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EAN : 9782072968754
160 pages
Gallimard (07/04/2022)
3.77/5   13 notes
Résumé :
« J’ai écrit ces pages au Faou, dans une solitude et une réclusion totales, cet étrange printemps de 2020 où le gouvernement nous intimait l’ordre de nous claquemurer et de limiter nos sorties à l’essentiel. Oui, j’ai écrit alors qu’un virus venu de Chine se propageait en France et provoquait plusieurs dizaines de milliers de morts, avec, sous les yeux, les palmiers du jardin de Kerrod, l’église des marées, la ligne des collines qui cachent la vallée de l’Aulne, les... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
C'est de Kerrod, sa maison du Faou, qu'écrit Philippe le Guillou. Confiné au Faou, entouré de solitude, dans une atmosphère propice à la méditation, avec sous les yeux sa Bretagne tant affectionnée, qu'il a ressenti, comme une nécessité devant le temps qui passe, le besoin d'écrire ses réminiscences enfouies, son enfance en Bretagne dans les années 60.

On retrouve les mêmes motivations que celles qui l'ont incité à consigner le souvenir de ses grands-parents dans « Les marées du Faou ». Ce fut le livre de « la rencontre » et la plume poétique de Philippe le Guillou m'a enchantée, marquée à tout jamais.

Avec PLG, je retisse les liens avec mon passé et ses fantômes, je redécouvre la magie des contes et légendes, des lieux que j'ai parcouru, des vieilles photographies de famille où mes aïeux portent le costume traditionnel. La Bretagne prend vie sous mes yeux, les odeurs, les bruits, n'ont plus la même saveur, ils sont porteurs d'affect. Auparavant, je fuyais l'austérité de cette terre très dure, cette misère qui touchait des familles. PLG en explorant la mémoire de l'enfance, sait m'emporter dans un ailleurs où je peux rêver, où mon imaginaire s'imprègne de beauté et communie avec la mer iodée, les rafales de vent, la vraie nature sauvage et exit mes angoisses!

A l'école primaire, PLG se prenait à rêver devant les cartes de géographie murales de sa classe. Poussé par une certaine jubilation, ses mains tentaient de dessiner cette péninsule avec tout ce qui la compose : son peuple, ses landes, ses forets, ses rivières, ses plateaux de granit. La Bretagne habitait son coeur d'enfant. de cette évocation chargée d'amour, PLG nous restitue, quelques décennies plus tard, entre autobiographie, introspection, et récits de légendes, son testament breton emprunt d'émotion. Il nous transmet quelque chose de charnel, entre rêverie et réalité, sublimé par une écriture magnifique !

Nul mieux que Philippe le Guillou pour décrire ce paysage breton, foulé par les celtes, au cinquième siècle de notre ère, venus du pays de Galles et d'Irlande pour christianiser cette « proue accidentée et rugueuse qui s'enfonce dans l'Océan ».

PLG crée une rêverie infinie. C'est un enchantement, une véritable communion avec les quatre éléments qu'il décline, exorcise ses peurs d'enfant, s'inspirant des forces en présence à la façon de Bachelard mais toujours chargé de poésie entre ces deux opposés, la forêt et la mer.

De sa plume, il se dégage des descriptions d'un tel réalisme que l'on peut entendre le frémissement du vent dans les branches. On se retrouve en ciré à admirer un soir d'orage, le déferlement des vagues qui viennent se jeter sur les rochers, prêtes à submerger la terre. On imagine l'église du Faou avec sa terrasse circulaire qui surplombe le port où tous les anciens au passé de marins viennent admirer les marées comme son grand-père Gabriel.

Et que dire de l'Ankou avec son charroi où certaines nuits, on peut entendre les essieux grincer (c'est pour notre amie@Sachka).Toujours à la frontière qui sépare les vivants et les morts, on sent la présence d'un culte presque païen dans les traces des pratiques anciennes qui devaient rassurer les vivants et vénérer les disparus.

Les forêts qui recouvrent la Bretagne ont inspiré moult contes et légendes, elles portent en elles, les fantasmes, les peurs des voyageurs qui s'égarent, de ceux qui sont détroussées comme dans la forêt du Cranou, la plus grande du Finistère. En glissant jusqu'au Morbihan, on ne peut ne pas s'arrêter dans la mythique Brocéliande, magnifiée par Chrétien de Troyes et ses chevaliers en quête du Graal, pour mieux y transposer la légende arthurienne.

Habiter en Finistère – là où finit la terre - engendre le mystère comme cette nuit effroyable, secouée par des rafales d'une violence inouïe où la ville d'YS fut ensevelie par l'Océan, dans la baie de Douarnenez afin de punir la princesse Dahut. On pourrait presqu'imaginer que le continent s'arrête là, lieu ultime qui peut se prêter à toutes les légendes, serait-ce le domaine de l'Autre monde.

Il suffit de s'éloigner plus loin dans les terres pour prendre conscience de ce que représente le déracinement, de l'importance d'un lieu, d'un endroit, un coin de terre qui devient le symbole de notre représentation du monde. PLG évoque son admiration pour Gracq, Le Braz et pour les peintres Méheut et Yves Tanguy, ces artistes qu'il a découvert alors qu'étudiant, dans les années 70, il se sentait en exil dans cette grande ville de Rennes. Mais comme dans tout désert intérieur, il y a des rencontres qui apportent un peu de lumière et c'est dans une librairie « Les nourritures terrestres » que PLG va trouver son havre de paix.

« C'est une autre conscience qui se forge ainsi, plus secrète, plus rêveuse, indissolublement liée à un imaginaire esthétique cette fois et à cet égard, Gracq, Le Braz, Tanguy auront été des intercesseurs décisifs. Ils me font soudain mesurer l'importance et la richesse d'un univers que j'ai tout juste effleuré alors qu'il dort en moi » - page 115

PLG songe aussi à l'évolution des pratiques religieuses dont le sens se perd au profit d'une modernité qui s'apparente plus à des représentations pour touriste. Son esprit critique nous donne aussi à réfléchir sur cette perte de sens qui gangrène aujourd'hui tous les domaines.

Modernité oblige, l'atroce formica aidant, il y a ce chapitre où il retrace le moment où sa maman a remisé subitement la vaisselle de chez Henriot, un pichet de chez Fouillent, toutes ces « bretonneries » qui lui ont été offertes le jour de son mariage et dont elle veut se libérer. Aujourd'hui, PLG de nouveau chine sur les brocantes pour retrouver cette vaisselle qui le relie à un passé figuré qu'il n'a pas connu et j'ai beaucoup souri, chez moi, toutes ces « bretonneries » ont trouvé leur place. Ce n'est pas un musée, loin de là, mais j'ai conservé quelques vestiges de chez Henriot qui rehaussent un intérieur blanc méditerranéen et moderne. N'ayant aucune racine côté maternelle, je crois que je m'attache à ce qui me donne une identité, ma branche paternelle.

Lire ce « Testament breton » suscite une expérience émotionnelle qui vous entraîne dans une belle promenade au bord de la rivière du Faou, sur la grève de Lanvoy, dans la forêt du Cranou jusqu'au passage de l'Aulne, la plage de Telgruc-sur-mer, la magnifique baie de Douarnenez, sur les grèves de Landevennec et les impressionnants Monts d'Arrée. Une songerie à nulle autre pareille, un texte superbe qui magnifie la Bretagne dans une atmosphère de re-naissance.

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J'avais offert ce livre à ma mère pour ses 92 ans, elle l'avait lu sans doute mais sans commentaire ! J'en avais donc conclu qu'elle n'avait pas apprécié ce testament, elle la bretonne 100 %, père et mère, grands parents et arrière !! Elle a même des le Guillou dans sa généalogie, que nous avons faite pour ses 90 ans ! Mais non, rien ! Pas un mot alors qu'elle peut disserter sur les poèmes d'Yvon le Men .
J'ai compris cette année, car j'ai lu ce testament !
En fait ce livre s'adresse davantage à nous les enfants de 68, qui avons vécu en Bretagne ou non, mais qui y avons passé de grands moments, des vacances humides et grises parfois, mais à coup sur, nous avons suivi des pardons, qu'ils soient à Landevennec ou ailleurs ! Les miens étaient dans les Côtes du Nord, comme on disait alors, Côtes d'Armor d'aujourd'hui . Des post-it partout, pour souligner les décors et les couleurs, d'autres pour les femmes âgées, qui ne l'étaient pas tant que ça, en noir, toujours en deuil de quelqu'un, un certain syncrétisme alliant croyances venant du fond des temps et catholicisme rigoureux, messes en latin et cantiques en breton ! le breton justement que ma grand mère parlait, ma mère comprenait mais n'utilisait pas sauf pour être sure de ne pas être comprise par nous les enfants, mais une oreille traînait toujours et distinguait le mot «  harambar » pour cette confiserie appréciée !!
Oui la Bretagne est une presqu'ile, loin au bout de la France, il faut suer pour la gagner et contrairement à l'auteur, sans doute parce que je n'y habite pas, j'ai bien apprécié le désenclavement routier qui fait que la Bretagne bénéficie de routes en bon état, gratuites ! Ce qui n'est pas le cas du reste de la France !
Une lecture apaisante , balayée de grands vents et découpées par les abers, eau dans terre, terre dans eau, salés/ sucrés, souvenirs mêlés, allez y sans crainte, et profitez ! Bonne lecture
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Nous avons chacun notre Bretagne et l'aimons à notre façon. Il est bien difficile de la faire partager et il faut un grand talent pour y arriver en littérature. le travail de Philippe le Guillou est honorable mais il nous partage sa Bretagne avec ses souvenirs et sa propre sensibilité. Même si je connais un peu la région du Faou pour y être encore passé dernièrement, je suis resté un peu à distance de son ressenti. Mais cela m'a justement fait prendre conscience que toutes ces émotions personnelles sont notre richesse et notre jardin secret.
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critiques presse (1)
LaCroix
28 juin 2022
Philippe Le Guillou s’immerge dans son rapport intime, rêveur et sensible, à la Bretagne, et défend par là une littérature de l’émotion et du mystère.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
C'est une nuit comme celle-ci, j'en suis sûr, que la ville d'Ys a disparu sous la mer. La légende que m'a cent fois racontée mon grand-père dans le grenier de Kerrod parle d'un cataclysme marin dû à la fureur divine : les écarts, les excès, les fastes et les orgies de la princesse Dahut n'étaient plus tolérables, au regard de la morale, et Dieu, par la main de son serviteur Guénolé, a frappé la cité insulaire, les eaux débondées de la baie de Douarnenez se sont précipitées dans le sas des portes marines ; sous les yeux terrifiés du roi Gradlon son père, le moine Guénolé, fondateur de l'abbaye de Landévennec, a repoussé, en la rejetant dans les flots, la princesse qui voulait se sauver en s'agrippant à l'encolure du cheval Morvark capable de chevaucher entre les rouleaux et les gerbes d'écume.
Cette légende, je l'aime plus que tout. Combien de fois j'ai rêvé en contemplant, sur la route de la forêt du Cranou, la maîtresse-vitre du chœur du sanctuaire de Rumengol qui montre Guénolé et Gradlon fonder ce lieu de culte marial juste après l'effondrement de la ville d'Ys. Cette légende, depuis que je l'ai entendue, résonne comme si elle m'appartenait. Tout m'y plaît : le mélange de christianisme et de ferveurs plus anciennes, la liberté et la voracité charnelle de Dahut, la bienveillance de Gradlon, père bon et dépassé, la raideur intransigeante de Guénolé.
Et voici que l'angoissante réalité des éléments démontés, les paquets de mer qui affluent dans la rivière du Faou, le vent fou et sans bride viennent soudain fracasser la coque fabuleuse de la légende, le vernis chrétien, la prétention apologétique ; Gradlon, Guénolé, Dahut et Morvark s'effacent soudain, ils redeviennent ce qu'ils ont toujours été, des créatures chimériques : ce qui s'impose, le seul ordre de vérité qui vaille, c'est celui des vagues qui se ruent, gonflées par le vent. La légende reflue et il n'existe qu'une réalité, élémentaire, invincible, celles des flots et des vents liguées. Et l'insomnie me conduit à cette conclusion hérétique : Ys a disparu, submergée par les vagues comme d'autres villes, Tolente, Occismor, qui défendaient la proue bretonne à ses avant-postes.

pages 44 - 45
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L'évêque apparaît, il porte les ornements bigoudens confectionnés par les ateliers Le Minor et conservés à la cathédrale de Quimper, la mitre-bonnet, la chasuble blanche avec le grand plastron vert sombre brodé d'or. C'est magnifique assurément mais tout me semble suranné, le mélange des genres au plan musical, une dimension spectaculaire trop affirmée, une liturgie qui se cherche, à l'image de l'Eglise. On est en 1974', dans le sillage de l'après-concile. La société évolue à une vitesse vertigineuse, la France vient d'élire un président qui a remisé le grand collier de la Légion d'honneur et simplifié les rites d'un protocole dépassé. L'Eglise recherche sa voie entre les criailleries d'une modernité dissonante et l'exaltation de rites et de pratiques qui se fossilisent et tournent au folklore...
Je ne mettrai pas mes pas dans la procession qui monte vers les dunes. Ce n'est ni de la mauvaise volonté, ni une prise de distance rageuse ; je voudrais adhérer à cette cérémonie, cette beauté, ces insignes qui me semblent soudain reposer sur le sable, sur le vide ....
Je voudrais ressentir cette grandeur, cette ferveur de l'âme bretonne séculaire, et mon cœur demeure insensible. Sans doute vient-il de découvrir d'autres réalités , d'autres urgences. On ne me verra pas de sitôt à Sainte-Anne-La-Palud.

page 89 - NdL : A trop en faire, le sens se perd, les cérémonies se tournent vers les appareils photo des touristes
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Les tempêtes de novembre, celles de mars aussi, évoquent cette suture incertaine, celle d'un monde hostile dont rien ne semble freiner le désir de destruction et de saccage, la lisière de l'Autre Monde avec ses revenants, ses morts qui viennent cogner aux portes et narguer les vivants, la présence active de l'Ankou toujours armée de sa faux et prête à ravir des vies... Mars est un mois dangereux pour les vieillards mais c'est à novembre que je songe ici surtout, le mois noir qui ouvre vraiment les portes du monde des âmes et des spectres, un monde contigu, frontalier, qu'on voudrait à tout prix gommer et qui se rappelle vigoureusement au souvenir des vivants oublieux ou infidèles ...

page 41
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Je ne serai jamais un adepte de la civilisation et de la bagnole et de la vitesse, j'ai vu creuser au Faou le tracé de la voie express destinée à relier Brest à Quimper, j'ai vu des tractopelles et d'autres engins encore plus effrayants dévaster la prairie de Rulann.....tout un univers de petites parcelles entourées de talus et de haies a été pulvérisé, le cordeau de la modernité pompidolienne a arasé les marques du bocage ancien, comblé des chemins creux qui devenaient, l'hiver, des chemins d'eau, détourné le cours de la rivière pour faire place à un échangeur tout enchevêtré de ponts bétonnés et de bretelles d'accès ....
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Je suis venu en hypokhâgne pour lire et pour aimer, pour admirer et pour vibrer, et voici que je m'étiole, déçu par des pratiques et des exercices qui me dégoutent plus qu'ils ne m'emportent. A parcourir presque en osmose l'immense nef et les absidioles d'A la recherche du temps perdu, je croyais naïvement que la littérature illuminait tout, sauvait de toutes les noirceurs et de tous les gouffres, qu'elle permettait d'accéder à cette forme supérieure de la vie intellectuelle et sensible, qu'elle éclairait et qu'elle allégeait, et je vois soudain cette littérature divinisée, idolâtrée, tomber sous les chevilles des tractopelles de la textualité et se laisser démembrer aussi tristement que les prairies finistériennes de l'enfance.
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Vidéo de Philippe Le Guillou
https://www.laprocure.com/product/1495062/le-guillou-philippe-brest-de-brume-et-de-feu
Brest, de brume et feu Philippe le Guillou Éditions Gallimard
©Philippe le Guillou pour la librairie La Procure Animation par Mathilde, libraire à La Procure de Paris
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