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EAN : 9782021230680
304 pages
Éditeur : Seuil (05/03/2015)

Note moyenne : 2.75/5 (sur 2 notes)
Résumé :
« Dans le village de Landon, à l’extrême nord de la France, celui qu’on appelait la fille était déjà depuis longtemps la proie de nombreux hommes. Il était la proie. Un joli gibier. »


La fille, c’est Claudie, un garçon du village avec qui le narrateur a connu une idylle lorsqu’ils étaient enfants. Mais, une dizaine d’années plus tard, c’est à une sorte de chasse à la fille que Claudie est confronté, avec pour protecteur et sauveur, celui qui r... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Annette55
  10 août 2020
Voici un drôle de livre, plutôt énigmatique : l'auteur situe l'intrigue à Landon, à l'extrême nord de la France, petite commune sinistrée, où voilà bien longtemps qu'un visage neuf n'a paru.
Mais ne cherchez pas le village sur une carte : c'est une création littéraire....
D'abord qui viendrait à Landon? si loin de tout centre comme de toute périphérie ?
Landon appartient aux traditions oubliées: l'on n'y arrive qu'à pied.
Le temps y croupit. Y existe une église désertée où le curé ne vient que pour célébrer Noël ou Pâques, à la gare , il ne passe plus de trains.
Ici les rues se nomment : ruelle des « Serpents », «  celle des Noyers »ou celle des Ecus, espèces de labyrinthes aux angles morts ou de coins aveugles propices aux baisers cachés , ou aux commérages .
Y subsiste un lavoir qui date du temps où les femmes venaient , une bassine à la main laver chemises, caleçons culottes et draps , de leurs voix chantantes de commères mouillées ...En fait un vieux blockhaus qui cacherait des étreintes fugaces ,...
Mais surtout l'auberge isolée , où l'on boit , se soûle et où l'on attend: moitié bordel moitié bistrot....
Dans cet univers confiné et restreint, figure Claudie ,La fille , en fait, c'est un garçon , une «  Créature » égarée parmi les garçons?
Ambiguïté entretenue tout au long du récit par le narrateur qui use du prénom Il ou Elle : «  les yeux bleus, et les longs cheveux,blonds, bleu regard qui ment, peau satinée, voix en arabesques ou en dentelle . »
L'écrivain joue «  à dessein avec son lecteur, le narrateur ,avec qui Claudie a connu une idylle lorsqu'ils étaient enfants protège
la fille.
Roué ,il joue sur les mots.
Claudie est une créature qui intrigue , fascine , interroge, scandalise ou séduit: apeuré , assoiffé, le front baigné de sueur .....
Protégée par le narrateur mais poursuivie par les frères Palacio : l'ainé , Massimo, tempes grisonnantes, mâchoires épaisses et mains énormes, Angelo, qui n'avait plus qu'un seul bras, Paolo , la calvitie naissante des rides sur le front, , toujours sournois ou amer , les dents pourries , s'emparent de Claudie, l'obligent à un streap- tease infâme , une cérémonie abjecte.
Qui aurait pu l'identifier?
Si méconnaissable : le visage triste, les yeux noircis, maquillée ,muette souvent, otage des autres , comme résignée , apeurée, avec une minuscule insolence., toutefois.
Les frères Palacio ,des brutes avinées qui ne pensent qu'à la posséder .
Ils n'oeuvreront que pour perdre l'enfance .
Claudie restera mystérieuse : on guettera en vain le son de sa voix, sonorité étrange qui file dans le vent.
Elle sera à coup sûr la proie , le gibier convoité dans cette auberge glauque.
Ce récit étrange prend des allures effrayantes à propos du genre, des ambiguïtés , des hésitations sexuelles ,émois et troubles amoureux , violence hors norme , humanité chancelante d'un petit village tout à l'écart du monde, errances des habitants , désirs du narrateur et de Claudie poursuivie et poursuivante ?
Qui croire ?
C'est cruel , dérangeant , surprenant, étonnant, merveilleusement écrit .
Si l'écriture n'avait été si belle , ciselée,petits fragments superbes : phrases courtes , percutantes, restreintes, des petits bijoux, ou phrases amples , descriptions détaillées, construites comme des séquences découpées pour un long métrage , j'aurais abandonné cet ouvrage troublant qui décrit trop bien les ambiguïtés de l'identité .. Cette créature «  La fille » qui donne son titre au livre...
Drôle d'ouvrage qui laisse pantois., jolie création littéraire .

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Epistrophy
  27 mars 2015
JEAN-MARIE PLANES Sud Ouest 22 mars 2015
Dans le village de Landon, à l'extrême nord de la France... » Peut-être le personnage principal de « La Fille », roman d'Éric Marty, apparaît-il dès l'incipit. Ne cherchez pas Landon sur une carte. C'est un village littéraire. Situé aux frontières (certains noms, Mme Wicke, M.Schwul sonnent fla- mand, sonnent allemand), avec sa ville haute, sa ville basse, l'église qui eut son suisse, le lavoir aux anciens battements, avec sa rue Longue, sa rue au xClous, sa place des Aires,son allée des Noyers, et même (qui peut s'y aventurer ?) sa ruelle aux Serpents, labyrinthe plein d'« angles morts, de coins aveugles » propices aux commérages ou aux baisers, avec son auberge isolée, moitié bistrot, moitié bordel, avec son silence quipèse,qui étouffe, Landon appartient au XIXe siècle. À la tradition na- turaliste. « La crasse tapisse désormais ma bouche.Elle est devenue en un instant un‘‘goût''dont on veut se débarrasser.Elle est devenue le goût de Landon. le goût de tous les Landonnais.» Sommes-nous chez Zola? «Le lundi soir est jour de lune,dit-on dans les chaumières. » Sommes-
nous chez Maupassant ?
Minable curée
À Landon, lieu vague, en un temps incertain(il arrive au narrateur de se demander, quand l'instituteur évoque la guerre,s'il parle de 70,de 14 ou de 40),deux écoliers sont amis.Voire plus, puisque ce narrateur dont on sait peu de chose–des parents pâles et fades, une délicieuse et exotique voisine, MmeKhalifa – subit, depuis l'enfance, la fascination exercée par Claudie. Ce prénom de fille n'est pas celui de l'état civil. Mais Claudie est- elle une fille, égarée pour sa perte parmi les garçons ? Tout au long du récit, parlant de Claudie, le narrateur-copain use du pronom «il»,ou, indifféremment du pronom «elle». Les longs cheveux blonds, les yeux
« L'écrivain, avec beaucoup de subtilité, et une aimable rouerie, joue sur l'incertitude des villageois, du narrateur, du lecteur »
clairs (Rimbaud parlait du «bleu regard qui ment »), la peau satinée, la voix, la voix surtout, «tout en arabesques, en dentelle, faite de petits brillants»,sont féminins.Les mines aussi, les peurs, le mutisme accoutu- mé, la grâce. Oui, vite, dans les rues, à l'école, Claudie est « la fille ». L'est- elle vraiment ?
L'écrivain, avec beaucoup de subtilité, et une aimable rouerie, joue sur l'incertitude des condisciples, des villageois, du narrateur, du lec-
teur : « Tu t'intéresses à moi parce que tu crois, comme les autres, que j'ai une fente en bas du ventre.» Mais non, ça n'est pas cela qui nous inté- resse. Ce récit ne saurait être(ou pas simplement) une série de variations émouvantes, effrayantes, sur les genres, leurs ambiguïtés, leur transla- tion. C'est une histoire qui fait peur. Une fiction où s'entrelacent les dé- sirs, les faiblesses et les lâchetés ordinaires,la haine quotidienne.Une
histoire de poursuite idiote,de minable curée, d'agneau immolé.
Depuis toujours, à Landon, Claudie est «la proie,le joli gibier».Le fut-elle réellement pour M. Schwul, ce professeur si étrange,mythomane que vénère le narrateur ? Innocent ou coupable, M.Schwul ira rejoindre la troupe des victimes du Mal.
Maupassant?Tout ce drame s'inscrit dans l'héritage, terrible et glorieux, de Bernanos. Claudie c'est mouchette, aussi attendrissante, plus perverse. C'est une mouchette qui serait, comme le narrateur, comme les Landonnais, comme les frères Palacio,ces pitoyables Dalton de l'infamie, au service des forces mauvaises. Celles-là qui oeuvrent dans ce monde pour perdre l'enfance, les frais émois du trouble amoureux, les hésitations sur l'identité sexuelle, la confiance dans les vieux maîtres, pour achever les villages à demi morts, leur église, leurs ruelles, leur lavoir.
Abondant en scènes fortes (le strip-tease de Claudie, enlevant les gants de Rita Hayworth,l'assassinat de M.Schwul,le bain de Mme Khalifa), «LaFille» ne cesse de surprendre,de déranger.Souvent ce roman éblouit.

À LIRE
★★★★ « La Fille », d'Éric Marty, éd. du Seuil, 298 p., 19 €.
Et aussi,
« Les Palmiers sauvages », éd. Con- fluences, 80 p., 10 €.
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
Annette55Annette55   10 août 2020
«  C’est une voix sans timbre, sans résonance , inimitable, monocorde ,atonale , neutre comme un gaz sans odeur, épuisée, morte, gémissante d’ennui,aspirante,attirante comme un vent tiède arrivé avec retard du Sud lointain.
Je l’entends tout près de moi , ou bien venue du fond de la classe , répéter pour la quatrième fois la première phrase de la dictée que je n’ai pas encore pu écrire sur la page, tant les mots sont distants , noirs, interminables , comme issus d’un souterrain . »
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Annette55Annette55   10 août 2020
«  J’aime me confier, confier mon sort, aux plus improbables des hasards .Je manigance des conventions, des pactes, des plans secrets avec la chance.
S’est - elle aperçue que je trainais derrière elle?
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EpistrophyEpistrophy   27 mars 2015
La vérité, ce n'était pas que Claudie ne m'aimait pas. Et ce n'était pas non plus qu'elle avait un coeur de pierre. La vérité, c'était que Claudie n'existait pas. Tout simplement. Elle était aussi une illusion.
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Vidéo de Éric Marty
Eric Marty est professeur de littérature française à l’université Paris Diderot, membre du CERILAC (Centre d’Études et de Recherches Interdisciplinaires en Lettres Arts Cinéma). Histoire de lire, le magazine format poche diffusé tous les jeudis. Chaque semaine un chercheur est à l'honneur pour nous faire découvrir sa passion.
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