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EAN : 9782847424331
156 pages
Éditeur : PASSAGE (02/01/2020)

Note moyenne : 3.87/5 (sur 19 notes)
Résumé :
On prétend que des rennes contaminés par la radioactivité se dispersent dans le Grand Nord. Tatiana, une scientifique moscovite, est envoyée sur place, en Sibérie. Un pilote fantasque, retraité de l'armée soviétique, l'accompagne ainsi qu'une interprète, la jeune Neva, qui parle la langue des éleveurs nomades présents dans la région.
Ce trio incertain monte à bord d'un vieil Antonov en direction du Nord et de l'hiver qui vient. En route, rien ne se passe com... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
hcdahlem
  02 février 2020
Perdus au coeur de la Sibérie
Pour son second roman Jean-Baptiste Maudet passe du chaud au froid. Après les passes du «Matador Yankee» il nous entraîne en Sibérie, sur les traces d'un trio improbable «dont la vie ne tient plus qu'à la flamme d'une bougie».
Le jury du Prix Orange du livre 2019, dont j'ai eu l'honneur de faire partie, a couronné Matador Yankee, le premier roman de Jean-Baptiste Maudet. Durant la belle soirée qui suivi la remise du prix, l'auteur m'a révélé qu'il mettait déjà la dernière main à son second livre. Voici donc ce roman de la confirmation (que je trouve pour ma part encore meilleur que le premier). Des humains sur fond blanc nous permet de retrouver le goût de l'auteur pour les contrées exotiques, mais cette fois la Basse Californie et le Mexique sont remplacés par le froid sibérien.
Nous sommes dans la cité minière de Nerkhoïansk, où la «neige n'est jamais blanche» et où vit Neva. La jeune fille essaie de gagner son indépendance en remplissant les rayons du supermarché, même si en échange de ce boulot, elle doit accepter de «se laisser tripoter dans la remise par son employeur».
À l'image de la météo dans cette région, ses relations sont plutôt froides, y compris avec ses parents. Ils ne disent rien des ancêtres glorieux qui ont jadis peuplé la région, préférant murer leur rancoeur dans le silence et s'abrutir dans un quotidien qui n'a rien d'exaltant.
À des milliers de kilomètres de là, dans un bureau moscovite, on s'interroge sur les rapports qui viennent d'arriver et semblent indiquer que des troupeaux de rennes errant dans le Grand Nord seraient porteurs de taux de radioactivité anormalement élevés. Et comme on ne semble pas à l'abri d'une nouvelle catastrophe, il vaut mieux vérifier. D'autant que ce rapport est l'occasion pour un fonctionnaire frustré de s'offrir une petite vengeance. Il va envoyer Tatiana, la rouquine qui se refuse à lui, en Sibérie. Pour ce voyage, elle va devoir se coltiner Hannibal, un retraité de l'armée à la carrure impressionnante, qui va lui servir de pilote.
Arrivés à Nerkhoïansk, on ne peut pas vraiment dire qu'ils aient réussis à briser la glace, pas plus que dans le local où ils font la connaissance de Neva autour d'une vodka. Et comme cette dernière parle la langue des tribus autochtones, Tatiana l'engage comme d'interprète. le vol vers le Grand Nord de ce trio improbable va s'achever brutalement. Hannibal parvient tout juste à se poser dans la plaine sibérienne, mais occasionne de gros dégâts à l'appareil. Dès lors, c'est le combat pour la survie qui va s'engager, avec quelques épisodes croustillants que je vous laisse découvrir.
Jean-Baptiste Maudet réussit cette fois encore à dépeindre une atmosphère avec une économie de mots, mais avec une réelle force d'évocation. Comme avec Matador Yankee, on se croit dans un film et on vit les scènes avec intensité. Il ne m'étonnerait pas qu'à un moment de votre lecture, vous ayez froid! Vous avez dit blizzard?

Lien : https://collectiondelivres.w..
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Tostaky61
  16 octobre 2020
Jean-Baptiste Maudet m'avait promis un voyage en Sibérie, tentant, non ?
Certes je connais des régions du monde plus chaleureuses et accueillantes, mais pourquoi pas ?
Et puis, Des humains sur fond blanc, j'adore ce titre.
Donc, je m'équipe chaudement et... en route pour l'aventure.
D'abord il m'a présenté Tatiana, une scientifique moscovite qu'on envoie en mission dans le Grand Nord.
Il paraît qu'on a repéré là des troupeaux de rennes contaminés par radioactivité à un taux jamais atteint.
On ne va pas dire qu'elle est enthousiaste à l'idée du voyage, d'autant qu'à la base elle est en vacances au soleil, mais elle n'est pas vraiment surprise d'être l'heureuse élue.
Il faut dire qu'elle a malencontreusement "tamponné" son supérieur un peu trop entreprenant et que celui-ci semble avoir la rancune tenace.
J'étais curieux.
Moi qui n'y connais rien en Sibérie, en rennes, pas plus qu'en radioactivité, Maudet allait m'en apprendre des choses.
Mais voilà, le bougre m'a leurré.
Déjà, quand j'ai vu l'état de l'avion dans lequel nous allions voyager, j'ai douté et ça ne s'est pas arrangé quand j'ai vu le pilote...
Croyant en ma bonne étoile j'embarquais...
La suite ?
Il faut lire ce roman pour la connaître.
Comme je l'ai dit, l'auteur ne vous emmène pas tout à fait là où vous pensiez qu'il vous conduisait au départ.
Les rencontres qu'il vous invite à faire sont bien différentes.
Je trouve qu'il y a deux parties dans ce livre, si la première est pleine de promesse, la seconde m'a laissé un peu sur ma faim, c'est peut-être le fait que l'histoire soit condensée qui m'a le plus embarrassé. Un peu plus de développement n'aurait pas nuit au récit, au contraire.
Je suis gourmand, j'avoue.
Ce roman reste un p'tit plaisir de 150 pages à découvrir.
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Killing79
  25 février 2020
J'ai eu la chance de rencontrer Jean-Baptiste Maudet lors de la remise du Prix Orange du Livre 2019. En effet, je faisais partie du jury et son premier roman « Matador Yankee » venait de remporter la récompense. J'ai échangé quelques mots avec ce nouvel auteur, très sympa, qui m'a affirmé être déjà en train de mettre un point final à son second opus. Après la réussite, le plus dur est de confirmer. J'étais donc intrigué de savoir s'il avait transformé l'essai.
Le changement le plus radical entre les deux livres concerne la géographie. Alors que le précédent se déroulait dans les contrées ensablées et fortement ensoleillées du Mexique, celui-ci place son action aux antipodes, en Sibérie, où la température chute nettement et le décor se recouvre de neige. L'ambiance n'est alors pas du tout la même, mais le talent de l'auteur pour le retranscrire fait encore merveille. Il maîtrise l'art de la description des paysages et de l'atmosphère. le lecteur est ainsi transporté sur les lieux, aux côtés des protagonistes, à subir les assauts de la rude météo.
L'aventure est une nouvelle fois au rendez-vous. Menée par un trio d'acteurs de haut vol, elle nous entraîne dans des péripéties rocambolesques. le récit ne s'endort jamais sur ses lauriers et n'est jamais avare de surprises. Il enchaîne les scènes d'action pure avec des scènes de réflexion existentielle pour nous livrer une épopée rythmée, déjantée mais surtout divertissante.
L'auteur a trouvé son style et on se régale à la lecture de ses expéditions aux quatre coins du monde. Si vous êtes à la recherche de lectures distrayantes, avec des personnages loufoques et un scénario imprévisible, je ne peux que vous orienter vers ses histoires. Avec cette confirmation, Jean-Baptiste Maudet valide son statut d'écrivain. Après la tequila, la vodka, je salive de savoir quel sera le programme la prochaine fois !
Lien : http://leslivresdek79.com/20..
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FabDef95
  29 février 2020
Jean-Baptiste Maudet est géographe. Il enseigne à l'université de Pau. L'an dernier avec Matador Yankee, il a remporté le Prix des lecteurs de la Fondation Orange. Des humains sur fond blanc est son second roman. Il est publié aux Éditions le passage.
On prétend que des rennes contaminés par la radioactivité se dispersent dans le Grand Nord. Tatiana, une scientifique moscovite, est envoyée sur place, en Sibérie. Un pilote fantasque, retraité de l'armée soviétique, l'accompagne ainsi qu'une interprète, la jeune Neva, qui parle la langue des éleveurs nomades présents dans la région. Ce trio incertain monte à bord d'un vieil Antonov en direction du Nord et de l'hiver qui vient. En route, rien ne se passe comme prévu. Qu'est-il d'ailleurs possible de prévoir dans cette immense Russie où la neige recouvre les traces des humains ? Lorsque la vie ne tient plus qu'à la flamme d'une bougie, les ombres portées transforment le monde : l'allure des troupeaux, les mots de Pouchkine, les tigres des rêves et les trésors gelés des profondeurs. La meilleure façon, drôle ou tragique, de passer le temps est certainement de s'enivrer en racontant des histoires, celles que l'on invente, celles que l'on confond, celles que l'on emporte dans la nuit. le blanc n'est-il que la couleur du froid et de l'oubli ou bien celle du désir de tout recommencer ?
Des humains sur fond blanc est un roman d'aventure loufoque, surréaliste et dépaysant. Mais ne vous y trompez pas, l'histoire est plus profonde qu'il n'y paraît. Il est question de jugement, d'a priori que l'on peut avoir sur les uns ou les autres et qui se révèlent totalement erronés lorsqu'il ne reste que l'essentiel, lorsque toute fioriture a disparu. Oui, ce roman questionne sur l'essence même de ce que nous sommes. Des humains, des blessures, des sentiments et non des machines. Pour en apprécier la lecture, il faut accepter le voyage. Accepter de partir à la rencontre d'un vieil homme fantasque, d'une jeune fille paumée qui cherche sa voix, d'une femme sophistiquée que l'on a tendance à prendre pour ce qu'elle n'est pas, de frères soviétiques bourrins dont un est particulièrement écervelé, de chinois qui n'hésitent pas à exploiter les Younets, une tribu de nomades venue tout droit du Grand Nord et enfin de mammouths enfouis sous la glace. le tout devra être arrosé de bonnes rasades de vodka.
De plus, l'auteur de Des humains sur fond blanc a un réel talent. Il est de ceux qui écrivent de manière visuelle. Les images défilent au fur et à mesure que les pages se tournent. C'est simple, plus j'avançais dans ma lecture, plus j'avais l'impression de regarder un film que de lire un roman. L'auteur enchaîne les mots comme d'autres les plans séquences. Pour ma part, j'ai accepté le voyage, je suis partie en Sibérie, le froid m'a saisie, le blanc m'a éblouie. Grâce à son imaginaire, sa plume visuelle, ses dialogues, son originalité et son humour Jean-Baptiste Maudet m'a embarquée dans son univers.
Un conseil, montez à bord de cet Antonov, partez à la découverte de ce désert glacé, venez rencontrer Des humains sur fond blanc.
Lien : https://the-fab-blog.blogspo..
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MaminouG
  21 janvier 2020
C'est grâce à son premier roman "Matador Yankee" que j'ai découvert la plume de Jean-Baptiste Maudet. J'avais beaucoup aimé son écriture. le plaisir fut encore une fois au rendez-vous avec son deuxième ouvrage "Des humains sur fond blanc".
C'est un véritable roman d'aventure auquel nous convie l'auteur. D'abord le décor blanc de la Sibérie aux confins de la Yacoutie : de la neige, de la neige, encore de la neige et même des mammouths enfouis sous la glace, et aussi de drôles de tigres. Puis les personnages hauts en couleurs, étonnants, attachants : Tatiana, ingénieure moscovite, plutôt rétive, en délicatesse avec sa hiérarchie. Elle doit interrompre ses vacances au bord de la mer noire pour se rendre dans le grand nord. Des rennes y seraient apparemment victimes d'une teneur en césium 137 très supérieure au seuil autorisé. Hannibal, aviateur retraité de l'armée soviétique, foutraque, à moitié sourd et totalement alcoolique choisi pour l'amener sur les lieux à bord de son "Antonov Zondirovanie Atmosfery", aussi vieux et déglingué que lui. Et puis, la jeune Neva de la tribu des Younets, belle sans le savoir, brillante patineuse et voix de diva dans le rôle de l'interprète, puisqu'elle parle aussi le russe.
L'écriture est, encore une fois fort belle, aussi éblouissante que les reflets de la neige. Descriptive, imagée, elle brosse à merveille lieux et personnages. Elle décuple l'intérêt de cette histoire qui outre l'équipée parle de l'existence, une sorte de vagabondage où chacun va se trouver, accepter d'aimer et de s'aimer aussi. C'est dur, c'est tendre, c'est parfois drôle. Et l'on retrouve dans cet ouvrage, comme dans le premier, la patte du géographe, précis dans ses images, clair dans ses détails.
Jean-Baptiste Maudet signe là un deuxième roman très réussi, dépaysant et addictif. Je le verrais bien adapté au cinéma.

Lien : https://memo-emoi.fr
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critiques presse (1)
Actualitte   12 février 2020
La mission de Tatiana est une excuse magnifiquement servie par Jean-Baptiste Maudet pour nous offrir un voyage à mi-chemin entre rêve et réalité, une sorte de légende qui, à l’issue de cette lecture, laisse avide de plus de pages, de plus de détails, de plus de péripéties pour ne pas s’arrêter seulement là, pour continuer avec Neva, Tatiana et Hannibal.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (5) Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   02 février 2020
Il n’est pas question que des rennes radioactifs se dispersent dans la nature. Depuis ce matin, au sein du service, ça n’arrête pas. Les fax déroulent des instructions qui débordent des corbeilles, les portables vibrent dans les complets-veston, les tambours de la steppe résonnent, le carillon des bambous tinte, les harpes japonaises couvrent le hennissement des chevaux et quand une rivière se met à gronder, tel cri d’oiseau des lacs relance telle trompette, chant du cygne, bruissement d’ailes de l’Alkonost, grenouille, grillon, criquet, vif tempo de la mazurka, vrombissement d’insectes, aboiement de chiens, hourra du cosaque, et certains téléphones imitent le son du téléphone.
Malgré l’incapacité de ces sauvages, les derniers relevés qui viennent de Yakoutie indiquent bien une teneur en césium 137 très supérieure au seuil autorisé. Alors quoi ? Agir vite, confirmer les chiffres et abattre les troupeaux sans tergiverser. Après les diverses crises sanitaires qui ont sévi dans la région, on ne peut pas se permettre qu’une catastrophe de cet ordre fasse les gros titres : « Les mamans rennes au lait radioactif donnent la tétée à leurs faons. » On les voit d’ici, ces pauvres bêtes, en une des quotidiens et quelques heures plus tard en photo dans le monde entier avec des yeux phosphorescents qui se moquent de la Russie.
Oui, c’est loin la Sibérie, ça n’est pas une nouveauté. Les ordres ne sont pas faits pour être discutés. C’est même la qualité intrinsèque d’un ordre. Cette petite garce n’avait qu’à se montrer plus conciliante!
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hcdahlemhcdahlem   02 février 2020
INCIPIT
Neva écoute toujours la musique très fort, le casque enfoui dans ses cheveux sombres. C’est le seul moyen pour elle de ne pas entendre les publicités qui passent en continu dans le supermarché. Au moment de la fermeture, quand le patron lui tend la liste du réassort, Neva se change dans la remise, enfile ses patins à roulettes, monte le son, et le ballet peut commencer. Elle sillonne les rangs par ordre alphabétique, entrechat, déboulé, demi-pointe exercée sur le frein du patin, éblouissante arabesque en bout de ligne et retour. Les harengs, les cornichons, les saucisses, en moins d’une heure, tout est en place. Si ça n’est pas du goût de tous, son patron tolère cette fantaisie parce que Neva, pour le même prix, travaille plus vite en musique.
Il s’approche d’elle et lui fait signe d’ôter ses écouteurs.
– Tu penseras aux concombres en tête de gondole ?
– C’est déjà fait.
– Ah.
Les kilomètres qu’elle parcourt entre les rayonnages l’aident à ne pas prendre davantage de poids. Il faut bien ça, car il n’est déjà pas commode de la croiser dans les allées. Elle n’est pas vraiment grosse, mais massive, avec des hanches larges, un fessier de jument et des seins considérables.
– Tu as terminé alors ?
– Il ne me reste plus qu’un rang.
– Termine et c’est bon.
Son gabarit a de quoi impressionner et les seules mains qui pourraient l’empoigner fermement sont celles d’un bûcheron de la taïga ou d’un éleveur de rennes. Si ses parents n’avaient pas été sédentarisés de force à Nerkhoïansk pour aller concasser le minerai de fer, ainsi en serait-il allé.
Il ne lui reste plus que les bocaux de chou à disposer en colonnes, emboîtés les uns dans les autres. Après quoi Neva pourra se laisser tripoter dans la remise par son employeur, rentrer chez elle et s’ennuyer. Elle garde souvent son casque sur les oreilles, ça lui permet d’enjoliver les choses. La musique couvre aussi le bruit des usines qui tournent jour et nuit dans la cité minière. Les berlines chargées de roches arrivent en surface sur le carreau de mine, le minerai brut circule dans les concasseurs à mâchoires, sous les percuteurs, dans les broyeurs à boulets, puis repart sur d’autres wagons, trié et calibré, pendant que les scories forment des monticules parfaitement coniques qui dépassent de la forêt. On les voit pointer avec arrogance au-dessus des flèches des sapins, et le vent en toutes saisons vient balayer les résidus. La neige à Nerkhoïansk n’est jamais blanche.
Le bref été sibérien touche à sa fin. Le soleil aura réchauffé la plaine. Il n’est pas encore besoin de s’envelopper dans d’épaisses couches de vêtements. Le sol est lacéré d’ornières, dégelé en surface et parsemé de flaques autour desquelles s’agitent des milliers d’insectes. Pour en disperser les nuées, les gens rentrent chez eux en agitant les mains le long des routes. Ils ont les semelles engluées de boue et vagabondent à la manière de cosmonautes.
Neva a écourté son passage dans la remise, certains jours le cœur n’y est pas. Le désir reste coincé dans son bocal. En arrivant chez elle, elle s’est déchaussée et dévêtue de la tête aux pieds. Elle enfourne du bois dans le poêle pour ne pas laisser l’humidité s’emparer de son corps. C’est elle qui est chargée de réchauffer la maison avant l’arrivée de ses parents et de maintenir tiède l’eau de la cuve dans laquelle ils ont l’habitude de se laver, une cuve d’eau vite noircie à partager entre époux. Neva, elle, prend des douches brûlantes et parfois l’été, derrière la maison, se lave en plein air au tuyau.
Plus que d’habitude, elle s’assure que personne ne la voit. Elle sent parfois qu’on l’observe. Les rais de lumière à travers les branches découpent sur elle des îles de couleur. Le soleil est précieux et plus précieux encore est d’avoir le corps au soleil. Elle aime ça. Ça lui rentre sous la peau. Neva reste un moment dans le jardin à démêler ses cheveux noirs, puis rentre à cause des moustiques. Les chiens n’arrêtent pas d’aboyer ces temps-ci, ils sont nerveux quand la nuit vient. À coup sûr, à cause des loups.
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hcdahlemhcdahlem   02 février 2020
Les parents de Neva ne parlent pas beaucoup, ni des ancêtres glorieux ni du quotidien. Dans cette région, seules quelques familles de la minorité Younet sont restées à vivre de la transhumance des rennes. La plupart des fermes collectives de la période soviétique existent toujours, mais le changement de régime a précipité leur déclin et rien n’a pu freiner la diminution des troupeaux. On a prétendu que la viande de renne élevé dans l’air pur du socialisme et des vastes étendues sibériennes était un trésor pour la mère Russie. Il ne faut pas rêver mais regarder les choses en face, les troupeaux aujourd’hui n’intéressent plus grand monde.
Ce qu’a vu Neva ces dernières années s’aperçoit de loin quand on fait cramer des bêtes aux bois entremêlés dont la fumée noire monte sur des kilomètres. Le charnier, à gros bouillons, assombrit le ciel. Son oncle Vladimir, encore éleveur, ne supporte pas de voir cette montagne de corps calcinés et son panache de mort. Il n’accepte pas que les hommes creusent aussi profond dans la terre, ni qu’ils puissent brûler sans raison des êtres de la nature. La dernière fois que les autorités sanitaires sont intervenues, Vladimir a disparu plusieurs jours dans la forêt pour ne pas assister à ce spectacle. Même les pires des braconniers auraient pris le temps de dépouiller une bête : écarteler l’animal, enfoncer le couteau dans sa gorge, le vider de son sang, plonger des doigts glacés dans le corps chaud du renne et découper sa peau. Tous les éleveurs, nomades ou sédentaires, réagissent avec la même rage lorsqu’on saisit leur troupeau. Cette rage ne passe qu’en marchant dans les bois. Il faut errer longtemps, espérer s’émouvoir du chant d’un oiseau. Beaucoup souhaitent disparaître dans le langage des animaux et ne plus rien savoir des humains.
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hcdahlemhcdahlem   02 février 2020
La plupart des populations de la Sibérie ont été mélangées depuis le XVIIIe siècle ou forcées à se fondre dans la masse durant la période soviétique. À la dislocation de l’URSS, après un demi-siècle d’intense russification, la reconnaissance des langues minoritaires a néanmoins été encouragée. Les « Petits Peuples du Nord », comme il est d’usage de les désigner avec condescendance, ont salué cette décision sans que rien ne change vraiment au quotidien. Les groupes linguistiques les plus réduits ont dû abandonner leur langue vernaculaire au profit du russe pour pouvoir communiquer avec leurs voisins ou avec les autorités qui ont consacré beaucoup d’énergie à quadriller le territoire. Étonnamment, les Younets ont toujours réussi à passer entre les mailles du filet, soit qu’ils aient déployé des stratégies propres à dérouter les meilleurs fonctionnaires, soit que leur existence même ait été mise en doute. Des familles Younets sont allées plus à l’ouest, d’autres ont rejoint en toute discrétion les confins de l’Extrême-Orient et celles qui sont restées dans la région de Nerkhoïansk ont trouvé le moyen de se changer en feuille, en plume ou en flocon de neige et d’être aussi légères que le vent. C’est en tout cas ce que raconte Vladimir qui certes maîtrise un russe rudimentaire mais refuse de le parler à l’instar d’autres éleveurs nomades de son ethnie éparpillés dans le Grand Nord. Il est vrai que malgré leur petit nombre, les Younets au cours de l’histoire ont fait preuve d’une belle résistance aux logiques d’assimilation. À cela, Vladimir ajoute ce qu’il faut d’entêtement et de provocation.
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ChristlbouquineChristlbouquine   29 février 2020
Tatiana tremble de le tenir dans ses bras, c’est un homme qui ne vaut pas moins qu’un autre homme, un homme miraculeusement plaqué contre son corps. Elle en a le vertige ; elle et lui réunis, s’acquittant du hasard. Ils auraient pu ne pas naître, leurs ancêtres auraient pu mourir cent fois avant de donner la vie et pourtant, quelque part en Sibérie, ils dansent. Il n’y a qu’elle pour penser à des trucs pareils, comme si toujours elle se regardait vivre d’en haut, depuis l’univers.
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Avec Michel BUSSI, Président du FIG 2020, géographe et romancier à succès, Emmanuel RUBEN, géographe et romancier, auteur de «Sabre» (Stock) et Jean-Baptiste MAUDET, géographe et romancier, auteur de «Des humains sur fond blanc» (Le Passage) animée par Valérie SUSSET. Au pied du Vercors, aux frontières de l'Europe, une histoire de famille, de livres, de sabre et de voyages... Dans le grand nord, une scientifique moscovite et un pilote retraité de l'armée soviétique... Au coeur des marquises, l'archipel le plus isolé du monde, un flic déboussolé, une ado futée, un auteur de best-seller et une disparition...Des lieux, des histoires avec comme point commun la frontière ténue entre réel et imaginaire.
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