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Une enquête de Mario Conde tome 3 sur 10
EAN : 9791041413539
264 pages
Points (01/09/2023)
3.6/5   180 notes
Résumé :
Alexis Arayan, fils d'un diplomate, est retrouvé étranglé par un ruban de soie, vêtu d'une longue robe rouge, dans le Bois de La Havane. Il est maquillé en femme. L'enquête conduit Mario Conde sur les trace d'Alberto Marqués, un dramaturge homosexuel exilé dans son propre pays. Vivant au milieu de livres volés dans une maison en ruine, Marqués va lui faire découvrir un monde inconnu où chacun détient une vérité sur le mort et sur un passé que la Révolution veut effa... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
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Electre à la Havane (Máscaras) est le troisième roman policier de la tétralogie dite des saisons de Leonardo Padura. Il est paru en 1997. L'intrigue policière sert surtout à dévoiler, au-delà du thème de l'homosexualité, les dessous d'une société cubaine en pleine crise idéologique et morale. Tous les personnages portent des masques. C'est aussi un roman d'apprentissage, celle d'un écrivain travesti en policier racontée par un écrivain qui se sert du roman policier pour évoquer les déviances tragiques de son pays bien aimé.

Le 6 août 1989 jour de la Transfiguration du Christ, une chaleur qui ressemble à « une peste maléfique » plombe La Havane. le lieutenant Mario Condé médite sur ses années de lycée, les ambitions détruites de ses amis. Lui aurait voulu être écrivain. Il avait écrit une nouvelle. Il est policier. Un policier suspendu. Il se sait épié, en sursis. Pourtant on l'envoie avec le sergent Palacio sur les lieux d'un crime barbare. On a retrouvé dans le bois de la Havane le cadavre d'un jeune homme vêtu d'une robe rouge vif. Il a été étranglé avec un ruban de soie rouge qu'il porte toujours autour du cou. le légiste retrouve deux pièces de monnaie dans son rectum. La victime Alexis Arayan est le fils de Faustino Arayan un diplomate respectable du régime castriste : « dernier représentant cubain à l'Unicef ". Depuis quelques temps Alexis avait quitté la belle maison familiale pour rejoindre une sombre maison délabrée. Conde y pénètre en se bouchant le nez car il n'aime pas les pédés. Au bout d'un couloir sombre et labyrinthique, il découvre Antonio Marquès (Le Marquis), un sacré personnage : vieil homosexuel maigre aux doigt crochus, ex dramaturge célèbre déchu, exilé dans son propre pays et sur lequel plane de sulfureuses rumeurs. C'est lui qui en tant que metteur en scène avait conçu la robe rouge vif. Elle était destinée au comédien jouant le personnage d'Electra Garrigo dans la pièce éponyme de Virgilio Piñera. Il ne parviendra jamais à monter la pièce. Condé malgré ses préjugés (il se présente comme un macho stalinien) admire l'écrivain qui a refusé de céder, contrairement à d'autres : son ami Miki devenu écrivain didactique à contenu idéologique et lui même devenu policier intègre certes mais payé par le régime qui ne l'est pas. Marquès n'a rien cédé et il ne s'est pas exilé non plus. Il est devenu un obscur bibliothécaire mais aussi un personnage culte dans le milieu homosexuel que Condé découvrira grâce à lui. Une complicité naît entre les deux personnages et les limites qui semblaient au premier abord si nettes entre le monde de Marqués et celui de Mario Condé commencent à s'estomper. Au coeur de leurs discussions, le mystère du travestissement ; celui de la victime bien sûr , celui de Condé, celui des faux amis ou faux collègues. A la fin de l'enquête, Condé dépoussière sa vieille Underwood et tape sa première nouvelle.
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Alexis, fils d'un diplomate cubain, est retrouvé étranglé dans un parc de la Havane. le jeune homme, qui ne cachait pas son homosexualité, était habillé en femme, ce qui n'était pas dans ses habitudes.
Bien qu'en disgrâce auprès de ses chefs, le lieutenant Mario Conde est chargé de l'enquête, faute d'autre policier disponible.

Disons-le tout de suite, je n'ai pas adhéré à cette histoire... J'y vois deux raisons.
L'intrigue policière est noyée dans une critique plus ou moins clairement affichée du fonctionnement de la société cubaine à la fin du XXème siècle. En soi, cela ne suffit pas à expliquer mon désintérêt pour ce roman ; cela aurait pu être le contraire.
Un peu comme dans "Les misérables", l'auteur use, et abuse, de digressions pour remettre l'intrigue dans son contexte. Mais n'est pas Victor Hugo qui veut, et l'auteur égare souvent le lecteur...

C'est d'autant plus dommage que, si l'intrique est finalement assez simple, les personnages ont, eux, du caractère et de la complexité. Policiers et suspects composent une galerie de portraits que l'on suppose représentative d'une certaine intelligentsia cubaine.
L'écriture est riche (bravo aux traducteurs pour leur travail). Peut-être un peu trop, car elle ne facilite pas la lecture. Et cela devient un peu la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Entre enquête policière, critique sociétale, digressions et écriture parfois un peu trop ampoulée, le lecteur finit par se perdre...


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Je te laisse imaginer la chaleur qui dégouline sur cette île. le Conde, totalement nu dans sa chambre, face aux pâles du ventilateur provoquant une légère brise aux embruns de sueur. Sept heures moins le quart, il prendrait bien un verre de rhum mais il a encore le souvenir des bières bues quelques heures plus tôt, et puis il est en service, une affaire sérieuse et épineuse, le fils d'un diplomate retrouvé mort. Habillé en femme, Electre à la Havane. Il enfile donc son costume de commissaire et de poète, file dans les rues voir à quoi ressemble un transformiste mort. Les déambulations dans son île enrhumée, par la clim et les barriques, l'emmènent à réfléchir sur son poste, sur les homosexuels de Cuba, sur le besoin - une déviance ? – de porter une robe rouge pour un homme.

Conde ne cessera alors de chercher la vérité, vérités troublantes de sa pensée, vérités effrayantes de son île. le soleil qui illumine sa soirée solitaire, alors qu'une lignée de nuages se profilent à l'horizon. Au petit matin, la pluie aura lavé les vitres de sa maison. Pourrait-elle aussi laver son esprit de ses pensées. En premier, le petit cul de Cristina ou les longues jambes de Paloma. Ô femme du souvenir, femme de l'attente, femme de l'espoir et du désespoir. Ton cul, tes jambes. Ô plaisir, plaisir de la chair, plaisir du désir. Plaisir. Avenir. Tes jambes, ton cul. J'ai besoin d'un verre de Rhum. Conde, tu m'accompagnes ? Ah non, toujours en service… Alors je me recouche, jusqu'au prochain réveil, jusqu'à ce que la pluie cesse et lave tous mes péchés.

C'est avec un verre d'un bon vieux rhum, m'installant dans un fauteuil en cuir légèrement craquelé aux accoudoirs que je m'installe confortablement pour cette première veillée cubaine en compagnie de Conde. L'odeur froide d'un Montecristo parfume la bibliothèque. Là c'est pour me mettre dans l'ambiance, et ainsi sentir cette chaleur électrisante de la Havane. Je découvre la littérature du célèbre Conde, à la fois inspecteur et philosophe-poète-lettré cubain.
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Il y a des romans policiers qui dégagent une impression bizarre, comme si le plus important n'était pas l'enquête en soi, mais plutôt ce que celle-ci révèle du milieu dans lequel elle se déroule.
Nous sommes à La Havane, à la fin du XXe siècle. L'inspecteur El Conde reçoit pour mission de s'enquérir de l'assassinat d'un travesti dans un parc de la capitale cubaine.
Rapidement, il découvre que la victime est le fils unique de l'attaché cubain auprès de l'UNESCO à Paris. Or, durant les semaines précédant sa mort, Alexis Arrayan était provisoirement hébergé dans la maison d'Alberto Marqués, un metteur en scène d'envergure internationale tombé en disgrâce vingt-cinq ans plus tôt.
Selon les rapports du ministère cubain de la Culture, tout était possible s'agissant de cet homme de théâtre : « homosexuel de vaste expérience prédatrice, apathique et déviant idéologiquement, être conflictuel et provocateur, étranger, hermétique, cultivé, consommateur potentiel de marijuana et d'autres drogues, protecteur des pédés... »
Avec un tel pedigree, El Conde s'attendait au pire en sonnant à la porte de la belle résidence d'Alberto Marqués. Pourtant, après une première rencontre tendue placée sous le signe de la méfiance réciproque, le policier commence à prendre goût aux joutes verbales que lui impose cet homme sûr de son intelligence, mais ô combien profond.
L'occasion pour Leonardo Padura Fuentes de rappeler sans avoir l'air les purges opérées par le régime de Fidel Castro au début des années 1970 contre les intellectuels « dérangeants » à fortiori s'ils étaient homosexuels. C'est en tous cas ce qu'apprend El Conde de la bouche de son suspect numéro un : « Écoutez, en 1971, j'ai été évalué et, bien sûr, je n'avais aucun des critères souhaités par le parti communiste. Vous imaginez ça, vérifier le profil d'un metteur en scène, comme celui d'un chien avec pedigree ? C'eût été presque drôle, si ça n'avait pas été tragique. Eh bien, c'est à la suite de toute cette histoire de « bilan artistique » qu'ils m'ont expulsé de ma propre troupe de théâtre. Dans la foulée, les autorités en ont aussi profité pour me radier de l'association nationale des comédiens. du jour au lendemain, je me suis retrouvé à travailler dans une usine, soi-disant pour me purifier au contact de la classe ouvrière. Pourtant, personne ne m'a jamais demandé si je voulais être pur, ni à la classe ouvrière si elle était prête à se charger d'une telle épuration. »*
Mais, attention : on aurait tort à ce stade de croire que Leonardo Padura se limite à une critique en règle du régime castriste. En effet, il fait un parallèle entre cette sordide histoire de mise à l'index d'un brillant intellectuel avec ce qui arrive à quatre de ses collègues, suspendus avec effet immédiat à la suite de soupçons de la police des polices locale, véritable épouvantail pour tout poulet, même le plus honnête qui soit.
Car le problème avec ces « superflics », quel que soit le gouvernement pour lequel ils oeuvrent, c'est que l'on découvre où ils commencent à chercher des poux, mais pas où ils vont s'arrêter. C'est d'ailleurs ce que comprend El Conde lorsque son binôme Manuel Palacios lui révèle qu'il est déjà dans l'oeil du cyclone : « Écoute, je ne sais pas ce qui les intéresse chez toi, mais ils m'ont questionné sur ma vie, puis sur la tienne et ils semblaient connaître d'avance toutes les réponses. Ils voulaient jauger ta relation avec le patron, s'il te protégeait ou non... Ils ont beaucoup insisté là-dessus, et j'ignore si c'était à cause de toi ou à cause du major. Ensuite, ils m'ont demandé si tu avais une dépendance à l'alcool, pourquoi tu habitais seul... Imagine-toi ! Et ils étaient au courant de mille autres vétilles, bien que rien d'important. Ils m'ont aussi interrogé sur ta fréquentation des églises, puis si tu songeais encore à devenir écrivain...
Mais tu te rends compte que rien ne leur échappe ? Tu as soudain le sentiment de vivre dans une urne transparente, ou dans une éprouvette, et qu'ils te voient faire pipi et même enlever ta morve, parce que j'ai l'impression qu'ils savent si tu en fais des boules pour les jeter ou si tu les mets sous une table : ça m'a complètement écoeuré ! »
On croit avoir atteint le point culminant de l'abjection en suivant le travail de ces limiers sans contrepouvoir, mais on se rend rapidement compte qu'il y encore pire pour leurs victimes expiatoires : leur isolement social. C'est d'ailleurs ce qu'est en train d'expérimenter le gros Contreras, un collègue très apprécié par le narrateur au point qu'il n'hésite pas à lui rendre visite à son domicile pour prendre de ses nouvelles, malgré le risque que cette marque d'affection lui fait courir :
« C'est dur, Conde, très dur, je le jure sur ma mère. Regarde, j'ai même mis mon pyjama pour me conformer aux ordres : s'ils me mettent en pyjama, alors j'obéis et je mets mon pyjama, mais ce que je ne vais pas faire, c'est supplier qui que ce soit, car je suis plus propre que la vierge Marie. Et si je sens la merde, c'est parce que je travaille dans la merde comme tout policier qui se respecte, et je ne laisserai personne me salir. Tu sais la meilleure ? Ils ne m'accusent de rien, mais comme il y a des problèmes avec le commerce de devises, ils souhaitent m'impliquer dans la combine parce qu'ils disent que je devrais savoir... Savoir quoi ? Ce que faisaient d'autres policiers qui jusqu'à hier étaient appréciés et qui désormais sont vus comme corrompus ? Mais que veulent-ils, des moines tibétains vêtus d'une peau d'âne ? Ce que je sais, c'est que je n'ai pas volé un sou, pas un. Mais le plus dur, c'est d'observer comment des gens qui, deux jours plutôt, s'agenouillaient devant moi pour que je les aide, ne désirent même plus entendre parler de moi parce que je peux soi-disant les compromettre... »
Vous l'aurez compris, il s'agit d'un roman à plusieurs entrées, toutes se répondant les unes les autres, comme un puzzle. Avec Léonardo Padura Fuentes, j'ai découvert un grand écrivain, encore plus complet que Manuel Vazquez Montalban pour lequel j'ai pourtant beaucoup d'admiration. Mais là, on est en présence d'un calibre supérieur, car cet auteur cubain dispose d'un registre narratif plus étendu : il fait preuve d'une réelle empathie pour celles et ceux qui sont poussés à la marge et il n'a pas peur de montrer les faiblesses et les doutes qui accablent son personnage principal. Je vais certainement lire la suite des aventures du Conde.

* Comme j'ai lu « Mascaras » dans sa version originale, je me suis permis de traduire moi-même les passages qui figurent ci-dessus entre guillemets.
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Retour dans le quartier de la Víbora ... Mario est toujours déprimé et traîne avec le Flaco .... bière après bière dans la chaleur estivale de la Havane.

S'arrêter quelques temps sur la beauté, la profondeur d'un texte qui nous parle d'une chose si simple, la sonnerie du réveil avec cette sensation de vide que nous ressentons tous en ouvrant les yeux et en abandonnant nos rêves .... parfois le vide et le néant ... parfois un rideau qui se lève sur une nouvelle représentation ....

Faire un peu de tourisme, dans le bois de la Havane où le crime d'un travesti aurait eu lieu, il s'agit du "bosque de la havana" un endroit tres agréable de jour, lieu de rencontre des homosexuels le soir ....

Découvrir la politique anti homophobie ... la castration économique de ces gens là, la castration artistique de ces gens là .... les faire disparaître pas forcément physiquement mais ils sont tenus au silence, à l'oubli ... (*)

Réfléchir sur ce que représente le transformisme, non pas comme un voyeur, comme une provocation mais essayer de comprendre les motivations, ce qui fait qu'ils font ce qu'ils font parce que cela correspond à un besoin profond ....

Se régaler en dégustant un plat traditionnel, le congri, plat incontournable de l'alimentation cubaine, du riz et des haricots noirs préparés ensemble dans une même casserole. (**)

Dénoncer ce qu'est devenu le régime avec l'enquête sur tout le monde, l'enquête sur le flic douteux pourquoi douteux ? Juste enquêter et reprocher tout et n'importe quoi, arriver à faire douter de soi, de ses meilleurs amis ...

Apercevoir un espoir, le nouveau président Miguel Diaz-Canel, se montre favorable à la reconnaissance du mariage homosexuel et ouvre le débat ... mais l'influence de l'Église catholique et des Églises protestantes a contribué à faire reculer le gouvernement ... mais Miguel Díaz-Canel a toutefois affirmé que le mariage homosexuel pourrait être légalisé dans les prochaines années ... en 2019, la marche contre l'homophobie, qui a lieu chaque année depuis douze ans, a été interdite par les autorités ....

Lire "Electre à La Havane" est un régal, certainement le roman le plus politique de Padura, une analyse des erreurs du régime, une condamnation de la politique de la culture qui a essayé d'etouffer dans l'oeuf, le modernisme et la créativité d'une partie de l'intelligentsia cubaine, au nom de principes réactionnaires, se voulant politiquement correct au nom du respect des valeurs, des traditions.

Finir par s'arrêter pour contempler le vol d'une colombe, "simplement prendre son vol jusqu'à se perdre dans le ciel et dans la nuit".

(*) Les homosexuels à Cuba, placés dans le vide absolu, ils n'existent plus, ils vivent dans l'oubli .... un exemple le sort de
Virgilio Piñera Llera, écrivain, poète, dramaturge, traducteur, nouvelliste, romancier, parti en 1946 pour l'Argentine. Il revient à Cuba en 1958, il sera en butte au régime castriste qui censure son oeuvre. En 1961, il est arrêté pour délit d'homosexualité pendant la nuit des trois P (pour « proxénètes, prostituées, pédérastes »). Ses publications seront interdites à partir de 1969 jusqu'à sa mort.
Selon Marcel Hatch, militant communiste et pour les droits des homosexuels, avant la révolution de 1959, “la vie des lesbiennes et des gays était marquée par un isolement extrême et une répression inscrite dans la loi et renforcée par le dogme catholique”. Il décrit le milieu clandestin des homosexuels de l'époque comme « un bouillon de prostitution pour le tourisme des États-Unis ». Il soutient que la révolution lança un processus pour l'amélioration de leur condition en proclamant l'égalité des sexes, mais que « le machisme latin, la bigoterie catholique et l'homophobie stalinienne » empêchèrent un véritable progrès dans ce sens.
D'après José Luis Llovio-Menéndez, Fidel Castro a prononcé à cette époque des discours homophobes, assimilant l'homosexualité à une « décadence bourgeoise » et dénonça les « maricones » (« pédés ») comme des "agents de l'impérialisme".
Pendant 18 mois, entre 1965 et 1967, des centaines d'homosexuels hommes et femmes, de travestis dispensés du port des armes (tout comme les objecteurs de conscience et les analphabètes), furent envoyés dans des unités militaires d'aide à la production (UMAP) à la place du service en caserne.
En 2010, Fidel Castro a admis que “Après mon arrivée au pouvoir, les représentants des minorités sexuelles étaient persécutés…Oui, il y a eu des moments de grande injustice, de grande injustice !”.

(**) La recette du comgri,
On laisse tremper toute une nuit dans une casserole pleine d'eau, les haricots noirs, ce qui facilite la cuisson.
On les prépare dans une cocotte minute, tout d'abord pour les ramollir, puis on ajoute les épices pour le goût : de l'ail écrasé, du piment haché, des feuilles de laurier, de l'origan, du cumin et du poivre. Enfin, on verse le riz dans les haricots et on laisse cuire 25 minutes environ à feu très doux. En fin de cuisson, il ne doit plus rester d'eau.
Bon appétit !
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Citations et extraits (36) Voir plus Ajouter une citation
La chaleur est une plaie maligne qui envahit tout. Elle tombe tel un lourd manteau de soie rouge qui serre et enveloppe les corps, les arbres, les choses, pour leur injecter le poison obscur du désespoir, de la mort lente et certaine. La chaleur est un châtiment sans appel ni circonstances atténuantes, prêt à ravager l'univers visible ; son tourbillon fatal a dû tomber sur la ville hérétique, sur le quartier condamné. Elle est le calvaire des chiens errants, bouffés par la gale, malades d'abandon, à la recherche d'un lac dans le désert ; des vieux aussi qui traînent des cannes encore plus fatiguées que leurs jambes, arc-boutés contre la canicule, en lutte quotidienne pour la survie ; et des arbres, autrefois majestueux, à présent courbés sous la montée furieuse des degrés ; et de la poussière morte dans des caniveaux nostalgiques d'une pluie qui n'arrive pas ou d'un vent indulgent, capables d'inverser ce destin immobile et de métamorphoser cette poussière en boue ou en nuages abrasifs ou en orages ou en cataclysmes. La chaleur écrase tout, tyrannise le monde, ronge ce qui peut être sauvé et ne réveille que les colères, les rancunes, les envies, les haines les plus infernales, comme si son but était de hâter la fin des temps, de l'histoire, de l'humanité et de la mémoire...
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Quand il sortit de la salle de bain, dégoulinant d'eau et la serviette sur les épaules comme un boxeur vaincu, le Conde décida de terminer de sécher son corps contre la rafale statique du ventilateur. II s'écroula sur le lit chaud et prit un moment du plaisir à ce privilège minimum de la solitude, sentant comment l'air massait ses testicules pendants et fouillait son anus, avec une particulière véhémence. Il serra un peu les jambes. Alors, pour aider le courant d'air, et aussi par simple manie onaniste, il se mit à relever son pénis mouillé, laissant glisser ses doigts, de manière chirurgicale, jusqu'à la tête découverte, pour le relâcher ensuite, dans une chute libre qui petit à petit se transforma en érection qui transmit à ses doigts la dure tiédeur. Il hésita un instant s'il devait ou non se masturber : puis il décida qu'il n'y avait pas de raison de ne pas essayer. Aucune femme possible n'attendait précisément cette éjaculation jetable, et tandis qu'il se caressait, même la chaleur ambiante semblait céder du terrain.
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Il voulut croire que la pluie qui nettoyait les vitres nettoyait aussi son esprit et l'aidait à penser. Aussi se mit-il à penser avec en tête l'image fuyante et floue de son rêve. Il essayait de se concentrer suffisamment pour arracher le masque derrière lequel se cachait la vérité. Salope de vérité, encore et toujours cachée ou transfigurée : derrière des mots, des attitudes et certaines fois même derrière toute une vie feinte ou réécrite rien que pour cacher ou transfigurer la vérité. Mais maintenant il savait qu'elle était là et qu'il lui manquait une idée, un coup de projecteur capable d'allumer son esprit et d'en faire surgir cette putain de vérité. La vérité, se dit-il alors, à force de se triturer l'esprit, c'est que j'aimerais revoir Poly petit cul de moineau, mon Dieu quelle horreur !, se souvint-il, et même s'il eut envie de se masturber il refusa catégoriquement cette solution individualiste et autosuffisante, maintenant que ce petit cul était réel et baisable, pas ce soir, mais pour dimanche elle avait dit oui, parce que samedi je vais au ballet, tu sais ? et s'il s'arrêtait de pleuvoir, …
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- Allons-y, a-t-il dit. Il nous a pris par le bras (moi à gauche, et l'Autre Garçon à droite), et nous avons pénétré dans l'éclair bleu.. La lumière jaillissait du plancher et dessinait des volutes de fumée trop sucrée même pour des cigarettes blondes, qui mêlait ses effluves hypnotiques aux vapeurs de transpirations acidulées et à l'entêtant parfum d'essences arabes, de celles que l'on vendait en gros dans les faux marchés persans de Paris. Nos oreilles, entre-temps, recevaient le rythme sauvage qu'imposait la voix de Miriam Makeeba (l'invasion du tiers monde), amplifiée depuis une cabine encastrée dans le mur. J'ai eu une étrange sensation de peur en me retrouvant dans le tourbillon de cette agression de tous les sens, mais le Recio et l'Autre Garçon semblaient être entrés dans un lieu connu, dans lequel ils se déplaçaient avec naturel. J'ai commencé alors à voir de fausses valkyries remplissant leur ancestrale fonction de verser de la bière. Elles semblaient flotter dans le bleu, comme des chrysalides phosphorescentes à peine nées, parées d'organdis amidonnés et de jupes droites plissées qu'elles exhibaient comme le triomphe d'une mode rétro. Chaque valkyrie portait d'une main un plateau avec des verres et de l'autre des fleurs jaunes (étaient-elles jaunes ?). Je regardais ces mains trop grandes même pour une valkyrie, même originale et scandinave, lorsque l'une d'elles m'a frôlé du bord coupant de sa jupe et j'ai eu la sensation d'avoir été touché par un insecte préhistorique.
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- Tu veux mettre de la musique ? lui demanda-t-il.
- Tu veux, toi ?
- Façon de parler. Faut bien dire quelque chose, non ?
Le Conde s'approcha de la longue rangée de cassettes placées sur l'étagère supérieure de la bibliothèque. Il parcourut du regard les titres et les interprètes, et pour une fois ne s'étonna même pas des goûts musicaux éclectiques du Flaco.
- Qu'est-ce que tu aimerais écouter ?
- Les Beatles ? Chicago ? Formula V ? Los Pasos ? Credence ?
- Va pour Credence.
Encore les souvenirs : ils aimaient la voix compacte de Tom Foggerty et les guitares primitives de Credence Clearwater Revival.
- Cela reste la meilleure version de Proud Mary.
- Ça ne se discute même pas.
- Il chante comme un nègre, ou plutôt non : il chante comme un dieu, putain!
- Oui, putain ! dit l'autre.
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