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ISBN : 2757854593
Éditeur : Points (08/06/2017)

Note moyenne : 3.29/5 (sur 85 notes)
Résumé :
" En ce début des années soixante, nous n'étions pas encore des femmes mais des jeunes filles.
Fait qui, sans ironie aucune, était considéré comme un avantage. " Ainsi commence cette chronique de la vie d'un campus américain à l'époque où le seul diplôme reconnu pour une demoiselle qui se respecte était une bague de fiançailles. Que se passe-t-il dans ce petit monde édulcoré quand une jeune femme pas comme les autres s'éprend d'un étudiant noir alors que la s... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
Eve-Yeshe
  01 juillet 2017
L'auteure raconte trois épisodes distincts mais rapprochés de la vie de son héroïne dont on ne saura jamais le prénom: la « mère » de la sororité l'appelle Mary-Alice, Vernor l'appelle Anellia et à la fin, son identité se résume à être la fille de de son père…
L'histoire familiale est particulière: la mère de l'héroïne est morte peu après sa naissance, elle a eu trois fils, et eu du mal à arriver à avoir une quatrième grossesse: pour le père et les frères, c'est à cause d'elle que la mère est morte. On rajoute à cela les parents du père (émigrés allemands très croyants) qui se comportent de manière odieuse… le père est alcoolique est disparaît régulièrement, on finit par le croire mort.
J'en retiens une belle description du milieu étudiant des années soixante, avec une jeune femme qui accède au campus via une bourse d'études et veut absolument intégrer une de ses maisons bourgeoises qu'on nomme les « sororités »: il s'agit de la Kappa Gamma Pi, pour accéder à un autre milieu, trouver une famille de substitution, la sienne étant tellement défaillante. En fait, elle a été acceptée parce que les autres filles comptaient sur elle pour leurs dissertations. Beaucoup de beuveries….
Elle est étudiante en philosophie, brillante, mais un peu dérangée car seuls comptent la pensée, l'esprit, avec des références multiples (Spinoza, Kant, Descartes, Nietzsche…) et ce au détriment du corps qu'elle néglige totalement, se privant de nourriture, faisant les poubelles, s'habillant de vêtements d'occasion qui ne sont pas à sa taille… Une dichotomie corps esprit inquiétante qui fait craindre le pire pour sa santé mentale…
« J'en vins à considérer mon corps comme invisible; un corps à cacher sous de vêtements; un corps qui se défiait sans cesse d'être vu, défini; un corps dont mes frères et les autres hommes ne pouvaient se moquer puisqu'ils ne pouvaient pas le voir, un corps dont, pensais-je, les grands philosophes morts que je révérais ne se détourneraient pas avec dégoût. Un corps au service de l'Esprit. » P 141
Dans la deuxième partie, l'auteure raconte son histoire d'amour avec un doctorant en philosophie, extrêmement brillant, noir ce qui en pleine période de haine raciale lui vaut l'étiquette de « négrophile » : mais amour à sens unique car elle est ce qu'il veut qu'elle soit, probablement même ce qu'elle pense qu'il veut qu'elle soit et elle accepte qu'il la maltraite psychologiquement…
« Car ce qui rend heureux celui que nous aimons nous rend heureux; et, inversement; sinon l'univers serait un néant, un encrier sans fond. » P 262
Toujours, elle leur trouvera des excuses qu'il s'agisse de son père, ses frères, ses compagnes de sororité, Vernor et d'autres encore, car elle se sent fautive, coupable, à la recherche de l'amour des autres.
Je suis incapable de dire si j'ai vraiment aimé ce roman : il décrit très bien, le racisme, les émeutes raciales qui commencent, les réactions des autres lorsque Vernor et elle s'affichent en public, la situation des femmes qui font des études pour pouvoir trouver un bon mari et regarde avec dédain celles qui sont issues d'un milieu social moins favorisé… mais, les références philosophiques qui me plaisaient beaucoup au départ ont fini par devenir pesantes.
Je vais lire un autre roman de Joyce Carol Oates pour ne pas rester sur ce sentiment mitigé.
Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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sabine59
  08 novembre 2016

Comme dans tous ses romans ,cette romancière géniale nous emmène effectivement, et nous nous laissons entraîner sans aucune hésitation...
Ce livre passionnant, au ton mordant, à l'humour bien trempé, nous fait découvrir les campus universitaires américains des années 60, avec leurs codes sociaux, leurs conventions bien établies et étroites, sous une apparence trompeuse de liberté et d'indépendance.Il s'y passe, des choses, au sein de ces " sororités"...
le roman donne le point de vue- et c'est là son originalité- d'une jeune fille différente, peinant à se fondre dans la masse étudiante.Décrivant son " bizutage", elle avoue: " Ma cérémonie d'initiation se déroula dans un brouillard d'anxiété et de vertige teinté de nausée(...) Pourquoi suis-je ici ?"
Et elle va définitivement rompre avec l'univers bien-pensant et raciste ( la ségrégation raciale sévissait pleinement à l'époque, rien n'a changé d'ailleurs...) de cette jeunesse dorée et frivole, où l'on tolérait que les jeunes femmes fassent quelques études en attendant de se marier et de rester bien sagement dans leur foyer .Car elle va tomber amoureuse de Vernor , un étudiant noir...
J'ai beaucoup aimé la narratrice, son originalité, sa façon de se dissocier courageusement de l'hypocrisie sociale et d'aller vers son destin, même s'il lui faudra traverser la douleur et l'isolement.Et elle vit les choses avec une bonne dose d'humour et d'auto-dérision." J'avais détruit Anellia, cette terrible sotte", dira-t-elle d'elle -même , au terme de sa relation avec Vernor. C'est un drame familial qui sera pour elle l'issue.Et la conduira à la maturité.
Un voyage bien prenant, corrosif et sensible à la fois.

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Bazart
  01 octobre 2017
Joyce Carol Oates publie un texte magnifique intitulé Paysage perdu aux éditions Philippe Rey qui parait ce 5 octobre 2017, avec un mélange d'honnêteté brute et d'intuition poignante Joyce Carol Oates revient sur ses années d'enfance et d'adolescence.
On en reparle prochainement, mais auparavant , on vous dit un petit mot sur "je vous emmène", un autre de ses romans, écrit il y a maintenant une quinzaine d'années, mais qu'on a lu en poche chez Points cet été.
Dans un récit qui s'inspire aussi pas mal de ses propres souvenirs, la narratrice nous raconte ses jeunes années, pendant plusieurs périodes distinctes de sa vie.
Une chronique de la vie d'un campus américain, ou l'on suit une jeune femme pas comme les autres suivre des études supérieures dans une société estudiantine qui n'est pas la sienne (avec le cercle des sororités et celle de Kappa Gamma Pi, qu'elle intègre particulièrement rigoureux) .
Elève boursière, elle intègre une maison où les jeunes filles viennent de familles aisées et dont le rêve est de trouver un bon parti.
Puis elle va s'éprendre d'un étudiant noir Vernor Matheius, étudiant torturé au cours d'un amour tumultueux pris dans la tourmente alors que la ségrégation raciale bat son plein , avec le mépris, la discrimination, et les humiliations que les moins aisés traversent au quotidien.
Tout autant quête identitaire, reflexion philosophique sur le monde, qu'histoire d'amour impossible, Joyce Carol Oates prouve une nouvelle fois à quel point elle maitrise parfaitement l'analyse psychologique et le portrait d'un personnage aussi complexe qu'insaissisable et toujours, comme dans tous ses romans, la peinture d'une Amérique en proie à ses contradictions, ses préjugés et son hypocrisie, dans laquelle les inégalités sociales et raciales sont criantes.
Un grand roman comme tous les romans de cette incroyable romancière.
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LiliGalipette
  29 novembre 2014
Début des années soixante. Orpheline de mère, mal aimée de son père, de ses frères et de ses grands-parents, la narratrice postule pour intégrer une sororité universitaire, la Kappa Gamma Pi. Elle espère ainsi éteindre son sentiment de solitude en se choisissant des soeurs. Admise par la Kappa, elle ne trouve cependant jamais sa place et met bien longtemps à comprendre qu'elle n'a été acceptée qu'en raison de son excellent niveau scolaire et des avantages que ses consoeurs pensaient en tirer. « Mes soeurs Kappa me fascinaient comme des rapaces géants au plumage bariolé fascinent un petit oiseau chanteur caché dans les buissons. Ou qui essaie de se cacher dans les buissons. » (p. 84) Méprisée par la sororité, la jeune fille tombe dans une sombre dépression dont elle sort in extremis.
Voilà qu'elle rencontre Vernor Matheius, doctorant en philosophie à l'intelligence flamboyante et au pessimisme étourdissant. Et Vernor est noir, dans une Amérique où la ségrégation n'a pas tout à fait fini de faire des ravages. « Je n'aurais pas isolé la négritude de ses autres qualités. Certes, c'était un fait de son être. La première chose qui frappait l'oeil, mais ce n'était pas un fait définissant ni définitif. » (p. 173) Vernor est indépendant, solitaire, parfois brutal. Bien qu'amants, les deux jeunes gens ne forment jamais un couple et la jeune fille s'épuise dans un amour dévorant et non payé de retour.
Finalement, elle retrouve son père mourant, défiguré par une cruelle maladie. Sur le lit d'agonie de cet homme dont elle pensait ne pas être aimée, elle déverse des torrents de larmes et de phrases réconfortantes.
Le roman se compose donc de trois parties totalement déconnectées les unes des autres. Une fois l'épisode Kappa terminé, on passa à l'épisode Vernor, puis à l'épisode Papa. L'ellipse confine ici à l'incohérence et le flou artistique n'est en fait qu'un épais brouillard. Dans chaque partie, la jeune fille est présentée comme une personne au bord du gouffre : on ne sait jamais vraiment comment elle reprend pied, ni comment elle échappe au traumatisme des évènements passés. Elle passe simplement à autre chose. Il semble que l'auteure ait voulu aborder trop de sujets pour un texte aussi court : la ségrégation, l'université, la féminité, la sexualité, l'amour, le rapport au père, tout cela se télescope sans se rencontrer et sans s'accorder.
Les personnages sont caricaturaux jusqu'à l'écoeurement. Les filles sont Kappa sont superficielles, trop maquillées, vulgaires et furieusement en quête d'un époux au mépris de leurs études. Vernor est un intellectuel tourmenté au passé lourd. Mais la palme du ridicule revient à la narratrice, personnage misérable, pauvre, fatigué, toujours affamé et mal fagoté. À trop vouloir attirer la sympathie sur son héroïne, l'auteure nous fait verser dans un apitoiement excessif parfaitement pathétique et contre-productif. Comment s'attacher à la jeune fille alors qu'elle s'entête à se frotter à des univers qui la malmènent et à des personnes qui la blessent ? La dernière partie fait déborder la coupe du pathos : les retrouvailles entre le père et la fille ne sont qu'une enfilade de clichés qui n'ont plus rien de littéraire depuis des siècles.
Le texte est émaillé de citations et de références philosophiques puisque – évidemment – la jeune fille étudie la philosophie, n'est préoccupée que de la vie de l'esprit et méprise son corps et ses sensations. À plusieurs reprises, il est dit d'elle qu'elle est trop intelligente pour son bien : cette affirmation me laisse profondément dubitative tant il me semble que ce personnage est condamné à revenir sans cesse sur les mêmes chemins accidentés. Certes, la narratrice raconte son histoire a posteriori et l'on peut donc supposer qu'elle a fini par s'en sortir, mais la dernière phrase révèle un interlocuteur parfaitement absent du reste du texte, à peine annoncé dans le titre. Qui est ce personnage ? Pourquoi l'héroïne lui raconte-t-elle sa triste histoire ?
Dernière question, et non des moindres. On ne sait pas comment s'appelle la narratrice. Trois prénoms sont utilisés au fil du récit, mais ce ne sont pas les siens. On sait vaguement que son prénom est banal, mais il n'est jamais cité. Pourquoi un tel flou sur l'identité du protagoniste ? Cela n'apporte qu'un supplément de pathétique à un personnage déjà bien difficile à cerner. Faut-il partir du présupposé que, le récit s'adressant finalement à un interlocuteur proche de la narratrice, il est inutile de mentionner un prénom qui est de toute façon connu ? C'est un procédé bien compliqué et qui n'apporte rien de significatif au récit.
L'ennui et l'agacement ont ponctué ma lecture. Joyce Carol Oates est capable de tellement mieux, comme elle l'a prouvé avec Mon coeur mis à nu, roman-fleuve qui pouvait se permettre d'aborder une foule de sujets au vu de sa densité. Mais pour rester dans le monde universitaire, Délicieuses pourritures ou Fille noire, fille blanche abordaient bien mieux les figures féminines du milieu de siècle. Bref, un roman sur deux, Joyce Carol Oates me déçoit. Il ne reste qu'à espérer que ma prochaine lecture de cette auteure sera meilleure.
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mariech
  24 octobre 2011
Roman ardu , qui demande un effort de lecture mais à la fin du livre , l'impression positive d'avoir passé un bon moment dans ma vie de lectrice .
L'héroïne nous emmène dans l' Amérique du début des années 60 , au temps où on ne parlait pas encore de révolution sexuelle ( la pilule n'existait pas ) , où on appelait un noir un nègre ...
On sent que ce roman est en grande partie autobiographique , l'auteur fait une critique au vitriol de la société de l'époque . La jeune fille est douée d'une intelligence exceptionnelle , ce qui ne l'empêche pas de faire parfois exactement le contraire de ce qu'elle doit faire , elle est pleine de paradoxes , de contradictions , elle se laisse accuser de choses qu'elle n'a pas faites puis finit par se rebeller , comme seules les timides en sont capables . Elle qui enfant à toujours pensé que son père ne l'aimait pas , sera étonnée de le voir arriver à la remise des diplômes où elle est première , pour la première fois , il va l'a comparer de façon positive à sa mère , décédée lorsqu'elle avait 18 mois ; il est fier d'elle ; elle retrouvera d'ailleurs son père à la fin de sa vie . Elle nous raconte sa passion sans avenir avec un étudiant noir beaucoup plus âgé qu'elle , qui se rend compte , lui aussi de son intelligence supérieure , mais qui aime plus que tout souligner ses failles .
Cet auteur me fait penser à Philip Roth pour sa critique sans concession de l'époque et les différents thèmes abordés , ils sont d'ailleurs à quelques années près de la même génération.
En résumé , je conseille ce roman aux fans de Joyce Carol Oates car malgré quelques digressions parfois difficiles à suivre , ce livre contient des pépites d'or qui font notre bonheur de lecteurs .
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Citations & extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
Eve-YesheEve-Yeshe   04 juillet 2017
La grande question qui sous-tend tout questionnement philosophique s’appliquait au mystère de ma conception et de ma naissance. Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien? « Cela aurait été si facile de ne jamais naître. P 40
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Eve-YesheEve-Yeshe   01 juillet 2017
Ils me détestaient d’être née; par ma naissance, j’avais causé la mort de notre mère; ils voyaient toutefois que je n’étais qu’une petite fille; je n’étais pas une ennemie digne d’eux. P 33
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paullichinelpaullichinel   31 octobre 2016
Montrer à la mouche par où sortir de la bouteille fut l'espoir qui anima Ludwig Wittgenstein toute sa vie, mais la vérité est que les êtres humains ne veulent pas sortir de la bouteille; nous sommes captivés, fascinés, par l'intérieur de la bouteille; ses parois de verre nous caressent et nous consolent; ses parois de verre sont les limites de nos expériences et de nos aspirations; la bouteille est notre peau, notre âme; nous sommes habitués aux déformations visuelles du verre; nous ne souhaiterions pas voir nettement, sans la barrière du verre; nous serions incapables de respirer un air plus pur; nous serions incapables de survivre à l'extérieur de la bouteille.
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RobeRobe   06 mars 2008
Nous vivions dans une époque énergique de vigilance militaire américaine à l'étranger, de surveillance ininterrompue du "communisme athée", qui aboutirait bientôt à une guerre cataclysmique contre un lointain pays d'extrême-Orient censé être menacé par les communistes et sur lequel personne dans cette réception ne connaissait les faits les plus élémentaires ; c'était une époque macho grisante, et pourtant une époque de silhouettes féminines voluptueuses et de coiffures bouffantes, de cheveux crêpés, tourmentés et laqués jusqu'à resplendir comme des nids de frelons, jusqu'à ressembler à ces têtes héraldiques sur les manuscrits anciens et sur les murs des tombeaux.
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LiliGalipetteLiliGalipette   29 novembre 2014
« Je n’aurais pas isolé la négritude de ses autres qualités. Certes, c’était un fait de son être. La première chose qui frappait l’œil, mais ce n’était pas un fait définissant ni définitif. » (p. 173)
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