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ISBN : 2070363546
Éditeur : Gallimard (16/03/1973)

Note moyenne : 3.58/5 (sur 63 notes)
Résumé :
Harvay Cheyne est un jeune héritier arrogant qui tombe à la mer alors qu'il effectue une croisière en compagnie de ses riches parents. Les marins-pêcheurs du Sommes-ici lui sauvent la vie et le ramènent à bord de leur navire.. Harvey doit se rendre à l'évidence : sa richesse ne lui sera d'aucune aide pour convaincre le capitaine de le ramener à ses parents. Le seul moyen pour lui de les retrouver est d'accepter le travail que lui propose le capitaine, Disko Troop. A... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
sandrine57
  27 juillet 2013
Sur le paquebot qui l'emporte vers l'Europe pour y parfaire son éducation, le jeune américain Harvey Cheyne ne s'est pas fait que des amis. C'est surtout son insolence qui choque les autres passagers et c'est d'ailleurs pour le punir que l'un d'entre eux lui offre un cigare. Malade mais trop fier pour le montrer, l'adolescent se réfugie sur le pont où il est emporté par une vague. Il doit la vie sauve à un pêcheur de morues qui le fait monter sur le We're here, une goélette commandée par Disko Troop, capitaine sévère mais juste et excellent pêcheur. Habitué à donner des ordres et à se faire obéir, Harvey exige qu'on le ramène à New-York et assure que son père, le multimillionnaire Harvey Cheyne, premier du nom, sera prêt à dédommager l'équipage. Mais Disko Troop n'est pas prêt à gâcher une campagne de pêche pour un freluquet qui raconte des sornettes. Il commence par lui balancer son poing dans la figure pour lui remettre les idées en place puis lui propose de travailler à bord pour mériter sa pitance. C'est ainsi que, malgré lui, Harvey devient mousse sur le We're here, sous l'aile bienveillante de Dan, le fils du capitaine, trop heureux d'avoir trouvé un camarade pour partager ses tâches et ses jeux.

Comment transformer un adolescent désoeuvré, prétentieux et capricieux en un jeune homme travailleur, humble et obéissant? En l'embarquant sur un bateau de pêche bien sûr! Là, parmi des hommes fiers et rudes, il va apprendre la vraie vie, les vraies valeurs plus sûrement que dans n'importe quel établissement scolaire, aussi prestigieux soit-il. le jeune Harvey, choyé à l'excès par sa mère, habitué au luxe et à l'argent facile va être initié à la pêche et à la navigation mais aussi à la camaraderie, à la solidarité, à l'amitié.
Roman d'initiation, Capitaines courageux est aussi un hommage aux pêcheurs qui affrontaient tous les dangers pour gagner de quoi vivre. On y apprend beaucoup sur les techniques de pêche, la navigation et la vie à bord. Aux joies de trouver les bancs les plus poissonneux, succèdent les jours de grand péril quand la mer se déchaîne et les moments où la brume envahit tout et qu'il faut s'occuper pour ne pas sombrer dans l'ennui. Alors les marins chantent des chansons de marins et racontent des histoires de marins. D'abord réticent, Harvey s'intègre très vite -privilège de la jeunesse- à cet équipage hétéroclite dont il se fait une nouvelle famille. A coup de taloches quand il le mérite, il apprend à obéir d'abord, puis à pêcher, ramer, vider et saler le poisson. Il s'initie aux noeuds marins, aux traditions, aux superstitions, aux rivalités entre équipages.
Une histoire sympathique dans la lignée des romans de Jules VERNE et qui a le charme des grands récits d'aventures qu'on peut lire à l'adolescence. Désuet mais attachant.
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migdal
  12 mai 2019
Sous titré « une histoire du banc de terre-neuve », ce roman ne rivalise pas avec ceux d'un Roger Vercel pour qui voudrait tout savoir de la pêche au large mais le parcours initiatique de Harvey Cheyne plongé à l'insu de son plein gré dans ce monde de marins est une belle histoire d'amitié, une merveilleuse parabole sur l'éducation et, dans les deniers chapitres, une rencontre émouvante entre Harvey devenu adulte et son père qui n'avait jamais pris le temps de s'intéresser à sa famille.
Rudyard Kipling nous offre ici une oeuvre différente de ses contes indiens mais tout aussi mémorable.
Un grand classique à lire et relire pour s'oxygéner les poumons et s'aérer l'esprit.
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CDemassieux
  01 octobre 2016
Harvey Cheyne est né avec une cuillère en argent dans la bouche, suivant la formule consacrée.
Surprotégé par une mère dévouée à sa personne, ce fils d'un millionnaire qui « entasse les écus », est « une pitié, car il y a un tas de bonnes choses dans le gamin si on pouvait y atteindre. » Phrase prophétique lâchée au tout début de cette histoire et qui sera entendue par le destin – farceur, comme chacun le sait ! –, lequel se charge de dégriser ledit gamin en l'envoyant par-dessus bord d'un yacht de croisière où lui et sa mère voguaient en direction de l'Europe.
Sauvé in extremis de la noyade, il se retrouve sur une goélette en pleine campagne de pêche. Là, il joue d'abord merveilleusement sa partition de sale garnement jusqu'à ce que le capitaine Disko Troop, de la goélette le Sommes ici, sonne brutalement la fin de la récréation.
Ce sera une bénédiction pour Harvey qui, au contact d'un équipage hétéroclite mais soudé et travailleur, va se trouver une authentique famille, dont un garçon de son âge : Dan, le fils du capitaine.
Capitaines courageux est donc un récit du passage initiatique à l'âge adulte. C'est aussi un témoignage de la vie en mer, espace de l'émerveillement et de la terreur mêlés. Là tout est instable, voilà pourquoi les coeurs doivent y être solides. Harvey apprendra cela et bien d'autres choses.
Et lorsqu'après une course ferroviaire digne de Jules Verne, ses riches parents – qui le croyaient mort – le retrouveront, son père comprendra qu'un changement s'est opéré. Il admettra alors, lui l'homme riche et puissant, qu'il n'est justement « pas assez riche pour payer Troop » de ce qu'il a fait pour son fils, c'est-à-dire lui offrir un but dans l'existence et surtout : une droiture morale. Dès lors, Harvey sait ce qu'il veut car, tel son père jadis, il s'est frotté à la vie, la vraie, celle qui monte et descend ainsi que les vagues.
Hélas, cette initiation heureuse, ces confidences d'un père à son fils, aux mains désormais rugueuses héritées d'un long séjour en mer, ce n'est qu'un roman, écrit en 1897.
Si je dis cela c'est que ce roman – dont il n'est pas nécessaire de vanter ici l'excellence tant elle semble évidente aux premières pages – est de la main de Rudyard Kipling qui eut, lui aussi, un fils. Mais, bien loin des bancs de Terre-Neuve, il mourut en 1915, dans une bataille de la Première Guerre mondiale. Un remarquable téléfilm – Mon fils Jack, de Brian Kirk – rend compte de ce drame ayant affecté l'écrivain le reste de sa vie.
Aussi, à la lumière de cette information, on se prend à refuser la réalité et rêver que John Kipling se soit appelé Harvey Cheyne, qu'il ait vécu dans cette Amérique entrepreneuse de la fin du XIXe siècle, loin du carnage de 1914-1918. Mais ce n'est qu'un rêve…
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volubilae
  25 septembre 2017
Pour :
- Roman d'aventure
- découverte passionante du banc de Terre-Neuve, de la pêche à la morue (limite recherche journalistique)
- le vocable marin (bien que ce dernier est trop compliqué pour un néophyte).
Bref : sur la mer, je voguais en harmonie
Contre :
Et puis dur retour sur terre
- Morale de la réussite par le travail dans toute sa caricature, du happy end à l'américaine très mal mis en place, et des points de vues tellement clichés pour certains personnage (le cuisinier, la femme, la reconnaissance béate du pauvre pour le riche qui daigne se pencher sur son malheur…)
Ce n'est pas mon histoire préférée du tout de Kipling. Dans une autre critique le terme « désuet » est usité, j'acquiesce volontiers.
Maintenant qui suis-je pour médire de Kipling, j'ai pas eu de chance à la pioche dans la boîte à livre.
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nico6358
  19 août 2016
Une bien belle lecture que cette découverte de Kipling. Capitaines Courageux est un roman à la gloire de l'héroïsme au quotidien (le fameux working class hero), et particulièrement à celle des pêcheurs en haute mer, évidemment. A travers le parcours initiatique d'un jeune fils de millionnaire confronté à la vie sur un bateau au cours d'une campagne de pêche de plusieurs mois, et en compagnie de son double du même âge et fils du capitaine du navire, Rudyard Kipling nous offre une vive critique de l'insouciance des plus fortunés envers la fragilité et la richesse humaine de tous ceux qui les font vivre.
C'est un roman qui s'alimente en bonne partie de la camaraderie de deux enfants de 15 ans, raison pour laquelle on conseille généralement sa lecture à des sujets considérablement plus jeunes que ce que j'ai su rester. A grande raison à mon avis, même si Capitaines Courageux reste une lecture agréables pour les grands dadais dans mon genre.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
migdalmigdal   09 mai 2019
Il parla de la confiance qui ne l’avait jamais abandonné, même quand il se trouvait suspendu à l’âpre bord du désespoir, la confiance qui vient de la connaissance qu’on a des hommes et des choses. Il s'étendit, comme s'il se parlait à lui-même, sur le courage et la ressource vraiment extraordinaires qu'en tout temps il avait trouvés en soi. Le fait était d'une évidence telle dans l'esprit de l'homme qu'il ne changeait même pas d'accent. Il décrivit comment il avait enfoncé ses ennemis ou leur avait pardonné exactement comme ils l’avaient enfoncé ou lui avaient pardonné en ces jours d'insouciance; comment il avait supplié, cajole, intimidé villes, compagnies, syndicats, tout cela pour leur propre bien; s'était traîné autour, à travers, sous montagnes et ravins, tirant après lui un chemin de fer de pacotille, et, pour finir, comment il s'était assis pendant que les communautés les plus diverses s'amusaient à mettre en lambeaux les derniers fragments de son caractère.

L'histoire tint Harvey presque hors d'haleine, la tête un peu relevée de côté, les yeux fixés sur le visage de son père, tandis que le crépuscule s'accentuait et que le bout rouge du cigare éclairait les joues creusées de sillons et les lourds sourcils. Il lui semblait voir une locomotive en train de faire rage à travers la campagne dans l'obscurîté — un mille entre chaque lueur dardée par la porte du fourneau qu’on ouvre ; mais cette locomotive avait le don de la la parole, et ses mots secouaient et réveillaient l'enfant jusqu'en la racine de l'âme. A la fin, Cheyne lança au loin le bout de cigare, et tous deux restèrent assis dans l'obscurité, au-dessus de l'eau qui, en bas, lapait comme une langue.

« Je n’ai jamais encore raconté cela à personne », dit le père.
Harvey poussa un soupir.
« C'est certainement la plus grande chose qui fut jamais ! dit-il.

Voilà ce que j'ai eu. J’en arrive maintenant à ce que je n'ai pas eu. Cela ne vous dira pas grand-chose, mais je ne veux pourtant pas que vous arriviez à mon âge avant d'avoir compris. Je sais manier les hommes, cela va de soi, et je ne suis pas un imbécile pour tout ce qui concerne mes propres affaires, mais... mais... je ne peux pas rivaliser avec l'homme qui a appris ! J'ai ramasse par-ci, par-là le long de la route, mais j’imagine que cela transpire de toute ma personne.

— Je ne m'en suis jamais aperçu, dit le fils avec indignation.

Vous vous en apercevrez, Harvey. Vous verrez... à peine serez-vous sorti du collège.
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migdalmigdal   02 mai 2019
Harvey, comme un certain nombre de jeunes gens fort à plaindre, n'avait de sa vie reçu un ordre direct, jamais, du moins, sans qu'il s'accompagnât de commentaires interminables et parfois larmoyants sur les bienfaits de l'obéissance et le bienfondé de la requête. Mrs. Cheyne vivait dans la terreur de rendre son fils neurasthénique, ce qui explique peut-être pourquoi elle était elle-même constamment au bord de la dépression nerveuse.
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SZRAMOWOSZRAMOWO   05 avril 2015
La porte du fumoir exposée au vent venait de rester ouverte au brouillard de l’Atlantique Nord, tandis que le grand paquebot roulait et tanguait, en sifflant pour avertir la flottille de pêche.

« Ce petit Cheyne, c’est la peste du bord, » dit, en fermant la porte d’un coup de poing, un homme en pardessus velu et frisé. « On n’en a nul besoin ici. Il est par trop impertinent. »

Un Allemand à cheveux blancs avança la main pour prendre un sandwich et grommela entre ses dents :

« C’est une esbèce que che gonnais. L’Amérique en est bleine de tout bareils. Che fous tis que vous tefriez gomprendre les bouts de corde gratis tans fotre tarif. »

– Peuh ! Il n’est pas mauvais au fond. Il est plutôt à plaindre qu’autre chose, dit d’une voix traînante un habitant de New-York, lequel gisait étendu de tout son long sur les coussins, au-dessous de la claire-voie humide. On l’a toujours traîné de tous côtés, d’hôtel en hôtel, depuis sa sortie de nourrice. Je causais avec sa mère ce matin. C’est une femme charmante, mais qui n’a aucune prétention à le diriger. Il va en Europe achever son éducation.

– Éducation qui n’est pas encore commencée (c’était un habitant de Philadelphie pelotonné dans un coin). Ce gamin a deux cents dollars d’argent de poche par mois, m’a-t-il dit. Et il n’a pas seize ans.

– Les gemins de ver, son bère, n’est-ce bas ? dit l’Allemand.

– Oui. Cela et les mines, et le bois de charpente, et les bateaux. Bâti une résidence à San Diego, le vieux ; une autre à Los Angeles ; possède une demi-douzaine de chemins de fer, la moitié des coupes sur le versant du Pacifique, et laisse sa femme dépenser l’argent, continua l’habitant de Philadelphie d’un ton languissant. L’Ouest ne lui convient pas, dit-elle. Elle se traîne un peu de côté et d’autre avec le gamin et ses nerfs, cherchant à découvrir ce qui pourra l’amuser, lui, j’imagine. Floride, Adirondacks, Lakewood, Hot Springs, New-York, et on recommence. Il ne vaut guère mieux pour le moment qu’un chasseur d’hôtel de second ordre. Quand il en aura fini de l’Europe, ce sera un saint objet d’horreur.
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volubilaevolubilae   27 septembre 2017
Ce fut l'expérience d'un monde qui n'était plus la terre et, pour la première fois depuis un mois, Harvey rêva de planchers d'eau mobiles et fumants tout autour du doris, de lignes qui s'égaraient dans rien et de l'atmosphère du dessus qui se fondait avec la mer du dessous à dix pieds de ses yeux tendus.
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