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ISBN : 2021019624
Éditeur : Seuil (04/03/2010)

Note moyenne : 3/5 (sur 3 notes)
Résumé :
Alexandre T., scénographe septuagénaire, reçoit la visite d’une jeune femme algérienne, Ourhia, médecin qui travaille à l’hôpital Saint-Joseph et attend un enfant. Elle vient lui demander des comptes sur la mort de son grand-père Driss, qu’il a connu : en témoigne une photo des deux jeunes gens, quand il avait 25 ans, en pleine guerre. Alexandre a en effet été appelé pendant cette guerre, mais il a refusé de se battre et a sympathisé avec un étudiant en droit, sur l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
rachidmokhtari
  14 mars 2011
Le beau visage de l'ennemi, de Catherine Lépront ( Ed. du Deuil, 2010)
Guerre d'Algérie : Amitiés au temps des ennemis
Alexandre T est un Français septuagénaire qui n'a pas raccroché de la vie active. Il est scénographe, décorateur de spectacle et se prépare à un voyage en….où doit se jouer la pièce de théâtre dont il prépare le décor. Mais une autre scénographie va se jouer quand, un jour, une jeune fille algérienne, Ouhria ( Houria ?) , médecin, vient frapper à sa porte, insiste pour le rencontrer et lui montrer une photo jaunie par le temps. Alors, le septuagénaire, scénographe, se dédouble, partage sa place avec le jeune officier de Sas qu'il fut durant la guerre d'Algérie, dans une région de la grande Kabylie, en sa phase cruciale, de 1960 à 1961, plus politique que militaire. Entre Ouhria et Alexandre T s'instaure une complicité intime, davantage qu'une dette de l'Histoire attendue de la jeune fille . L'ancien militaire a connu sa famille dans cette « maison des femmes » kabyle, de sa trisaïeule, Tidmi à sa mère Néfissa qui était enfant au moment où arrive l'officier dans cette SAS où le chef de secteur, Zif 1 et Zif 2 et l'appelé du Vercors avaient pour mission de gagner la confiance de la population autochtone. Arrivé sur le tard, dans un contexte de « pacification », après les opérations « Jumelles » et « Challe » Alexandre T se réjouit d'avoir eu enfin le poste « peinard » qu'il convoitait au grand dam de son père, ancien grand résistant à l'occupation nazie. le militaire, sans arme, si ce n'est cette radio qui lui pèse lourd sur son dos quand, d'aventure, il lui arrive de participer, avec les soldats, à un combat contre les fellagas signalés dans le secteur. Mais sa guerre à lui, est d'estomper l' identité de l' « ennemi », la sienne et celle de la population villageoise dans laquelle, à force de travaux de biens publics, il tente de s'y fondre par une connaissance des coutumes et du parler locales. La maison des femmes, que régente Tidmi, la trisaïeule de Ouhria, omniprésente dans le roman. Les hommes restés au village, dont l'oncle, sont des harkas, effacés de la scénographie, comme encombrants pour le chef de secteur qui prône une véritable osmose entre le « soldat laboureur » et les populations villageoises. Tidmi est la patriarche de la maison des femmes. Féministe, très au fait d'une modernité avant l'heure, elle est, pour Alexandre T, une possibilité humaine à travers laquelle s'estompe le « visage de l'ennemi ». Il lui a même promis de l'emmener voir la mer à Alger. Dans l'atelier du septuagénaire, entre Alexandre T et Ouhria, défilent des galeries de portraits arrachés au silence du temps, à une amnésie qui s'est avérée impossible. Ouhria écoute plus qu'elle ne parle, ne pose des questions, si ce n'est quelques exclamations à propos du souvenir récurrent de Tidmi. Mais est-elle venue remuer un passé vieux d'un demi-siècle en ce septuagénaire qui a décidé de « ranger » ses souvenirs définitivement dans des cartons en ce lieu délabré pour reconstituer une généalogie qu'elle connaît ? Non, la photo qu'elle veut montrer à l'ancien soldat, intime de Tidmi et de sa maman qu'il a tenu, enfant, sur ses genoux, n'est pas extraite d'un album de famille. Alexandre T ne l'avait jamais vue. Mais il s'y reconnaît, jeune soldat, le bras sur l'épaule d'un jeune homme de la maison des femmes, Driss, avocat, revenu au village, après de brillantes études à Alger, petit-fils qui fait la fierté de Tidmi.
Ce personnage de Driss, grand-père de Ouhria, n'apparaît qu'au trois quart du roman alors même qu'il en constitue l'énigme que cherche à percer sa petite fille Ouhria. Pourquoi est-il revenu au village, lui, promis à une belle carrière d'avocat, pour, dans cette « désolation » comme il le dit lui-même, s'y marier et être assassiné dans une « zone interdite » on ne sait comment ni par qui en cette année 1961. Sa présence au village éveille les soupçons du chef du secteur qui voit en lui un agent infiltré du FLN. Alexandre T, gagné par l'ennui et surtout par la solitude, le vide laissée par Yvelines, son amante à laquelle il ne cesse d'adresser des lettres numérotées et qui hante encore, par sa silhouette on aurait dit de top-modèle, l'atelier désaffecté au point où Alexandre voit en la jeune algérienne, Yvelines, trônant avec son fume cigare, élégamment vêtue. Yvelines ne veut pas entendre parler de cette guerre. Elle veut sauver son amour. Un temps, elle exhorte son musicien de déserter les rangs et de la rejoindre par tous les moyens, un temps, elle se ravise,lui conseille plutôt de se faire oublier, l'essentiel, lui avait-elle dit est qu'il lui revienne entier. Au moment où Ouhria est venue rompre la solitude du vieil homme, Yvelines est morte emportant avec elle la douceur du paysage marin et les dernières parcelles d'amour vécues avec Alexandre T. le personnage d'Evelyne, en retrait de la guerre d'Algérie, est le versant de la vie intime d'Alexandre T qui, par elle, se donne une raison de vivre la guerre dans le djebel Kabyle à défaut de la faire. de la vivre par cette nouvelle amitié inattendue, avec, le petit-fils de Tidmi, l'aïeule, le père de Nafissa, grand-père maternel d'Ouhria, mort si jeune, absurdement. Ce retour de Driss dans sa montagne Kabyle inquiète aussi Alexandre T dont la responsabilité au sein de la SAS est de signaler à sa hiérarchie tout départ et toute arrivée au sein de la population villageoise. Mais, Driss, fût-il le « nouveau visage de l'ennemi » n'est pas un fellagha. Alexandre et Driss sympathisent mais restent, l'un vis à vis de l'autre, quelque peu sur leurs gardes. Certes, ils se voient, se promènent. Toute la SAS, le chef de secteur, l'appelé du Vercors, Zif 1 et Zif 2, les deux soldats, ainsi surnommés par les habitants du village, assistent à son mariage, le félicitent et participent aux réjouissances. Mais, il y a comme une ombre qui plane entre le jeune avocat et Alexandre. La mort de Driss reflue dans l'atelier du septuagénaire et met en confiance Ouhria qui ne s'attendait pas à une telle catharsis de l'ancien militaire.
Ouhria pénètre de plus en plus dans l'intimité d'Alexandre T et participe même aux travaux de la préparation du décor de la pièce théâtrale. Alexandre T , qui s'est refusé jusque-là, à ouvrir les archives de « sa » guerre, déballe les cartons poussiéreux et fait découvrir à la jeune Ouhria sa collection de portraits qu'il a « croqués » au village kabyle, des portraits au crayon réunis sous le titre générique « le beau visage de l'ennemi ». Il déballe ainsi un pan, court mais chargé de tensions, de sa vie de soldat français en Algérie. La venue d'Ouhria lui a sans doute permis de voir plus clair en lui-même, de guérir d'une mémoire blessée, d'une honte, d'une peur, d'une solitude, avec lesquelles il est resté enfermé dans sa conscience. Artiste et militaire ne s'opposent-ils pas, ne sont-ils pas aux antipodes l'un de l'autre ? La jeune algérienne, représentant une troisième génération de l'après-guerre ( son arrivée chez Alexandre T date des années 1990). Ainsi, deux générations se rencontrent en France que tout sépare mais que tout réunit finalement dans une mémoire complexe, vive, généreuse, et, pour tout dire, humaine.
Sur le plan de sa construction formelle, le texte s'offre à lire dans une rythmique polyphonique. L'auteur a choisi le style indirect libre, sans avoir recours au dialogue comme si cela traduisait une impossibilité de vivre le présent d'énonciation. Une musique syntaxique, une participation harmonisant le présent et le passé dans des allers-retours sans cassures. Plusieurs énoncés sont mis entre parenthèses comme si l'auteur s'adressait au lecteur et le mettait dans des confidences sur tel personnage, tel fait, tel détail). La guerre n'est jamais décrite dans sa réalité cruciale, mais elle n'est pas pour autant un décor en filigrane. Elle est insidieuse, dans la conscience des protagonistes qui mènent une autre guerre, à eux, intimes et personnelle. D'où ce télescopage entre les histoires intimes de Tidmi, d'Alexandre T, de Driss, emportés par un mouvement irrépressible de vivre malgré la guerre et cette grande Histoire pour laquelle l'auteur note au passage les grands faits politiques de cette période décisive de l'indépendance de l'Algérie. Pour autant, Alexandre T et Ouhria l'ont-ils vaincu cinquante ans après ?
L'esthétique de ce roman rappelle celle, puissante, du roman Des hommes de Laurent Mauvignier. Les deux romans partagent la même période historique et mettent en contiguïté l'histoire personnelle des protagonistes et la grande Histoire.
Rachid mokhtari
Ecrivain-journaliste
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Commenter  J’apprécie          50
zabeth55
  28 août 2013
Alexandre T. est rattrapé par son passé.
Veuf, âgé, encore décorateur de théâtre, il reçoit la visite d'Ourhia, jeune médecin algérienne. Or il était officier pendant la guerre d'Algérie et connaissait bien Driss, le grand-père de la jeune femme. Et tout ressurgit.
L'absurdité de la guerre, l'amitié entre ennemis, les soupçons de trahisons… tout est finement analysé.
Une écriture et une histoire belles mais pas faciles à suivre.
Il faut parfois reprendre certains passages pour bien comprendre.
Commenter  J’apprécie          110
frandj
  12 septembre 2015
Je l'écris tout de suite: je n'ai pas aimé ce roman, quoique son contexte me semble très digne d'intérêt. Pourquoi ? D'abord et avant tout à cause de son style que j'ai trouvé terriblement "littéraire" et pour tout dire horripilant; c'est une réaction personnelle que je n'ai pas à justifier ici.
L'autre point d'achoppement, à mes yeux, c'est le sujet même du livre: les relations supposées exister entre les autochtones et l'armée française, pendant la guerre d'Algérie. Même si l'histoire rapportée concerne la période de (pseudo) pacification en Kabylie, je ne crois pas un instant à cette amitié entre l'officier de SAS (Alexandre T.) et le jeune Algérien revenu dans son village (Driss). Je pense sincèrement que la méfiance, le danger latent, le fossé culturel, rendaient un tel lien amical presque impossible, en dépit des efforts déployés pour apaiser les tensions et améliorer les rapports entre Arabes (ou Kabyles) et Français. Dans un conflit aussi atroce, les hommes se trouvent presque toujours "étiquetés" par leur appartenance (objective) à une communauté, indépendamment de leur orientation personnelle, politique ou autre. Ils n'ont généralement pas la possibilité (ou le courage ?) de faire jouer leur libre-arbitre pour s'affranchir des contraintes pesant sur eux, pour oser franchir le mur de la peur et, donc, pour établir des liens personnels dans l'autre camp. Bien sûr, il y a eu de rares exceptions: des "porteurs de valise" européens, ou des autochtones restant indéfectiblement fidèles à leurs protecteurs pieds-noirs, au risque de leur vie (ils furent nombreux à être égorgés). L'immense majorité était quasiment obligée de "filer doux" et souvent de prendre un profil bas. Ils affichaient une posture d'un Européen s'il étaient Européens, ou d'Arabes s'il étaient Arabes. Il serait très injuste de le leur reprocher maintenant, car nous ne ferions sans doute pas autre chose dans les mêmes circonstances.
Comme tout le roman est basé sur ce lien (restant assez mystérieux) entre Alexandre et Driss, on comprendra que je n'aie pas apprécié ce roman. Encore une dernière critique: l'idée de cette enquête tardive sur la disparition de Driss m'apparait hautement invraisemblable. Une leçon à retenir des guerres passées, c'est que les individus ont généralement une violente envie de les oublier le plus vite possible. Les commémorations et l'entretien de la mémoire historique,c'est essentiellement l'affaire de l'Etat. Une grande majorité d'Algériens, s'ils étaient interrogés aujourd'hui, répondraient sans vergogne à C. Lépront: "La guerre d'Algérie ? ... connais pas".

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Commenter  J’apprécie          10
rachidmokhtari
  13 mars 2011
chère Catherine Lépront
Je m'appelle Rachid Mokhtari, écrivain journaliste algérien. J'ai lu le beau visage de l'ennemi et j'aimerais avoir un entretien avec vous sur ce roman ont j'ai apprécié à la fois le thème et la musicalité syntaxique.
J'ai lu Des hommes de Mauvignier et où j'ai laissé mon âme de Jerôme Ferrari. le vôtre est esthétiquement plus proche de Mauvignier.
Voici donc mon mail:
h_rachid_50@yahoo.fr
Je vus enverrai ma note de lecture sur votre mail.
En espérant que vus lirez ce message.
Commenter  J’apprécie          20
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