jours d’approche cette fois le long des contreforts montagneux… Le travail de repérage lui semble toujours participer d’un désir charnel, celui d’une partie de cache-cache, presque d’un corps-à-corps. Mais à présent que l’encolure fauve et grise de l’animal se pose dans sa lunette Zeiss, le télémètre laser affichant une distance de 88 m il se trouble, s’embarrasse. Depuis quelque temps, il supporte difficilement ce déséquilibre des forces, sa puissance de feu qui interrompt brutalement la partie, en vole la fin, conférant à cette studieuse poursuite sur le massif une absurde vacuité. Ce serait quoi, finir la partie ? Il n’a pas de réponse, il éprouve simplement une amère déception dans les secondes qui suivent le tir après avoir pourtant signé, trente années durant, d’impressionnants tableaux de chasse. Dans un dixième de seconde, la balle entrera dans les chairs avec 450 kg d’énergie cinétique, l’animal sera fauché, l’altière silhouette disparaîtra dans l’horizon, une anomalie visuelle quasi hallucinatoire. C’est lui en somme qu’il va effacer en abrégeant la course du cerf, sa course vers le cerf. D’où cette hésitation qu’il a de l’index à l’instant où le dernier soleil rasant fait peut-être scintiller l’optique de sa lunette, que le cerf a bougé instinctivement, que la crispation du doigt sur la détente est devenue réflexe et tardive. La balle est partie, 860 m/s, éclair, soubresaut de l’épaule et du torse, secousse dans la nuque avec le recul de la carabine sans frein de bouche et qu’il maîtrise si bien. Mais cette hésitation d’une microseconde à une telle distance expliquerait que la balle ait manqué sa cible. L’animal a légèrement fléchi sur son côté droit, il a paru boiter un instant puis s’est enfui, faisant brusquement demi-tour pour s’évanouir sous le couvert des arbres. François jure entre ses dents, l’œil collé à sa lunette, la flaque de neige vide étincelant de reflets d’or, jusqu’à lui brouiller la vue. Il maugrée, marquant l’emplacement et la direction du tir avec un Chatterton orange fluo collé en croix sur le rocher, enfin s’avance jusqu’au névé où se tenait le cerf. Aucune trace de sang, il l’a… Mais il distingue sur la neige une touffe de poils fauves, courts, que la balle a vraisemblablement sectionnés à l’impact. Il sait qu’on ne se précipite pas sur les traces d’une bête blessée, au risque d’embrouiller soi-même les pistes, l’animal courant en tous sens pour semer son prédateur. Il y a donc ces poils mais pas d’esquille d’os ni de moelle, il se retourne, évalue l’emplacement du tir grâce au Chatterton fluo qui vibre sur la roche, il voit par où s’engouffrer sous le couvert des arbres…
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BurjBabilBurjBabil   06 novembre 2019
- Tes appartements, ton relais de chasse, tes parts dans la clinique, c’est totalement dépassé, papa.
- Enfin, Mathieu, il faut bien que tes tours, là, dans Manhattan, quelqu’un les construise, les possède, non ?
- Mais ce ne sont pas des individus, papa, ce sont des sociétés qui possèdent, ce sont des enseignes. Si je te dis Coca-Cola, Monsanto… oui, Bauer si tu préfères, Exxon Mobil, tu peux me citer des noms de propriétaires ? Non, fini, ça. Il y a juste des actionnaires, puissants ! Et la législation des entreprises, c’est un labyrinthe, un écheveau, c’est le furet ! passé par ici, repassera par là… Et surtout, surtout, ça dissout les responsabilités. Si, par un extrême hasard, l’État ou le fisc parvient à épingler une société, ce sont les gérants, les directeurs généraux qu’on a nommés pour faire rentrer le cash qui écopent des peines, pas les actionnaires, aussi volatils qu’invisibles, eux. Tu comprends ?
- Oui, la puissance endogène de l’argent rendu à l’état gazeux.
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RenodRenod   17 juillet 2019
Les deux cerfs se jettent, tête ras au sol, coiffe d’armes devant, arc-boutés l’un contre l’autre. Les bois claquent, cliquettent, s’entrechoquent, un fracas emplissant la forêt, dix épées furieuses qui croiseraient le fer sinon que les bois faits d’os ont un son mat de bâtons qui se cognent et vibrent, les muscles saillent, les pelages luisent, des jets de brume dans l’air glacé fusent des naseaux, les sabots déchirent le sol d’herbe, de feuilles et de branchages, l’énergie déployée n’est pas d’une vitesse, d’une décision, d’une force humaine, elle est surgie d’une autre physique, d’une autre puissance, assignable à des dieux qui joueraient d’incessantes métamorphoses.
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