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EAN : 9780394309750
Gallimard (30/11/-1)
3.76/5   1840 notes
Résumé :
Outre l'irréductible échéance liée à la mort, outre les multiples et indicibles souffrances, n'est-il pas donné à tous de choisir son destin ? Certes la vie est tragique mais elle doit avoir un sens. Un sens, peut-être des sens, mais seuls quelques-uns aux vertus salvatrices s'offrent aux hommes pour les affranchir de leur condition. La Révolution, au nom d'une foi en la fraternité, est une arme tournée contre la misère, celle qui enchaîne l'homme parce qu'elle le p... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (104) Voir plus Ajouter une critique
3,76

sur 1840 notes

Nastasia-B
  18 mai 2013
La Condition Humaine est un roman historico-politique engagé ayant pour thème la révolution communiste et la quête du pouvoir en Chine (à Shangaï en particulier) aux alentours du premier quart du XXème siècle.
En ce sens, je pense qu'il convient très bien à l'esprit de rébellion et d'idéal qu'on affiche lorsqu'on est lycéen ou jeune adulte, tout en présentant les nombreuses qualités d'écriture qui nous font encore vibrer bien des années plus tard, à l'heure des quelques désillusions que la vie n'oublie jamais de laisser sur son passage.
Dans sa narration, André Malraux prend d'emblée le parti pris de nous mettre les deux pieds dans l'action avec cette fantastique entrée en matière (une scène d'assassinat politique), dont je garde un souvenir puissant même bien des années après l'avoir lue. Jugez plutôt :
" Tchen tenterait-il de soulever la moustiquaire ? Frapperait-il au travers ? L'angoisse lui tordait l'estomac ; il connaissait sa propre fermeté, mais n'était capable en cet instant que d'y songer avec hébétude, fasciné par ce tas de mousseline blanche qui tombait du plafond sur un corps moins visible qu'une ombre, et d'où sortait seulement ce pied à demi incliné par le sommeil, vivant quand même — de la chair d'homme. "
(Imaginez en plus là-dessus la voix emphatique et modulée de l'auteur déclamant ces lignes et vous aurez une vague idée de l'impression que peut produire cette oeuvre si forte. N. B. : si vous n'avez jamais entendu André Malraux parler, je vous conseille à tout prix cette expérience, par exemple en écoutant l'un de ses discours sur Youtube.)
L'auteur nous invite donc à vivre de l'intérieur une révolution, ses préparatifs, les motivations de ses leaders ou de ses bras armés, les tiraillements, les dissensions, les compromis inévitables, l'abandon de l'individu au profit de " la cause ".
À cet égard, Malraux est probablement l'auteur français qui se rapproche le plus d'un Hemingway ou du Steinbeck d'En Un Combat Douteux.
Un style efficace, limpide, tout en étant recherché. Des psychologies de personnages brossées par l'action. Néanmoins, malgré la bonne compréhension du contexte historique et des enjeux politiques que ce roman nous apporte, je vous conseille tout de même, avant la lecture ou en parallèle, de potasser un peu l'histoire chinoise de cette époque, afin de savoir qui sont des personnages comme Tchang Kaï-Chek ou Sun Yat-Sen, ainsi que des cellules politiques comme le Kuomintang ou le Komintern en lien avec la vague communiste post 1917 et la création de l'U.R.S.S.
Malraux nous fait réfléchir (comme Hemingway et Steinbeck) sur la notion de combat politique ou de révolution, sur les enjeux et les compromissions, sur le décalage entre les idéaux et la réalité, le fossé entre les décideurs et le peuple.
Bref, un livre fort, beau, essentiel, qui fait honneur à la littérature française de l'entre deux guerres, à tout le moins, c'est mon avis, c'est-à-dire... pas grand-chose.
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michfred
  29 mai 2015
Chaque fois que je relis les premières pages -Chen est mandaté pour commettre un meurtre politique sur un homme dont il voit juste le pied sorti d'une moustiquaire, il hésite, la fragilité du pied le trouble, il ne tuera pas, du moins pas cette fois- cela ne rate pas: le virus me reprend!
J' adore La Condition humaine! En ces temps de terrorisme, toute la problématique du fanatisme comme rachat d'une humiliation semble d'une actualité terrible.
Face aux indignités, aux peurs, aux lâchetés qui sont le lot des hommes, il y a quelques réponse: la plus désespérée et la plus désespérante est le terrorisme aveugle, celui de Chen, le métis, rejeté des deux communautés dont il est issu. Pour d'autres, le vieux Gisors, c'est la drogue, pour Clappique le jeu, pour May le sexe mais il y a aussi le don de soi, la fraternité pour Kyo et plus encore le don de sa propre mort: ainsi Katow donne son cyanure à plus faible que lui, à une main anonyme dans l'ombre d'un train blindé.
"Ce don de plus que sa vie, Katow le faisait à cette main..": je ne cherche même pas la citation exacte, pour la corriger ou la compléter, je préfère la livrer telle qu'elle est dans la mémoire de la lectrice de 18 ans qui a découvert ce livre puissant comme une révélation...
Après d'autres lectures, le recul, la maturité ont fait leur travail de tri, et même de sape. Les héros grandiloquents de Malraux m'ont agacée, sa mythomanie et son inébranlable gaullisme -malgré le SAC, Marcellin, et toute la clique- ont achevé de ruiner à mes yeux l'auteur de la Condition humaine et de l'Espoir..
Mais jamais ces deux oeuvres-là, qui sont restées longtemps au panthéon de mes livres favoris..Surtout La Condition humaine: Tchen, May, son mari Kyo, Katow, Clappique, et le vieux Gisors...Je les revois tous, intacts, se débattre individuellement contre l'absurdité de leur condition d'homme (ou de femme) et trouver, difficilement, une réponse, le plus souvent individuelle, pour justifier leur passage sur terre.
Un beau livre, de beaux personnages, avec, en trame de fond, une période historique agitée et complexe: la grève insurrectionnelle des coolies de Shangaï, larguée à la fois par le Kuomintern soviétique trop occupé à sa propre révolution et par le Kuomintang chinois qui attend un moment plus propice, et surtout menacée de l'intérieur par les armées nationalistes de Chang-Kaï Chek. La brève insurrection de ces" damnés de la terre" sera sacrifiée sur l'autel des révolutions manquées et vouée à une répression sauvage ...dans le ventre de la locomotive du train blindé déjà cité...
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tiptop92
  21 juin 2019
André Malraux a toute sa vie défendu ses convictions les armes à la main, en combattant au côté des républicains espagnols et au sein de la France libre, en politique avec le général de Gaulles ou en littérature avec des livres comme celui-ci. C'est la révolte des sans grades qui s'exprimait dans cet ouvrage, une révolution dans les larmes et la douleur. L'auteur tentait de révéler à travers ces lignes les raisons qui poussent des individus à s'engager alors que la cause qu'ils défendent est perdue. Kyo et Tchen vivent à Shanghai quand la ville s'embrase sous le drapeau du communisme pour s'opposer aux troupes impérialistes de chan kan check. Chacun veut en finir avec l'oppresseur alors que les moyens en armes et en combattants sont très faibles. le début du livre est assez confus, on a du mal à cerner de quel bord sont les protagonistes d'autant plus que le contexte historique est très peu expliqué. Qui dirige cette ville ? Les chinois ? les français ? les anglais? les commissaires soviétiques ? Et où sont les intérêts de chacun ? Petit à petit on finit par comprendre dans l'âpreté des combats qu'un peuple se dessine, une communauté de la souffrance qui finira malaxé et écrasé par l'implacable puissance militaire comme les deux personnages principaux du livre. Un fanatisme se dessine aussi galvanisé par la radicalisation ideologique qui pousse certain a commettre des attentats suicides. Tout ça évidemment est vain car après le chaos il ne reste que la douleur d'un père devant le corps de son fils mort. "La condition Humaine" est un livre choc qui fait réfléchir sur le sens à donner à sa vie et à son existence en général...
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candlemas
  15 août 2019
Présente-t-on encore La Condition Humaine, prix Goncourt et -paraît-il- reconnu comme l'un des 5 plus grands romans du XXème siècle ? Je pense que oui, notamment parce qu'autour d'un sujet simple la composition du roman est complexe, et également parce que cette complexité se retrouve aussi dans les idées portées par son auteur.
De prime abord en effet, à une époque où l'Europe traverse une crise métaphysique -Mauriac, analysant les passions de l'âme, entre à l'académie française la même année-, André Malraux, dans sa trilogie asiatique -Les Conquérants, La Voie Royale, La Condition Humaine-, offre un souffle d'air du large, comme l'aventurier qu'il fut en partie. Mais on est là bien loin de l'exotisme de Pierre Loti...
La Condition Humaine nous immerge dans l'univers des révolutionnaires chinois du ShanghaÏ de 1927. le parfum d'opium du Lotus Bleu s'y fait plus délétère, la violence parle, et les héros de Malraux passent à l'action, dans un roman polyphonique prenant, aux allures de film noir genre Faucon Maltais, volontiers hâché dans son écriture comme dans sa narration. Il peut donc se lire comme un véritable roman d'aventure, à connotation sociale et de rébellion. En ce sens, Malraux est sans doute, aux côtés de Pierre MacOrlan, notre Hemingway ou notre Steinbeck français d'avant la seconde Guerre. Ayant lu jeune ce roman, je partage l'appréciation de Nastasia qu'il peut être apprécié comme tel par un public jeune. le conquérant Malraux nous prend aux tripes, dans un langage réaliste, journalistique.
Au delà d'une théâtralité autour de laquelle Malraux a construit son propre personnage, d'une mise en perspective quasi cinématographique en rupture avec les romanciers de son temps, et même si le Malraux des années 30 adhérait vraisemblablement pour partie à leurs idéaux anticolonialistes et de révolution par l'action directe, il serait naïf de croire que La Comédie Humaine n'est que l'apologie de héros révolutionnaires. L'écrivain, complexe, contradictoire, parfois mythomane et mystificateur, cherche dans ces événements historiques un prétexte à "des images de la grandeur humaine". Hanté par la grandeur et misère de l'Homme, par la conviction pascalienne que l'homme se situe "entre rien et tout", Malraux aboutit et communique le sentiment d'une urgence existentielle et un questionnement où le recours divin n'est plus, annonçant Sartre et Camus.
La Condition Humaine dépeint la grandeur de l'Homme dans l'action solidaire et l'engagement ; elle en révèle aussi -la poésie et l'utopie faisant le lien entre les deux- l'angoissante absurdité face au destin inéluctable. Quoi qu'il fasse, l'homme ne se connait jamais, pas même au jour de sa mort, et l'action héroïque, dans le roman, se retourne symboliquement contre ses instigateurs. Cette lutte sans espoir m'a aussi fait penser aux commentaires historiques de la Commune de Paris : comment un homme peut mourir en accomplissant un dernier acte de courage inutile, qui le transcende.. acte aussi magnifique que dangereux dans son extrémité... c'est en ce sens que Malraux, laissant le lecteur aux prises avec ses interrogations au moment de refermer le livre, entretient une ambiguïté entre le roman d'aventure proche du reportage, le roman politique et historique engagé, et une réflexion sur la solitude de l'homme, qui ne prend sens qu'à travers l'action.
Inutile de dire que cette oeuvre est pour moi non seulement un incontournable de la littérature, mais aussi un roman charnière dans mon parcours personnel, passerelle entre les romans d'aventure de Jack London, d'Henri de Monfreid ou la poésie de Blaise Cendrars, et la quête existentialiste. Un tel chef-d'oeuvre, apprécié et reconnu mais difficile à interpréter, commenté -seulement- 80 fois sur Babelio, méritait bien ces quelques mots.



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Archie
  20 juin 2022
De mon temps, on lisait La Condition humaine à l'âge de vingt ans. Certains s'emballaient pour cet ouvrage et pour la lointaine jeunesse contestataire d'André Malraux, y trouvant comme un exutoire à leurs velléités personnelles d'engagement ; d'autres, dont je faisais partie, croyaient lire un polar ou un thriller d'espionnage et ils s'y ennuyaient.
A la décharge de ces derniers, l'atmosphère qui se dégage du texte évoque indiscutablement les images des films noirs d'antan : bruine tombant d'un ciel bas et lourd, rues crépusculaires aux sols mouillés, silhouettes sombres aux cols relevés, enseignes lumineuses animant en clair-obscur des intérieurs sinistres… Mais si l'on ne connaît pas les événements rapportés dans le roman, force est de reconnaître que les deux premières parties de l'ouvrage, qui en comporte sept, sont un peu confuses.
Ces événements datent de 1927. Ils sont eux-mêmes confus et se situent principalement à Shanghai, poumon financier de la Chine. Pour mettre fin à la mainmise européenne sur l'économie locale, le Kuomintang, parti nationaliste dirigé par Tchang-Kaï-Chek, s'était allié au Parti communiste chinois. A l'instigation de ce dernier, des grèves massives et une insurrection sont déclenchées. Soudain, changement de programme ! Les insurgés sont réprimés de façon sanglante par l'armée de Tchang-Kaï-Chek, qui s'est finalement rapproché du monde des affaires.
Dans l'esprit de Malraux, en dépit de la violence insupportable de certaines scènes, peu importent les événements. Peu importe même l'intrigue. Son intention a été de montrer des « images de la grandeur humaine », selon les mots qu'il prononça lors de l'attribution en 1933 du prix Goncourt à La Condition humaine. C'est dans l'intensité de certaines scènes, que se révèlent la prise de conscience de l'absurdité de la condition humaine et la grandeur d'âme de ceux qui, quitte à mourir, vont au bout de leurs valeurs et de leurs convictions. Point de salut dans la dignité, à l'inverse, pour ceux qui tentent d'échapper à l'angoisse existentielle par l'opium, le sexe, le jeu ou la puissance financière.
L'intérêt de la lecture se trouve donc dans les personnages et leur comportement. Pour éclairer son propos, Malraux a imaginé des profils très variés de militants communistes venus à Shanghai de tous horizons : Tchen, Kyo, May, Gisors et Hemmelrich rencontrent chacun la destinée qui leur est naturelle. Deux autres personnages, français, complètent la distribution : un baron décavé en rupture de ban et un industriel, acteur majeur au sein de ce qu'on appelait la « concession française ».
La Condition humaine est un livre engagé, à contextualiser dans son époque. le traumatisme de la Première Guerre mondiale est encore vivace ; la révolution bolchevique de 1917 suscite d'immenses espoirs chez les uns, d'immenses craintes chez les autres ; la crise de 1929 paupérise les classes moyennes et contribue à la montée du nazisme en Allemagne (Hitler est nommé chancelier du Reich quelques mois avant la parution du roman). Les sympathies du jeune Malraux sont cohérentes avec les parcours d'intellectuel contestataire et d'aventurier sulfureux, qu'il avait menés en Asie les années précédentes (il avait même frôlé la prison pour trafic d'oeuvres d'art).
Malraux avait à peine plus de trente ans lorsqu'il écrivit La Condition humaine. Il n'en était pas à son coup d'essai d'auteur, ayant déjà publié plusieurs romans et livré de nombreuses chroniques littéraires… malgré l'abandon de ses études secondaires avant le bac. Cet autodidacte très lettré sera trente ans plus tard un ministre iconique de la Culture sous la présidence du Général de Gaulle.
Sur le plan littéraire, Malraux s'extrait de la tradition romanesque française, qui jusqu'alors s'appuyait sur un narrateur omniscient. le narrateur de la Condition humaine reste unique, mais il s'exprime tour à tour pour le compte des différents personnages, de façon subjective – et donc biaisée.
Mais tu as bien compris, lectrice, lecteur, que peu importe leurs interprétations. Ce qui est intéressant dans le livre, c'est ce qui les amène à ces interprétations, leur manière d'en vivre – ou d'en mourir.

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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critiques presse (1)
LeFigaro   02 mai 2022
Dans ce grand roman d'avant-guerre, l'auteur nous partage ses considérations sur l'absurde, le destin et la douleur. Une véritable méditation sur le tragique de l'action, souligne Pascal Bruckner.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (275) Voir plus Ajouter une citation
sylvainesylvaine   09 septembre 2012

Les hommes ne sont pas mes semblables, ils sont ceux qui me regardent et me jugent ; mes semblables, ce sont ceux qui m'aiment et ne me regardent pas,qui m'aiment contre tout, qui m'aiment contre la déchéance, contre la bassesse, contre la trahison, moi, et non ce que j'ai fait ou ferai, qui m'aimeraient tant que je m'aimerais moi-même -jusqu'au suicide, compris....
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sylvainesylvaine   14 septembre 2012
D'ailleurs , les hommes sont peut-être indifférents au pouvoir...Ce qui les fascine dans cette idée, voyez-vous, ce n'est pas le pouvoir réel, c'est l'illusion du bon plaisir. Le pouvoir du roi, c'est de gouverner, n'est-ce pas? Mais, l'homme n'a pas envie de gouverner: il a envie de contraindre, vous l'avez dit. D'être plus qu' homme, dans un monde d'hommes. Échapper à la condition humaine, vous disais-je. Non pas puissant: tout-puissant. La maladie chimérique, dont la volonté de puissance n'est que la justification intellectuelle, c'est la volonté de déité: tout homme rêve d'être dieu.(page 229)
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raph731raph731   03 août 2014
- Vous connaissez la phrase : "Il faut neuf mois pour faire un homme, et un seul jour pour le tuer". Nous l'avons su autant qu'on peut le savoir l'un et l'autre... May, écoutez: il ne faut pas neuf mois, il faut soixante ans pour faire un homme, soixante ans de sacrifices, de volonté, de... de tant de choses ! Et quand cet homme est fait, quand il n'y a plus en lui rien de l'enfance, ni de l'adolescence, quand, vraiment, il est homme, il n'est plus bon qu'à mourir. (p. 337)
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candlemascandlemas   15 août 2019
L'enfant était la soumission au temps, à la coulé des choses ; sans doute, au plus profond, Gisors était-il espoir comme il était angoisse, espoir de rien, attente, et fallait-il que son amour fût écrasé pour qu'il découvrît cela. Et pourtant ! tout ce qui le détruisait trouvait en lui un accueil avide : "il y a quelque chose de beau à être mort", pensa-t-il. Il sentait trembler en lui la souffrance fondamentale, non celle qui vient des êtres et des choses mais qui sourd de l'homme même et à quoi s'efforce de nous arracher la vie ; il pouvait lui échapper, mais seulement en cessant de penser à elle ; et il y plongeait de plus en plus, comme si cette contemplation épouvantée eût été la seule voix que pût entendre la mort, comme si cette souffrance d'être homme dont il s'imprégnait jusqu'au fond du cœur eût été la seule oraison que pût entendre le corps de son fils tué.
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genougenou   07 avril 2016
On peut tromper la vie longtemps, mais elle finit toujours par faire de nous ce pour quoi nous sommes faits. Tout vieillard est un aveu, allez, et si tant de vieillesses sont vides, c'est que tant d'hommes l'étaient et le cachaient.
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Emilienne Malfatto est auteure et journaliste et publie "Le colonel ne dort pas" (Editions du sous-sol, août 2022). Olivier Weber, lui, est auteur, grand reporter et ancien correspondant de guerre, et publie "Naissance d'une nation européenne" (éditions de l'Aube, août 2022).
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