AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio

Bernard Kreise (Traducteur)
EAN : 9782879294469
314 pages
Éditeur : Editions de l'Olivier (04/03/2005)
3.37/5   41 notes
Résumé :
Dans les rues de Moscou une secte mystérieuse enlève des hommes et des femmes. Son but ? Exterminer l'humanité corrompue par le sexe et la violence, et reconstituer une assemblée d'élus. Les victimes sont kidnappées, ligotées et frappées en pleine cage thoracique par un marteau de glace. Seuls les " élus " survivent. Ils sont alors accueillis par la communauté qui les initie à la langue du cœur. La Glace relate la quête désespérée d'un paradis perdu.

... >Voir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura
Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Tempsdelecture
  20 octobre 2020
La phrase très succincte qui tient lieu de biographie en quatrième de couverture évoque un auteur « sulfureux », j'ai lu ailleurs « non-conformiste » quelque part ailleurs, voilà qui ne manque d'attirer mon attention, la vôtre peut-être aussi. Ici un interview de l'auteur par les Inrockuptibles, qui permet de comprendre que visiblement ces termes quelque peu langue de bois signifient tout simplement qu'il est connu pour être un opposant au gouvernement. le mouvement prosoviétique Going Together a organisé nombres d'actions contre lui, autodafés et procès, accusant l'écrivain de pornographie (pour autant que je puisse en juger, il y a effectivement des passages crus et explicites mais ils restent épisodiques). En 2014, il a d'ailleurs désavoué la politique russe en Crimée.
Le texte a été traduit par Bernard Kreise, dont je vous transmets un article ici, où le traducteur évoque sa perception de Sorokine. Découvrir et lire les articles de Passage A l'Est, merci à elle, m'a fait prendre conscience de l'importance du rôle du traducteur, alors qu'ils sont les mieux placés pour parler de l'oeuvre, voilà pourquoi je me décide à en parler. En cherchant à en savoir plus sur Vladimir Sorokine, j'ai découvert qu'il s'agit en fait d'une trilogie, les autres tomes s'intitulent La voie de Bro et 23 000. Vous l'aurez deviné, ce premier tome se lit indépendamment des deux autres. Cette chronique étant pour moi l'occasion de me rafraichir la mémoire (….), je me suis replongée donc dans le roman avec plaisir.
Ce livre est composé de quatre parties, de longeurs inégales, et de nature différente, narration à la troisième ou la première personne, récits, l'auteur russe casse les conventions et le rythme du roman traditionnel. Dès le début, j'ai été décontenancée par ce procédé, briser la poitrine d'hommes et de femmes à coup de marteaux glacés, d'accord, mais dans quel but. Je me suis longtemps demandée vers quel but voulait nous mener Sorokine. J'ai d'abord penché pour le roman policier, bien que le titre ne soit pas classé dans la collection idoine de la maison d'édition. Ou pour le roman ésotérique, il y a quelques passages qui amènent à se poser la question. Lorsqu'on se rend compte que l'homme, qui se fait charcuter le poitrail, portait une inscription sur son t-shirt http://www.FUCK.RU, on commence à y voir un peu plus clair. le mélange des genres est audacieux, il n'y a pas de doutes.

Beaucoup d'humour noir teinte ce roman, qui pourtant se base sur un réalisme tout aussi sombre, glauque et tragique en un sens et dénonce cette situation qui est tout sauf amusante. Les personnages dans la lignée de beaucoup d'autres personnages de la littérature russe, n'ont rien d'héroïque ou même de marquant, bien au contraire, ils sont enfoncés dans une lucidité amère et destructrice. Les tentatives de rébellion font sourire certes. Mais les hommes se perdent quelque part entre antisémitisme primaire, nationalise frôlant le social- et l'obéissance au régime. Allégorie du totalitarisme, celui qui brise la poitrine des gens, torture pour soumettre et aliéner le citoyen récalcitrant.
C'est une langue crue, dure, sans filtre, qui me fait penser à bien des égards à celle de Zakhar Prilepine, qui reflète une réalité qui est tout sauf idyllique, où alcool, proxénétisme, prostitution, drogue, flagornerie enveloppent les êtres dans un quotidien sans fard et sans lumière, ou tout se vend et tout s'achète, moyennant quelques liasses de dollars ou de roubles, peu importe. L'auteur ne nous donne aucun permis d'espoir, la réalité est brute, il faut l'accepter.
C'est une langue crue, dure, sans filtre, qui me fait penser à bien des égards à celle de Zakhar Prilepine, qui reflète une réalité qui est tout sauf idyllique, où alcool, proxénétisme, prostitution, drogue, flagornerie enveloppent les êtres dans un quotidien sans fard et sans lumière, ou tout se vend et tout s'achète, moyennant quelques liasses de dollars ou de roubles, peu importe. L'auteur ne nous donne aucun permis d'espoir, la réalité est brute, il faut l'accepter. Car les espoirs de fraternité et de famille, vitrine d'un lavage de cerveau, ne sont laissés et entretenus que par cette secte qui s'acharne à briser les gens.
Ce roman m'a vraiment décontenancée, me laissant perplexe devant la signification et son unité profonde: les quatre parties sont dissemblables et amènent plus de questions que de réponse. Qu'est-ce que cette glace, est-ce allégorique? Je suis donc allée voir ce que l'on en disait ailleurs. L'auteur aurait été suspecté de nazisme, rien que cela. Dénonciation du totalitarisme, mise à mal d'une société en manque de rêves, je ne suis pas arrivée à trouver une réponse qui me satisfasse pleinement, si toutefois elle existe. Reflet du chaos ambiant, voila une hypothèse qui me plaît. Quoi qu'il en soit, il faudrait surement lire la suite de la trilogie pour mieux cerner les intentions de l'auteur, ce qui n'est pas au programme de mes réjouissances immédiates. Peut-être l'année prochaine.


Lien : https://tempsdelectureblog.w..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
micky05
  22 octobre 2012
L'objet de la Toungouska est tombé le 30 juin 1908, à 7h 17mn 11s heure locale à 60 km de la petite ville de Vanavara. le cataclysme est survenu précisément dans la région de la Toungouska Pierreuse, en Sibérie centrale, à 800 km au nord-ouest du lac Baïkal.
Les habitants de la région ont raconté que, juste avant l'explosion, ils ont vu une boule de feu fendre l'air, et, à Kirensk, à environ 400 km de là, des témoins ont parlé d'une « colonne de feu ».
Les ondes de choc sont si violentes qu'un cheminot du Transsibérien crut que sa locomotive avait explosé. Il se trouvait pourtant à 560 km du point d'impact.
60 millions d'arbres sont brutalement couchés sur le sol et brûlés. A moins de 20 km de l'épicentre de Toungouska, environ 700 rennes et tous les chiens sont brûlés vifs. Tentes, nourriture et stock de bois des nomades partent également en fumée.
Les incendies brûlent pendant deux semaines et l'on peut voir une énorme colonne de flammes à plusieurs centaines de kilomètres de distance. Poussières et débris sont projetés dans l'atmosphère.
Les témoins rapportent également que juste après l'effroyable bruit qui suivit l'explosion, le sol se crevassa. Au même moment, le sismographe de l'Observatoire d'Irkoutsk enregistre un séisme de magnitude 5 qui durera 51 minutes.
Des perturbations magnétiques ont été enregistrées suite à l'explosion. La perturbation a duré plus de 6 heures. La tempête magnétique fut si intense que les boussoles de l'Observatoire d'Irkoutsk furent inutilisables à 977 Km de l'épicentre.
Les autorités impériales russes passent l'événement sous silence. Aucune allusion n'est donc faite dans la presse internationale.
Ce n'est qu'après la révolution que le gouvernement soviétique charge un scientifique, Leonid Kulik, d'enquêter sur l'explosion.
Vladimir Sorokine s'empare d'une des hypothèses de cet événement, la chute d'une comète, pour y placer la glace au centre de son livre. Nous trouvons alors dans un conte fantastique dans lequel les hommes cherchent à écouter leurs coeurs. Mais tout se passe comme si il fallait nécessairement recourir à la violence pour y parvenir. Les idéologies y sont fortement présentes. Au coeur du livre nous trouvons l'URSS envahie par l'Allemagne nazie.
La première partie du livre nous mène dans une période plus indéterminée de la Russie moderne alors que la fin nous conduit jusqu'aux années de la perestroïka et une autre invasion, celle de la société de consommation, d'Internet et de ses forums de discussion. La glace comme le coeur des hommes fondra au soleil de la société libérale. Cette partie est plutôt conduite comme un polar fantastique. L'ensemble du livre d'ailleurs nous y plonge, il s'agit d'un conte.
La deuxième partie m'a semblé plus ennuyeuse. C'est un long récapitulatif de l'histoire De Mer, matrice comme il se doit de ce conte fantastique.
La troisième se veut plus objective, plus réaliste, comme si l'auteur voulait ici nous faire perdre nos illusions d'enfants. La fin en est d'ailleurs une parfaite illustration.
L'ensemble du livre m'a donc paru un peu inégal.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
Charybde2
  18 mars 2013
Verve ravageuse, terrifiante et enjouée métaphore de la violence politique et humaine satisfaite d'elle-même.
Troisième roman du touche-à-tout iconoclaste russe, publié en 2002, "La glace" développe la "manière Sorokine" déjà bien expérimentée dans le "Le lard bleu" précédemment.
Récit en deux parties qui voit d'abord, dans la Russie contemporaine, les membres d'une secte pour le moins étonnante s'en prendre à des "victimes" qu'ils cherchent à "révéler" à grands coups de marteaux de glace dans la poitrine. Bonheur à ceux dont le coeur ou les poumons révèlent alors, sous les coups, un nom intime, dans un souffle involontaire : ils rejoindront la secte, malgré leur incompréhension initiale, et connaîtront la félicité. Malheur aux autres, dont les cadavres martelés et éclatés seront simplement abandonnés sur place.
La suite du récit, à la première personne, retrace la genèse et la jeunesse de la secte, depuis 1943 et l'évacuation d'une jeune Russe déportée vers un camp de travail en Allemagne, où des SS déjà affiliés, usant de cette même méthode d'extraction déjà éprouvée, la révèleront à elle-même, et lui permettront de poursuivre son récit jusqu'à sa conclusion, dans la Russie contemporaine.
Plutôt qu'une simple dénonciation du phénomène des sectes religieuses et millénaristes, une verve ravageuse au service d'une terrifiante et enjouée métaphore de la violence politique et humaine satisfaite d'elle-même.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
Bookinista
  10 mars 2012
Type : Phénoménal, marquant, indélébile, crépusculaire... ésotérique, inquiétant...
Ma première rencontre avec un livre de Sorokine, et une découverte totale, lu d'une traite.
L'auteur : "J'ai moi aussi mon propre système optique: mes deux éclairages sont la Russie d'avant la révolution et la Russie post-industrielle de l'avenir. C'est à l'endroit où leurs rayons se croisent que je vois apparaître l'hologramme de la Russie d'aujourd'hui".
Le mot clé : DYSTOPIE - Décrire le monde sous des couleurs futuristes et totalitaires..
Je me suis laissé prendre par l'intrigue, l'angoisse, le mystère (mais qui sont donc ces gens ? cette Confrérie de la Lumière originelle ?), l'originalité du propos et de l'écriture. Les membres de cette secte enlèvent de façon inattendue des individus, blonds aux yeux bleus, dans les rues de Moscou. Pour quoi faire ? Pour faire "parler le coeur des hommes" en leur frappant la poitrine à coups de marteau en glace issue d'une météorite tombée il y a 100 ans en Sibérie... ...
Seuls les "élus" survivent et rejoignent la Confrérie de la Lumière originelle, les "prêtres de la glace dont la finalité est de retrouver la pureté de la lumière cosmique originelle..., qui se veut pure comme la glace et a pour objectif ultime de purifier l'humanité souillée par la corruption, le sexe, la violence....
Et la fin est tellement incroyable, pleine de références, de questions, de surprise... un très bon livre même pour les lecteurs qui, comme c'est mon cas, ne sont pas trop attirés par la science fiction...mais qui apprécient de lire sur la Russie.
La Glace relate la quête désespérée d'un paradis perdu.
Violent, énigmatique, ce roman, qui mêle plusieurs genres - fantastique, policier, satirique, picaresque -, est la critique féroce d'une époque où le sacré semble avoir disparu." (4e de couverture)
Lien : http://coquelicoquillages.bl..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
Tagrawla
  08 janvier 2017
Prenez les grands mythes habituellement véhiculés par les hippies : l'amour universel, le pouvoir du coeur, tout ça tout ça. Mettez-les dans un shaker que vous faites secouer par un auteur russe : on s'approche alors de la Glace.
Je ne vois absolument pas comment vous décrire autrement ce roman.
Il se développe en quatre parties, et pour chacune d'elle, l'auteur emprunte un style différent d'écriture. La première partie frôle la quintessence du minimalisme : sujet, verbe, point. C'est aussi perturbant qu'efficace. Ça n'est pas froid, c'est sibérien, violent, sans pitié, sans empathie : à peine humain. Ensuite seulement ça se détend, un peu.
Sans être un grand roman, c'est une lecture suffisamment surprenante pour être intéressante. Ça aurait pu être niais sans le traitement qui est fait du sujet, et pourtant, ça ne l'est pas du tout.
A découvrir !
Commenter  J’apprécie          30

Citations et extraits (2) Ajouter une citation
TempsdelectureTempsdelecture   20 octobre 2020
« Khram, que ressens-tu? »

Je lui ai répondu:

« J’ai un peu mal à la poitrine.

-Mais encore?

-Oh, je ne sais pas… je ne comprends pas ce qui se passe.

-Tu t’es sentie bien avec nous?

-Oui.-

-Etait-ce plaisant à ton cœur?

-Très, lui ai-je répondu. Je ne me suis jamais sentie si bien. »

Il m’a regardée avec un sourire et m’a dit:

« Ceux qui sont comme tous sont fort peu nombreux. En tout, cent cinquante

trois personnes sur terre. »

Je lui ai demandé:

« Mais pourquoi?

-Parce que nous ne sommes pas comme tous les autres. Nous savons parler non seulement avec notre bouche, mais avec notre cœur. Les autres ne parlent qu’avec la bouche. Et jamais ils ne parleront avec leur cœur.

-Pourquoi?

-Parce que ce sont des cadavres vivants. La grande majorité des hommes sur notre terre sont des morts ambulants. Ils naissent comme des morts, ils se marient à des morts, ils engendrent des morts et ils meurent; leurs enfants morts engendrent de nouveaux morts, et cela de siècle en siècle. C’est le tourbillon de leur vie de mort. Dans laquelle il n’y pas d’issue. Et nous sommes vivants. Nous sommes les élus. Nous savons ce qu’est le langage du cœur que nous avons déjà utilisé pour parler avec toi. Et nous savons ce qu’est l’amour. Le véritable Amour Divin."
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
Charybde2Charybde2   12 avril 2013
Uranov hocha la tête. Il regarda autour de lui.
"Eh bien, on peut la toucher ?
- Touche-la, mon ami."
Uranov leva la main. Frop ouvrit une portière arrière du 4 x 4. Mer en sortit. Elle s'approcha de la voiture de Dato.
Lom ouvrit le coffre de l'Audi. S'y trouvait le mini-congélateur. Lom l'ouvrit. De la glace scintillait à l'intérieur.
Mer ôta de ses mains des gants de cuir bleu, elle les glissa dans une poche. Elle s'immobilisa un instant pour regarder la glace. Puis elle posa les mains dessus. Elle ferma les yeux.
Tout le monde se figea.
2 minutes et 16 secondes s'écoulèrent.
Les lèvres de Mer s'entrouvrirent. Une expiration accompagnée d'un gémissement sortit de sa bouche. Elle ôta ses mains de la glace et les appliqua sur ses joues vermeilles :
"Nominal."
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00

Videos de Vladimir Sorokine (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Vladimir Sorokine
Dimanche 16 mai 2010 Rencontre avec le romancier russe Vladimir Sorokine, Anne Coldefy-Faucard et Luba Jurgenson : « L'espace dans l'oeuvre de Sorokine », dans le cadre du banquet de printemps 2010 intitulé "L'Espace russe".

Vladimir Sorokine est connu dans les milieux non-conformistes depuis la fin des années soixante-dix. Il est né en 1955, et devient un écrivain russe majeur après l'effondrement de l'Union soviétique. Ses romans, nouvelles, récits et pièces de théâtre sont de véritables événements, suscitant louanges, critiques acerbes, contestations, indignation. Écrit dans les années 1985-1989, Roman est un des chefs-d'oeuvre de l'auteur. Il est publié en 2010 en français chez Verdier, en même temps que La Voie de Bro (Éd. de l'Olivier).
+ Lire la suite
Dans la catégorie : Littérature russeVoir plus
>Littérature des autres langues>Littératures indo-européennes>Littérature russe (472)
autres livres classés : littérature russeVoir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura





Quiz Voir plus

La littérature russe

Lequel de ses écrivains est mort lors d'un duel ?

Tolstoï
Pouchkine
Dostoïevski

10 questions
356 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature russeCréer un quiz sur ce livre