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Galia Ackerman (Traducteur)Pierre Lorrain (Traducteur)
ISBN : 2020324466
Éditeur : Seuil (02/09/1997)

Note moyenne : 3.33/5 (sur 20 notes)
Résumé :
Natacha, Marina, Arthur et Arnold, Serioja et les autres sont tout à la fois des Russes très ordinaires et, comme chacun d'entre nous sans doute, des insectes. Tout ce petit monde à mandibules et élytres tue le temps comme il peut dans une station balnéaire de Crimée : on se saoule à la vodka ou à l'eau de Cologne, on fume du hasch, on danse, on baise, on philosophe au clair de lune, on rêve de l'Amérique et de l'avenir capitaliste radieux. Et en même temps on volet... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
batlamb
  14 mai 2019
Je ne m'étais jamais demandé à quoi pouvaient ressembler les côtes de Crimée en 1993. Et puis j'ai ouvert ce livre, déployé son étonnant paysage de station balnéaire décrépite. Une beauté maladive explorée sous tous les angles : du dessus, du dessous, à l'endroit, à l'envers, à échelle humaine, puis insectoïde, qui se révèlent souvent être les mêmes, sans aucun respect pour la logique et la stabilité des corps. Les points de vue virevoltent et se métamorphosent comme chez un Kafka sous acide.
Misérable beauté d'une Russie avide de capitalisme (« eat me », dit la mouche russe au moustique américain désirant planter sa trompe dans son abdomen). Mais la nouvelle réalité ne se démarque de l'ère soviétique que par une différence de "teintes et de poses". Soviétique ou non, la société produit des ruines qui s'enfoncent lentement dans l'humus, où les cafards et fourmis creusent les tunnels de leurs vies.
La satire est grinçante, entre l'ombre des tunnels et la lumière quêtée par les insectes volants, dans un parcours bouddhique qui constitue l'un des fils rouges du récit. Mais où est-elle, cette lumière ? Elle brûle parfois quand on se colle contre le verre qui l'abrite. La mort d'un insecte peut être si brutale…
D'ailleurs, vu d'assez haut, nous devenons tous des insectes (escaladez une tour de 30 étages, vous verrez). Tout se transforme, comme disent Lavoisier et le Yi-King. Les chemins parcourus conditionnent la forme des insectes, et agencent leurs pattes en autant d'hexagrammes différents.
Les hexagrammes ne figurent pas un état figé, mais le mouvement. C'est pourquoi ce livre est le contraire d'une collection entomologique répartie dans des boîtes de verre. L'illusion d'un sujet isolé du monde se défait, et la luciole vient éclairer la statue de Bouddha pour y refléter un sourire.
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Tagrawla
  23 novembre 2017
Un moustique américain, guidé par deux comparses russes, vient prélever des échantillons de sang afin d'évaluer le potentiel de développement touristique de la Crimée pour ses compatriotes. Une mouche russe ne rêvant que de quitter son pays tente de le séduire. Des phalènes dissertent sur les bénéfices respectifs de la lumière et de l'obscurité. Un cafard creuse des galeries en accumulant le plus de biens possibles tout en essayant de ne pas croiser les milices et leurs exigences de pots-de-vin.
Ces insectes n'en sont pas vraiment. Mais ils ne sont pas non plus vraiment des humains. N'allez pas croire pour autant qu'ils sont des mutants : ils sont des prétextes, les biais que prend Viktor Pelevine, grand maître de l'absurde, pour nous parler de la société russe juste après la chute de l'URSS. Il décrit à merveille le réel par l'irréel sans jamais en tirer la moindre conclusion définitive, et c'est sans doute là que réside tout son génie. Il décrit par la métaphore et sans concession une société en pleine mutation, mais le lecteur devra se débrouiller tout seul s'il veut figer le constat dans un jugement moral. Il use avec tact de l'étrange pour porter un regard terriblement lucide sur le concret.
Viktor Pelevine n'est pas franchement un comique, il y a pourtant quelque chose de réjouissant sous sa plume. Loin des autofictions dont nous sommes abreuvés sous nos latitudes, il utilise la littérature pour une idée plus grande que son nombril : penser le monde et l'histoire en marche.
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volubilae
  15 janvier 2017
Critique d'une société russe contemporaine au travers de prises de vue poétiques et métaphoriques d'une station balnéaire de Crimée, on suit les pérégrinations de divers hommes /femmes insectes en métamorphoses permanentes qui posent des regards variés permettant d'aborder le sujet sous tous les angles (au propre comme au figuré).
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secondo
  01 juillet 2017
Dans tous les mondes de Pelevine je demande la vie des insectes.
Comme à chaque fois nous sommes projetés dans une certaine vie qui n'est pas tout à fait la nôtre mais qui lui ressemble furieusement, un peu comme dans un rêve. Chez les insectes par exemple pousser une boule de fumier est un concept et Sam Sucker, le moustique ou Marina, la fourmi pondeuse savent cela par instinct.
La prouesse littéraire réside dans l'ambiguïté constante humain/insecte qui pousse le lecteur à s'extraire de ses préjugés et de ses certitudes pour commencer sa métamorphose.
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brigetoun
  11 novembre 2009
jubilation de la surprise des passages de l'humain à l'insecte, d'une description acerbe de la Russie post-soviétique, et de notre société ou à peu près, de l'amour, de la peur, des rivalités, un zeste de culture et de philosophie, des paysages en quelques lignes, avec toutes les sensations associées, et les vers de Mitia la luciole qui se croyait phalène, et Sam le si aimable moustique américain, plein de bonnes intentions, et d'un grand intérêt pour les ressources éventuellement exploitables
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
volubilaevolubilae   10 janvier 2017
"Sam hocha distraitement la tête et regarda son assiette. Le menu disait : "boulettes paysannes à l'oignon". En réalité, c'étaient de petits morceaux de viande rectangulaires disposés selon un ordre architectural strict. Une mer de sauce coulait à droite de la viande et une montagne de purée de pommes de terre, en pente douce, décorée de quelques points colorés de carottes et de fenouil s'élevait de l'autre côté. La purée glissait comme de la lave sur la viande, et le contenu de l'assiette ressemblait à Pompéï vu du haut. Étrangement, il rappelait en même temps le panorama du village de vacances tel qu'on pouvait le contempler depuis la table.
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batlambbatlamb   15 mai 2019
Soudain la musique se fit plus forte et les lampes s'éteignirent. Elles se rallumèrent presque aussitôt, mais sur un rythme stroboscopique, arrachant à l'obscurité, à chaque flash, une foule monolithique immobile, tantôt verte, tantôt bleue, tantôt rouge qui, dans la fraction de seconde de son existence, ressemblait à un débarras de statues en plâtre rassemblées là en provenance de tous les jardins publics et camps de pionniers soviétiques. Au bout de quelques instants, il devint clair aux yeux de Mitia qu'en réalité il n'y avait ni danse, ni dancing, ni danseurs, mais uniquement une succession de jardins publics morts dont chacun n'existait que pendant la demi-seconde où s'allumaient les ampoules d'une couleur déterminée, avant de disparaître pour l'éternité, laissant sa place à un autre qui ne différait du précédent que par la teinte de son ciel et la pose de ses statues.
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volubilaevolubilae   10 janvier 2017
"Au sol, comme n'importe quel autre soir, seuls luisaient de rares réverbères et des fenêtres. Il y avait peu de sources de lumières assez fortes pour être même vaguement attirantes : quelques enseignes de restaurants, un néon rose composant le mot "lues" à l'angle d'une tour sombre du centre de vacances et la lueur scintillante du bal en plain air situé à proximité. Vu d'en haut, on aurait dit une fleur ouverte, aux couleurs sans cesse changeantes, qui, en guise de parfum, aurait exhalé de la musique. L'instinct poussait vers cette fleur tous les insectes des environs chaque fois qu'une patte quelconque y branchait l'électricité. Mitia décida d'y faire une descente pour mesurer l'ambiance. "
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volubilaevolubilae   15 janvier 2017
"Ils étaient absolument immobiles et regardaient au loin d'un air pensif en se balançant légèrement, au gré des courants d'air, sur la tige où ils étaient installés.
- Je pense, dit l'un des coléoptères, qu'il n'y a rien de plus élevé que notre solitude.
- Mis à part les eucalyptus, dit le second.
- Et les platanes, ajouta le premier, après un moment de réflexion.
- Et encore l'arbre à chicle qui pousse dans la partie sud-est du Yucatán.
- Sans aucun doute, acquiesça le premier, mais cette souche pourrie dans la clairière voisin n’est certainement pas plus élevée que notre solitude.
- C’est exact, confirma le second.
Les coléoptères rouges fixèrent de nouveau l’horizon, l’air pensif."
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batlambbatlamb   15 mai 2019
À droite de la vedette, une énorme montagnes rocheuse apparut. Elle ressemblait à un oiseau de pierre, les ailes déployées et la tête baissée. À son sommet, deux feux rouges clignotaient.
- Tu vois, montra Dima, combien il y a de lumière et d'obscurité autour de nous. Choisis ce que tu veux.
- Admettons que j'opte pour la lumière comment saurai-je s'il s'agit ou non d'une vraie lumière ? Ne m'as-tu pas parlé récemment de la lune, des ampoules d'Ilitch, etc. ?
- La véritable lumière est celle à laquelle tu parviendras. Et si tu n'y aboutis pas, même un tout petit peu, c'est que le feu vers lequel tu volais, quelque brillant qu'il te parût, n'était qu'une tromperie. Car l'important n'est pas vers quoi tu voles, mais qui vole, bien qu'au fond ce soit la même chose.
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