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Les enquêtes du commissaire Soneri tome 1 sur 8
EAN : 9782757864326
Points (09/03/2017)
3.55/5   245 notes
Résumé :
Dans une vallée brumeuse du nord de l'Italie, la pluie tombe sans relâche, gonflant le Pô qui menace de sortir de son lit. Alors que les habitants surveillent avec inquiétude la montée des eaux, une énorme barge libérée de ses amarres dérive vers l'aval avant de disparaître dans le brouillard. Quand elle s'échoue des heures plus tard, Tonna, son pilote aguerri, est introuvable.
Au même moment, le commissaire Soneri est appelé à l'hôpital de Parme pour enquêt... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (84) Voir plus Ajouter une critique
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sur 245 notes
Présent au "Salon Vins Noirs " de Limoges , Valerio Varesi n'a pas manqué d'ouvrage lors des séances de dédicaces . Il faut dire que son héros récurrent , le commissaire Sorneri est désormais bien connu , et que , lui même est un homme absolument charmant , ( normal , me direz - vous , il vend ses livres ) et , élément trés agréable , il s'exprime en français ce qui me fut trés utile , moi qui , malgré un ( trop ) court séjour à Rome quelques jours auparavant , n'ai aucune compétence linguistique italienne .
Sur ses conseils , j'ai choisi "Le fleuve des brumes ", roman dans lequel apparaît la pétulante Angela , véritable rayon de soleil dans une ambiance plutôt sombre .Ce n'est tout de même pas un hasard si certains et certaines comparent Varesi et ...Simenon .L'ambiance , parlons en : pluie , froid , gel , inondations , un petit " cercle " réservé aux initiés situé au bord du Pô , une péniche à la dérive , et ...deux cadavres .Ajoutez un zeste de rancoeur pour des évènements passés douloureux , l'omerta de tout un village ...Les frères Tonna avaient certes un lourd passé mais c'est " à la serpe " qu'il faut se frayer un chemin vers la " Vérité " .
Une trés jolie couverture vous fait pénétrer lentement dans la boue , dans une purée de pois qui vous entoure , vous asphixie , vous mord jusqu'à l'os .Oui , je vous le redis , seule la facétieuse et " coquinette "Angela vous tirera un semblant de sourire ...Ah , faire l'amour sur une péniche !!! ( Inutile d'acheter le roman pour ça tout de même...)
Le rythme du roman est volontairement lent , l'auteur avance avec minutie , en prenant son temps , en décortiquant les éléments jusqu'à un dénouement implacable .Oui , il y a du "Bourrel " , du " Maigret " chez cet homme - là , subtil pour les uns , ennuyeux pour les autres .
Pour ma part j'apprécie Varési et l'Italie ( même si celle - là est ...particulière ) et ce roman m'a , une fois de plus , passionné , mais ce n'est que mon avis .
Allez , bon aprés - midi à toutes et tous et à bientôt pour de nouvelles péripéties .
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On peut dire que dans " le fleuve des brumes" , notre inspecteur au cigare, Soneri, a littéralement les pieds dans l'eau. Tout au long de cet opus, on se promène sur et le long du Po. On s'y promène dans la brume et sous la pluie. Il fait froid, sombre, gris et évidemment c'est humide. Même la lectrice que je suis, je frissonnais sous ce climat de cette vallée du Po. Ce fleuve qui, au cours de l'automne, a décidé de sortir de son lit, d'enfler et de refluer jusqu'à faire évacuer des résidents et mettre à l'épreuve les marins.
Par un beau matin, on retrouve une barge qui a dérivé et échoué durant la nuit, vide...En même temps ou presque, ce même matin, le frère du batelier est défenestré. Suicide, meurtre, noyade? Y a -t-il un lien entre la disparition du marin et son frère passé par la fenêtre ? le Po, ce fleuve qui a tout vu, qui cache dans ses berges et dans son fond les secrets de l'histoire d'une vallée est-il sorti de son lit pour nous en révéler quelques-uns ? le fleuve qui joue le rôle principal et qui met tout en scène, le fleuve qui régit les vies des habitants de ses rives, le fleuve qui cache, qui fait dériver, qui interrompt les habitudes de vie, le fleuve roi qui assujettit ses sujets à ses humeurs...C'est dans ce pays de taiseux, de silence, de rancoeurs que ce fleuve finira par rendre sa sentence et mettre à jour une vengeance...
Il ne faut pas être avide ou pressé pour lire ce titre. Peu d'action ou de rebondissement , plutôt une lente et longue promenade dans cette vallée qui mène toujours à l'eau , à la rencontre de ceux qui depuis plus de 50 ans l'habitent et y ont survécu . Une ambiance, une réflexion et toujours ce fleuve qui mène la danse mais à son rythme...
PS: Je répète , qu'est-ce qu'ils ont tous ces auteurs italiens à toujours nous mettre l'eau à la bouche avec leurs plats? Gourmets et gourmands ils sont et ça me plaît.
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Italie, plaine du Pô. le commissaire Soneri est appelé à l'hôpital où Decimo Tonna vient de se jeter par la fenêtre. Mais un rapide examen des lieux infirme le suicide. le vieil homme a été défenestré. le même jour, son frère Anteo est porté disparu, sa péniche échouée après avoir divagué des heures durant sur le fleuve en crue. Pour Soneri, il n'y a pas de coïncidence, quelqu'un en veut aux Tonna, qui n'ont pas pour seul point commun d'être frères, ils sont aussi vieux et solitaires et ont été des fascistes notoires. Doit-il chercher dans un lointain passé les motifs des crimes du présent ? le long du Pô, dans le brouillard et le gel de l'automne italien, le commissaire se heurte au mutisme des habitants. Les vieilles rancunes entre chemises noires et communistes ne sont pas enterrées et les villageois ne sont pas prêts à partager leurs secrets avec un policier. Mais Soneri s'entête. Il écarte toutes les pistes pour se concentrer sur le passé. le ventre lesté de parmesan et de jambon blanc, il patiente, observe, fouille, pour trouver un meurtrier qui sait se fondre dans les brumes du fleuve.

Valerio Valesi nous fait découvrir l'Italie autrement, loin des splendeurs des villes d'art baignées de soleil. Ici, c'est le froid, la brume et l'humidité qui accompagnent son commissaire dans une région moins connue des touristes. Dans la vallée du Pô, les habitants sont des taiseux qui vivent au rythme du fleuve et de ses crues. Pendant la guerre, ces rives ont connu de violents affrontements entre résistants et partisans du Duce. le temps a passé mais n'a effacé ni les rancunes ni les convictions. C'est donc hier que Soneri devra chercher les responsables des crimes d'aujourd'hui.
Peu d'action, peu de mots, un rythme tout en lenteur mais une vraie atmosphère pour ce polar original qui sait prendre son temps et où le Pô est un personnage à part entière. Beau et mélancolique.
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Tonna des villes, Tonna des champs...
Il tombe des cordes et le Pô menace d'inonder toute la région. La péniche d'Antéo Tonna quitte le quai où elle était amarrée sous les yeux éberlués du petit comité du club nautique. Ses feux sont éteints. On la retrouvera échouée contre une digue avec personne à son bord. Antéo a disparu. A peine plus tard, le corps de Décimo Tonna, le frère d'Antéo, est retrouvé écrasé sur le pavé. Il aurait sauté du troisième étage de l'hôpital où il aimait passer ses journées. le commissaire Soneri, saisi de l'enquête, conclue aux premières constations qu'il s'agit d'un meurtre et fait le lien avec la disparition du frère batelier. le passé fasciste des Tonna semble les avoir rattrapés...
C'est un très sympathique polar que nous propose Valerio Varesi, une enquête où l'on se laisse porter par les eaux troubles du Pô vers un dénouement surprenant. C'est bien écrit, ça se lit d'une traite et l'auteur a eu la bonne idée de rompre une certaine monotonie dans la narration par l'apparition séduisante de la sémillante Angela, l'avocate au caractère passionné, volcanique.
Un bon moment de lecture qui remplit le contrat de nous divertir au son des plus grands airs de l'opéra italien, un verre de Lambrusco à la main, devant une assiette de jambon de Parme. le paradis est souvent à portée de main...
Traduction de Sarah Amrani.
Editions Agullo, Points, 284 pages.
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Un déluge de pluie qui fait sortir le Pô de son cours et les meurtriers de leur impatience, auquel succède une brume angoissante qui masque les âmes mais fait réapparaître le passé, avant que le froid et la glace ne viennent figer la navigation et les espoirs de fuite : une atmosphère parfaite pour le commissaire Soneri qui n'est jamais autant à son aise que dans ces ambiances changeantes.

Deux frères, deux meurtres, mais un seul secret tiré du passé qui rassemble les deux, dans ces villages des berges du fleuve où les traces des combats fratricides entre fascistes et communistes à la fin de la Seconde guerre mondiale n'ont jamais été totalement effacées.

Sous la pression judiciaire et médiatique, Soneri comme à son habitude prend le temps de flâner, d'observer, d'écouter et de se laisser guider par son instinct, sans oublier de garder quelques précieux instants pour la bonne chère lors de tablées roboratives mémorables comme pour l'autre chair, celle d'Angela à l'occasion de 2-3 galipettes impromptues.

Avec le fleuve des brumes de Valerio Varesi -traduit par Sarah Amrani-, je termine dans le désordre mais avec toujours autant de plaisir la saga (en cours) du commissaire Soneri, débutée avec Les ombres de Montelupo (le meilleur de la série à mon avis). Car au risque de me répéter, Varesi excelle dans ces polars d'atmosphère où le lecteur est embarqué dès les premières pages, tant par l'ambiance atypique de ces paysages des environs de Parme, que par le caractère attachant d'un commissaire que j'ai déjà hâte de retrouver.
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Citations et extraits (52) Voir plus Ajouter une citation
« Tu devais me rappeler, tu as oublié ? hurla Angela.
– Le prélude n’est pas dans le ton. Tu as attaqué au moins trop notes trop haut.
– Un de ces jours, tu iras valser là où je pense. Tu te souviens pour ce soir ?
– Bien sûr, nous avions déjà tout décidé, pas vrai.
– Tu sais que les rendez-vous doivent être confirmés ?
– J’ai appris que pour les avocats ça marche comme ça, mais les policiers sont à la merci… »
Il ne parvint pas à finir sa phrase car elle lui raccrocha au nez.
Il détestait les scènes de ménage, mais il avait été absolument sincère : il ne programmait jamais ses journées et, s’il le faisait, il était certain que tout risquait de tomber à l’eau. Par exemple, qui aurait pu imaginer que Tonna avait été assassiné ? Le coup de fil de la matinée lui revint en mémoire : un suicide à l’hôpital, il fallait quelqu’un de la police pour les vérifications de routine. Mais en fait…
Juvara apparut sur le pas de la porte au moment où il pensait qu’il serait inutile de rappeler Angela. Quand elle était en colère, elle coupait tous ses téléphones.
« Deux gros fachos, deux têtes brûlées », dit son assistant sans préambule.
Le commissaire saisit au vol la référence et ne fit aucun commentaire. Il se sentait bien seul face à un mystère qui l’attirait instinctivement, mais qui, en même temps, lui semblait inquiétant et pénible.
« Tu as réussi à en savoir plus ?
– Ils vivaient isolés. Autour d’eux, il y avait une espèce de cocon.
– Ça, je le savais déjà.
– J’ai fait des recherches sur Internet pour savoir si dans ces années-là… »
Le commissaire sentit monter en lui une certaine exaspération. Il détestait l’acharnement informatique de Juvara, même s’il savait que les jeunes générations de policiers passaient plus de temps devant leur clavier que devant les délinquants.
« Tu crois pouvoir tirer quelque chose de cette machine ? »
Juvara resta silencieux alors que Soneri continuait à composer en vain le numéro d’Alemanni. Il devait coûte que coûte obtenir l’autorisation d’étendre ses investigations au PÔ.
Quand il posa à nouveau les yeux sur la porte, l’inspecteur avait disparu. Leurs caractères se compensaient à merveille. L’autre comprenait avec un synchronisme parfait à quel moment il fallait le laisser seul. Lui pensait au Pô, à la crue, au Tonna batelier laissant sa péniche à un complice maladroit, se rendant en ville, puis éliminant son frère pour un mobile inavouable. Est-ce que les choses pouvaient s’être déroulées ainsi ? Ou alors les deux avaient été tués à quelques heures d’intervalle par un seul meurtrier ? Ou bien, enfin, il ne s’agissait que d’une coïncidence ? Il aperçut l’éventail infini des possibilités, qui chaque fois lui procurait un sentiment d’angoisse lié à l’idée de choisir, et qui changeait le cours de ses journées.
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Une eau fine glissait doucement du ciel. On apercevait avec difficulté le réverbère du cercle nautique à travers les gouttes qui tombaient, en dansant, sur la digue principale du fleuve : rien d’autre qu’un fanal pour les chalands des sableurs qui naviguaient dans le noir, de mémoire.
« Quelle vilaine eau, dit Vernizzi.
– Du genre à durer », lui répondit Torelli sans regarder.
Ils s’affrontaient depuis plus d’une heure dans une partie de briscola qui restait indécise.
« De combien est-il monté ? demanda Vernizzi.
– De vingt centimètres en trois heures, répliqua l’autre en regardant fixement l’endroit de la table où les coups étaient joués.
– Demain matin, le fleuve aura recouvert le banc de sable.
– Et l’eau commencera à atteindre les pontons. »
Sur les quatre tables, on jouait avec plus de distraction que d’habitude : la pluie et le fleuve qui grossissaient animaient les discussions. Par moments, on entendait la plainte d’un treuil provenir du port fluvial, où quelqu’un mettait au sec les coques des bateaux en travaillant sous la pluie. Et puis le fond sonore des gouttières, un léger goutte-à-goutte semblable au bruit d’un homme pissant contre un mur. C’était le quatrième jour qu’il pleuvait. D’abord rageusement comme en été, puis de manière plus régulière. Et maintenant, depuis le ciel se déversait une sorte de brouillard qui taquinait les flaques d’eau. Le vieux Barigazzi apparut à la porte du cercle nautique avec son ciré et son chapeau trempés. Un souffle d’air froid traversa la salle et Gianna frissonna derrière le comptoir.
« Tu les a plantés, les piquets ? demanda Vernizzi.
Barigazzi acquiesça en mettant ses vêtements à égoutter.
« Il est encore monté de trois centimètres, annonça-t-il ensuite alors qu’il était déjà au comptoir et que Gianna lui avait versé un verre. Si ça continue à ce rythme, l’eau envahira le lit principal ce soir », ajouta-t-il avec l’air de réfléchir à voix haute.
Personne ne répliqua quoi que ce soit : personne ne répliquait jamais rien à Barigazzi qui, avec le fleuve, avait des relations intimes.
Dehors, on entendit un choc sourd de bois brisé. Tout le monde se retourna, comme si l’eau était déjà arrivée au mur du cercle nautique en emportant les vélos qui se trouvaient sous l’abri. C’est alors qu’ils virent la silhouette massive de la péniche de Tonna, dont la forme carrée évoquait la cloison d’une écluse levée sur le fil de l’eau.
Personne ne s’était aperçu de son arrivée, sauf Barigazzi.
« Elle vient de Martignana, dit-il, elle est pleine de blé à moudre. »
Tonna avait plus de quatre-vingts ans, passés en grande partie à naviguer sur le fleuve. Depuis quelque temps, il devait se coltiner un petit-neveu, qui l’accompagnerait jusqu’à ce qu’il se décide à accoster pour toujours. Mais le garçon en avait eu marre en premier. Déprimé par toute cette solitude, il avait planté là son grand-oncle en le laissant passer les nuits seul sur l’eau.
« De l’eau au-dessus et de l’eau en dessous, commenta Torelli en indiquant la péniche.
– Il doit avoir de la mousse sur sa veste : en pleine humidité, il se porte mieux que Noé, affirma Vernizzi.
– Ils ont fini de mettre les barques au sec ?
– Ils en ont hissé quatre, répondit Barigazzi en regardant attentivement à travers la fenêtre, où l’on apercevait la péniche de Tonna. Ils veulent les garder près de chez eux parce qu’ils sont sûrs que le fleuve montera jusque sous la digue principale. »
Puis Barigazzi s’assit, en se laissant tomber lourdement sur une chaise, et les autres recommencèrent à faire claquer les cartes. Vers vingt-trois heures, dans la salle du cercle nautique, on entendait seulement le clapotis obstiné de la gouttière. La lumière, de temps en temps, vacillait. La péniche était toujours accostée au quai et ses câbles résistaient au courant qui avait grossi. Des tables, l’on pouvait observer la porte du poste de contrôle, où la radio grésillait et où un volontaire du cercle nautique était de garde pour les urgences. Par ce temps-là, ils allaient se relayer toute la nuit. De temps en temps, quelqu’un prenait le micro et parlait un peu avec les autres contrôleurs le long du fleuve, entre les deux rives. Ils échangeaient des informations pour prévoir la crue.
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Il profita de la pénombre jusqu'à ce que la lumière couleur cendre du matin s'éclaircisse sombrement au-dessus des toits. Alors, avec beaucoup d'avance, il sortit et pris la direction de la morgue. L'eau continuait à tomber de nuages bas, effrangés côté terre, qui lui rappelèrent les entrailles laineuses des matelas éventrés par la brigade des stups lors des perquisitions. Il avait l'impression que le seul endroit au sec était la braise de son cigare. Même ses os, au premiers pas du matin, s'étaient amollis comme des manches de pelles que l'on mettrait à tremper.
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"La situation ne cessait de s'aggraver. Les métérologues disaient que le salut arriverait par les vents froids de l'Est qui geleraient les montagnes et solidifieraient toute cette eau. soneri regarda les gouttes décomposées par l'air. Le vent était vraiment levé, mais il semblait ne pas savoir quel route prendre. Il arrachait des lambeaux de fumée aux cheminées et la répandait alentour violemment."
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La radio reprit les communications. À Casalmaggiore, le fleuve avait atteint sa cote d’alerte et les habitations situées dans le lit d’inondation étaient évacuées par les militaires. Les personnes âgées avaient été emmenées presque de force sur les canots de sauvetage des pompiers. Certains, barricadés aux étages supérieurs, résistaient. Il était normal que le fleuve aille mouiller de temps en temps les pieds de ceux qui habitaient sur ses rives.
La camionnette des carabiniers passa sur le chemin de halage et descendit vers le cercle nautique. L’adjudant entre, l’imperméable ruisselant.
« L’ordre d’évacuation est arrivé pour toute la zone située en deçà de la digue principale », annonça-t-il.
C’était valable pour le cercle nautique aussi, bien entendu. Personne ne dit rien et l’adjudant y vit une sorte de défi.
« Vous pensez qu’en soixante-dix ans de Pô j’ignore quand il est temps d’enjamber la digue ? » demanda Barigazzi.
L’adjudant regarda la rangée de bouteilles derrière Gianna. Il savait à qui il avait affaire. Si le fleuve n’avait pas réussi à les extirper des berges, ce n’était certes pas lui qui pouvait y parvenir.
« Allez donc chez les fermiers de la peupleraie qui auront peut-être besoin des conseil du préfet. Ici, il n’y a que des gens expérimentés et des guérites de pêcheurs. »
L’adjudant fit une moue de dépit et changea de sujet en désignant la radio.
« Où est-elle maintenant ? »
Barigazzi vérifia l’horloge, puis il déclara :
« Elle est sur le point d’arriver à Guastalla. Mais soyez tranquille, elle n’emboutira pas le pont parce que là le courant la replacera au milieu du fleuve.
– Mes collègues le fermeront quoiqu’il en soit.
– Qu’ils le fassent. De toute façon, c’est une question d’heures : tôt ou tard, vous auriez dû le fermer quand même à cause de la crue. »
L’homme pesta, mais contre un autre pont : celui de la Fête des Morts, qui avait vidé sa caserne. Et puis contre la crue, qui lui donnait du travail alors qu’ils n’étaient que deux.
« Chaque année, le fleuve grossit pour la Toussaint, dit encore Barigazzi. Lui aussi célèbre ses morts et va visiter les cimetières. Il caresse les pierres tombales pendant quelques jours et fait miroiter les ossuaires dans les eaux qui, hors de leur lit, stagnent dans la limite des murs des cimetières et décantent en redevenant limpides. »
L’adjudant écouta en silence ce vieil homme bourru, qui était même capable de poésie lorsqu’il évoquait son univers. Il observa encore un instant ces hommes têtus, rivés aux berges du Pô, et il pensa qu’il était inutile de discuter ou d’insister. Ils lui rappelaient ses pêcheurs, là-bas, en Sicile.
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Vidéo de Valerio Varesi
À l'occasion de la 20ème édition du festival "Quais du Polar" à Lyon, Valerio Varesi vous présente son ouvrage "La stratégie du lézard" aux éditions Agullo.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/3083708/valerio-varesi-la-strategie-du-lezard
Note de musique : © mollat Sous-titres générés automatiquement en français par YouTube.
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