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Patrick De Vos (Traducteur)Nicolas Delort (Illustrateur)
ISBN : 2809701415
Éditeur : Editions Philippe Picquier (14/11/2009)

Note moyenne : 4.04/5 (sur 289 notes)
Résumé :
C'est avec ces deux récits admirables et particulièrement bouleversants, couronnés en 1968 par le prix Naoki, l'une des plus hautes distinctions littéraires, que Nosaka conquit la notoriété. Peu de temps auparavant, Mishima avait applaudi à son premier roman : "Les Pornographes", roman scélérat enjoué comme un ciel de midi au-dessus d'un dépotoir. La Tombe des lucioles, visionnaire et poignant : l'histoire d'un frère et d'une soeur qui s'aiment et vagabondent dans l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (74) Voir plus Ajouter une critique
Eric76
  20 octobre 2016
Le Japon impérial est à l'agonie. Les bombardiers géants américains survolent en maîtres le pays dans des « scintillements de lumière » et tapissent de bombes ses grandes villes. Des gens meurent, écrasées sous les décombres des maisons, brûlés par les bombes incendiaires.
C'est l'histoire de Setsuko, petite fille facétieuse qui ne se sépare jamais de sa poupée, et de Seita, ce grand frère vénéré, effronté et hardi.
Leur papa est parti faire la guerre sur un grand bateau et n'a plus jamais donné de ses nouvelles. Leur maman s'est faîte rattrapée par le souffle d'une bombe incendiaire et n'a pas survécu…
C'est l'histoire de l'errance de ces deux enfants abandonnés dans un Japon en déroute, au milieu des ruines, des blessés et des morts. La petite Setsuko, juchée sur le dos du grand frangin, conservera jusqu'à son dernier souffle son regard d'enfant. Et que dire de Seita, de son courage, de son héroïsme, de son abnégation pour protéger sa petite soeur, la nourrir, continuer à la faire rêver vaille que vaille, ou pour la faire rire tout simplement et lui faire oublier les chagrins et la disparition de Maman ? Que dire de sa détresse quand ce petit bout d'homme n'y parvient pas, que tout lui coule entre les mains ?
Comment Nosaka Akiyuki s'y prend-t-il ? Cette manière qu'il a de magnifier la force d'âme de Seita, sa volonté inébranlable, et d'expédier la monstrueuse banalité de sa mort en cinq mots dès le début du livre…
Un livre bouleversant, d'une noirceur sidérale, au style tour à tour apocalyptique, vulgaire, d'une violence pure, puis tendre, aimant et poétique… Un livre poignant qui me renvoie à ces images d'enfants, hagards, poussiéreux, sanguinolents, extirpés des décombres après un bombardements dans ces pays d'Orient pas si lointains que ça… Un livre à lire et à relire pour goûter la quiétude de nos vies et ne jamais oublier, quand l'occasion se présente, de prendre nos enfants par la main…
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Bookycooky
  15 novembre 2017
Deux nouvelles de la Littérature dite « populaire » de l'écrivain de légende, Akiyuki Nosaka. Un homme qui vécut plusieurs vie, fendeur de bois, laveur de chien,scénariste,sénateur.....et....... écrivain.
La première, La Tombe des lucioles,
Nous sommes en 1945, au Japon. Seita, 14 ans, petit orphelin de guerre est assis dans le dénuement le plus total, au coin d'un quai de gare, avec dans sa ceinture de corps une boîte à bonbon, contenant les os et les cendres de sa petite soeur morte au fond de la tranchée d'un abri antiaérien.......
Nosaka dans ce récit quasi autobiographique, remonte le temps pour raconter l'errance de Seita et de sa petite soeur Setsuko dans un Kobe dévasté par la guerre.
Leur père militaire disparu, leur mère décédée suite à ses brûlures, ils se réfugient un temps chez une tante, qui n'est pas des plus généreuses ni des plus tendres.......la suite sera pire.....Dans cette atmosphère d'apocalypse, la seule chaleur irradie de l'infinie tendresse que porte Seita pour sa soeur et la seul clarté, des scintillements des lucioles, juchées sur les bouts des feuilles.
C'est trés triste et sombre, pourtant ces deux enfants, livrés à eux-mêmes, livrant une lutte surhumaine pour survivre, illuminent ce récit avec leur solidarité, leur amour, leur espoir, leurs rêves, encore presque intacte grâce à leur âge. Dans cette pauvreté, une misère humaine d'une laideur infinie, ils brillent comme ces lucioles, avec leurs propres lumières.....poignant !
La seconde nouvelle, les algues d' Amérique,
Le ton change. Rien à voir avec le précédent, c'est léger et amusant à lire. Nous sommes dans l'après-guerre, et ironie du sort, les américains et leur aides ont débarqués sur l'île. Ils aident à nettoyer et remettre sur pied ce qu'ils ont détruit par leurs propres mains. Alors que toutes denrées alimentaires de première nécessité manquent, ils envoient des caisses de chewing-gums..... comme nourriture. Quand aux parachutes blanches qu'ils balancent, toute une autre histoire......Vingt ans après, Toshio se souvient de ses années d'après guerre, confrontant avec ironie américains et japonais, alors qu'ils s'apprêtent à accueillir avec sa femme, un couple d'américains âgés, rencontré par cette dernière lors des vacances à Hawaï....ils seront surpris, nous aussi !
Le style d'écriture familier est spécial. L'argot, le langage familier propre à une langue à mon avis est difficilement traduisible. Ne connaissant pas le japonais, bien qu'il me soit difficile d'en juger, il ne m'a pas pour autant dérangée. Un auteur particulier d'une grande sensibilité, à explorer pour ma part.
Merci cher Bison.
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le_Bison
  21 juillet 2017
Des livres comme ça, ça devrait être interdit. La tristesse à l'état brut. Seita se meurt, seul comme une personne abandonnée sur un quai de gare ou un tunnel de métro. Quel âge a-t-il ? Ma foi, juste l'âge d'être le grand frère de Setsuko. Ainsi commence le roman, par la mort de Seita.
La seconde guerre mondiale. J'entends le bourdonnement sourd des avions américains au-dessus de la campagne japonaise. Une sirène stridente vient hurler à la population l'ordre de se réfugier dans les abris prévus à cet effet. Une pluie de bombes s'abat. le village entier brûle. Une pluie de cendres s'envole. Seita porte sur son dos sa petite soeur Setsuko, s'éloigne du village, se réfugie dans la montagne. Une chaleur s'empare de la rue en flamme. Vite…
Ou est leur père ? Commandant de bord, parti combattre l'ennemi, il ne donnera aucun signe de vie. Leur mère ? Inconsciente, brûlée, morte. Orphelins, sans ressource, ils vont se réfugier chez une tante qui ne leur apportera que l'aide minimum et leur fera bien comprendre qu'ils sont plus une charge qu'un amour.
La tristesse continue. Malgré tout je perçois l'illumination dans les yeux de Setsuko lorsqu'elle découvre la lumière des lucioles. Et ce rire, marque d'insouciance d'une petite fille de 5 ans qui marque mon esprit.
Ces enfants, victimes collatérales de la guerre. Ils n'ont rien demandé, ne savent même pas les enjeux. Ils ont juste une boite de bonbons et quelques lucioles pour éclairer un bout de chemin silencieux, à peine perturbé par le coassement des grenouilles. J'essaie d'y voir de l'humanité, une certaine beauté de l'enfance, mais mon regard s'emplit de tristesse à chaque page parce que je vois la fin, je connais les conséquences, la faim qui tiraille la petite fille, les coliques, le dernier bonbon, la mort…
L'histoire pourrait s'arrêter là, mais Seita mérite mieux que la fausse sépulture dans laquelle sa mère a été placée. Alors, il donnera ses dernière sous pour construire une petite boite en bois dans laquelle sera déposée le corps de sa soeur, avant d'y être incinérée. Oui, ce roman est profondément triste. Beau, certes, par moment, mais sans aucune nuance d'espoir. C'est la guerre, point. Il gardera sur lui cette boite métallique qui a contenu des bonbons aux couleurs chatoyantes, des lucioles lumineuses, les cendres grises de sa soeur.
Lien : http://memoiresdebison.blogs..
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diablotin0
  23 octobre 2017
La tombe des lucioles est un condensé de malheurs en quelques pages.
Ce livre commence par la fin (et la faim), on sait donc que Setsuko 4 ans et son frère Seiko 14 ans vont mourir dans des conditions qui donnent la chair de poule.
Ce livre se passe durant la seconde guerre mondiale à Kobe après un bombardement des Américains. Seiko et Setsuko, rescapés vont tenter de survivre dans cet univers dépouillé et quasi seuls puisque leur père est parti combattre. Seule la mère sera présente au tout début du livre.
Ces deux enfants ont faim, sont seuls, sont malade, la seule chose qu'ils ont c'est leur amour l'un pour l'autre, leur attachement.
Tout n'est que tristesse, on n'entend pas leur rire, on ne voit pas de bêtises, de caprices, non, tout cela est inexistant. Ils essaient seulement de survivre dans cet environnement hostile. La seule petite lumière de ce livre : les lucioles !
C'est un très beau livre, émouvant mais ô combien triste et ce jusqu'au point final.
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Myriam3
  25 janvier 2017
Ce très court roman est déjà tragique en soi, mais l'est d'autant plus quand on sait qu'il est largement autobiographique...
Le récit commence sur la mort d'un jeune garçon, mort due à la famine, sur le quai d'une gare.
Ce garçon avait une petite soeur, une mère aussi, et un père parti dans la marine. C'est la guerre, 1945, des bombardements éloignent momentanément Seita et sa petite soeur de leur mère. Quand ils la retrouvent, elle est mourante.
Bientôt, le foyer chaleureux et aimant, les plats cuisinés que Seita prenait alors le luxe de refuser, le bonheur, ne sont plus qu'un vieux souvenir auquel il vaut mieux ne pas penser car ce qui compte maintenant, c'est protéger la petite Setsuko d'une situation de plus en plus dure à vivre.
C'est un récit sans espoir, malgré la magie momentanée des lucioles venues bercer les eux enfants dans leur sommeil. C'est une histoire triste et courte, comme si elle n'avait pas plus d'importance que ces cadavres trop nombreux et anonymes que la guerre sème à plein vent.
C'est aussi, de ce que j'ai lu, le roman le plus autobiographique d'un auteur jusque là connu pour ses provocations et son cynisme au Japon.
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Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
Eric76Eric76   04 octobre 2016
Mais déjà la faim n’était plus, la soif n’était plus, la tête pendait lourdement sur la poitrine, « Pouah, c’est dégueulasse», « P’têt ben qu’il est mort », « Quelle honte, laisser traîner ça dans la gare alors qu’les Américains peuvent arriver d’une minute à l’autre», ses oreilles qui seules tenaient encore à la vie pouvaient distinguer toute une variété de bruits, la nuit, quand tout retournait subitement au silence : des geta* résonnant dans le hall, le grondement du train passant au-dessus de sa tête, des pas s’élançant soudainement, la voix d’un petit gosse : « Mamaaan !», ou celle d’un homme, là tout près de lui, qui parle entre ses dents, le bruit des seaux d’eau déversés à toute volée par les employés de la gare, « Quel jour qu’c’est aujourd’hui ?», oui, quel jour ça pouvait-y bien être, combien d’temps qu’il était là ? dans une lueur de conscience il vit le sol en béton juste sous ses yeux, sans pour autant s’apercevoir qu’il gisait sur le côté dans une posture identique à celle qu’il avait quand il était assis, le corps plié en deux, les yeux obstinément fixés sur la fine couche de poussière qui, à la surface du sol, frémissait au rythme de sa faible respiration, et se demandant seulement « quel jour qu’y peut être, quel jour qu’c’est ?», Seita expira…

*Sortes de socques en bois.
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Eric76Eric76   10 octobre 2016
La nuit venue, les grenouilles-taureaux coassaient dans le réservoir d’eau tout proche, et de part et d’autre du flot vigoureux qui s’en écoulait, parmi l’herbe drue, c’étaient des scintillements de lucioles juchées chacune au bout d’une feuille, il suffisait de tendre la main pour faire monter les petites lumières le long des doigts, « Regarde ! Essaie de la prendre ! », il en fit tomber une sur la paume de Setsuko, mais elle ferma si fort son poing qu’elle l’écrasa, une odeur âcre qui vous picotait les narines lui restait au creux de la main, au milieu des ténèbres lisses du mois de juin, à Nishinomiya certes, mais au pied de la montagne, où les bombardements on s’en souciait peu, comme du malheur des autres.
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BookycookyBookycooky   15 novembre 2017
Pour Toshio, l’Amérique, ce sont les hijiki d’Amérique, la neige tombée en plein été sur des ruines calcinées, les fesses musclées des soldats prises dans l’étoffe satinée de leur pantalon, la large main tendue pour un « Squeeze ! », du chewing-gum pour sept jours de ration de riz, « Hav’a good time », la photo de McArthur debout à côté de l’empereur qui ne lui arrive qu’à l’épaule .....p.115
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patrick75patrick75   07 février 2012
Cet étudiant , au visage tendu, adressant un jour dans le tramway bondé la parole à deux soldats près de lui..."What do you think of Japan ?", l'un haussa les épaules et l'autre lui répondit en le regardant dans le blanc des yeux ;"Half good , half bad " , le garçon acquiesça d'un air aussi sérieux que si on venait de lui asséner un axiome philosophique , avant de saisir la tablette de chewing-gum que lui tendait le premier, de la rouler comme une cigarette entre ses doigts et de se l'engouffrer dans la bouche .Tous les passagers , dévorés d"envie , suivaient son manège sans rien en perdre...Mais pourquoi donc les soldats Américains éprouvaient -ils ce besoin de distribuer leurs cigarettes et leurs chewing-gums au premier venu ? Par peur d'être chez leur ennemi de la veille ? Etait-ce de la pitié pour des estomacs vides ? C'est pourtant pas le chewing-gum qui calme un ventre .
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le_Bisonle_Bison   18 juillet 2017
A dix-neuf heures, ils se retrouvent dans le hall de l’hôtel N… ; déjà gris, Toshio s’excite, il est bien le seul : « Prenez donc les deux filles, si le cœur vous en dit ! Je vous abandonne ma part. Croyez-moi, mon vieux, c’est des Number one girl, qu’on nous amène… Du caviar ! You know… ? Des cavernes de caviar ! » Higgins ne semble pas comprendre, « Leur xxx, you know ? it’s like caviar… ! » Toshio ajoute pour être précis : « Vous voyez ?... Le ‘piège à poulpe’ ! » Cette fois, Higgins qui a pigé éclate de rire : « Ah, je croyais qu’ici on appelait ça la ‘moule’ »…
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