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ISBN : 2742777016
Éditeur : Actes Sud (15/08/2008)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 174 notes)
Résumé :
Présentation de l’éditeur :
Contraindre un corps qui se refuse au plaisir pour attirer le vide, pour suspendre l’équilibre du monde : c’est Lea quand elle danse, c’était sa mère quand elle devait « aimer » les hommes. Par une nuit d’orage en bord de mer, mère et fille acceptent enfin de briser les digues.
Elle est dans la quête de la beauté, la perfection du geste, la maîtrise absolue du moindre muscle de son corps. Jamais pourtant elle ne parvient à s... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (61) Voir plus Ajouter une critique
Moovanse
  03 août 2015
Un fil d'Ariane né de l'utérin,
amniotique douceur d'un corps douleur …
Deux coeurs douleur.
Ce sont les premiers mots qui me viennent à l'esprit, chahutée par ma lecture, émotion non contenue …. un peu de brume aux yeux. Jeanne Benameur a fait mouche !
Elle, c'est Léa. Une vibration. Un mouvement perpétuel. Une grâce qui étire chacun de ses gestes, aiguise ses muscles, courbe son corps au plus juste, pour occuper l'espace, tout l'espace, tout de grâce. Si elle pouvait, Léa, elle deviendrait poussière, poussière d'air, légère, particule anonyme, volatile, juste un souffle de lumière qui rejoindrait un ciel, vaste - plein.
Elle danse.
Elle ne sait faire que ça, Léa, danser - pour altérer son vide.
Qu'elle est belle, ainsi, sculptée par l'effort !
Elle promène alentours l'apparence de son corps - équilibre parfait, tranquille.
Lisse à l'extérieur .... Diffractée à l'intérieur.
Léa porte ses peurs sous la peau comme des « éclats de bombe », c'est « un champ de mines » qui danse jusqu'à épuisement, juste pour éviter l'explosion !
Elle est ainsi depuis l'enfance, ainsi dans ses amours, aussi : Dé-liée, touchable mais Injoignable, abordable mais Introuvable. Toujours quelque chose en elle qui ne se donne pas.
Pourquoi ?
Elle, c'est Romilda. Immobile. Frêle et fragile. Toute de noir vêtue : celui du deuil, de la guerre, de la honte, là bas, en Italie, il y longtemps, très longtemps … Elle, depuis, n'est Personne. Elle vit seule, recluse exilée en bord de mer aux falaises vives, calfeutrée de silence, mutilée dans ses chairs. Taiseuse.
Vibration d'Amour désaccordée. Disloquée.
Romilda, c'est un livre : « Tu, Mio ». Livre refuge, Toi et Moi, homme – amour, Toi et Moi, femme – enfant, Toi et Moi dans la plainte sourde et tue … Son livre, son seul soleil - Caché.
Comment dire ?
La narration mélange passé, présent, sous forme de petits tableaux imbriqués : sorte de puzzle distillant ses fragments d'histoire au compte goutte.
Autant de souvenirs acérés, d'épines au coeur, de questionnements blafards, d'effroi, d'horreur, d'infernales déchéances …
Autant de retenues aussi.
Jeanne Benameur sait les mots justes, tamisés, ceux qui, économes, transpercent pourtant la page pour nous éclabousser les yeux d'images fortes et le coeur d'émotions crues.
Magie de l'écriture, bouillonnante, explosive, tempétueuse à la rythmique saccadée qui jette sa rage sur la feuille, magie de l'écriture qui affute nos sens par la douceur et la poésie qu'elle infuse.
"Aimer c'est juste accorder la lumière à la solitude.
Et c'est immense."
Immense, comme cette immense histoire d'amour – charnelle et viscérale.
Immense, cet « accouchement » décalé, ombres lavées évaporées, où la lumière enfin Re-liée peut s'accorder sans crainte aux gestes et à la voix.
Ne restera, limpide, que le cristal.



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michfred
  16 octobre 2015
"Laver les ombres, en photographie, signifie mettre en lumière un visage pour en faire le portrait"
Laver les ombres, c'est aussi s'abandonner à la tempête des mots, laisser déferler les lames, couler les larmes, se laver, s'épancher, s'épurer, se retrouver.
C'est habiter les yeux ouverts l'espace de l'amour maternel, c'est donner à son corps d'enfant jeté dans la vie sans un mot, à ce corps contrôlé, contraint à la discipline et rompu à l'exercice impitoyable de la danse, tout entier adonné au mouvement, une place enfin stable dans l'espace.
C'est lui ouvrir l'espace du coeur.
Laver les ombres, c'est "avoir le coeur net", au propre et au figuré. C'est permettre au coeur de battre de nouveau à l'unisson d'un autre.
Encore une fois, un secret de famille-lourd, très lourd- mure une mère dans le silence, et emmure sa fille dans une danse élégante, épuisante, excluante. le dire enfin ouvre les deux prisons, intérieure et extérieure.
Mais l'originalité de ce très beau récit tient en deux mots: Léa, la fille, est danseuse et Romilda, la mère, est italienne.
Et la langue de Jeanne Benameur, claire comme une épure, tranchante comme le rasoir, juste comme un accord, sait si bien dire le mouvement contrôlé de l'une et l'effroi de l'autre, étrangère à sa langue, étrangère à son corps, étrangère à sa vie,- qu'elles ne peuvent que se rejoindre, une nuit de tempête mémorable et cathartique, dans la petite maison près de la falaise vive, celle qui continue de crouler dans les vagues de la mer..
"Est-ce qu'aimer , ce n'est pas vouloir rejoindre sans relâche?"
"Aimer c'est juste accorder la lumière à la solitude. Et c'est immense"écrit joliment Jeanne Benameur
Un roman au sujet classique- un secret de famille qui , délivré de sa gangue de silence, renforce encore les fils tissés entre la fille et la mère et surtout donne à la danseuse encagée et à la mère mutique une liberté nouvelle, d'aimer, de nommer, de chérir...- mais surtout un poème rythmique comme une danse..
"Un rond de danse et de douceur" disait Eluard: oui, au final, un ballet de douceur retrouvée.
Une chorégraphie où tous les corps peuvent prendre place - le corps jeune et sculptural de Léa, le petit corps vieilli, presque effacé par la honte et la douleur, de la mère - mère et fille unies dans la même sarabande.
Laver les ombres, c'est un "rêve dansant" comme le merveilleux ballet de Pina Bausch, où les corps , tous les corps, les maigres et les lourds, les jeunes et les vieux, les gracieux et les maladroits, sont beaux et émouvants, parce qu'ils disent leur histoire en s'inscrivant humblement dans l'espace, avec les autres...
Merci à Moovanse et à Latina, qui m'ont fait découvrir Jeanne Benameur...
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TerrainsVagues
  15 mars 2017
Il y a quelques temps, une critique de Moovanse m'avait fait noter quelque part qu'il fallait absolument que je lise « Laver les ombres » de Jeanne Benameur. Voilà qui est fait.
Au départ, c'est vrai que c'était pas gagné parce que l'histoire d'une chorégraphe… Autant la musique, oui, autant la danse, non… le tutu ne me sied point, quant aux collants, ils me boudinent.
Heureusement, j'ai pris sur moi (bon ça n'a pas été un effort surhumain non plus) parce que, quelle lecture !!!

Laver les ombres, comme l'ont écrit Michfred et Nastie92 dans leurs excellents billets, signifie en photo, mettre en lumière un visage pour en faire le portrait.
Hombre quels portraits !!!
Léa, chorégraphe. Elle danse pour se sentir vivante, pour occuper l'espace. La vie, c'est le mouvement.
« Sa pensée, c'est la vibration. C'est tout.
La justesse du mouvement justifie son souffle sur terre.
Il n'y a pas d'autre façon de vivre.
La concentration totale sur chaque vibration d'archet et une absence tout aussi totale à soi même. Alors seulement quelque chose a lieu.
Elle est en mesure.
Elle respire. La peur reflue.
Elle continue.
A nouveau, peu à peu, elle entre dans l'espace. Elle y a droit. Alors son temps lui appartient. Et elle, elle appartient au monde. »
Bruno, peintre. Il capte le mouvement pour le figer.
Lui, statique. Elle, ne tenant pas en place. La relation est compliquée, comme un défi.
« Elle ne sait offrir au regard que le corps conscient. Même à Bruno. Tenir la pose, c'est s'abandonner. Ce paradoxe, elle ne peut pas. Les peintres attendent le moment du renoncement. Elle le sait. Comme la petite chèvre de M. Seguin, le moment où cesse la lutte. Renoncer à imaginer son propre corps. L'oublier. le confier à celui qui, de l'autre coté, peint. Parvenir juste à habiter le lieu ».
Romilda, mère de Léa. Ombre des ombres, le coeur lourd.
« C'est quoi la peur toujours, la menace dans tes yeux, maman, c'est quoi ? C'est quoi ce que tu avais à me dire ?
La vieille dame redresse le buste. Elle a la tête baissée mais dans le redressement du buste il y a comme un défi.
Léa ne la reconnait pas »
Laver les ombres, comme pour les purifier.
Première ombre, ombre à paupière. Celle présente sous les paupières de Romilda.
Laver les ombres, se libérer des fantômes qui la hantent depuis si longtemps. Démaquiller sa vie.
Deuxième ombre, l'ombre du doute. Celui qui lui fait redouter de perdre Léa. Celui qui la fait hésiter à se libérer d'un poids trop lourd à porter pour terminer sa vie plus sereine.
Et puis il y a l'ombre qui plane sur la vie de Léa. Cette peur liée à l'enfance qui la laisse toujours à la frontière. A l'océan de tous les possibles, elle reste sur le sable.
Enfin la plus terrible des ombres, celle du père, adoré par Léa. Laver son ombre, pas pour le mettre en lumière mais pour s'en délivrer. Pas de portrait pour cette espèce de porc très…
C'est dans un climat de tempêtes intérieures et extérieures (les vents font rage et l'Océan menace dans cette ville côtière) que dansent les ombres.
L'écriture de Jeanne Benameur me fait penser à l'océan. Oui un rythme océanique, des phrases courtes sans fioritures, des mots qui vont à l'essentiel comme une série de vagues. Et puis l'accalmie avant une nouvelle série émotionnelle plus forte encore. Marée haute qui vient lécher nos côtes les plus intimes, marée basse qui laisse entrevoir nos chants de bataille. Et puis cette houle qui serre le coeur, laisse une boule dans la gorge. Les embruns qui viennent mouiller les yeux…
Que j'aime cette écriture, pudique et délicate qui ne se cache pas pour dire l'inqualifiable.
Pas d'hésitation pour l'histoire de Léa, cette danseuse 5 étoiles.
Ps : n'insistez pas, pour le tutu et le collant, c'est toujours NON !!!
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Sirenna
  16 octobre 2017
Trouver la vérité,
Sa vérité,
La vérité de celle qui l'a enfantée.
Lea et Romilda
Un huit clos qui s'entremêle dans cette danse du vide !
Deux présents qui
« S'autistent »,
S'isolent dans le silence.
Vide de mots,
Que le mouvement avide remplit de gestes.
Habiter ce corps dans l'espace,
Pour ne pas ployer sous le fardeau du secret,
Qui déteint dans le regard de cette mère
Qui vague ,dis'vagues…
Dans le flux et reflux
D'une acceptation de l'innommable…
Romilda offre son corps et s'imprègne
De ceux qui la pénètre.
La souffrance de ces hommes habille sa nudité de honte !
Qu'elle refuse de transmettre,
De partager,
De divulguer
D'exposer …
Mais le corps de Léa vibre pour vivre !
Elle s'éparpille dans l'instant pour s'y déployer
Pour y exister,
Pour y résister.
La danse comme une fuite dans l'air
Qui l'enrobe de cette robe de liberté.
Quel étrange ballet que celui du corps de la mère qui
Capitule…
Et le corps de sa fille qui s'expose aux regards mais
Lutte pour Entrevoir,
La Vérité
Du corps de sa mère…
Deux corps qui dansent ce secret…ce mystère…comme un pas de tango…
Qui abîme le passé,
Quête le présent,
Affirme la transparence du futur…
Tout se dire pour se rapprocher
Pour fusionner …
Entre danse et mère…
La nécessité,
L'urgence ,
De se dire ,
De s'abandonner,
Enfin…
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Josephine2
  11 octobre 2015
Tout en pudeur, avec délicatesse, en lien avec les éléments - l'océan, la tempête, avec le corps - Jeanne Benameur nous raconte une histoire terrible.
Avec beaucoup de finesse dans l'écriture, elle nous happe dans ses filets et on ne peut plus lâcher le livre.
Elle parle des relations mère-fille, une mère qui a vécu un amour dévorant, qui la mènera au-delà de l'indicible et de sa fille qui ressent un mal être sans savoir d'où il vient.
Jusqu'au jour où la mère décidera de tout lui raconter. Tout ? Peut-être pas.
Tant de choses sont dites dans ce petit livre court. Une vraie pépite.
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Citations & extraits (122) Voir plus Ajouter une citation
SirennaSirenna   09 octobre 2017
A chaque pas.
Entravés, empêtrés dans les vies et les histoires qui s'agrippent, déséquilibrent.
Elle fait partie maintenant de ceux qui articulent leur pas comme on parle après être resté trop longtemps silencieux.
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Nastie92Nastie92   26 mai 2017
Bruno ne la questionne jamais sur ce qu'elle a vécu avant lui. C'est bien. Et elle, qu'a-t-elle besoin de savoir d'autre que son corps ?
Elle a appris le frémissement de sa peau nue. Elle a appris le décroché de ses épaules quand il s'endort, sa respiration plus sourde comme d'un air plus dense dans le sommeil.
Elle vit avec ces menus savoirs. Ils lui suffisent. Qu'il ait aimé d'autres femmes avant elle ne l'intéresse pas. La peau de cet homme lui va. Et si d'autres femmes l'ont caressée, elle, elle la sent comme sienne. Elle n'a envie de rien d'autre.
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HebephrenieHebephrenie   26 juin 2010
Danser c'est altérer le vide.
Pourquoi inscrire un mouvement dans le rien? Elle voudrait tant pouvoir juste contempler et habiter simplement, sans bouger. Elle envie ceux qui le peuvent. Elle, elle n'y arrive pas.
Elle est un mot étranger jeté dans une langue. Comme un mot tout seul jeté dans le silence. Elle se sent intruse. Depuis toute petite.
Alors elle danse. il faut qu'elle trace, avec son corps, les lignes qui permettent d'intégrer l'espace. Seule la beauté du mouvement peut le sauver.
C'est sa façon de trouver place dans la vie.
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PiatkaPiatka   22 mars 2017
Le vin chaud lui fait une peau d'été à l'intérieur. Elle en commande un autre. Elle retrouve la sensation pénétrante de la chaleur que diffusaient de ses reins jusqu'à ses épaules les pierres saturées de soleil, quand, petite, elle restait adossée au muret qui entourait leur jardin, le regard perdu sur le chemin et la falaise.
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sylviesylvie   01 juin 2009
Une à une, elle déchire les pages de son vieux livre d'amour, les laisse tomber dans l'eau. Le papier disparaît dans le mouvement des vagues. Alors les mots imprimés, ces mots que personne ne lui a jamais dits, ses lèvres les prononcent. Pour elle toute seule. Dans sa langue à elle. C'est en italien, seulement en italien qu'elle aurait pu les dire." ..."Elle ignorait qu'elle avait tant et tant de phrases inscrites, à l'intérieur d'elle. Sous la peau. Des passages entiers. Comme des blocs de falaise usée qui s'écroulent. En même temps qu'elle délivre dans l'air tout ce que les livres lui ont appris de l'amour, elle pleure. C'est tout
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Entretien Jeanne Benameur et Laurent Vidal
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