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ISBN : 2848050969
Éditeur : Sabine Wespieser (07/04/2011)

Note moyenne : 3.44/5 (sur 67 notes)
Résumé :

« Je réinvente ma vie dans le désordre en mélangeant les temps, les lieux, les êtres chers, maisc’est tout de même ma vraie vie. Peut-être que cette journée est un cadeau plutôt qu’unempêchement et un rendez-vous manqué. J’attendais l’Italien, c’est Antoine qui est venu, dans lesilence de la ville qui est une autre ville, lointaine et familière à la fois ». Ce c... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
nadejda
  04 juin 2017
Seul un jour gris et laiteux où la neige vient estomper le présent, en atténuer les bruits, peut faire ainsi resurgir des images du passé un peu floues, entre rêve et réalité.
C'est dans un monde flottant, ouatiné que nous entraîne l'auteure mais les blessures du passé, si elles se sont adoucies, n'en sont pas moins présentes. Les lieux sont eux-aussi propices aux envols loin du quotidien, le bien nommé "café Lunaire", la gare où elle attend un italien, un train qui l'emporte vers Ferrare, Antoine et l'Aubrac.
Le propre de la neige qui tombe c'est aussi d'effacer au fur et à mesure les traces de pas. Les souvenirs apparaissent eux-aussi et s'éloignent au gré de l'errance de la narratrice. Ils viennent témoigner de la disparition inéluctable de moments que l'on tente désespérément de retenir.
Mais nous dit la narratrice : "Je réinvente ma vie dans le désordre en mélangeant les temps, les lieux, les êtres chers mais c'est tout de même ma vraie vie"
J'aime à chaque fois les retrouvailles avec l'univers de cette auteure, sa petite musique insistante, douce et mélancolique qui m'emporte et m'enveloppe de son murmure.
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LiliGalipette
  21 mars 2012
La narratrice est allée à la gare à la rencontre de l'Italien, un homme qu'elle croise tous les mercredis matins au Café lunaire. L'Italien y parle toujours de Ferrare. Sésame des souvenirs, ce nom réveille la mémoire de la femme. « Au Café lunaire, en présence de l'Italien, je suis dans le temps de ma vie à Ferrare, un temps qui me poursuit depuis que j'ai quitté cette ville à laquelle je pense comme à un amour inachevé. » (p. 22) Ferrare, c'est une partie de la jeunesse de la narratrice, c'est une longue déambulation citadine au gré d'indices cinématographiques. C'est pourquoi, aujourd'hui, l'absence de l'Italien à la gare ébranle un équilibre déjà très fragile.
Quand elle raconte sa routine matinale, la narratrice souligne la laideur de sa vie de bureau, laideur qu'elle ne peut supporter qu'avec le café qu'elle prend tous les matins et la promenade qu'elle fait dans le Jardin des Plantes. Elle y croise souvent un corbeau et tente de l'apprivoiser. La narratrice souffre d'une grande solitude et sa détresse est sans commune mesure. L'absence de l'Italien, ce matin, est presque inexcusable. Et pourtant : « J'aimerais que l'Italien me rattrape en courant et en s'excusant d'avoir raté son train. » (p. 29) Rêve romantique ? À peine, plutôt espoir de ne plus disparaître dans la brume des jours.
Autre douleur, le Jardin des Plantes est fermé à cause de la neige. Alors la narratrice avance sans but dans la ville blanche et froide. Après l'Italie, c'est l'Aubrac qui remonte du fond de sa mémoire, entraînant dans son sillage les souvenirs d'une jeunesse exaltée. « J'aimais Antoine et Jean. Jean aimait Lise. Antoine m'aimait sans doute, moi c'était surtout notre complicité que j'aimais, ce voyage initiatique et tout un monde que nous inventions. » (p. 40) La narratrice court après un autre absent : un jour, Antoine a disparu et ce départ laisse trop de questions en suspens. « Je me demande ce que sont devenus Lise et Jean, ce que nous sommes devenus sans Antoine. » (p. 17) Toujours, l'absence de l'autre renvoie au constat d'un manque, voire d'un échec. La narratrice aimerait faire le point, redonner du poids à sa vie. Mais outre la détresse et la solitude, il y a un certain lâcher-prise, un abandon plus ou moins consenti : « Mais je ne sais plus très bien ce qu'est le cours ordinaire de mes jours, du moins ce qui lui donne un sens véritable. » (p. 85) Pas de révolte, ni de sursaut. La vie l'emporte et elle ne fait aucun geste pour sortir du lac immense et blanc dans lequel elle sombre.
Son esprit mélange ses souvenirs et l'Histoire, et la narratrice vit une journée à part : mai 68, Woodstock, la Beat Génération, les chars dans Prague, les films d'Antonioni et un roman de Marguerite Duras composent une fresque mouvante qui témoigne des bonheurs et des peines. Et la neige, qui ne cesse de tomber, recouvre tout, comme un sceau fabuleux qui entérine toutes choses : « Je ne veux penser qu'à la neige, à toutes les fois où elle m'a laissé le souvenir d'un moment essentiel. » (p. 49)
Lente élégie, le récit de la narratrice n'est jamais lyrique. Alors que le froid pourrait exacerber les sensations, la neige étouffe les douleurs et calme les mouvements brusques. Pas de doute, un roman qui magnifie à ce point le froid et l'hiver ne pouvait que me plaire. L'errance triste de la narratrice a trouvé quelques échos en moi. Et la citation finale, empruntée à Hannes Pétursson, est superbe : « Mourir, ce n'est rien que le mouvement absolument blanc. » Un très grand coup de coeur pour ce roman de Michèle Lesbre : je découvre l'auteure avec ce texte, je n'en resterai pas là.
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lauredanse
  27 février 2013
Edith a pris un jour de congé ce mercredi enneigé pour aller attendre à son train cet italien, qu'elle voit toujours dans le Café lunaire, sans oser lui parler. Mais ce matin-là,exceptionnellement, il n'est pas à l'arrivée du train de 8h15. Elle est ébranlée et son sentiment de solitude croit avec cette déception. Edith part alors marcher dans les rues de la ville et s'arrête dans un autre café où un jeune homme l'aborde. Il lui demande ce qu'elle fait dans la vie, mais elle répond en détournant la question « Ce matin mes habitudes sont chamboulées, alors je tente de m'adapter ». Edith se remémore alors comment elle a voulu aller à la rencontre de cet italien. Il discute toujours avec ce serveur et parle de Ferrare, cette ville qu'elle connaît très bien et qui lui rappelle des souvenirs. Elle a envie de parler de cette ville avec lui.
La narratrice, Edith, a des habitudes bien réglées, comme d'aller dans le Café lunaire, puis traverser le Jardin des plantes, pour ensuite retrouver son travail. Elle est assistante et a un collègue qu'elle déteste. Dans ce parc elle y retrouve un corbeau freux sur un banc, avec qui elle discute en italien, c'est son compagnon de ce moment particulier, cet instant doux qu'elle savoure chaque fois avant de rejoindre son travail. Mais avant cela, son chemin débute par un parcours en bus. le jour où elle a pris la décision d'aller à l'encontre de l'italien, sa journée avait déjà commencé d'une étrange façon, avec le suicide d'un homme qui s'était assis en face d'elle. Puis le parc était fermé à cause de la neige.
Dans ce récit se mêlent le présent et le passé, dans un parcours d'une journée. La neige y est en toile de fond et est un déclencheur. Edith nous raconte ses souvenirs, de son enfance dans l'Aubrac, à son adolescence épique et amoureuse avec Antoine, jeune révolutionnaire pour la lutte des classes, à sa fuite à Ferrare, cette ville italienne. La neige lui procure « la sensation fugitive d'une sorte d'éternité », c'est pourquoi tout ce qu'elle se rappelle et qui l'a marquée a toujours le goût de la neige. Elle lui rappelle son enfance et la mort. Il se dégage de ce roman une belle mélancolie et une grande nostalgie. On se sent apaisé, comme dans un voile soyeux et blanc qui nous entoure. L'écriture y est fluide et poétique. Une femme dans la solitude et qui se retourne sur ses souvenirs le temps d'une journée, une femme résignée. Mais malgré les souffrances et les peines qui ont pu marquée sa vie, Edith vit, triste et seule, mais elle vit dans son tableau de neige « je ne veux penser qu'à la neige, à toutes les fois où elle m'a laissé le souvenir d'un moment essentiel, mon premier voyage à Ferrare, ce matin devant le Jardin des plantes, le blanc plateau de l'Aubrac en hiver ou le grand champ de Mme Renée. Ne penser qu'à la neige, un éternel éblouissement. »
Je vous recommande ce court roman pur et de blanc vêtu (82 pages). de belles références littéraires, musicales et cinématographiques accompagnent ses souvenirs.
Lien : http://madansedumonde.wordpr..
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brigittelascombe
  17 août 2011
"Seul l'hiver est la saison de l'âme" affirmait Césare Pavèse, et en cet hiver parisien, où le Jardin des plantes survolé par un corbeau noir, se couvre de blanc, les souvenirs d'Edith Arnaud (la narratrice d' Un lac immense et blanc) s'égrènent comme de gros flocons sonnant à l'horloge de sa vie.
Gare d'Austerlitz. 8 heures 15.Le café Lunaire. L'italien, celui du mercredi, dont elle ne connait que la voix, la silhouette voutée et le statut de chargé de cours en fac,a-t-il raté son train?
Rue Buffon.Il neige.Le ciel est pâle.Et sur les accents chantants, "la douceur rapeuse des mots" de l'inconnu de Ferrare, la mémoire émerge du brouillard pour écrire le passé sur une page blanche.
Antoine, l'étudiant fougueux de Nanterre lors des combats communs en 68, l' amant passionné du plateau d'Aubrac,le jeune révolutionnaire complice d'une guerre mélangée au bonheur et son lac immense et blanc s'est envolé sans laisser de traces.Le voilà, juste en filigrane.Fugace.
Madame Renée,celle de l'enfance,celle qui fermait les fenêtres qu'Edith s'empressait d'enjamber pour s'en aller courir dans la neige, le visage mordu par le gel.Vivace.
Ferrare, ilot de silence et de paix dans un vieux couvent.Violence.
Ferrare, "mot magique entre lui et elle". Cet italien "personnage de Bassani" le reverra-t-elle?
"Ne penser qu'à la neige comme un éternel éblouissement".
Moment d'intense poésie nostalgique d'une neige qui en appelle une autre celle de Maxence Fermine, avec sa funambule et son amour passé, mais l'on en vient à se demander si l' hiver de Michèle Lesbre,lui blanc de blanc, retrouvera un jour ses couleurs printanières?
Un superbe roman d'une auteur qui a déjà publié une dizaine d'ouvrages, connue notamment pour le Canapé rouge (prix Millepages 2007).
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Seraphita
  17 août 2013
« J'attendais l'Italien, c'est Antoine qui est venu, dans le silence de la ville qui est une autre ville, lointaine et familière à la fois. » (p. 55) La neige a blanchi Paris en ce petit matin. le Jardin des Plantes n'ouvrira pas aujourd'hui, condamnant la narratrice à contempler de l'extérieur l'immensité blanche des lieux dont elle est coutumière. C'est un homme qu'elle ne connaît pas qu'elle attendait, en vain, c'est un autre – disparu depuis longtemps – qui va surgir, au fil d'une promenade qui s'étire, à l'image de l'infini des souvenirs qui jaillissent.
Dans « Un lac immense et blanc », Michèle Lesbre a réussi à étirer le temps d'une journée blanche d'hiver, à rendre la densité et l'opacité de souvenirs, en un nombre de pages extrêmement réduit. L'échec d'une rencontre improbable va ici ouvrir la narratrice à d'autres rencontres, plus intérieures, plus douloureuses peut-être, aussi, car fondées sur le souvenir de temps heureux et perdus, irrémédiablement. Elle dérive au fil des résurgences qui s'offrent à elle : les temps de sa jeunesse, mai 68 et un amour disparu, sur fond de l'immensité de la neige ; l'Italie et le temps de l'exil, la rencontre avec des Soeurs que tout sépare ce qui, paradoxalement, les unit : « Elles croyaient en un dieu auquel je ne crois pas et c'était ce qui nous rapprochait sans doute, nos tâtonnements maladroits et différents pour éviter de sombrer. Ce bel exil m'éloignait d'un chagrin prolongé, de son infertile entêtement. J'apprenais la solitude, je m'y déployais dans un champ nouveau de liberté et de désir que la ville embellissait encore. » (p. 53-54.) Restent les mots qui tentent de réunir et filer ensemble les temps qui reviennent du fond de la mémoire, des mots qui s'efforcent d'ouvrir « l'étanche barrière de silence qui se referme sur l'absence, disent le chagrin et la suite inexorable des jours, les petites démissions. » (p. 71).
L'écriture est magnifique, empreinte d'une poésie douce-amère, même si l'érudition du propos vient parfois faire obstacle à l'avancée du récit.
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Citations et extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
nadejdanadejda   04 juin 2017
Le ciel pâle fait écho à la blancheur immaculée. Les arbres flottent dans une brume nacrée que la neige tient en suspens. A loin, de dos, Buffon navigue sur sa stèle comme sur un radeau de fortune. Quelque chose de l'enfance m'envahit soudain, quelque chose de confus, de doux aussi que pourtant je voudrais ignorer, sans raison précise. Derrière moi, la ville s'estompe, elle se laisse avaler par tout ce blanc qui se répand sur elle. Et puis des mots résonnent dans ma mémoire et aussi la voix qui les prononçait des dizaines d'années en arrière, Un lac immense et blanc ! Un lac immense et blanc ! Je revois la mince silhouette d'Antoine se roulant dans la neige comme un chien fou. Nous étions trois à le suivre des yeux sans oser le rejoindre, c'était si beau. C'était dans un autre monde, un autre temps. C'était peut-être même un songe.
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nadejdanadejda   04 juin 2017
Ce sont souvent les mots de Jankélévitch qui me viennent lorsque je pense à Antoine, "la douceur navrante des consolations" ... Ils ouvrent l'étanche barrière de silence qui se referme sur l'absence, disent le chagrin et la suite inexorable des jours, les petites démissions.
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lauredanselauredanse   27 février 2013
(…)j’ai pu, lors de ce séjour, apprivoiser la solitude, aimer le silence de ma chambre et pacifier une relation douloureuse avec le temps. J’avais l’étrange sentiment de vivre avec elle comme avec une personne, dans une sorte de tranquille abandon. C’était une véritable rencontre.
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lauredanselauredanse   27 février 2013
Très jeune, j’y restais longtemps à boire des cafés en scrutant les visages des hommes qui venaient s’accouder devant un verre, silencieux, presque recueillis, souvent simplement rêveurs. J’attendais qu’ils s’aperçoivent de ma présence, j’attendais jusqu’à ce qu’un regard se pose sur moi. Je le soutenais quelques secondes et je m’en allais. Quelque chose me fascinait dans ces brèves apparitions, l’idée de leur effacement, je crois, j’en éprouvais alors un vague et voluptueux désespoir. J’arrivais en retard au lycée et j’essayais de me souvenir d’eux, de tout ce qui pouvait les rapprocher de mon père, du souvenir que j’avais de lui.
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lauredanselauredanse   27 février 2013
C’est un étrange souvenir. Je ne pleurais pas seulement sur la mort de Laura Betti, je pleurais sur l’effacement insidieux des êtres et d’une époque qui peu à peu se délitait. Cette femme incarnait de façon inattendue, à travers sa disparition et tout ce que j’apprenais d’elle, toute une période de ma vie désormais enfouie. J’étais tout à la fois ailleurs et personne dans cette ville, ce n’est qu’au bout de quelques jours que j’ai su lire, dans les regards que je croisais, mon immense et nouvelle liberté.
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Vidéo de Michèle Lesbre
https://www.librairiedialogues.fr/livre/10978327-chere-brigande-lettre-a-marion-du-faouet-michele-lesbre-sabine-wespieser 5 questions posées à Michèle Lesbre qui nous parle de son livre "Chère brigande, lettre à Marion du Faouët" paru aux éditions Sabine Wespieser. Questions posées par Morgane Ollivier. Réalisation : Ronan Loup.
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