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François-René de Chateaubriand (Traducteur)Robert Ellrodt (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070328383
434 pages
Éditeur : Gallimard (12/05/1995)

Note moyenne : 4.17/5 (sur 103 notes)
Résumé :
Baudelaire affirmait : " Il me serait difficile de ne pas conclure que le plus parfait type de Beauté virile est Satan, - à la manière de Milton.
" Le XXe siècle a été plus réticent ; encore que Claudel ait pu écrire : " Il est bien remarquable que le livre fondamental, sur lequel, on peut le dire, s'appuie toute la littérature anglaise s'appelle Le Paradis perdu. " T. S. Eliot a un point de vue original : " ... Je ne puis penser à aucune oeuvre qui offre [au... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
PhilippeCastellain
  23 janvier 2017
Au XVIIème, un siècle après l'irruption de la Réforme, les lignes de démarcation entre catholiques et protestants sont solidement tracées. Après les théologiens, commence à émerger une littérature profane protestante. Agripa d'Aubignée en France, Milton en Angleterre. Mais ces austères puritains rejettent férocement la frivolité des cours catholiques, et plus encore le théâtre, considéré comme un lieu de débauche et d'impiété. C'est donc dans la Bible qu'ils puisent leur inspiration.
Il est probable que Milton caressa longtemps l'idée d'écrire une grande épopée inspirée du livre de la Genèse, et que le moment venu il y jeta toutes ses forces. Il en résulta ce long poème en prose narrant la création du monde, de la chute des anges rebelles à la chute de l'homme. On y trouve des inspirations de l'Iliade, de Dantes, mais également de nouvelles formes et de nouvelles idées.
Comme cette façon de débuter en flash back, par exemple. le livre s'ouvre sur Satan et ses fidèles vaincus, précipités au fond de la Géhenne, découvrant leur royaume d'exil désolé. Mais bien vite ils se ressaisissent. Il parait que quelque part, Dieu aurait créé un nouveau monde, habité par une nouvelle créature. L'homme…
La forme du texte est celle du XVIIème siècle, et de nos jours passerait pour bien lourde et longue, mais les descriptions sont magnifiques. Il est vrai que la traduction fut faite par Chateaubriand ! le défilé des démons, semblables à des tours et couverts de sang, pourrait être l'acte fondateur de l'héroïque fantaisie ! Les noms n'ont pas tellement changés d'ailleurs : Belial, Astartée, Dagon… Milton rajoute dans la liste la totalité des dieux de l'Egypte et de l'Olympe. La guerre des anges et des démons est également narrée avec force magnificence, et encore une fois n'a pas grand-chose à envier à une BD comme ‘Les chroniques de la lune noir'.
Il m'a été difficile de critique ce livre. Sévère et magnifique, il marque l'un des tournants de la civilisation européenne. Chateaubriand, fervent catholique, ne s'y trompa pas. On peut se demander si, pris par son feu, il fut d'un respect fidèle envers l'oeuvre original. Mais sa traduction est si magnifique qu'elle est une oeuvre en soi !
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isajulia
  22 mars 2013
Ce livre est magnifique,j'aime énormément les écrits sur la religion et avec ce poème j'ai été heureuse.De la chute de Lucifer à l'expulsion d'Adam et Eve du Paradis j'ai parcouru les pages avec bonheur.L'écriture est splendide et remplie de sensibilité.
J'ai une grande admiration pour John Milton,si ma mémoire est bonne il était déjà aveugle quand il a écrit le Paradis perdu,dans son obscurité cet homme a réussi à trouver la lumière et à la transmettre au lecteurs à travers les âges.
J'ai adoré.
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colimasson
  07 février 2019
Mon hermétisme aux grandes oeuvres classiques se confirme encore une fois. Déjà, l'Enéide m'avait soulée ; quant à l'Iliade et l'Odyssée, je n'arrive toujours pas à comprendre ce qui les distingue l'une de l'autre et pour tout dire, je crois les avoir lus mais je n'en suis même plus sûre. le cas non-échant, c'est dire si l'idée de les lire me traumatise. Toutefois, je m'incite parfois à penser que je ne suis jamais à l'abri d'une bonne surprise et, comme ne trouvant guère de bonnes surprises dans ce que je connais déjà – le connaissant déjà - je me plais fatalement à rechercher les bonnes surprises vers ce qui semble a priori le moins apte à me convenir. Me glissant dans la peau d'un personnage que je ne suis pas, mais qui aurait de nobles goûts littéraires, je me prends à dresser la liste de ce qui pourrait plaire dans cette oeuvre du Paradis perdu. Commençons.

Tout d'abord, Chateaubriand a fait beaucoup d'efforts pour nous en fournir une version très littéraire et recherchée. Il s'est fait chier à essayer de reproduire le rythme et les tonalités des phrases originales, et de ce point de vue c'est réussi. Il se permet même des néologismes, plutôt couillu à une époque que j'imagine conservatrice, mais après tout qu'est-ce que j'en sais de ce qui se faisait vraiment ou pas tellement en ces temps-là ?

Ensuite, Milton s'est posé un défi plutôt audacieux puisque le Paradis Perdu revisite l'épisode biblique du péché originel sur le mode de l'épopée. Imaginez un épisode chrétien chanté par des prêtres déguisés en poètes grecs, ou un truc du genre, pardonnez mon imprécision ignare et typique de notre siècle. La progression est donc assez prévisible et on retrouve notamment ce qui m'avait déjà barbé dans l'Enéide, une sorte de publicité généalogique des descendants du « héros », ici donc Adam, qui dure au moins dix minutes, le temps idéal en effet pour aller aux chiottes avant un épisode plus intéressant. Certes, on se fait quand même moins chier qu'en lisant la Bible, à condition d'aimer toutefois le lyrisme poétique et l'hystérisme descriptif, ce qui n'est pas mon cas. Quand je lis un Zola, j'ai l'habitude de sauter systématiquement toutes les descriptions ; quand je lis Milton, j'épure systématiquement les phrases de tout ce qui ne se réduit pas à sujet-verbe-complément d'objet. le reste peut être joliment trouvé, mais l'accumulation de mots d'esprits et de prouesses poétiques finit toujours par me donner la gerbe. La dernière fois que j'avais éprouvé ça, j'avais éclusé trop de vin blanc et je m'étais retrouvée la tête tournant à la vitesse d'un manège déchaîné, tout foutant le camp autour de moi alors que je comatais végétalement sur un pieu. Très désagréable. Bref, cette lourdeur étouffante n'était peut-être qu'une contrainte d'époque pour être lu (comme la contrainte pour être lu, de nos jours, c'est d'être une star de la télé, du sport ou du porno). La préparation de la bataille menée par Satan est le pire morceau du livre, c'est dommage parce que c'est ce qui ouvre l'épopée et ce qui devrait normalement convaincre le lecteur de rester un peu plus longtemps.

On peut lire ce texte tranquillou sur Wikisource pendant les heures de boulot, vous gênez pas, ça fera toujours un classique de moins à lire sur votre liste de torture (pour ça, bien sûr, il faut avoir la chance de travailler dans un open space rempli d'ordinateurs, ce qui n'est plus mon cas puisque je n'ai plus de travail et que j'ai écrit cette critique il y a un an et demi – ainsi va la vie les amis !)
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Aela
  13 février 2011
C'est l'oeuvre majeure de Milton (1608-1674) mais aussi une oeuvre très importante de la littérature occidentale. Un poème formé de 12 livres; Milton a choisi un vers non rimé, la rime n'étant pour lui qu'une décoration. Un récit qui s'ouvre juste après la bataille entre Satan et ses troupes et les légions divines. le récit s'achèvera au moment où Adam et Eve quittent le paradis terrestre pour reconstruire un paradis intérieur, bien plus heureux.
Une oeuvre reprise par les romantiques, Milton donnant l'impression d'avoir fait de Satan le vrai héros de son texte, Satan dont l'image se dégrade au fur et à mesure de ses métamorphoses au cours du texte: chérubin puis cormoran puis crapaud puis serpent.
Particulièrement émouvant le passage où Adam renonce au paradis pour partager le sort d'Eve.
Un grand classique à lire et à relire, et plus particulièrement dans la version bilingue anglais-français.
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Nomic
  23 mai 2019
A la lecture de ce long poème épique, écrit par Milton alors qu'il était aveugle, il est plaisant d'avoir en tête les gravures de Gustave Doré, les illustrations de William Blake et les grandioses peintures de John Martin. Déjà, mentionnons que la traduction De Chateaubriand y est pour beaucoup dans le plaisir de lecture : à part quelques choix étranges aujourd'hui (traduire dust par poudre plutôt que poussière ?), elle est excellente.
Ce qui marque le plus dans le Paradis Perdu, sans surprise, c'est le personnage de Satan. Et pour cause, sans lui, il ne se passerait strictement rien. S'il n'était pas rebelle, les anges passeraient leur temps à chanter des hymnes et des cantiques à la gloire de Dieu, Adam et Eve resteraient à jardiner tranquillement dans la béatitude, et voilà, fin. Mais Satan est ambitieux, insatisfait, jaloux, et au final magnifiquement humain. Comment ne pas aimer ce personnage ? le début du poème, qui se concentre sur lui et sa psychologie, est de loin la partie la plus enthousiasmante. Je retiens quelques-unes de ses tirades :
Et toi, profond enfer, reçois ton nouveau possesseur. Il t'apporte un esprit que ne changeront ni le temps ni le lieu. L'esprit est à soi-mème sa propre demeure, il peut faire en soi un ciel de l'enfer, un enfer du ciel. Qu'importe où je serai, si je suis toujours le même et ce que je dois être, tout, quoique moins que celui que le tonnerre a fait plus grand ! Ici du moins nous serons libres. (p.63)
Comment ne pas aimer un tel personnage ? Il fait de la philosophie antique, et à travers ces paroles il incarne mieux qu'Adam et Eve la condition humaine et la pulsion vitale. Et Satan, ayant entrainé ses compagnons dans la chute, montre des « signes de remords et de compassion », et, voulant leur parler, « trois fois il essaye de commencer ; trois fois, en dépit de sa fierté, des larmes telles que les anges en peuvent pleurer, débordent. » (p.85) Tous les archanges restés fidèles ne peuvent pas arriver à la cheville de cette esthétique tragique. Et Mammon, un de ses proches, en rajoute une couche :
N'essayons donc pas de ravir de force ce qui, obtenu par le consentement, serait encore inacceptable, même dans le ciel, l'honneur d'un splendide vasselage ! Mais cherchons plutôt notre bien en nous ; et vivons de notre fond pour nous-mêmes, libres quoique dans ce vaste souterrain, ne devant compte à personne, préférant une dure liberté au joug léger d'une pompe servile. Notre grandeur sera alors beaucoup plus frappante, lorsque nous créerons de grandes choses avec de petites, lorsque nous ferons sortir l'utile du nuisible, un état prospère d'une fortune adverse ; lorsque dans quelque lieu que ce soit, nous lutterons contre le mal et tirerons l'aise de la peine, par le travail et la patience. (p.115)
Mais Milton essayerait-il de rendre son lecteur athée ? Et voilà que Béelzébuth accorde de l'importance au « vote populaire » des légions infernales ! (p.119) Et ils votent pour se mettent d'accord ! (p.125) L'enfer est-il donc démocratique ? L'enfer qui, d'ailleurs, est un « univers de mort, que Dieu dans sa malédiction créa mauvais, bon pour le mal seulement » (p.139). Et, pendant ce temps, Milton continue de rendre Satan charismatique. Il le fait voyager périlleusement dans les gouffres entre l'enfer et le ciel, « sombre et illimité océan, sans borne, sans dimensions où la longueur, la largeur et la profondeur, le temps et l'espace, sont perdus ; où la Nuit ainée et le Chaos, aïeux de la Nature, maintiennent une éternelle anarchie au milieu du bruit des éternelles guerres, et se soutiennent par la confusion. » (p.157) Cet endroit, si l'on peut dire, est certainement le plus intéressant du poème, justement parce qu'il est livré au chaos. C'est Satan qui traverse ces épreuves, qui réalise le parcours du héros pour accomplir ses désirs ambigus. Puis, Satan, une fois arrivé dans l'Éden :
Ah ! moi, misérable ! par quel chemin fuir la colère infinie et l'infini désespoir ? Par quelque chemin que je fuie, il aboutit à l'enfer ; moi-même je suis l'enfer ; dans l'abîme le plus profond est en dedans de moi un plus profond abîme qui, large ouvert, menace sans cesse de me dévorer ; auprès de ce gouffre, l'enfer où je souffre semble le ciel. (p225)
Terriblement humain. Quant aux raisonnements de Satan à l'idée de faire goûter aux premiers humains le fruit défendu, ils ne manquent pas de sens : « La science défendue ? cela est suspect, déraisonnable. » Alors, évidement, quand par la suite le personnage de Satan disparait presque, le poème devient nettement moins intéressant. Adam et Eve parviennent cependant à, parfois, reprendre son flambeau, notamment pour certaines scènes d'une certaine sensualité :
N'ayant point la peine de se débarrasser de ces incommodes déguisements que nous portons, ils se couchèrent l'un près de l'autre. Adam ne se détourna pas, je pense, de sa belle épouse, ni Eve ne refusa pas les rites mystérieux de l'amour conjugal, malgré tout ce que disent austèrement les hypocrites de la pureté, du paradis, de l'innocence, diffamant comme impur ce que Dieu déclare pur, ce qu'il commande à quelques-uns, ce qu'il permet à tous. (p.267)
Comme c'est bien dit ! Par contre, je ne suis pas certain de comprendre : ils ont une vie sexuelle dense, mais sans la lubricité et la honte (et la fertilité), qui n'arrivent qu'après avoir goûté le fruit ? Et aussi, cette phrase, à propos d'Eve : « des lèvres de son époux, les paroles ne lui plaisaient pas seules » (p.453) Quelle phrase élégante ! J'adore.
Mais une fois « l'astucieux tentateur » (p.531) dans l'ombre, les archanges prennent le relai, et ils sont fort ennuyeux. Place aux longs récits de bataille, et à beaucoup, beaucoup, beaucoup de paraphrase biblique. En fait,presque la moitié du poème est constituée de ces paraphrases peu enthousiasmantes. Je note simplement que les démons, en guise de punition divine, passent tous les ans quelques jours transformés en serpents. (p.609) Et les dernières lignes, qui laissent le lecteur sur Adam et Eve, sont bien choisies.
Lien : http://lespagesdenomic.blogs..
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critiques presse (1)
BoDoi   04 septembre 2015
Le dessin impressionne, la langue inspirée du texte originel est belle et entêtante. Le pari était fou, mais le parti pris était le bon.
Lire la critique sur le site : BoDoi
Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
AelaAela   13 février 2011
Quoiqu'il puisse arriver, mon destin est le tien,
Je veux avec toi périr ou être sauvé:
Si la mort t'attend, alors la mort est ma vie;
Je sens tant en moi la nature qui nous unit,
Je m'attache à moi-même en m'attachant à toi;
Rien ne peut nous séparer; nos êtres ne font qu'un;
Ton corps est le mien et ta mort sera la mienne.
However I with thee have fixed my lot,
Certain to undergo like doom; if death
Consort with thee, death is to me as life;
So forcible within my heart I feel
The bond of nature draw me to my own,
My own in thee, for what thou art is mine;
Our state cannot be severed, we are one,
One flesh; to lose thee were to lose myself.
Bk IX, 952-959
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AelaAela   13 février 2011
Ce ne sont pas les lieux, c'est le coeur qu'on habite,
Qui fait du Ciel un Enfer, de l'Enfer un Ciel.
Ici je puis régner en paix c'est assez;
Une couronne même en enfer me fait roi:
J'aime mieux régner en enfer que servir au ciel.

The mind is its own place, and in itself
Can make a heav'n of hell, a hell of heav'n
Here we may reign secure, and in my choice
To reign is worth ambition though in hell:
Better to reign in hell, than serve in heav'n. (Bk I, 254-263)
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colimassoncolimasson   13 février 2019
[Remarques, Chateaubriand]

Bentley prétend que, Milton étant aveugle, les éditeurs ont introduit dans le Paradis perdu des interpolations qu’il n’a pas connues : c’est peut-être aller loin ; mais il est certain que la cécité du chantre d’Éden a pu nuire à la correction de son ouvrage. Le poète composait la nuit ; quand il avait fait quelques vers, il sonnait ; sa fille ou sa femme descendait ; il dictait : ce premier jet, qu’il oubliait nécessairement bientôt après, restait à peu près tel qu’il était sorti de son génie. Le poème fut ainsi conduit à sa fin par inspirations et par dictées ; l’auteur ne put en revoir l’ensemble ni sur le manuscrit ni sur les épreuves. Or il y a des négligences, des répétitions de mots, des cacophonies qu’on n’aperçoit, et pour ainsi dire, qu’on n’entend qu’avec l’œil, en parcourant les épreuves. Milton isolé, sans assistance, sans secours, presque sans amis, était obligé de faire tous les changements dans son esprit, et de relire son poème d’un bout à l’autre dans sa mémoire. Quel prodigieux effort de souvenir ! et combien de fautes ont dû lui échapper !
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colimassoncolimasson   27 juin 2012
Kérub déchu, la faiblesse est un acte ou une souffrance misérable, mais sois sûr de ceci : faire le Bien ne sera jamais notre rôle, mais faire éternellement le Mal notre seule réjouissance, car c’est le contraire de sa haute volonté, à laquelle nous nous opposons. Si donc sa Providence cherche à tourner le Mal en Bien, notre tâche sera d’inverser cette tendance et d’ouvrir la voie au Mal, à partir du Bien, entreprise qui, souvent, pourra réussir.
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colimassoncolimasson   10 mars 2019
Ne pourrions-nous trouver quelque entreprise plus aisée ? Si l’ancienne et prophétique tradition du ciel n’est pas mensongère, il est un lieu, un autre monde, heureux séjour d’une nouvelle créature appelée l’Homme. À peu près dans ce temps, elle a dû être créée semblable à nous, bien que moindre en pouvoir et en excellence ; mais elle est plus favorisée de celui qui règle tout là-haut. Telle a été la volonté du Tout-Puissant prononcée parmi les dieux, et qu’un serment, dont fut ébranlée toute la circonférence du ciel, confirma. Là doivent tendre toutes nos pensées, afin d’apprendre quelles créatures habitent ce monde, quelle est leur forme et leur substance ; comment douées ; quelle est leur force et où est leur faiblesse ; si elles peuvent le mieux être attaquées par la force ou par la ruse. Quoique le ciel soit fermé et que souverain arbitre siège en sûreté dans sa propre force, le nouveau séjour peut demeurer exposé aux confins les plus reculés du royaume de ce Monarque, et abandonné à la défense de ceux qui l’habitent : là peut-être pourrons-nous achever quelque aventure profitable, par une attaque soudaine ; soit qu’avec le feu de l’enfer nous dévastions toute sa création entière, soit que nous nous en emparions comme de notre propre bien, et que nous en chassions (ainsi que nous avons été chassés) les faibles possesseurs. Ou si nous ne les chassons pas, nous pourrons les attirer à notre parti, de manière que leur Dieu deviendra leur ennemi, et d’une main repentante détruira son propre ouvrage. Ceci surpasserait une vengeance ordinaire et interromprait la joie que le vainqueur éprouve de notre confusion : notre joie naîtrait de son trouble, alors que ses enfants chéris, précipités pour souffrir avec nous, maudiraient leur frêle naissance, leur bonheur flétri, flétri si tôt. Avisez si cela vaut la peine d’être tenté, ou si nous devons, accroupis ici dans les ténèbres, couver de chimériques empires.
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Vidéo de John Milton
[RARE] John MILTON – Une Vie, une Œuvre : 1608-1674 (France Culture, 1992) Émission "Une Vie, une Œuvre", par Francesca Isidori, diffusée le 2 janvier 1992 sur France Culture. Invités : Armand Himy, Marie-Dominique Garnier, Margaret Llasera, Roger Lejosne.
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