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Michelle Charrier (Traducteur)
EAN : 9782070340774
512 pages
Éditeur : Gallimard (09/11/2006)

Note moyenne : 3.95/5 (sur 231 notes)
Résumé :
Alfred Borden et Rupert Angier, deux prestidigitateurs hors du commun, s'affrontent dans un duel sans merci. Trois générations plus tard, au cours d'une enquête sur une secte, le journaliste Andrew Wesley fait la connaissance de Kate Angier. Elle lui révèle qu'il s'appelle en fait Andrew Borden et qu'une guerre oppose leurs deux familles depuis la fin du XXe siècle. Quand Andrew découvre le rôle exact joué par le scientifique Tesla dans toute cette affaire, sa vie e... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (47) Voir plus Ajouter une critique
Dionysos89
  12 septembre 2013
Le Prestige ! Clou du spectacle d'un bon illusionniste, creuset de la gloire et de la reconnaissance, tout bon prestige se doit d'être non seulement spectaculaire, mais surtout inattendu. Avec ce roman de Christopher Priest, nous sommes servis.
J'avoue avoir été ébloui par l'adaptation de Christopher Nolan mettant en scène Christian Bale face à Hugh Jackman, avec Michael Caine et Scarlett Johansson en arbitres ; je fus vraiment en extase devant le roman originel ! D'un banal voyage de journaliste sur les traces de son enfance, Christopher Priest nous emmène, par le renfort de journaux intimes du XIXe siècle, sur la piste de deux illusionnistes et surtout sur celle de leur interminable querelle. le principe est simple (au premier abord, en tout cas) : nous suivons quatre journaux intimes (successifs, pas en alternance) qui nous livrent des informations complémentaires, et parfois contradictoires, sur une querelle tenace et mortelle entre deux maîtres de la « magie » du XIXe siècle. C'est toute la question du « pacte » entre l'auteur et ses lecteurs, tout comme entre le prestidigitateur et son public, qui est fouillée ici.
Christopher Priest met ainsi en place une trame scénaristique plus complexe que l'aspect « journal intime » ne pourrait le suggérer au premier coup d'oeil. le mensonge et la dissimulation sont prioritaires dans la façon d'aborder les faits qui opposent Alfred Borden et Rupert Angier. Mais cela se complique un peu plus quand un très simple aspect de steampunk vient griller les circuits de cette mécanique trop bien huilée. Pour autant, rien non plus de trop compliqué derrière cette histoire originale, car il suffit d'un peu d'observation et de concentration pour saisir les tenants et les aboutissants de l'intrigue avant qu'ils nous soient révélés au bout du compte (difficile d'en dire davantage sans spoiler une bonne part des secrets à découvrir).
En somme, le roman a beau être long de cinq cents pages en format poche, cela se lit d'une traite, avec une facilité déconcertante, tellement les péripéties s'enchaînent de belle façon. Merci donc à Christopher Priest pour ce petit bijou prestigieux !
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LePamplemousse
  23 janvier 2020
Aimez-vous les tours de magie ?
Je dois reconnaître que ce thème ne m'intéresse pas plus que ça, mais la lecture de plusieurs critiques de ce livre m'a donné envie de le découvrir.
On fait la connaissance de deux prestidigitateurs du siècle dernier qui n'auront de cesse de s'affronter et de se gâcher la vie l'un l'autre.
Il faudra attendre la fin du livre pour découvrir pourquoi ils se détestaient autant et pourquoi leur rancune a finalement eu des répercutions sur leurs enfants et même leurs petits-enfants.
Le roman débute d'ailleurs avec le petit fils de l'un des deux prestidigitateurs, il est journaliste et va aller enquêter sur un fait divers étrange ayant eu lieu au sein d'une secte.
A partir de là, on va remonter le temps et parcourir la vie professionnelle et privée de ces deux magiciens, jusqu'à découvrir de vieux secrets.
J'ai été happée par cette histoire et le style de l'auteur.
Les secrets sont ici bien cachés, comme le sont les lapins dans un chapeau, il y a des doubles-fonds, des tiroirs secrets, des tours de passe-passe, et on a l'impression que chaque élément fait partie d'un tout, un peu comme des poupées russes emboitées les unes dans les autres.
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100choses
  04 octobre 2012
Ce livre me tentait depuis des années et je l'ai enfin lu (il ne me reste plus qu'à visionner son adaptation qui me tente tout autant)! A la base, je ne pensais le lire que par curiosité parce qu'il y est question d'illusionnisme et pour la même raison, j'étais à peu près sûre de passer un bon moment. En fait, je n'ai pas seulement passé un bon moment, j'ai littéralement adoré ce roman. C'est brillant et Christopher Priest est un pur génie ! Mais voyons tout cela en détail.
Puisque j'ai ouvert ce roman pour rencontrer des magiciens, autant commencer par cet aspect. Aucun doute, j'ai été plus qu'enthousiasmée par l'univers décrit : les spectacles de prestidigitation au tournant du XXème siècle. C'est une ambiance, des codes, un mode de vie absolument fascinant (surtout quand l'histoire se déroule au Royaume-Uni ^^) et génialement mis en scène par l'auteur. de la magie de scène aux séances de spiritisme, tout est là, recréé avec brio (avec qui ?) pour le plaisir du lecteur. C'est vraiment une ambiance extraordinaire, marquée par l'arrivée de « la fée électricité ». C'est l'époque, le monde dans lequel j'aurais aimé évoluer.
Pourtant les protagonistes principaux, deux illusionnistes de génie que je me réjouissais de pouvoir suivre, ne sont pas particulièrement sympathiques. Entre l'un, arrogant et tellement dédié à son art qu'il perd tout sens commun, trop épris d'absolu, trop exalté pour son propre bien et l'autre, totalement stupide et viscéralement mauvais, perpétuellement aigri (tous deux en outre trompant leur femme sans aucun scrupule et frôlant la folie) le lecteur a bien du mal à s'attacher. Mais il n'empêche qu'on est immédiatement fasciné par chacun de ces deux personnages et que l'on adore suivre leur histoire, leur querelle permanente aux proportions insensée et maculée d'ignorance.
J'ai aimé les suivre malgré tout parce que même si cela atteint des proportions effrayantes, ils placent l'illusion au centre de leur vie et puis parce que même si ce dernier était beaucoup plus sympathique, je n'ai pas pu m'empêcher, en découvrant ce roman, de penser à Robert-Houdin et à son magnifique ouvrage que j'ai lu il y a quelques années.
L'auteur réussit en plus à maintenir un certain équilibre : évoquant techniques et trucs sans non plus réellement révéler de secrets. Un lecteur éclairé visualisera immédiatement de quoi il parle (et aura alors légèrement les doigts qui le démangent ^^), le néophyte entreverra quelques éclairs de connaissance mais ne percera aucun secret majeur.
Et puis, la bonne surprise de ce roman, c'est qu'en dehors de nos deux héros illusionnistes, on croise et rencontre même Nikola Tesla. Je ne m'y attendais vraiment pas, et même après la première évocation de son nom, je ne pensais pas qu'on le rencontrerait pour de vrai ! Or c'est le cas et c'est absolument jouissif. Il est quand même question de Nikola Tesla, c'est ouf ! Je ne sais pas d'où l'auteur tient tous ses renseignements mais sans avoir jamais l'air de digresser inutilement, il rend le personnage tout à fait réel sous les yeux du lecteur. On a vraiment l'impression de rencontrer Tesla et c'est génial, tout simplement, parce qu'au lieu de se concentrer uniquement sur ses inventions géniales (même si elles ont aussi la part belle dans le roman), Christopher Priest s'attarde à nous décrire l'homme, ses habitudes, son comportement, ses manies quotidiennes. Nikola Tesla vit littéralement entre ces pages et c'est absolument génial !
Sur un plan plus anecdotique, je suis très fière d'avoir trouvé le truc d'Alfred Borden dès la lecture des premières pages de ses mémoires. Au bout de 65 pages, j'étais certaine d'avoir tout percé à jour et en même temps, tout ne s'arrête pas là car illusion, tout n'est qu'illusion et l'auteur ne cesse d'essayer de perdre le lecteur en tentant de le faire douter aussi bien de ses déductions que de ce qu'il lit écrit noir sur blanc. D'ailleurs je ne peux m'empêcher de faire le lien entre le pacte magique que le prestidigitateur passe avec son public (évoqué par Alfred Borden dans les premiers chapitres) et celui passé entre Priest et son lecteur : l'un trompant l'autre et l'autre acceptant consciemment d'être trompé.
J'en viens enfin au truc absolument génial de ce bouquin et qui me fait crier haut et fort le génie de l'auteur : Il nous offre 4 points de vue différents, couvrant deux époques majeures et ça fonctionne parfaitement. Les récits sont foncièrement différents dans le ton et dans le style et pourtant se complètent parfaitement et s'imbriquent les uns dans les autres sans le moindre souci. le style change selon le narrateur, son caractère, sa profession, son âge au moment où il s'exprime et le format du récit : lettres, journal intime, mémoires. C'est brillamment exécuté et ce sont ces changements de point de vue autant que le contenu du texte lui-même qui nous permettent de réellement saisir l'essence des personnages. Et je me répète mais l'auteur jongle vraiment à la perfection avec les personnages ! Et c'est ouf de voir jusqu'à quelles extrémités ces derniers en sont venus pour leur art, et battre l'autre. le tout dans la plus profonde ignorance. C'est monstrueux et génial à la fois. Et le parallèle parfait entre les deux à la fin est juste wahoo !
Enfin, j'ai juste failli être un poil déçue à la fin en voyant que la magie prenait le pas sur l'illusion. C'est justement toute la beauté de l'illusionnisme : l'homme est capable de reproduire les effets de la magie par ses seules ingéniosité et habileté. du coup, j'ai d'abord trouvé le raccourci un peu facile et dommage au vu du contexte. Pourtant, je m'y attendais plus ou moins ayant récupéré le bouquin au fond du rayon SF de la bibli. Mais finalement, passé la déception des premiers instants, j'ai trouvé ce choix absolument brillant ! Terrifiant et horrible et glauquissime mais absolument génial et intelligent et extraordinaire et formidable ! Ca a un côté Jekyll et Hyde absolument génial. On se croirait aussi chez Poe. Ça colle tellement ben à l'époque des faits relatés. Raaaah c'est juste absolument parfait et relance le roman de façon génialissime dans les 50 dernières pages. Tout s'éclaire et est parfaitement logique. Et la fin est juste hyper bizarre et flippante et ohmyfuckinggod. C'est horrible et terrifiant et parfait ! Un chef d'oeuvre qui m'a laissée totalement flippée au fond de mon lit à 2 heures du matin… A tel point que le Chattam entamé dans la foulée, ne m'a strictement rien fait.
Dernier détail, avant de conclure ce billet, totalement irrelevant en soi mais qui m'a fait couiner intempestivement et qui parlera sans aucun doute à certaines lectrices (elles se reconnaitront) : Une bonne partie du récit (que ce soit à l'époque ancienne ou récente) se déroule dans le Derbyshire. le Derbyshire, les gens !!!!!
Bref, je crois que c'est clair mais répétons-le : c'est énorme coup de coeur ! Je n'accorde généralement aucun intérêt aux prix littéraires, mais là les deux récompenses sont clairement méritées ! Ce bouquin est génial et je ne m'en suis toujours pas remise. Lisez-le, c'est un ordre ! de mon côté, je vais tâcher de me procurer le film dont l'intrigue est visiblement bien différente de celle du roman.
Lien : http://leboudoirdemeloe.co.u..
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RosenDero
  27 décembre 2017
Début du XXe siècle, deux prestidigitateurs s'opposent et se déchirent les faveurs du public. Mais cette rivalité puérile va avoir des conséquences sur leurs rejetons...
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Et bien, j'ai dévoré ce livre ! Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir repoussé sans cesse sa lecture (prêté par un ami, j'avais peur d'être déçu...), alors je remercie Nadouch pour sa pioche judicieuse (et merci au [vrai] forum des membres de Babelio !).
J'ai rapidement été happé par le récit avec son écriture à la première personne et ses différents narrateurs qui livrent leurs mémoires.
La dose de SF est très minime, et bien amenée, elle est certes la clé de l'intrigue mais passe vraiment comme une lettre à la poste (grâce au fameux Nikola Tesla).
J'ai également beaucoup apprécié les multiples révélations et surprises, ainsi que le fait que les revirements de situations soient amenés de manière naturelle avec, pour le lecteur, cette impression de flotter sur un doux nuage de coton. Rarement l'intrigue ne m'a paru aussi fluide (peut-être le format "journal" y est-il pour beaucoup) et aussi surprenante.
Bref, lisez-le et appréciez-le comme ce fut mon cas :)
PS : je vais regarder le film, même si je pense forcément être déçu après cette lecture...
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Arakasi
  30 mai 2013
En illusionnisme, « le Prestige » est le point d'orgue d'un tour de magie, le moment où le prestidigitateur fait jaillir l'impossible du possible, suscitant ainsi stupeur et enchantement. Tout ceci n'est évidemment qu'illusion et si le spectateur s'y laisse prendre volontiers, les autres magiciens n'ont qu'une hâte : découvrir la clef de l'énigme. Car le Prestige n'est pas seulement source d'émerveillement, il l'est également de fortune, de gloire et de réussite. Un état de fait qui n'a jamais été aussi vrai que dans l'Angleterre victorienne où les théâtres à la mode se disputent les numéros de magie et où tous les praticiens de ce noble art se livrent à une lutte acharnée pour attirer l'admiration exclusive du public – une lutte qui peut aller fort loin car pour acquérir un nouveau tour ou le subtiliser à un confrère, des illusionnistes sont prêts à commettre bien des vilénies, allant jusqu'à l'espionnage, au vol et pire encore.
Nous sommes à la fin du XXe siècle à Londres où un conflit de ce type va naître entre deux jeunes magiciens, tous deux aussi talentueux et orgueilleux l'un que l'autre, Alfred Borden et Rupert Angier. Un accident tragique et personnel va débuter leur querelle, querelle qui ne va pas tarder à dangereusement dégénérer, la haine entre les deux illusionnistes atteignant des sommets sans commune mesure avec l'élément déclencheur du duel. Surtout que l'enjeu du conflit n'est pas mince : rien de moins que le tour le plus demandé et le plus mystérieux de toute l'Angleterre, celui de « L'homme transporté » où l'illusionniste se transfert instantanément d'un coin à l'autre d'un théâtre. Des petites échauffourées, on passe progressivement à des actes de malveillance de plus en plus graves, menaces, vandalismes, chantages… Aucun acte, aucune extrémité ne semble à même de rebuter les deux hommes dans leur course forcenée à la gloire. Où s'arrêtera l'escalade ?
Avec « le Prestige », Christopher Priest nous offre une captivante plongée dans le monde de la prestidigitation avec ses secrets, ses traditions et ses multiples codes. Doté d'une ambiance très réussie, le roman est mené comme un tour d'illusionniste ; tout n'y est que faux-semblants, fausses pistes, semi-mensonges, au point qu'il y devient parfois difficile de distinguer la vérité de l'élucubration et l'illusion du fantastique… le récit se démarque par une construction particulièrement ingénieuse : on y découvre d'abord les mémoires d'Alfred Borden, avant d'enchaîner sur le journal intime de Rupert Angier (ses deux récits étant entrecoupés de passages fort intrigants se situant au début du XXIe siècle et mettant en scène leurs descendants respectifs). Les récits des deux magiciens se complètent, se contredisent, s'éclairent et s'obscurcissent l'un l'autre, créant ainsi une suspense grandissante qui trouve sa conclusion dans un final de haute volée. Quand l'histoire prend fin et que le Prestige nous est enfin révélé, bien des zones d'ombre persistent… Mais où serait le plaisir d'un tour de magie, si tout nous était dévoilé ?
(Petit aparté sur l'adaptation au cinéma de Christopher Nolan : le cinéaste ayant pris de très nombreuses libertés par rapport au roman, les deux peuvent donc être visionnées sans crainte de redite. Personnellement, j'avoue avoir préféré le roman que j'ai trouvé plus subtil, mieux construit et moins enclin au manichéisme. le film n'en est pas moins un divertissement fort réussi que je conseille chaleureusement aux amateurs.)
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
Dionysos89Dionysos89   28 juillet 2013
Une illusion se divise en trois étapes.
Tout d’abord, les préparatifs, qui permettent d’esquisser, de laisser deviner ou d’expliquer la nature de la tentative à venir. Les accessoires sont visibles. Des volontaires appartenant au public participent parfois à ce prélude, au cours duquel le magicien dispense autant de renseignements trompeurs qu’il lui est possible.
L’exécution qui, pour susciter le spectacle de la magie, associe une vie passée à s’entraîner au don inné de comédien du prestidigitateur.
Enfin, la dernière étape, aussi appelée effet ou prestige, qui est le produit de la magie. Si l’illusionniste tire un lapin de son chapeau, l’animal, apparemment dépourvu de toute existence avant l’exécution du tour, peut être qualifié de prestige de ce tour.

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GODONGODON   07 juin 2015
Il avait pris comme nom de scène Ching Ling Foo.
Je n’eus qu’une seule occasion d’assister à son numéro, il y a de cela quelques années, a l’Adelphi Theater de Leicester Square. Le spectacle terminé, je gagnai l’entrée des artistes et envoyai ma carte à Ching, qui sans plus attendre m’invita aimablement dans sa loge. Il s’abstint de parler de ses illusions, mais je ne pouvais détacher le regard de l’objet posé près de lui sur un piédestal — son accessoire le plus célèbre : un grand aquarium sphérique à poissons rouges qui, en semblant surgir du néant, marquait le fantastique apogée de son numéro. Ching me proposa d’examiner le bocal, lequel était des plus normaux. Il renfermait au moins une douzaine de poissons ornementaux, tous vivants, et était empli d’eau. Je cherchai à le soulever, car je savais de quelle manière Ching le faisait apparaitre, et je m’ébahis de son poids.
Mon hôte ne dit mot en me voyant aux prises avec l’aquarium. De toute évidence, il se demandait si je connaissais ou non sa technique et répugnait à donner, même à un collègue, le moindre indice susceptible de la trahir. Quant à moi, j’ignorais comment lui révéler que son secret n’en était en effet plus un pour moi, si bien que je tins également ma langue. Je restai en sa compagnie une quinzaine de minutes, qu’il passa assis, à hocher poliment la tête tandis que je le complimentais. A mon arrivée, il avait déjà troqué son costume de scène contre un pantalon foncé et une chemise bleue à rayures, bien qu’il ne se fût pas encore démaquillé. Quand je me levai pour rendre congé, il quitta sa chaise, devant le miroir, afin de me raccompagner a la porte. Il marchait la tête basse, les bras pendants, en trainant les pieds comme si ses jambes l’avaient énormément fait souffrir.
A présent que des années ont passé et que Ching est mort, je puis dévoiler son secret le plus jalousement gardé, un secret dont, cette nuit-là, j’eus le privilège d’entrevoir l’étendue obsessionnelle.
Le célèbre aquarium se trouvait sur scène durant tout le spectacle, prêt à sa soudaine et mystérieuse apparition, habilement dissimulé au public. Ching le portait sous l’ample robe de mandarin qu’il affectionnait, coincé entre les genoux, jusqu’à sa sensationnelle matérialisation - véritable miracle, eût-on dit - à la fin du numéro. Aucun spectateur ne parvint jamais à deviner comment il réalisait ce tour, bien qu’il eût suffi d’un instant de réflexion logique pour percer le mystère.
Mais la logique se trouvait en conflit magique avec elle-même! Le seul endroit où il était possible à Ching de cacher le lourd aquarium était l’intérieur de sa robe, et il était logiquement impossible qu’il l’y mît. Il semblait évident à tout un chacun que Ching Ling Foo, le frêle Chinois, accomplissait son numéro d’une démarche trainante, douloureuse. Lorsqu’il faisait la révérence, pour conclure, il s’appuyait sur son assistante, laquelle le soutenait ensuite tandis qu’il sortait de scène en clopinant.
La réalité était totalement différente. Ching était un homme vigoureux d’une grande force physique,
et porter l’aquarium de cette manière lui était tout à fait possible. Cela dit, la taille et la forme du bocal le contraignaient à traîner les pieds tel un mandarin, mettant son secret en péril, car l’attention se concentrait alors sur sa manière de se déplacer. Donc, pour préserver le mystère, il traina les pieds sa vie durant. Jamais, à aucun moment, chez lui ou dans la rue, de jour ou de nuit, il n’adopta une démarche normale, de crainte que son secret ne fût dévoilé. Telle est la nature de celui qui joue le rôle du sorcier.
Le public sait bien qu’un magicien pratique ses tours des années durant, qu’il répète avec soin chaque numéro, mais peu de gens ont conscience de l’étendue du désir de tromper qu’entretient l’illusionniste : l’apparente contradiction qu’il apporte aux lois de la nature devient une obsession qui gouverne chaque instant de sa vie.
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Jasp3rJasp3r   12 novembre 2010
Chaque tour de magie comporte trois parties ou acte :
La première s'appelle la promesse : le magicien vous présente quelque chose d'ordinaire, un jeu de carte, un oiseau ou un homme. Il vous le présente, peut-être même vous invite t'il à l'examiner afin que vous constatiez qu'il est en effet réel, oui, intact, normal. Mais il est bien entendu loin de l'être…

Le deuxième acte s'apelle le tour : le magicien utilise cette chose ordinaire pour lui faire accomplir quelque chose d'extraordinaire. Alors vous chezchez le secret, mais vous ne le trouvez pas parce que, bien entendu, vous ne regardez pas attentivement, vous n'avez pas vraiment envie de savoir, vous avez envie d'être dupé. Mais vous ne pouvez vous résoudre à applaudir parce que faire disparaître qqchose est insuffisant, encore faut-il le faire revenir.

C'est pourquoi pour chaque tour de magie il existe un troisième acte, le plus difficile, celui que l'on nomme, le prestige...

Le Prestige (Christopher Priest)
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Dionysos89Dionysos89   22 août 2013
Maintenant qu’elle s’agitait moins, il me devenait possible de la considérer avec davantage d’objectivité : c’était une femme non dénuée de charme, à peu près de mon âge. De toute évidence, elle aimait boire et en avait l’habitude. Cela m’a suffit pour me sentir en terrain connu.

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RosenDeroRosenDero   21 décembre 2017
J'envisage de me tuer. Si les pages suivantes sont vierges, quiconque découvrira ce journal saura que j'ai réussi.
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