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ISBN : 2265117986
Éditeur : Fleuve Editions (23/08/2018)

Note moyenne : 3.73/5 (sur 37 notes)
Résumé :
L'histoire commence ainsi: une femme parle à l'homme qu'elle aime.
Devant elle: les restes d'un repas.
Plutôt que le papier, elle a choisi l'écran.
A l'intimité d'une lettre, elle a préféré la vidéo et la multitude des réseaux sociaux.
Cette femme c'est Martha Delombre, psychologue criminelle habituée aux confessions les plus abominables.
C'est désormais à son tour de se confesser. L'impudeur ? Peu lui importe, car tout le mond... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
mollymon
  09 juin 2018
Martha est d'une femme profondément blessée. Après vingt ans de mariage, son mari lui annonce qu'il aime une autre femme. Qu'il la quitte… alors qu'ils ont toujours été heureux ensemble.
De l'anéantissement à l'envie de vengeance, en passant par le désir de reconquête, elle ne parvient pas à faire face au sentiment d'abandon suscité par cette rupture. Elle a l'impression de n'être plus rien.
Martha imagine alors un stratagème diabolique pour s'approcher de sa rivale afin de lui empoisonner la vie.
Marie Neuser, offre avec ce roman une "délicieuse" variation sur le thème de la femme abandonnée qui transforme une banale histoire d'échec conjugal en un thriller psychologique particulièrement bavard et pervers. Martha y dissèque ses états d'âme en long, en large et en travers, et n'évite pas quelques digressions inutiles à mon avis. Malgré son ton sarcastique, assez réjouissant par moment, elle aurait largement gagné à faire preuve d'un peu plus de concision pour encore mieux percuter.
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audelagandre
  05 novembre 2018
Je pourrai écrire que c'est l'histoire banale d'une séparation.
Après 20 ans passés ensemble, Raph annonce à Martha qu'il ne l'aime plus, qu'il a rencontré la Femme de sa vie, son double, son autre moi et qu'il part vivre avec elle.
"C'est si merveilleux, si exceptionnel, cette harmonie entre nous, c'est...surnaturel. le même être dans un miroir. Des jumeaux d'âme."
Le temps de la mise à nue d'une vie entière est arrivé : les reproches, les certitudes, les excuses, les prédictions, la haine, la fureur, tout y passe.
Sauf que ce n'est pas une histoire banale.
C'est le cheminement d'une femme trompée, trahie, déchirée qui n'a rien rien vu venir et plus grand chose à perdre puisqu'elle a déjà tout perdu.
C'est l'histoire tragique d'une femme face à elle même, qui regarde sa vie avec hauteur, en fait un film, et le poste sur utube.
"Martha, il faut que je te parle."
La gravité des mots qui laisse entrevoir des paroles que ne pourront être reprises une fois prononcées. Et le contraste, saisissant, entre la douleur insupportable de l'un et le bonheur réjouissant de l'autre. Marie Neuser décrypte, dissèque, dépèce les émotions de l'un, les réactions de l'autre, les réflexions, les attitudes, avec un réalisme qui frôle ou le vécu, ou le génie.
C'est aussi l'histoire d'une femme qui a vieilli.
Qui ne l'a pas senti, qui s'est toujours vue rayonner dans les yeux de l'autre et qui entrevoit, pour la première fois, la décrépitude du corps par les années parce qu'elle est confrontée à la présence de cette autre femme qui a dix ans de moins qu'elle.
C'est l'histoire d'une femme qui est devenue mère, et qui a oublié d'être femme.
Pas par choix conscient, par habitude inconsciente. Et personne ne l'a réveillée cette femme là.
C'est vingt ans de couple, vingt ans de sexe... ou d'absence de sexe... ou de relations sexuelles molles, fades, qui n'existent encore que par habitude, quelques minutes entre la poire et le fromage, volées à l'horripilante machine de guerre qu'est le quotidien. Excuse banale, puisqu'il en faut une, d'être allé voir ailleurs.
La machine intellectuelle se met en branle pour incomber à l'autre la faute et la justification d'avoir cherché ailleurs ce qu'il ne trouvait plus chez lui.
"Tu as la libido au point mort (...), tu n'écoutes plus mes besoins (...) ton absence de désir a étouffé le mien (...). Elle, elle me veut. (...) Quand on fait l'amour, on est deux planètes en osmose. Elle me donne l'intensité qui est morte avec toi.(...) Tu es devenue asexuée Martha. Tu as rangé le sexe tout en bas de la pile."
L'histoire d'une femme qui passe par toutes les étapes d'un deuil : le choc et le déni, la colère, le marchandage, la dépression, l'acceptation.
Toutes ces phases sont étudiées au microscope, passées au peigne fin de l'analyse par l'écriture inouïe et prodigieuse de Marie Neuser.
Ce roman est écrit comme un gigantesque monologue qui peut rebuter, entrecoupés de dialogues sans dialogue qui peuvent laisser circonspect. Elle utilise des phrases longues pour marquer la tension nerveuse qui suit cette collision, une femme dont le débit de paroles est proportionnel à la force du choc, qui ne peut plus s'arrêter de parler, de penser, de raisonner.
Une caméra qui filme le flot ininterrompu de ses paroles, comme le film qu'elle est entrain de tourner, et qu'elle postera plus tard sur les réseaux sociaux, les mêmes réseaux qui ont fait d'elle une femme aux abois.
Dans la multitude des émotions qui sont transmises, le style n'est pas dénué d'humour.
J'ai souri, et ri aussi, quand emportée par la révolte, Martha utilise la vulgarité, des mots crus et cinglants pour enfoncer les clous de sa pensée. Les paroles qu'on prononce quand on est rendu à être un animal blessé.
"Oui je sais. La sacro-sainte intensité, tu l'as déjà dit. Est-ce que ce sera toujours aussi intense quand vous serez débarrassés des oripeaux de la clandestinité, quand vous partagerez au quotidien les haleines à l'ail et les odeurs de chiotte ? Quand votre union ne sera plus faite de fièvre corporelle et de séduction mais de vaisselles, de lessives et de poils aux pattes ? Et pardonne-moi de me faire l'avocate du diable, mais cette sublime gémellité dont tu me parles aujourd'hui, et qui concrètement n'est étayée par rien, excepté par l'argument on aime la peinture, quand tu devras vraiment construire un couple avec elle, est-ce que ça tiendra le coup ?"
Je pourrai décrire aussi les passages sublimes de la reconquête de l'autre par le désir quand Martha redevient une femme sexuée et sexuelle, les passages brillants quand détentrice de tous les indices, elle parvient à remonter le fil de la trahison, les passages incroyables de transformation de l'état de victime à celui de guerrière, les réflexions si justes du mécanisme de fonctionnement de l'autre qu'après vingt ans on connaît si bien, la connaissance du fonctionnement de l'Homme, la clairvoyance sur le futur, mais aucune de mes phrases ne pourra retranscrire les papillons dans le ventre ressentis comme lorsque l'on désire quelqu'un pour la première fois, ou la douleur tripale de l'abandon.
J'écris cette chronique et j'ai mal au ventre, mal au coeur, mal partout.
Marie Neuser est parvenue, par le seul biais de l'écriture à faire remonter des émotions, des sensations de la femme des premières fois. La femme que nous avons toute été un jour que le quotidien a simplement endormi. En ce sens, ce livre est un électrochoc qui frappe l'esprit d'incessants coups de boutoir et martèle à celui qui le lit de ne jamais oublier, de ne jamais s'endormir, d'être toujours sur ses gardes pour entretenir la flamme et le désir, de se souvenir qu'en un seul claquement de doigts, tout peut changer.
Enfin, je pourrai vous dire que ce livre est bien un roman noir, vous parler du métier de Martha qui assoit ses capacités d'analyse, de l'incroyable twist qui survient à la page 330, de la fin si logique qui exacerbe et conclue, comme un feu d'artifice, les émotions d'une femme à cran, mais je n'en ai pas vraiment envie, parce que ce livre, c'est tellement plus que ça....
Mangez-le, dégustez-le, avec ou sans curry mais gardez-en la substantifique moelle.
Merci Marie.

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gruz
  04 septembre 2018
Amour, amore, à mort.
L'amour comme le soleil d'une vie, sa perte comme ses ténèbres. Une fleur qui pousse, pousse, pousse en vous, et qu'on oublie parfois d'arroser. Elle est pourtant accrochée à vos entrailles et peut vous pousser aux pires extrémités.
Marie Neuser raconte une histoire d'amour, de perte, d'arrachement. Une thématique intemporelle, universelle, antique et contemporaine. Délicieuse est une Tragédie 2.0.
Youtube, une femme face à son mari par écran interposé, face au monde aussi, et face à soi-même. Une longue confession, peut-être catharsistique, sans aucun doute vengeresse. Une femme blessée dans sa chair et meurtrie dans son âme, et qui expose sa douleur et ses sentiments dans les moindres détails. A l'homme qu'elle aime à s'en arracher les tripes. Aux réseaux sociaux comme spectateurs, comme s'il fallait démultiplier ces témoins à l'infinie entre mariage et rupture.
Martha Delombre côtoie l'ombre au quotidien dans le cadre de son travail. Psychologue criminelle, elle est le réceptacle des pires confessions. Pas étonnant qu'elle ressente à son tour le besoin de s'épancher.
Délicieuse est une mise à nu. Couche après couche, pelée jusqu'à l'os. de pelures de pommes juteuses (le sucre c'est de l'amour) jusqu'aux pelures d'oignons (qui agressent les yeux).
Par-delà l'histoire personnelle entre deux adultes (ou trois, selon le point de vue), l'écrivaine propose nombre de belles et profondes réflexions sur ce qu'est le sentiment amoureux, ce qu'est la peur du vide. Elle met en scène une foultitude de pensées face à la vie de couple, la trahison… La vie, dans ce qu'elle a de plus fort et de plus cruel parfois.
Ce qui frappe de la première à la dernière ligne, c'est l'écriture sublime de Marie Neuser. Hyper expressive, imaginative, profonde, ciselée. Elle donne du sens et de l'émotion aux ressentis de la narratrice bafouée.
Ses manières d'entrer au plus loin des pensées de son personnage sont d'une intensité folle. On s'abîme dans l'abîme de détresse d'une femme qui tombe de haut. On suit son cheminement mental, en décalé puisqu'elle nous le raconte, mais en prise directe avec la moindre parcelle de son être.
Délicieuse est un récit noir, vraiment noir. Quand l'amour se brise sur les récifs de l'infidélité, il n'y a plus qu'à ramasser les morceaux pour tenter de les assembler à nouveau. Sauf que ce nouvel agglomérat de chair, de sang et de tripes ne peut que ressembler à un monstre.
Marie Neuser nous plonge dans les excès que peut engendrer le sentiment amoureux. le récit aurait peut-être pu gagner en plus de concision parfois, mais est totalement en phase avec cette outrance des sentiments. Une sensation totalement balayée une fois la lecture achevée, tant j'ai été bluffé par le talent éclatant de l'auteure.
Ce livre est une aventure intérieure, même si elle est jetée sur la place publique. Ce n'est pas l'action qui prédomine (ce n'est pas ce style de livre), mais c'est une dramaturgie incroyablement riche, jusqu'à un dernier tiers étouffant.
Marie Neuser est une écrivaine exceptionnelle. Son talent narratif éclabousse cette sombre histoire d'amour déchu et de vengeance. Délicieuse est un roman rare, une vraie tragédie antique transposée au XXIème siècle.
Lien : https://gruznamur.wordpress...
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Sangpages
  30 septembre 2018
Quand Raphaël annonce à sa femme Martha qu'après 20 ans de mariage, il ne l'aime plus et qu'il en aime une autre, Martha perd pied…
Martha décide alors de jeter son histoire en pâture aux internautes et se confesse, face à une caméra. A poil. Sans tabou. Sans restriction. Juste son ambiguïté, sa douleur et sa rage.
Un monologue de Martha. Pas très vendeur hein ? Je t'entends d'ici (si, si je te jure) "Hein ? Quoi ? Un monologue de 480 pages ? Ca va le chalet ou bien ? (Expression bien de chez moi pour les non-initiés 😜)
Moi j'y ai vu l'excellence d'une plume capable d'aller dans une profondeur insoupçonnable, capable de te transpercer comme un glaive affuté pour te laisser pantelante et ce, sans aucun temps mort !
J'ai commencé ce récit et en quelques lignes à peine, j'ai su que ça allait être dur. J'ai su que j'allais me retrouver en immersion et que la boule au ventre ne me quitterait pas.
Des livres, j'en ai lu des milliers mais peu m'ont autant parlé, m'ont autant percuté pour de vrai, exactement, parfaitement. Relatant quelque chose que je pouvais à ce point avoir ressenti une fois dans ma vie.
D'ailleurs, je n'ai pas pu le lire d'une traite. J'ai dû le poser par moment pour reprendre mon souffle, pour digérer alors qu'il me brûlait de le continuer pour ne jamais le finir.
Marie Neuser raconte l'amour. Elle le décortique avec grand art. Elle nous montre à quel point c'est un sentiment compliqué, doux, enivrant. A quel point c'est une addiction qui suscite la rage, la haine, l'envie, le désir. A quel point c'est dur, perfide, sournois et destructeur. Un puit sans fond dans lequel on peut se perdre. Un puit dans lequel Martha plongera tête la première...
Ce livre, pour moi, n'est pas un coup de coeur mais un coup de foudre. Véritablement, littéralement. Un livre inoubliable.  Un chef d'oeuvre. Des extraits, j'aurai voulu en mettre des milliers tant les phrases sont belles. Te réécrire le livre, là, sur mon blog pour être sûre que tu le lises. Te montrer la poésie des mots, la force de l'histoire...
Ma tête tourne à l'idée de faire une chronique à la hauteur de ce récit. Te donner réellement envie de le dévorer...non de le déguster...comme un bon plat...et je suis même sûre que tu en reprendras…
Délicieuse, c'est un regard amusé ? Amusant ? Sur les réseaux sociaux. Faudrait-il dire effrayant mais tellement réaliste. Des médias, des réseaux mis en exergue. C'est ironique, sarcastique, c'est brillant !
C'est la preuve A + B qu'une femme bafouée est sans doute le prédateur le plus dangereux de la planète. Rotor, machiavélique. Qui, d'ailleurs, pourrait jurer que Machiavel était uniquement un homme ? Hein ? 😜
La violence derrière les mots de Martha est par moment insoutenable. Les mots d'une femme qui n'a plus rien à perdre si ce n'est elle-même au travers de son amour déchu.
C'est aussi un mélange entre les deux vies de Martha. Sa vie privée et son métier de psychologue criminelle qui nous emporte vers des esprits torturées qui feront clairement écho.
C'est le vase brisé de l'amour que tu peux tenter de recoller mais qui, lorsque tu y mettras de l'eau, pissera de tous les côtés...Quoi qu'il en soit...
Si toi, tu t'es retrouvé(e) dans ce rôle de l'homme ou de la femme trompée(e) --> Tu vas souffrir !
Si toi tu vis le grand amour --> Tu vas souffrir aussi car tu auras peur de ce que tu pourrais potentiellement vivre !
Un final flamboyant, ravageur, terrifiant mais prévisible... Prévisible parce que la trame ne tient pas? Oh que non...Prévisible parce qu'évident...pour moi...Simplement parce que je crois bien que j'aurai fait presque pareil…(J'ai dit presque hein ? 😉)
Un véritable orgasme littéraire et même multiple. C'est pas souvent et c'est diablement bon. C'est d'ailleurs ce moment où tu te rends compte que si tu lis encore et encore, c'est dans l'espoir de trouver LE livre qui te fera cet effet là…Me voilà bonne pour quelques années !
Chapeau Marie ! Vraiment !

Lien : https://sangpages.com/2018/0..
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Root
  09 décembre 2019
Le monde de Martha vient de s'écrouler. Après vingt ans de mariage, Raph lui annonce qu'il la quitte. La raison ? Il a rencontré quelqu'un d'autre. Celle qui le fait vibrer, se sentir fort, se sentir homme, celle qui lui procure toutes ces émotions que Martha n'est plus capable d'éveiller en lui. Vingt ans de partage, de soutien mutuel, de complicité qui a donné naissance à un enfant, vingt ans d'amour, balayés un dimanche soir, par quelques phrases désormais impossibles à ravaler.
Et Martha ? Martha essuie les reproches, ouvre les yeux sur les certitudes, affronte le dégout qu'elle n'aurait jamais cru inspirer à celui qui est toute sa vie. Martha n'est plus bonne à donner au chien. Mais elle ne va pas se laisser faire. Dans sa blessure, comme dépossédée de son identité, elle va trouver la force de faire payer à Raph et à sa maîtresse de l'avoir réduite à néant.
Une banale histoire de femme plaquée ? Non. Marie Neuser a concocté bien plus diabolique que ça. Dans un long monologue, Martha Delombre, psychologue criminelle, va raconter la trahison, l'humiliation, la honte de la comparaison avec sa remplaçante, l'agonie de n'être plus rien dans les yeux de celui qu'elle aime, de perdre les repères d'une existence qu'elle croyait bâtie sur la confiance.
Les cent premières pages valent à elles seules qu'on lise ce roman. J'ai commencé à relever certains passages, mais chaque virgule est à garder. Il y a une telle douleur, une telle colère qui émanent du personnage. Ce quotidien décrit par Martha, ces habitudes auxquelles on ne prête plus attention, ce feu sous la cendre que personne n'est venu attiser parleront à beaucoup. Je ne suis pas fan du tout du discours « Je suis une épouse, je suis une mère, j'ai oublié d'être une femme », mais l'auteur a su étoffer le sujet. Elle a bien mené sa barque, Marie Neuser. Un mot me vient à l'esprit quand j'y repense : machiavélique. Au fil des jours, Martha devient la vengeance qui l'anime, sans ménagement aucun (pas même pour elle-même). Si devais reprocher une chose à ce roman, c'est que dès la première page, j'ai deviné la fin. Est-ce que ça a gâché ma lecture ? Non. Délicieuse est un très bon bouquin, très bien écrit, qui n'abuse pas des clichés, et dans l'air du temps malgré son intrigue très classique – je suis toujours curieuse de voir de quelle manière un auteur, aujourd'hui, intègre les réseaux sociaux à son histoire. Tragique, ironique, violent.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
YdamelcYdamelc   01 septembre 2018
Je voudrais que tu pleures. Comment peux-tu supporter ma détresse sans pleurer ?
C'est là, maintenant, que je comprends.
Tout en toi est sec. Tout en toi qui me concerne.
C'est elle qui a volé ta substance. Tu sais que cet instant est la fin de nous, la fin de ta vie dans cette maison, la fin de ta constance auprès de ton fils, ce sont vingt ans de construction appliquée et on plante là le chantier, c'est une taille nette de scalpel qui sépare deux siamois, et rien ne saigne en toi. Pas même un sanglot retenu, pas même les cornées humides. Je me serais même contentée d'une voix chevrote. Mais rien. Je ne te suis plus rien.
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mimo26mimo26   23 octobre 2018
OK.

On y va.

Attends, juste un petit réglage encore, une mise au point de la focale, pour que la caméra me cadre parfaitement et mette en valeur mon plus beau profil. Profil, non. De face. De face c’est mieux, pour se parler. Voilà.

Je suis prête.

Tu me vois.

Tu me vois, bien sûr. Et tu ne comprends rien.

Les yeux grands ouverts, zébrés de crainte, de répulsion ou de curiosité, tu t’apprêtes à m’écouter.

Tu comprendras, à la fin de ce film, que par la suite je me suis faufilée hors de la maison et ai glissé mes clés dans la boîte aux lettres. En le faisant je me suis dit c’est marrant, aujourd’hui les boîtes aux lettres ne servent plus qu’à y laisser des trousseaux de clés.

Avant de partir, je t’ai envoyé ce mail, ça aussi c’est marrant, deux personnes vivant sous le même toit qui communiquent par mail au lieu de laisser un papillon sur le buffet. Dans mon message, il y avait ce lien.

Que tu as ouvert.

Tu l’as ouvert parce qu’à ce moment-là, tu étais fou d’in quiétude.

Le message était un message d’adieu. Ce n’est pas la première fois que nous nous écrivons des messages d’adieu via la poste électronique. Ce sera la dernière.

Alors tu as lu mes mots; électrisé par une panique qui n’a pas de nom, tu as cliqué sur le lien.

Tu verras, c’est un beau film.

Attends. Je me sers. Pardon, je mange en te parlant, je n’ai pas vraiment le choix, c’est que le temps presse. Les restes, ces beaux restes, il faut que je les liquide dès maintenant, et tant pis si ce n’est pas très poli de parler la bouche pleine; il y a des moments où la politesse n’est qu’une perte inutile de temps et c’est le cas aujourd’hui. Je te fais peut-être saliver, tu retrouves toute la saveur de ce petit plat que je t’ai proposé hier soir et que tu as dégusté avec contentement. La caméra cadre idéalement mon assiette et la marmite fumante juste derrière. Ce plat, je l’avais mitonné tout exprès pour nous deux, la viande est tendre, la sauce parfumée aux épices, ça fond miraculeusement en bouche – souviens-toi, à jamais, de cette joie pour les papilles. Il le faut.

Une seconde. J’oriente un peu la caméra vers ce qui se trouve sur la table, et que je viens de disposer par ordre de grandeur, vois comme c’est joli. Tous ces petits os si fins, fragiles, des os d’oisillon bien récurés du bout des dents. Tu te souviens d’en avoir suçoté, en ma compagnie. C’est que ces petits os ont une histoire.

Bien. Je n’ai pas fait tout ça pour te parler cuisine. Nous y reviendrons dans un moment, si tu veux bien. Où en étais-je? Oui. Le film, donc.
Un vrai beau documentaire, dans les règles de l’art. Moi face caméra, sous un éclairage soigné, te parlant comme si nous étions l’un en face de l’autre. Ma relative maîtrise de la vidéo m’a donné la possibilité d’insérer des images fixes, des photos accompagnées de ma voix qui, j’ose l’espérer, ne te semblera pas se perdre en bavardage inutile.

Au moment où tu le visionneras, des milliers d’internautes l’auront déjà vu et partagé. J’aurai donc accompli le tour du monde en Toile. Comment dit-on, déjà? Faire le buzz? Voilà. J’aurai fait le buzz. Je serai devenue l’univers. C’est parfaitement enivrant.

Je te parle, et j’éprouve un léger trouble, dû au fait que je ne sais pas à qui je m’adresse. C’est à toi que je vais dire ces choses : mais ce choix pour lequel il m’a fallu trancher, te parler comme à l’oreille et cependant devant une assemblée infinie de personnes, est une gymnastique inédite et ô combien déstabilisante. Tu comprendras plus tard pourquoi j’ai voulu me mettre à nu de la sorte. Pour l’instant, non, tu ne saisis pas. Mais peu à peu, dans ces résidus de mémoire qu’il te reste, des éclats vont revenir. Des souvenirs peu agréables.

Ce sont les derniers mois de notre vie. Ce sont les fulgurances de nos folies et de nos erreurs. C’est la démence quotidienne de nos amours.

Tu te rappelleras. Tu n’en reviendras pas.

Quant à moi, c’est de ce voyage que je ne reviendrai pas.

Mon voyage est lié à ces petits os que tu vois à l’image. Mes mots le sont aussi. Tout comme ta mémoire défaillante.

C’est pour ça que je dois te dire.
J’aurais pu t’écrire une longue lettre, mais ça aurait pris trop de temps. Il aurait fallu que je cherche les mots, que je les grave sur un support qui exige le geste, le voyage du cerveau à la main. Et tout cela serait resté entre toi et moi. Exactement ce que je ne voulais pas.

Je sais. Tu souffriras de ce choix que j’ai fait, de t’embarquer contre ton gré dans cet étalage de notre intimité, de tout déballer sur cette agora de la communication que sont les réseaux sociaux aujourd’hui. Communication… le mot me semble mal choisi. Il paraît qu’on dit partage. Si partage signifie nombrilisme, exhibition, pour arriver, au bout de la chaîne, au voyeurisme le plus décomplexé, alors je suis preneuse. Car voici le but de cette entreprise : faire partie, moi aussi, de la grande famille, à défaut d’une autre. La grande famille de ceux qui s’en vont vomir leur petitesse ou leur grande mythologie personnelle sur des millions d’écrans, sortent de l’anonymat en devenant enfin un visage concret – bien qu’éphémère, parmi des millions d’autres – hurlant dans des millions de chambres d’ados qu’ils existent, qu’ils existent juste parce qu’ils sont nés un jour, oh, pas pour leur talent, pas pour leur créativité, pas pour leur exceptionnelle beauté ni pour leur fracassante intelligence, pas pour la postérité, juste pour une seconde où ils auront traversé l’espace rectangulaire d’un ordinateur, comme des pollens de printemps qu’on voit voler à contre-jour. Une petite poussière que l’œil attrape dans la multitude, mais dont on se souvient vaguement par la suite, parce qu’elle s’est coincée sous la paupière et vous a démangé un moment. Je te parlerai, en temps voulu, d’un Petit Narcisse qui a désiré être plus qu’une poussière dans l’œil de ses contemporains, parce qu’il n’avait aucun autre moyen d’exister.

Parce que le problème, vois-tu, c’est de ne pas exister.

Aujourd’hui, je veux t’exister.

Et je pense que tu vas vite savoir pourquoi, à la fin de ce film, je serai devenue une de ces existences que l’on n’oublie pas.
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ILLEILLE   05 mai 2019
Je voulais être elle. Martha avait aimé être Martha quarante ans durant,aujourd’hui Martha aurait voulu être Aline tout entière,et qu'importent les sourcils épais et les dents en avant.
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ILLEILLE   05 mai 2019
Tu sais ce que tu es en train de me demander,Raph?D'accepter d'avoir peur.Tu me demandes d'avoir le courage d'avoir peur tout le temps,comme si je n'en avais pas assez bavé.
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Fanfan-DoFanfan-Do   01 novembre 2018
Tu es si beau mon amour si tu savais. Tu as pris de la maturité toutes ces merveilles qui siéent aux mâles, les mêmes qui sur nous ne sont que des déliquescences.
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