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ISBN : 0394309758
Éditeur : Gallimard (30/11/-1)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 1160 notes)
Résumé :
Outre l'irréductible échéance liée à la mort, outre les multiples et indicibles souffrances, n'est-il pas donné à tous de choisir son destin ? Certes la vie est tragique mais elle doit avoir un sens. Un sens, peut-être des sens, mais seuls quelques-uns aux vertus salvatrices s'offrent aux hommes pour les affranchir de leur condition. La Révolution, au nom d'une foi en la fraternité, est une arme tournée con... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (63) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  18 mai 2013
La Condition Humaine est un roman historico-politique engagé ayant pour thème la révolution communiste et la quête du pouvoir en Chine (à Shangaï en particulier) aux alentours du premier quart du XXème siècle.
En ce sens, je pense qu'il convient très bien à l'esprit de rébellion et d'idéal qu'on affiche lorsqu'on est lycéen ou jeune adulte, tout en présentant les nombreuses qualités d'écriture qui nous font encore vibrer bien des années plus tard, à l'heure des quelques désillusions que la vie n'oublie jamais de laisser sur son passage.
Dans sa narration, André Malraux prend d'emblée le parti pris de nous mettre les deux pieds dans l'action avec cette fantastique entrée en matière (une scène d'assassinat politique), dont je garde un souvenir puissant même bien des années après l'avoir lue. Jugez plutôt :
" Tchen tenterait-il de soulever la moustiquaire ? Frapperait-il au travers ? L'angoisse lui tordait l'estomac ; il connaissait sa propre fermeté, mais n'était capable en cet instant que d'y songer avec hébétude, fasciné par ce tas de mousseline blanche qui tombait du plafond sur un corps moins visible qu'une ombre, et d'où sortait seulement ce pied à demi incliné par le sommeil, vivant quand même — de la chair d'homme. "
(Imaginez en plus là-dessus la voix emphatique et modulée de l'auteur déclamant ces lignes et vous aurez une vague idée de l'impression que peut produire cette oeuvre si forte. N. B. : si vous n'avez jamais entendu André Malraux parler, je vous conseille à tout prix cette expérience, par exemple en écoutant l'un de ses discours sur Youtube.)
L'auteur nous invite donc à vivre de l'intérieur une révolution, ses préparatifs, les motivations de ses leaders ou de ses bras armés, les tiraillements, les dissensions, les compromis inévitables, l'abandon de l'individu au profit de " la cause ".
À cet égard, Malraux est probablement l'auteur français qui se rapproche le plus d'un Hemingway ou du Steinbeck d'En Un Combat Douteux.
Un style efficace, limpide, tout en étant recherché. Des psychologies de personnages brossées par l'action. Néanmoins, malgré la bonne compréhension du contexte historique et des enjeux politiques que ce roman nous apporte, je vous conseille tout de même, avant la lecture ou en parallèle, de potasser un peu l'histoire chinoise de cette époque, afin de savoir qui sont des personnages comme Tchang Kaï-Chek ou Sun Yat-Sen, ainsi que des cellules politiques comme le Kuomintang ou le Komintern en lien avec la vague communiste post 1917 et la création de l'U.R.S.S.
Malraux nous fait réfléchir (comme Hemingway et Steinbeck) sur la notion de combat politique ou de révolution, sur les enjeux et les compromissions, sur le décalage entre les idéaux et la réalité, le fossé entre les décideurs et le peuple.
Bref, un livre fort, beau, essentiel, qui fait honneur à la littérature française de l'entre deux guerres, à tout le moins, c'est mon avis, c'est-à-dire... pas grand-chose.
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michfred
  29 mai 2015
Chaque fois que je relis les premières pages -Chen est mandaté pour commettre un meurtre politique sur un homme dont il voit juste le pied sorti d'une moustiquaire, il hésite, la fragilité du pied le trouble, il ne tuera pas, du moins pas cette fois- cela ne rate pas: le virus me reprend!
J' adore La Condition humaine! En ces temps de terrorisme, toute la problématique du fanatisme comme rachat d'une humiliation semble d'une actualité terrible.
Face aux indignités, aux peurs, aux lâchetés qui sont le lot des hommes, il y a quelques réponse: la plus désespérée et la plus désespérante est le terrorisme aveugle, celui de Chen, le métis, rejeté des deux communautés dont il est issu. Pour d'autres, le vieux Gisors, c'est la drogue, pour Clappique le jeu, pour May le sexe mais il y a aussi le don de soi, la fraternité pour Kyo et plus encore le don de sa propre mort: ainsi Katow donne son cyanure à plus faible que lui, à une main anonyme dans l'ombre d'un train blindé.
"Ce don de plus que sa vie, Katow le faisait à cette main..": je ne cherche même pas la citation exacte, pour la corriger ou la compléter, je préfère la livrer telle qu'elle est dans la mémoire de la lectrice de 18 ans qui a découvert ce livre puissant comme une révélation...
Après d'autres lectures, le recul, la maturité ont fait leur travail de tri, et même de sape. Les héros grandiloquents de Malraux m'ont agacée, sa mythomanie et son inébranlable gaullisme -malgré le SAC, Marcellin, et toute la clique- ont achevé de ruiner à mes yeux l'auteur de la Condition humaine et de l'Espoir..
Mais jamais ces deux oeuvres-là, qui sont restées longtemps au panthéon de mes livres favoris..Surtout La Condition humaine: Tchen, May, son mari Kyo, Katow, Clappique, et le vieux Gisors...Je les revois tous, intacts, se débattre individuellement contre l'absurdité de leur condition d'homme (ou de femme) et trouver, difficilement, une réponse, le plus souvent individuelle, pour justifier leur passage sur terre.
Un beau livre, de beaux personnages, avec, en trame de fond, une période historique agitée et complexe: la grève insurrectionnelle des coolies de Shangaï, larguée à la fois par le Kuomintern soviétique trop occupé à sa propre révolution et par le Kuomintang chinois qui attend un moment plus propice, et surtout menacée de l'intérieur par les armées nationalistes de Chang-Kaï Chek. La brève insurrection de ces" damnés de la terre" sera sacrifiée sur l'autel des révolutions manquées et vouée à une répression sauvage ...dans le ventre de la locomotive du train blindé déjà cité...
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Luniver
  10 janvier 2013
En 1927, à Shanghaï, les cellules communistes préparent le soulèvement de la ville. le dernier détail à régler repose sur les épaules de Tchen : il doit assassiner un trafiquant d'armes, afin d'équiper les futurs révolutionnaires. Son premier meurtre, qui le marquera à jamais.
Quand la révolution démarre enfin, les organisateurs s'aperçoivent vite qu'entre la doctrine officielle et les faits, il peut exister une sacrée marge : ils sont lâchés par l'échelon supérieur du parti, qui estime la prise de pouvoir prématurée. Les puissances étrangères qui ont investi dans la région ont placé trop de billes dans le pouvoir en place pour les laisser bousculer l'équilibre actuel. Si les forces armées présentes en ville se rangent mollement du côté du plus fort, la répression semble inévitable et le massacre qui en découle aussi.
La psychologie de tous les protagonistes est bien développée, mais celle de Tchen me semble la plus intéressante : après avoir goûté aux joies de l'assassinat, l'idée de recommencer se développe chez lui jusqu'à l'obsession. L'envie lui prend d'éliminer Tchang Kaï-Chek lui-même, l'attentat-suicide devient même une évidence.
Roman existentialiste, puisque les hommes se définissent à travers leurs actes et leurs engagements. Toutefois, on peut aussi se rendre compte que face aux compromissions et aux petits arrangements en coulisse, les individus et les grandes idées ne font pas vraiment le poids.
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tiptop92
  28 octobre 2015
André Malraux a toute sa vie défendu ses convictions : les armes à la main en combattant au côté des républicains espagnols et au sein de la France libre, en politique avec le général De Gaulles ou en littérature avec des livres comme celui-ci. C’est la révolte des sans grades qui s’expriment dans cet ouvrage, une révolution dans les larmes et la douleur… il tente de révéler les raisons qui poussent des individus à se soulever alors même que la cause qu’ils défendent est perdue. Kyo et Tchen vivent à Shanghai quand la ville s’embrase sous le drapeau du communisme pour s’opposer aux troupes impérialistes de chan kan check. Chacun veut en finir contre l’oppresseur alors que les moyens en armes et en combattants sont très faibles. Il faut bien avouer qu’au début le livre est assez confus, on a du mal à cerner de quel bord sont les protagonistes, d’autant plus que le contexte historique est très peu expliqué par l’auteur. Qui dirige cette ville ? Les chinois, les français, les anglais, les commissaires soviétiques ? Et où sont les intérêts de chacun ? Puis petit à petit, on finit par comprendre, dans l’âpreté des combats, qu’un peuple se dessine, une communauté de la souffrance qui finira malaxé et écrasé, comme nos deux amis, par la puissance militaire implacable…un fanatisme se dessine aussi , puisque certains, galvanisés par l’enjeu, commettent des attentats suicides… mais tout ça est vain car après le chaos, il ne restera que la douleur d’un père devant le corps de son fils mort… c’est un livre choc, qui fait réfléchir et qu’il faudra lire comme un témoignage sur l’engagement et le sens à donner à sa vie en général.
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ValentineF
  03 septembre 2013
Lecture obligatoire durant ma scolarité, je dois bien avouer que j'y suis allée à reculons, Malraux n'a jamais été ma source d'inspiration livresque (à l'époque, j'étais plutôt Stephen King).
Et c'est avec une grande surprise que je me suis mise à dévorer ce livre, un réel plaisir de découvrir les personnages de ce roman historique avec pour toile de fonds la révolution communiste chinoise (Je ne m'intéresse absoluement pas à la véracité des faits dans la lecture).
Je me suis attachée aux personnages et à leur combat identitaire, à la quête d'eux-même, de leur liberté face aux autorités oppressives.
Leurs idéaux, ceux d'une jeunesse révolté et amoureuse, opposés à la rigidité du régime, aux cynismes et à la manipulation devaient être adaptés à ma période lycéenne et la force de leur combat, de leur les sacrifices ont toujours forcés mon admiration.
Je me rappelle voir été triste à la fin de la lecture avec cette pensée : "Tout ça pour ça". Il ne s'agissait pas d'une déception de la lecture, loin de là, mais j'ai tout de suite pensée à la situation en Chine à ce moment précis. Me dire que de nombreuses personnes plein d'idéaux ont tout sacrifié pour la mise en place d'un régime communiste s'avérant être encore et toujours un régime totalitaire (Les évènements de Tian'anmen datant de moins de 10ans), cela m'a profondément attristé.
Preuve encore de l'impact de cette lecture sur ma personne. Très bonne lecture, à conseiller aux lycéens.
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Citations et extraits (174) Voir plus Ajouter une citation
sylvainesylvaine   09 septembre 2012

Les hommes ne sont pas mes semblables, ils sont ceux qui me regardent et me jugent ; mes semblables, ce sont ceux qui m'aiment et ne me regardent pas,qui m'aiment contre tout, qui m'aiment contre la déchéance, contre la bassesse, contre la trahison, moi, et non ce que j'ai fait ou ferai, qui m'aimeraient tant que je m'aimerais moi-même -jusqu'au suicide, compris....
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sylvainesylvaine   14 septembre 2012
D'ailleurs , les hommes sont peut-être indifférents au pouvoir...Ce qui les fascine dans cette idée, voyez-vous, ce n'est pas le pouvoir réel, c'est l'illusion du bon plaisir. Le pouvoir du roi, c'est de gouverner, n'est-ce pas? Mais, l'homme n'a pas envie de gouverner: il a envie de contraindre, vous l'avez dit. D'être plus qu' homme, dans un monde d'hommes. Échapper à la condition humaine, vous disais-je. Non pas puissant: tout-puissant. La maladie chimérique, dont la volonté de puissance n'est que la justification intellectuelle, c'est la volonté de déité: tout homme rêve d'être dieu.(page 229)
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LuniverLuniver   04 janvier 2013
Les émeutiers partirent, tous armés cette fois : inutile d'occuper les petits postes de police désarmés. Les policiers hésitèrent. Trois se levèrent et voulurent les suivre. (Peut-être pillerait-on...) Tchen eut peine à se débarrasser d'eux. Les autres ramassèrent les cartes et recommencèrent à jouer.
« S'ils sont vainqueurs, dit l'un, peut-être serons-nous payés ce mois-ci ?
— Peut-être... » répondit le sous-officier. Il distribua les cartes.
« Mais s'ils sont battus, peut-être dira-t-on que nous avons trahi ?
— Qu'aurions-nous pu faire ? Nous avons cédé à la force. Nous sommes tous témoins que nous n'avons pas trahi. »
Ils réfléchissaient, le cou rentré, cormorans écrasés par la pensée.
« Nous ne sommes pas responsables », dit l'un.
Tous approuvèrent. Ils se levèrent pourtant et allèrent poursuivre leur jeu dans une boutique voisine, dont le propriétaire n'osa pas les chasser. Un tas d'uniformes resta seul au milieu du poste.
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raph731raph731   03 août 2014
- Vous connaissez la phrase : "Il faut neuf mois pour faire un homme, et un seul jour pour le tuer". Nous l'avons su autant qu'on peut le savoir l'un et l'autre... May, écoutez: il ne faut pas neuf mois, il faut soixante ans pour faire un homme, soixante ans de sacrifices, de volonté, de... de tant de choses ! Et quand cet homme est fait, quand il n'y a plus en lui rien de l'enfance, ni de l'adolescence, quand, vraiment, il est homme, il n'est plus bon qu'à mourir. (p. 337)
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genougenou   07 avril 2016
On peut tromper la vie longtemps, mais elle finit toujours par faire de nous ce pour quoi nous sommes faits. Tout vieillard est un aveu, allez, et si tant de vieillesses sont vides, c'est que tant d'hommes l'étaient et le cachaient.
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Videos de André Malraux (184) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de André Malraux
Extraits issus de « Les femmes au Panthéon » (Hommage à Jean Moulin et discours pour le 30e anniversaire de la libération des camps)
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