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ISBN : 2348046725
Éditeur : La Découverte (29/08/2019)

Note moyenne : 3.3/5 (sur 5 notes)
Résumé :
Grands ensembles, centres commerciaux, gratte-ciel, gated communities et « grands projets » sont les principaux dispositifs architecturalo-urbanistiques qui accompagnent l'accélération de l'urbanisation partout dans le monde. Emblématiques de la société productiviste et construits au nom du « progrès » et de la « marche de l'histoire », ces désastres urbains n'ont en réalité comme seule fonction que de rentabiliser des territoires désincarnés et interconnectés. Cett... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
lezardbavard
  11 mars 2015
Avec Désastres urbains, Thierry Paquot nous propose un nouvel et percutant essai sur la ville moderne : une critique concrète, et non idéologique, de la folie marchande et d'une de ses principales conséquences, la déshumanisation – qui n'est jamais si frappante que dans ces réalisations de l'hybris capitaliste, la démence et la démesure de ces villes où s'agglutinent les plus criantes de nos démissions.
Dans le sillage de Lewis Mumford, Thierry Paquot montre comment l'urbanisme productiviste, à l'image du monde industriel dont il reflète la logique et qu'il promeut, contribue à l'enfermement des individus dans une vie bétonnée, sans échanges. Dans l'approfondissement d'une modernité devenue folle, l'aménagement contemporain des villes poursuit le projet démentiel d'une maîtrise de la nature, objectif qui, avec l'urbanisation effrénée du monde, a si radicalement changé d'échelle ces dernières décennies qu'il a, au fond, changé aussi de nature : non plus seulement maîtriser la nature, mais désormais la remplacer par son fantôme artificiel.
Cet essai lumineux, précis, documenté, montre clairement que la démesure des projets urbains nous propulse dans un monde radicalement inhumain, où l'humain, coupé de sa mesure, de son échelle, n'a plus l'occasion, bientôt plus la possibilité, de se déployer. Compagnes de la servitude moderne, les villes se caractérisent en effet par leur gigantisme (ce dont témoigne particulièrement l'urbanisation frénétique de la Chine). Or, pour reprendre le mot si juste de Leopold Kohr, inspirateur du « small is beautifull », « chaque fois que quelque chose va mal, quelque chose est trop gros ». Grand ensemble, centre commercial, gratte-ciel, grands projets : l'urbanisme fourmille d'ambitions aussi pharaoniques qu'inhumaines. Et l'on peine, à la lecture de cet essai, à réfréner l'horreur qu'inspirent ces réalisations que nous avons pourtant sous les yeux ! Sous les yeux, mais nous ne savons plus voir, ne pouvons plus voir tant ce gigantisme déborde nos sens et notre raison, tant nos facultés humaines, à taille humaine et à hauteur d'homme, peinent à prendre la mesure de cette démesure, comme l'avait si bien analysé Günter Anders. Et ce n'est pas la moindre des qualités de cet essai que de nous offrir, en prenant de la hauteur et du recul, un panorama raisonné, de nous mettre face à l'aveuglante déraison de ces mégalopoles qui achèvent dans les murs la catastrophe généralisée, pour l'homme déshumanisé et la nature aux abois, du monde industriel.
À la fin de l'ouvrage, sous-titré « les villes meurent aussi », on se prend à espérer que cette fragilité nous sera au moins l'occasion de reconquérir sur ces monstres urbains un peu d'humanité et de liberté ! Mais le plus effrayant peut-être est que ces analyses, dont la précision, l'érudition et le style ne sont pas sans rappeler les plus belles pages d'un Augustin Berque, peuvent aisément s'appliquer à tous les problèmes du monde contemporain, problèmes dont l'urbanisation n'est en quelque sorte que l'avant-garde et l'expression la plus aboutie, la plus visible : déshumanisation, atomisation, démesure, servitude, marchandisation…
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Vermeer
  11 novembre 2017
Description de cinq désastres urbains des cinquante ou soixante dernières années : les grands ensembles, désastre écologique et social dix ans après leurs érection, les centres commerciaux, les gratte-ciel, les gated community, les grands projets (projet actuel du Grand Paris). Chaque fois, ces projets sont menés au nom du progrès, sans recul, sans liens avec l'environnement ou le bâti existant. Ils aboutissent à des désastres environnementaux, à l'enfermement des hommes, à la perte d"échanges ou de communication. Ce sont des projets urbains, artificiels et démesurés.. Des digressions avec références philosophiques, sociologiques ou littéraires.
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Brize
  17 février 2015
Thierry Paquot, philosophe de l'urbain, dénonce dans cet ouvrage cinq exemples de ce que (selon lui et il va le démontrer) l'architecture peut produire de plus désastreux, alors qu'ils « se présentent comme des évidences de la modernité-monde en marche » : le grand ensemble (« ou l'ensemble sans ensemble ») ; le centre commercial (« ou le commerce sans échange ») ; le gratte-ciel (« ou l'impasse en hauteur ») ; la gated community (ou la vie enclavée ») ; les grands projets (« ou la toxicité de la démesure »).
L'analyse, vivante et approfondie, s'exerce de manière transverse, car l'auteur l'illustre en faisant appel aussi bien à des exemples littéraires, aux recherches menées par des philosophes et des sociologues qu'aux commentaires d'architectes. Dans tous les cas, il explique que ces dispositifs aboutissent à l'enfermement et à l'assujettissement de l'individu, pour reprendre ses propres termes, tant ils s'intègrent dans une vision étroite de l'urbain, conditionnée par des paradigmes liés à une société figée dans un modèle capitaliste (« Après l'aliénation par le travail industriel […], il nous faut nous préoccuper de l'aliénation spatio-temporelle »).
Le propos est stimulant et accessible, malgré quelques considérations d'ordre philosophique un peu plus ardues (mais elles ne m'ont pas rebutées car elles sont ancrées le concret et font écho à cette question : « Quels lieux contribuent à faire de moi ce que je suis et deviens ? ») et avec une poignée de digressions (revendiquées) intéressantes. L'une d'elles, « 2033 et après, deux contes urbains » m'a particulièrement plu car ce ne sont ni plus ni moins que deux textes courts de science-fiction proposant deux visions antagonistes de la société : chacune découle des décisions architecturales prises en amont, preuve qu'elles peuvent amener le meilleur comme le pire.
L'ensemble de l'ouvrage se présente comme une démonstration étayée et convaincante, condamnant les désastres susnommés. Ceux-ci affichent des dehors banals (un certain « air de rien »), alors qu' « aucun d'eux ne dit réellement ce qui l'anime ; au contraire, même, ils manifestent une intention humainement louable ».
Pour ce qui me concerne, j'étais pour les quatre premiers convaincue d'avance, mais asseoir ses réactions épidermiques, conformes à ce dont on est persuadé pour l'avoir vécu ou parce que cela nous paraît relever du bon sens, sur des fonds solides, est appréciable. Quant au cinquième et plus précisément ce qui concerne le Grand Paris, je reconnais que, n'ayant habité la région parisienne qu'occasionnellement (même si ce fut à plusieurs reprises), je ne m'étais guère interrogée à son sujet ni à la polémique qu'il a suscité, aussi la prise de position de l'auteur m'a-t-elle permis d'éclairer ma lanterne.
A noter que l'ouvrage se clôt non pas sur une bibliographie au sens classique du terme mais sur 40 pages d'une « Promenade bibliographique » au fil de laquelle l'auteur nomme et commente ses sources, voire en cite certains extraits dans des micro-développements.
J'ai lu cet essai sans difficulté et il m'a intéressée du début à la fin. Que le lecteur soit ou non d'accord avec les argumentations de l'auteur, le livre lui permet de développer son sens critique et peut l'inciter, si ce n'est déjà fait, à s'inscrire de manière active dans l'organisation physique de sa cité, parce qu'elle détermine la façon dont il y vivra. L'intérêt que le public manifeste, de plus en plus, pour l'architecture, prouve (c'est du moins mon avis) que cette appropriation de l'urbanisation par les habitants, conscients de ce qu'elle implique pour eux, est en cours.
Il ne m'a manqué qu'un développement des pistes à explorer pour éviter les écueils recensés. Ces autres manières de penser l'architecture urbaine ne sont qu'à peine évoquées car elles ont fait l'objet d'ouvrages déjà publiés par l'auteur, que je vais chercher à me procurer.

Lien : https://surmesbrizees.wordpr..
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Nua
  12 février 2015
J'ai fait des études en gestion de l'environnement urbain j'ai donc déjà une affinité avec le sujet traité.
Dans "Désastres Urbains" on y découvre les erreurs urbanistiques commises sous la bannière du progrès, de la prouesse technologique ou de la mode. Ces bâtiments ou ensembles sont vites devenus des désastres urbains car leur concepteur et les décideurs ont peu (ou pas) tenu compte des facteurs sociologiques et humanistes.
Le début de chaque chapitre est très intéressant et accessible. Mais ensuite, il y a des pages entières de citations d'auteurs en tout genre (principalement sociologues) et j'ai trouvé que, malheureusement l'utilisation intempestives de ressources bibliographiques noyait complètement le message. Je perdais régulièrement le fil durant la lecture ce qui m'a découragé. La moitié du livre m'a paru entre guillemets.
Je comprends qu'on a affaire à un ouvrage qui doit aussi probablement servir de syllabus aux étudiants de Thierry Paquot et que de ce fait la méthodologie universitaire doit s'appliquer. Mais je préfère quand le message est plus direct.
Ce que j'ai trouvé dommage aussi c'est le manque de positivisme ou de perspectives dans cet ouvrage. Les désastres urbains y sont largement énumérés mais j'ai retenu très peu de contre-exemples ou de pistes de réflexion pour envisager et planifier la ville autrement dans le futur.
J'ai donc été assez déçue de cet ouvrage qui contient surement pleins de points de vue intéressants mais que je n'ai pas su déchiffrer.


Lien : http://biblinua.blogspot.be/..
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
deuxquatredeuxdeuxquatredeux   13 septembre 2015
Dans un livre d'histoire progressiste de la ville productiviste, ces "objets" auraient été célébrés, encensés. Or il convient d'entreprendre une géohistoire critique environnementale qui contrebalance, éclaire, corrige, dénonce, revisite et réécrit l'histoire dominante, convenue, bardée de certitudes, qui figure dans la plupart des ouvrages et continue à être imperturbablement enseignée. Nous voyons ça et là des signes de cette tendance qui, je l'espère, ne fait qu'émerger et va enfler au point de balayer ce qu'elle dénonce. En ce qui concerne l'urbanisation des territoires et des populations ("l'urbanisation des moeurs"), le logement, les villes, les modes de vie et les pratiques des citadins, tout reste à faire. Cela devient d'autant plus urgent que l'imitation qui affecte le milieu des professionnels de l'urbanisme et de l'architecture et des élus politiques - et parfois même des habitants - répand à l'échelle planétaire des modèles qui uniformisent les architectures, homogénéisent les manières de penser et de faire les milieux habités et nient toute réflexion critique. Or nous avons besoin d'expérimentations nouvelles pour rompre avec ces modèles du "toujours plus", devenus profondément antagoniques à ceux du "toujours mieux".
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   12 septembre 2015
Les Pays-Bas, de leur côté, se trouvent par endroits au-dessous du niveau de la mer, entraînant de récurrents affrontements contre la montée des eaux qui laissent parfois certains territoires totalement inondés. Le calendrier des catastrophes égrène ses dates funestes : 1170, 1219, 1251, 1277, 1282, 1337, 1395, 1421, 1530, 1809, 1825... Chacun connaît la blague selon laquelle Dieu a créé le monde et les Hollandais la Hollande. Elle possède sa vérité : les Hollandais ont dû apprendre à dompter les eaux en inventant des systèmes de retenue, des canaux, des polders, des constructions sur pilotis, des maisons flottantes... Les Hollandais sont aussi les premiers à prendre au sérieux les effets du réchauffement climatiques sur la montée des eaux, en conséquence de quoi ils déplacent des maisons, des hôtels et des équipements de bord de mer sur des sites mieux protégés et interdisent toute construction à proximité du rivage.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   13 septembre 2015
Après l'aliénation par le travail industriel, si bien décrite et analysée par Marx, l'aliénation par la consommation, explorée et dénoncée par Günther Anders, Herbert Marcuse, Jean Baudrillard, ou encore Henri Lefebvre ou Bernard Charbonneau, l'aliénation par les les technologies, dont les mécanismes ont été révélés par Lewis Mumford, Jacques Elul ou André Gorz, l'aliénation du corps de chacun, dorénavant confisqué par l'idéologie de l'"homme augmenté", que diagnostiquent Michel Foucault, Ivan Illich, Barbara Duden, ou Jean-pierre Dupuy, il nous faut nous préoccuper de l'aliénation spatio-temporelle. La biopolitique à l'oeuvre, en effet, ne s'emploie pas seulement à contrôler les territoires (logement, commerce, loisir, travail, etc.), elle cherche aussi à définir les emplois du temps (organisation du travail, rythmes du quotidien, absence de "temps morts", valorisation de la seule vitesse comme mesure du progrès et de l'excellence, etc.).
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   13 septembre 2015
Une ville, par définition, est composite, sensorielle, rythmique ; elle ne peut se résumer à un plan-masse et une grille d'équipements, chacun d'eux rapporté à un ratio valable en tout temps et en tous lieux. C'est cela le paradoxe du "grand ensemble" : il est conçu pour le bonheur d'habitants-abstraits par des décideurs qui ne connaissent pas ces habitants-en-vrai et qui s'étonnent de leur ingratitude, du moins ce qu'ils jugent comme tel. Le "grand ensemble" dépossède tout résident de son art d'habiter et lui impose avec la remise des clés de son appartement un mode d'emploi normé et normalisateur. C'est "grand", oui cela ne fait aucun doute. Mais "ensemble" ? Non, pas "ensemble", plutôt "identique".
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   13 septembre 2015
Tout musée des arts et métiers, disait encore Paul Virgilio, devrait comporter des salles dédiées aux erreurs, dérapages, pertes et autres incidents produits par toute nouvelle technologie. La société technicienne commence seulement depuis quelques décennies, et encore très marginalement, à intégrer le risque, la précaution et la responsabilité dans ses raisonnements, alors qu'ils sont enchâssés dans chaque progrès et qu'ils doivent en accompagner et en réorienter les évolutions. De même, des auteurs "oubliés", plus ou moins volontairement, réapparaissent dans les rayonnages des librairies et dans les notes de bas de page, subitement auréolés de la qualité des "pionniers" ou de "précurseurs". Mais tout cela ne suffit pas pour produire une autre manière de penser ensemble le "progrès" et ses "accidents".
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Videos de Thierry Paquot (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Thierry Paquot
Dans cet épisode de Réelles fictions, le philosophe de l'urbain Thierry Paquot parle du roman d'Alain Damasio, Les Furtifs. Il aborde la ville décrite par Alain Damasio : les circulations des personnages, l'organisation politique, la périphérie. Il la compare à d'autres villes d'oeuvres de science-fiction et d'anticipation.
Réelles fictions est une série de podcasts qui présentent les cinq romans sélectionnés pour le prix Effractions. Ce prix récompense un roman qui entretient un lien fort avec le réel ; il est remis par la Bibliothèque publique d'information et la Société des Gens de Lettres pendant le festival littéraire « Effractions » en mars 2020.
Références citées dans le podcast : Richard Fleischer, Soleil vert, Metro-Goldwyn-Mayer, 1974. Jean-Luc Godard, Alphaville, Athos Films, 1965. Fritz Lang, Metropolis, Universum-Film AG, 1927. Ridley Scott, Blade Runner, The Ladd Company, 1982. Bernard Charbonneau, Vers la banlieue totale, Eterotopia, 2018. Aldous Huxley, le Meilleur des mondes, Plon, 1932. Étienne de la Boétie, Discours de la servitude volontaire, (1576), Vrin, 2014. Georges Orwell, 1984, Gallimard, 1949. Thierry Paquot, Désastres urbains : les villes meurent aussi, La Découverte, 2015. Extrait lu : Alain Damasio, Les Furtifs, pages 87 et 88 © La Volte, 2019.
Cet épisode a été préparé par Cyril Tavan. Lecture : Denis Cordazzo. Réalisation : Camille Delon et Renaud Ghys. Musique : Thomas Boulard. Merci aux éditions La Volte, à Sébastien Gaudelus, à Inès Carme et à Blandine Fauré. Ce podcast a été enregistré dans les studios du Centre Pompidou.
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