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EAN : 9782355221101
200 pages
Éditeur : Zones (12/10/2017)

Note moyenne : 3.84/5 (sur 22 notes)
Résumé :
En 1685, le Code noir défendait " aux esclaves de porter aucune arme offensive ni de gros bâtons " sous peine de fouet. Au XIXe siècle, en Algérie, l'État colonial interdisait les armes aux indigènes, tout en accordant aux colons le droit de s'armer. Aujourd'hui, certaines vies comptent si peu que l'on peut tirer dans le dos d'un adolescent noir au prétexte qu'il était " menaçant ".
Une ligne de partage oppose historiquement les corps " dignes d'être défendus... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Yaena
  15 mai 2018
J'ai découvert ce livre en lisant un article dans Libération (dont j'ai d'ailleurs mis un extrait sur Babelio) intitulé "Le ju jitsu est utile contre la police, contre les maris, les pères, les patrons".
Les journalistes avaient interviewés Elsa Dorlin et le sujet de son livre m'avait interpellé. En effet on entend souvent dire qu'une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint, et qu'il faut empêcher cela notamment en légiférant, ce qui est bien entendu nécessaire. Toutefois on ne parle jamais, ou très rarement, de donner aux femmes les moyens de se protéger seules et tout de suite, de se défendre physiquement. le mythe du prince charmant qui vole au secours des jeunes femmes en détresse à la vie dure. Intriguée, j'ai tout de suite eu envie de lire « Se Défendre ».
C'est maintenant chose faite et je ne regrette pas cette lecture très enrichissante. Ce livre est dense, Elsa DROLIN a fait un travail remarquable en abordant la problématique de l'autodéfense et de la violence légitime. Elle traite la question sous des aspects très variés : politique, sociologique, culturel, historique, philosophique, le tout de manière très claire. le livre se lit facilement si ce n'est les nombreux renvois vers une liste de notes impressionnante à la fin de l'ouvrage. C'est le seul bémol, l'auteure en voulant être exhaustive nous noie un peu sous les références. J'ai fini par attendre la fin de chaque partie pour aller lire les notes sinon ma lecture était beaucoup trop coupée.
Mis à part cela la lecture est très abordable et nous en apprend beaucoup. On y parle de féminisme bien entendu et de la place de la femme dans la société. Place de laquelle découle son incapacité à se défendre. C'est une hérésie de penser qu'un être aussi faible puisse se défendre. Une femme bien comme il faut est discrète, prend peu de place, ne fait pas de grands gestes, la gestuelle du combat n'est pas pour la gent féminine. Pour peu qu'elles essaient de défendre leurs droits que ce soit par le biais de leurs idées ou en apprenant physiquement à se défendre on les traite de folles ou d'hystériques. Ce fut notamment le cas des suffragettes. En réalité maintenir les femmes dans l'incapacité physique de se défendre est aussi un moyen de les maintenir sous l'emprise d'un paternalisme qui ne date pas d'hier et de ménager la virilité de certains hommes (oui pas tous quand même ne faisons pas de généralité).
Pour autant cet ouvrage ne se limite pas au féminisme : on aborde aussi les thèmes de l'esclavage, du racisme, au travers du Ku Klux Klan et du mouvement des Black Panther, sont également abordés les droits des personnes homosexuelles et des transgenres, le port des armes aux Etats Unis, le vigilantisme... Les thèmes étudiés sont illustrés par des exemples qui peuvent datés ou être récents. Certaines questions sont toujours d'actualité, d'autres beaucoup moins mais tout est toujours relié à la problématique de l'autodéfense et de la violence, ce qui permet d'éviter la sensation d'une lecture décousue.
Tenter de résumé le contenu d'un livre aussi dense est peine perdue et surtout ne serait pas d'une grande utilité mais ce livre mérite d'être lu ne serait-ce que parce qu'il aborde la problématique sous un angle différent.
Challenge ABC 2017-2018
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Bouteyalamer
  24 avril 2018
Les anthropologues, les historiens, les journalistes et chacun d'entre nous savent que la violence est partout. L'écoute d'une émission de France Culture m'a fait penser que le livre d'Elsa Dorlin était important. Je suis déçu. Si vous avez d'autres occupations, passez cette critique.
Le prologue de « Se défendre » rapporte la violence subie par deux victimes dans l'impossibilité de résister. le premier cas est la torture infligée en 1802 à Millet de la Girardière qui fut assis sur une lame tranchante jusqu'à ce que mort s'ensuive. La scène est spectaculaire, mais son exemplarité est douteuse : la victime, accusée d'avoir fomenté une révolte sanglante, était un grand propriétaire de la Guadeloupe et son châtiment avait paru démesuré aux contemporains. Plus adapté au premier des deux thèmes du livre — les violences faites aux Africains-Américains et aux femmes —, est l'exemple de Rodney King, un noir désarmé, lynché en 1991 par des policiers qui furent acquittés par un jury blanc parce qu'ils se prétendaient menacés par la défense du suspect.
Suivent des exemples d'autodéfense dans des situations de violence asymétrique. Les danses martiales des esclaves noirs aux Antilles et aux États-Unis symbolisaient la défense de victimes désarmées face à leurs agresseurs armés. Toutefois elles sont mieux attestées en tant que danses qu'en tant que techniques de défense : l'auteure ne décrit pas leur usage défensif et cite en référence 78 les guerriers Fang au Gabon et les Boxers en Chine. le jiujitsu des suffragettes voulait réduire l'asymétrie de la violence entre les femmes qui résistaient à l'arrestation et les bobbies entraînés au maintien de l'ordre. L'auteure cite ensuite le ghetto de Varsovie où les juifs tentaient de se procurer des armes pour un combat sans espoir, et le krav maga qui est une technique de commando surentraîné plutôt qu'une méthode d'opposition du faible au fort.
On trouve au milieu du livre quelques pages sur Hobbes et Locke sous le titre « l'État ou le non-monopole de la violence », à contrepied de la thèse de Hobbes. L'auteure fait suivre les horreurs du vigilantisme, du lynchage et du Ku Klux Klan. le rapprochement avec Locke suggère, sans l'affirmer, que le droit naturel imprescriptible à la défense armée de soi et de sa propriété ont permis la bonne conscience des vigilants et le laisser-faire tacite de Washington, auxquels s'ajoutent le système judiciaire corrompu et la défense délirante de la femme blanche contre le mythe du violeur noir.
Viennent ensuite deux chapitres bien documentés sur Robert Williams, théoricien de la défense armée, sur le mouvement Black Panther, puis — la transition passant par le « virilisme » de ce dernier — sur le mouvement gay féminin. Ces chapitres se limitent aux États-Unis au tournant des années 70. le domaine européen apparaît dans les années 90 avec l'apologie d'un roman de vengeance, « Dirty Week-end », auquel l'auteur consacre deux chapitres, et avec la critique des récentes campagnes d'affiches contre les violences conjugales (« Ces photos contraignent la vue dans l'indifférence de la pensée, elles l'épuisent et prennent de force notre imaginaire en le gavant d'impuissance jouissive » [?] p 162). le livre s'achève par le meurtre de Trayvon Martin en 2012 par George Zimmerman, « un vigilant de l'état racial », scandaleusement acquitté en 2013.
Ce livre est manifestement une compilation d'articles et de cours. Il forme un puzzle très lacunaire, y compris sur les thèmes d'élection de l'auteure, les droits des Africains-Américains et des femmes dans les États-Unis des années 70. Il est difficile à lire : l'auteure use de néologismes qu'elle ne définit pas (biomilitantisme, thanatoéthique, agnotologie), de titres et intertitres non informatifs, et souvent de tournures obscures comme p 30 « Le fantasme d'un corps hyperboloïde [?], d'un déploiement à l'infini de son existence musculaire [?], est le creuset d'une subjectivité pathogène, dépouillée de toute habilité effective [?] ». le livre est conclu ainsi : « La peur comme projection renvoie ainsi à un monde où le possible se confond tout entier avec l'insécurité, elle détermine désormais le devenir assassin de tout “bon citoyen”. Elle est l'arme d'un assujettissement émotionnel inédit des corps, mais aussi d'un gouvernement musculaire [?] d'individus sous tension, de vies sur la défensive ». Accessoirement, le livre pratique l'écriture inclusive, ce qui n'est pas gênant mais parfois hasardeux, par exemple « Un type d'individu.e.s [?] toujours présumé.e.s coupables » (p 28-9).
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ErnestLONDON
  24 janvier 2018
Une ligne de démarcation sépare les sujets dignes de se défendre et d'être défendus, des corps vulnérables et violentables, acculés à des tactiques défensives qui relèvent de l'autodéfense, à ne pas confondre avec le concept juridique de la légitime défense. Elsa Dorlin se concentre ici sur des moments de passage à la violence défensive et retrace une généalogie, une histoire constellaire des « éthiques martiales de soi ».
La précision, la rigueur, la densité de son argumentation sont telles qu'en rendre compte en détail serait ambitieux. Nous en rapportons ici les grandes lignes mais invitons vivement les lecteurs curieux à se précipiter sur cet ouvrage.
(...)
Comment répondre à la violence ? Ces différentes réponses apportée à différentes époques et surtout les analyses qu'en proposent Elsa Dorlin, aideront à définir les nôtres. Un livre riche, savant et nécessaire.
Article (très) complet sur le blog de la Bibliothèque Fahrenheit 451 :

Lien : https://bibliothequefahrenhe..
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malecturotheque
  23 mars 2020
Se défendre – Une philosophie de la violence est un essai d'Elsa Dorlin sur l'autodéfense politique. Qu'est-ce que ça veut dire ? Eh bien c'est ce que nous explique ce livre et, pour vous résumer ça grossièrement, c'est pour se défendre contre des actes racistes, sexistes, etc. Et, non, vous n'y trouverez pas de guide pour vous défendre – voyez-le plutôt comme un livre qui retrace les origines de l'autodéfense, de sa politisation, qui retrace le pourquoi du comment, quelle est son importance.
Notez que, dans ma chronique, je ne vais pas vous donner des exemples détaillés, ce sera même simplifié, de même qu'il n'y aura que peu d'exemples ; je ne suis pas Elsa Dorlin et je ne parlerai pas aussi bien du sujet, tout comme ma chronique n'est pas un essai mais juste une chronique. C'est pour donner mon avis, pour vous dire ce que j'ai pensé du livre.
Dans Se défendre, l'essayiste nous parle des corps, ceux armés contre ceux désarmés. Que peut-on faire pour se défendre lorsque l'on est désarmé ? Qui sont les gens armés et pourquoi le sont-ils ? Pourquoi les autres ne sont-ils pas armés ? Dorlin nous fait donc un rapide point sur l'histoire du port d'arme, initialement réservé aux nobles puis, petit à petit, délégué à plus pauvres – sous la condition de servir les riches au dépens des plus pauvres. Mais attention, seuls les hommes peuvent être armés ! Quant aux femmes, il leur faut se mettre sous la protection des hommes ; non seulement elles ne sont pas armées, mais en plus elles ne peuvent pas se défendre puisqu'elles ne sont pas initiées au combat, même à mains nues ! Alors voilà, on arme des hommes du peuple au profit des plus riches, mais aussi au profit de la Nation : savoir se défendre, c'est pouvoir protéger les femmes et les enfants, le futur du pays ; savoir se défendre, c'est pouvoir protéger la Nation.
Plus tard, Elsa Dorlin nous parle de l'Amérique du Nord et de sa justice blanche. Au prétexte de protéger les femmes blanches, des groupes de justiciers (blancs, évidemment) se créent – oh, bien sûr, initialement, c'est pour punir les criminels en tout genre dans ces contrées où les juges sont parfois à des heures et des heures de routes. Mais ces braves Blancs ne peuvent pas être si mauvais, pas vrai ? Il faut donc d'autres coupables et ils sont tout trouvés : les esclaves et anciens esclaves, donc les Noirs. Plus tard, cela mènera à des groupes tels que le Ku Klux Klan mais, à ce moment-là, ces groupes de justiciers, faisant la loi comme bon leur semble, font des lynchages (souvent publics) et, pour avoir lu certains des récits assez détaillés dans les notes, on peut dire qu'ils s'en sont donnés à coeur joie… Toujours est-il que, au bout d'un moment, les Noirs en ont eu marre et se sont armés eux aussi. Des années plus tard, il y aura d'ailleurs l'apparition des Black Panthers (le Black Panther Party – BPP -, un mouvement de lutte pour la libération des Africhain·es-Américain·es). Voilà quelques sujets abordés dans Se défendre ; Elsa Dorlin en parle très bien dans son essai et c'est très intéressant. Dans les derniers chapitres, l'on trouve « Autodéfense et politique de la rage » et « de la vengeance à l'empowerment« . Finalement, le message qui ressort le plus pour moi, c'est que toutes les minorités devraient pouvoir lutter ensemble, sans en dénigrer d'autres (cf. le sexisme dans le BPP, qui n'avait pourtant pas lieu d'être). Pour en arriver là, il y a tout un parcours, toute une réflexion, plein de recherches, d'échanges… Je ne peux que vous inciter à lire Se défendre – Une philosophie de la violence.
Le travail d'Elsa Dorlin est riche et elle a réussi à en faire une synthèse passionnante qui nous permet de découvrir le sujet ou poursuivre une réflexion autour de ce sujet. Même s'il me fallait un certain calme pour lire l'essai, il a été simple à comprendre. de plus, les notes permettent d'approfondir certains exemples donnés et de nous donner des références, de quoi étayer notre réflexion si on le souhaite.
Se défendre – Une philosophie de la violence est un essai captivant et pertinent, qui nous permet de nous interroger, non pas seulement sur des moments de notre quotidien mais aussi sur la société qui nous entoure, comment elle a évolué au fil du temps. Enfin, il m'a permis de mieux appréhender certains sujets. Je vous le conseille vivement !
Lien : https://malecturotheque.word..
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lemillefeuilles
  25 avril 2018
Au vu du titre et du résumé, j'aurais pu avoir un peu peur de me lancer dans cette lecture, craignant de manquer de culture et de notions en philosophie... Mais le sujet m'intéressait tellement que je me suis lancée. Professeure de philosophie, Elsa Dorlin retrace, à travers les époques, la violence et l'auto-défense des personnes oppressées...
Aussi, après une longue introduction où sont évoqués la torture infligée à Millet de la Girardière en 1802, et le meurtre de Rodney King, un homme noir lynché par des policiers en 1991, l'autrice va nous parler de l'esclavage et du Code noir qui interdisait aux personnes noires de porter une arme.
De nombreux sujets sont abordés dans cet essai : les suffragettes, l'esclavage, le mouvement pour les droits des personnes LGBTQ+, le féminisme, les Black Panthers... Dans tous les cas, il y a des références à la violence et à la défense. Nous y apprenons comment une personne blanche peut tuer un adolescent noir désarmé et ne pas aller en prison ensuite, et quelles sont les techniques de défense appliquées par les oppressé·e·s.
Il y a de nombreuses notes et références dans cet ouvrage, qui s'étalent à la fin du livre sur plus d'une soixantaine de pages. Certaines sont très longues, expliquent un concept ou un événement, et d'autres nous invitent à consulter telle page Internet, à regarder telle vidéo ou à lire tel livre. J'ai lu toutes les notes, sans pour autant approfondir mes recherches, ne voulant pas arrêter ma lecture sans arrêt. Il me semble néanmoins intéressant de le faire et, pourquoi pas, d'y revenir plus tard.
Ce que je pourrais reprocher à ce livre, c'est les très nombreuses notes. Je devais sans cesse stopper ma lecture pour aller lire les notes à la fin (si bien que j'avais glissé un marque-page pour y aller plus facilement), et ce n'était pas toujours simple à suivre.
Mis à part ça, c'était une lecture très enrichissante, vraiment fournie et fouillée, qui parle notamment des droits des personnes africaines-américaines et afro-descendantes, et du féminisme, avec toujours en toile de fond cette question : comment répondre à la violence ?
J'aurais dû prendre des notes ou installer des post-it durant ma lecture, parce que j'ai appris tant de choses que je ne retiendrais jamais tout (tant pis, je le feuilletterais au besoin). Contrairement à ce que je pensais, l'écriture reste assez accessible, mis à part à certains moments. C'est un essai très intéressant, que je suis ravie d'avoir découvert.
Lien : http://anais-lemillefeuilles..
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critiques presse (2)
LaViedesIdees   17 avril 2018
Elsa Dorlin analyse les traditions d’autodéfense politique de groupes définis comme minoritaires dont l’affirmation politique est perçue comme une menace par ceux qui détiennent une position dominante. Une généalogie du pouvoir au prisme des résistances qu’on lui oppose.
Lire la critique sur le site : LaViedesIdees
LeMonde   07 décembre 2017
Dans « Se défendre », la chercheuse rend justice à la violence que les opprimés déploient face à leurs oppresseurs. Un superbe retour à la vérité charnelle de la politique
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   06 juin 2020
L’histoire de l’autodéfense est une aventure polarisée, qui ne cesse d’opposer deux expressions antagoniques de la défense de « soi » : la tradition juridico-politique dominante de la légitime défense d’une part, articulée à une myriade de pratiques de pouvoir aux diverses modalités de brutalité qu’il s’agira ici d’excaver, et l’histoire ensevelie des « éthiques martiales de soi », d’autre part, qui ont traversé les mouvements politiques et les contre-conduites contemporaines en incarnant avec une étonnante continuité une résistance défensive qui a fait leur force.
Je propose ici d’arpenter une histoire constellaire de l’autodéfense. Tracer cet itinéraire n’a pas consisté à piocher parmi les exemples les plus illustratifs, mais plutôt à rechercher une mémoire des luttes dont le corps des dominé.e.s constitue la principale archive : les savoirs et cultures syncrétiques de l’autodéfense esclave, les praxis d’autodéfense féministe, les techniques de combat élaborées en Europe de l’Est par les organisations juives contre les pogroms…
En ouvrant cette archive, qui compte bien d’autres récits, je ne prétends pas faire œuvre d’histoire mais bien travailler à une généalogie. Dans ce ciel-là, fort sombre, la constellation scintille du fait des échos, des adresses, des testaments, des rapports citationnels qui relient de façon ténue et subjective ces différents points lumineux. Les textes majeurs qui constituent le socle de la philosophie du Black Panther Party for Self Defense rendent hommage aux insurgé.e.s du ghetto e Varsovie ; les patrouilles d’autodéfense queer sont dans un rapport citationnel avec les mouvements d’autodéfense noire ; le ju-jitsu pratiqué par les suffragettes anarchistes internationalistes anglaises leur est accessible en partie du fait d’une politique impériale de captation des savoirs et savoir-faire des colonisé.e.s, de leur désarmement.
Ma propre histoire, mon expérience corporelle ont constitué un prisme à travers lequel j’ai entendu, vu, lu cette archive. Ma culture théorique et politique m’a laissé en héritage l’idée fondatrice selon laquelle les rapports de pouvoir ne peuvent jamais toujours complètement se rabattre in situ sur des face-à-face déjà collectifs, mais touchent à des expériences vécues de la domination dans l’intimité d’une chambre à coucher, au détour d’une bouche de métro, derrière la tranquillité apparente d’une réunion de famille… En d’autres termes, pour certain.e.s, la question de la défense ne cesse pas quand s’arrête le moment de la mobilisation politique la plus balisée mais relève d’une expérience vécue en continu, d’une phénoménologie de la violence. Cette approche féministe saisit dans la trame de ces rapports de pouvoir ce qui est traditionnellement pensé comme un en-deçà ou un en-dehors du politique. Ainsi, en opérant ce dernier déplacement, j’entends travailler non pas à l’échelle des sujets politiques constitués, mais bien à celle de la politisation des subjectivités : dans le quotidien, dans l’intimité d’affects de rage enfermés en nous-mêmes, dans la solitude d’expériences vécues de la violence face à laquelle on pratique continûment une autodéfense qui n’en a pas le label. Au jour le jour, que fait la violence à nos vies, à nos corps et à nos muscles ? Et, eux, à leur tout, que peuvent-ils à la fois faire et ne pas faire dans et par la violence ?
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Charybde2Charybde2   06 juin 2020
« Un tribunal de la Guadeloupe, par jugement du 11 brumaire an XI (2 novembre 1802), a condamné Millet de la Girardière à être exposé sur la place de la Pointe-à-Pitre, dans une cage de fer, jusqu’à ce que mort s’ensuive. La cage qui sert à ce supplice a huit pieds de haut. Le patient qu’on y enferme est à cheval sur une lame tranchante ; ses pieds portent sur des espèces d’étriers, et il est obligé de tenir les jarrets tendus pour éviter d’être blessé par la lame. Devant lui, sur une table qui est à sa portée, on place des vivres et de quoi satisfaire sa soif ; mais un garde veille nuit et jour pour l’empêcher d’y toucher. Quand les forces de la victime commencent à s’épuiser, elle tombe sur le tranchant de la lame, qui lui fait de profondes et cruelles blessures. Ce malheureux, stimulé par la douleur, se relève et retombe de nouveau sur la lame acérée, qui le blesse horriblement. Ce supplice dure trois ou quatre jours. » (Joseph Elzéar Morenas, Précis historique de la traite des Noirs et de l’esclavage colonial, 1828)
Dans ce type de dispositif, le condamné périt parce qu’il a résisté ; parce qu’il a désespérément tenté d’échapper à la mort. L’atrocité de son supplice tient au fait que chaque mouvement corporel de protection contre la douleur s’est transformé en torture ; et peut-être est-ce là ce qui caractérise en propre de tels procédés d’anéantissement : faire du moindre réflexe de préservation une avancée vers la souffrance la plus insoutenable. Il n’est pas question de discuter ici du caractère inédit de telles tortures dont le système colonial moderne n’a certainement pas le monopole. (…)
(…) La technique employée semble cibler la capacité de (ré)agir du sujet comme pour mieux la dominer. Le dispositif répressif mis en place, en même temps qu’il exhibe et excite les réactions corporelles, les réflexes vitaux du condamné, les constitue comme ce qui fait à la fois la puissance et la faille du sujet. En face de lui, l’autorité répressive n’a nul besoin de le présenter dans une forme d’impuissance absolue pour s’affirmer. Au contraire, plus la puissance subjective est mise en scène dans ses efforts répétés, désespérés, pour survivre, plus l’autorité répressive la gouverne tout en disparaissant derrière la présence d’un bourreau passif et fantoche. Ce gouvernement mortifère du corps s’effectue dans une telle économie de moyens que le supplicié paraît même se mettre à mort lui-même. (…) En même temps, cette technologie de torture a pour seule finalité de l’achever, mais de telle sorte que plus il se défendra, plus il souffrira. (…)
Ce dispositif de mise à mort considère que celui qui lui est soumis peut faire quelque chose, et il vise, stimule, encourage précisément ce dernier élan de puissance dans ses moindres retranchements comme pour mieux l’interpeller dans son inefficience, le transmuer en impuissance. Cette technologie de pouvoir produit un sujet dont on « excite » la puissance d’agir pour mieux l’empoigner dans toute son hétéronomie : et cette puissance d’agir, bien que toute entière tournée vers la défense de la vie, en est réduite à n’être qu’un mécanisme de mort au service de la machine de pénitence coloniale. On voit ici comment une dispositif de domination entend persécuter le mouvement propre de la vie, cibler ce qu’il y a de plus musculaire dans cet élan.
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Charybde2Charybde2   06 juin 2020
Tsahal excelle alors dans l’attaque éclair « incapacitante », qui désorganise et désoriente l' »ennemi », le choque, et dans la concentration des actions offensives qui neutralisent son centre vital à l’aide d’unités, désormais non mixtes, surentraînées au combat au corps à corps, aux dépens d’une conception plus classique de la défense statique sur une ligne de front. Malgré sa réputation d(armée « bricolée », « improvisée », Tsahal expérimente, dans le cadre d’une politique de colonisation, une stratégie militaire de l’autodéfense inédite, en passe d’être labellisée et exportée comme l’une des tactiques contre-insurrectionnelles les plus efficaces au monde. Peu importe qu’il s’agisse d’appliquer ces principes à un individu, à un groupe, à une milice ou à une armée, à des civils ou à des militaires, aux « violences sexuelles », à la « délinquance » ou au « terrorisme », le principe est le même : Israël devient un modèle opératoire de « société de sécurité », à partir d’une expérience paramilitaire de techniques d’autodéfense bientôt érigées en principe d’une civilité sécuritaire.
Dès 1949, le terme de krav maga (« combat rapproché ») apparaît et est utilisé en même temps que Kapap (« combat en face-à-face »). En 1953, Imi Lichtenfeld est l’un des initiateurs d’une codification du système de combat à mains nues à partir de trente-cinq techniques de base – dont le principe est qu’elles soient constamment renouvelées, testées, adaptées à l’actualité des situations. En 1958, il devient chef instructeur militaire de krav maga. Le krav maga s’est définitivement imposé comme l’appellation officielle du système de combat défensif au sein de Tsahal – faisant de cette armée un produit d’exportation rentable. En 1964, Lichtenfeld quitte l’armée et fonde le premier club civil de krav maga à Netanya, poursuivant son travail d’élaboration des principes de base que l’on peut analyser selon quatre exigences majeures : adaptabilité (situation/contexte), efficacité (défense), universalité (pratiquant.e.s), diffusion (culture nationale). À partir des années 1980, le krav maga sera plébiscité dans le monde entier comme l’un des systèmes de combat défensif à mains nues considéré comme le plus « réaliste », mais aussi l’un des produits made in Israël parmi les plus rentables. Mais le krav maga est aussi bien plus que cela : une pratique de soi, une pratique citoyenne, une culture nationale, dans un contexte où sa généralisation entretient un monde où le krav maga s’impose comme le seul mode d’être possible. Son succès actuel ne s’explique pas seulement par le fait d’une technique réputée la plus opératoire, la plus « réaliste », pour se défendre. Ce qui se joue en vérité avec sa diffusion, c’est la généralisation d’une culture défensive qui transforme la société civile elle-même, le monde vécu de chaque individu. Si le krav maga est une technique de combat « réaliste », c’est au sens où elle produit un réel dans lequel elle se présente comme la seule posture viable possible.
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ErnestLONDONErnestLONDON   24 janvier 2018
La stratégie de la violence défensive s’apparente à une dynamique insurrectionnelle seule capable de modifier en profondeur les rapports de pouvoir. Robert Williams
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ErnestLONDONErnestLONDON   22 janvier 2018
L’armée de la nation, l’armée composée des fils du peuple est contre le peuple au service du patron (…). En attendant de servir à la guerre étrangère, le soldat, en effet, sert encore et sert toujours à la guerre sociale. Georges Yvetot
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Violences policières, violence sociale, révolte populaire... il n'aura peut être jamais été aussi souvent question de la violence dans nos vies. Paradoxalement, notre société est aujourd'hui l'une des plus "pacifiée" que l'histoire n'est jamais connue, sauf du côté de la violence d'état. C'est pourtant cette violence qui est la plus minimisée et niée, tandis que les autres "violences" sont totalement exagérées et stigmatisées.
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