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ISBN : 275786338X
Éditeur : Points (08/06/2017)

Note moyenne : 3.94/5 (sur 61 notes)
Résumé :
Depuis dix ans, Philippe Pujol, prix Albert-Londres 2014, plonge chaque jour dans un entrelacs d’HLM immondes, de crimes répétitifs, de drogues trafiquées, de règlements de comptes, de favoritisme et surtout d’humanité piétinée. Personne ne peut sortir de ces zones, dont les enfants ne connaissent même pas la mer. Personne ne veut y entrer. D’une délinquance à l’autre, à chaque nouvelle strate de popu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
nadiouchka
  18 juin 2016
Philippe Pujol a effectué dix ans d'immersion dans les quartiers dits « Nord » de Marseille pour écrire LA FABRIQUE DU MONSTRE.
C'est sa ville d'origine et c'est la ville où je vis, autant dire qu'il fallait absolument que je lise ce livre.
De plus, on connaît sa réputation de journaliste comme ayant fait partie de l'ex-Marseillaise et aussi pour son prix Albert Londres obtenu en 2014 pour toute une série d'articles.
L'auteur nous raconte ici en grande partie, la misère et la délinquance.
A coups de renseignements donnant les noms des personnages haut-placés avec leurs « magouilles », il explique par des détails très fournis (chiffres à l'appui) toutes les exactions commises au vu et au su de tout le monde.
La première partie du livre est consacrée aux délinquants, petits voyous, au milieu de la drogue tant de fois recoupée et même avec de l'huile de vidange…
Il nous dresse le portrait de l'un d'entre eux, Mouloud qui préfère se faire appeler Kévin qui ne réussira jamais son bac sauf celui de bac + 7 ce qui signifie le nombre d'interpellations subies.
Il continue avec d'autres personnages tout aussi pittoresques que malchanceux et miséreux. Ils ne doivent leur survie que grâce aux larcins qu'ils commettent.
Il est impossible de tout résumer tellement les exemples sont nombreux.
La deuxième partie du livre est consacrée aux personnes politiques de Marseille et l'auteur est excellent car il ne craint rien ni personne en dénonçant, avec force détails toutes les combines utilisées autant par le maire Jean-Claude Gaudin, surnommé Dieu le maire car il règne sur la ville depuis longtemps et a réussi l'exploit de cumuler 120 mandats à l'âge de 76 ans…que par les autres administrés.
Philippe Pujol dénonce tous les trafics d'influence entre les uns et les autres.
La façon de gouverner du maire relève du « peuchérisme » ce qui signifie que dans cette ville rien n'est facile.
Il y règne également un important problème de clientélisme : associatif, communautaire, locatif, à l'emploi, éducatif, syndical, immobilier, entre autres.
On y voit comment Marseille subit une corruption insensée qui s'insinue dans tous les milieux.
Mais l'auteur ne s'attaque pas seulement au maire (il dit d'ailleurs qu'il s'est montré gentil envers lui). Il énumère aussi de nombreux autres personnages politiques, entre autre Sylvie Andrieux condamnée pour détournement de fonds publics en 2013.
Il parle également de Jean-Noël Guérini et de tant d'autres qui ont réussi leur ascension sociale grâce à de nombreux trafics. Il note que sa manoeuvre principale se résume à : clientélisme, affairisme, banditisme, ce qu'il a trouvé dans le quartier bien connu du Panier.
Il parle, évidemment aussi, du FN qui a bénéficié de certains règlements de comptes entre tous ces personnages.
Mais peut-être parce que je suis marseillaise et peut-être aussi parce que je cherche à relativiser, Marseille, ce n'est pas que ça. Les habitants s'insurgent facilement quand on montre notre ville du doigt. Elle connait les mêmes problèmes que d'autres grandes villes.
LA FABRIQUE DU MONSTRE, avec son pire et son meilleur, a reçu un très bon accueil dans les cités (qui, soit dit en passant, ont été mal nommées comme quartiers Nord car elles sont intégrées dans la ville elle-même).
Mais ce qui est dommage c'est que la ville ne connait pas suffisamment d'efforts pour un développement culturel. Il y a bien eu le MUCEM et puis, il ne faut surtout pas oublier le Stade Vélodrome (construit deux fois sous le règle de Jean-Claude Gaudin : un exploit !). le football à Marseille c'est un peu comme une religion avec l'OM.
Dans son interview, Philippe Pujol a dit qu'il n'écrira plus sur Marseille car il en a tellement dévoilé qu'il ne ferait que se répéter.
Heureusement qu'il y a encore de bonnes initiatives et des réhabilitations
La ville est sincère et en a assez d'être montrée du doigt dès qu'il y a un fait divers. En principe il s'agit de règlement de comptes entre des bandes touchant au milieu de la drogue.
Il faut croire que les médias jugent Marseille comme « spéciale » alors qu'elle sait rester cosmopolite et où l'intégration des immigrés se passe sans heurts. C'est tout naturel et les gens se parlent.
A noter la couverture : une petite fille au milieu d'ordures et près d'une voiture calcinée.
A lire également du même auteur FRENCH DECONNECTION et QUARTIERS SHIT.

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kuroineko
  11 avril 2018
Jusqu'à présent, les quartiers Nord de Marseille n'évoquaient en moi que les annonces sporadiques de morts par règlement de compte que j'entendais sur France Info.
Le récit journalistique de Philippe Pujol m'a été recommandé par mon libraire et je ne regrette pas d'avoir suivi - une fois de plus - son avis. Même s'il me faut admettre que la lecture en a été éprouvante. C'est pourquoi je l'ai lu en faisant des pauses, histoire de ne pas me saborder complètement le moral. Je ne regrette pourtant pas car aussi perturbant soit-il, ce documentaire est également éclairant sur les dysfonctionnements structurels d'une société en difficulté. Car ce qui est valable à Marseille, avec des caractéristiques intrinsèques, se retrouve dans d'autres cités confrontés aux problèmes sociaux, économiques, sécuritaires et politiques.
D'origine corse, l'auteur a grandi à Marseille, a passé de nombreuses années aux faits divers de son journal et a côtoyé pour ses enquêtes petits dealers, malfrats, caïds, leurs familles et certains membres d'une caste politicienne singulière. Il connaît et maîtrise donc son sujet, ce qui se ressent à chaque chapitre.
Il ne se contente pas de dénoncer les problèmes évidents de délinquance. Sans juger ni légitimer, il donne le contexte, cite des cas individuels. Il y a de quoi être plombé devant ces gamins qui vendent (et consomment) un shit mélangé à de l'huile de vidange, devant des petiots de moins de dix ans partir à la quête aux cafards dans leur immeuble pour les revendre 5 centimes la bestiole, devant la détresse et le désespoir d'une mère dont son fils puis son mari ont été troués de balles et qui doit désormais se débrouiller entre sa tristesse et les autres gamins à élever et à empêcher de s'embrancher vers le même destin.
Il y a aussi ces éducateurs qui font ce qu'ils peuvent pour aider et faire sortir cette jeunesse déliquescente de son apathie résignée à n'être rien sinon de la chair à caïds.
Dans une seconde partie, Philippe Pujol aborde la "gestion" politique de Marseille avec Gaudin et compagnie. Clientélisme, passe-droits, corruptions, alliances contre nature en terme de politique, etc, les élus de la ville - maires, députés, sénateurs, conseillers, etc - ne reculent devant pas grand chose pour assoir leur pouvoir. Quitte à s'entendre avec des bandes plus ou moins mafieuses pour toujours plus de crédits. Quant à la gestion de l'argent public, c'est une aberration systémique. Sans être marseillaise ni du Sud, nombre de noms de famille de politiciens paraissent dans les médias généralement accolés à des accusations de corruption, malversations, abus de fonds publics, ... Marseille n'est pas la seule ville à souffrir de ce genre de méfaits, mais tels que décrits par le journaliste, on ressort avec le sentiment que tous se cristallisent pour que le système ne changent surtout pas! Et pendant ce temps, les fossés d'inégalités se creusent toujours plus.
Bref un récit peut réjouissant et qui ne s'achève pas puisque délinquance et jeux politico-financiers ne s'arrêtent jamais. Mais que je recommande pour appréhender une partie de notre société et de ses dérives.
Néanmoins même à travers des histoires personnelles sordides, éhontées ou malheureuses, l'auteur fait part de la puissance des Marseillais à se parler et à rendre, en dépit de tout ce noir, sa beauté à la cité phocéenne.
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KateMoore
  16 mai 2016
Dans son livre, Philippe Pujol démythifie Marseille pour parler des vrais problèmes de cette ville que l'on a tendance à mettre sous le tapis comme de la vulgaire poussière.
Oui, une partie de la population marseillaise souffre. Elle se meurt dans ses quartiers que l'on appellent, fort injustement, les "quartiers nord".
Philippe Pujol le martèle dans ses interviews : Marseille n'est pas Paris. Les cités font partie intégrante de la ville et elles s'étendent du sud au nord. Nous avons toujours vécu les uns avec les autres. Mais plus le temps passe et plus des fossés (économique, culturel, éducation, logement...) se creusent entre les Marseillais.
On ne peut pas parler non plus de Mafia à Marseille : c'est un des nombreux clichés qui court sur la ville. Et puis ça fait des titres "sensationels" dans les journaux !!! Nous ne sommes pas en Italie où l'Etat est complètement défaillant. Dans cette ville, nous avons des élus qui gouvernent à leur façon. Les voyous n'ont jamais essayé de torpiller les politiciens et s'approprier le pouvoir. Philippe Pujol parle plutôt de pègre marseillaise. Celle-ci a évolué dans le temps. Dans les années 70, c'était la French Connection avec comme acteurs : Gaëtan Zampa, Francis le Belge, le juge Michel qui sera assassiné en plein rue, sur sa moto, devant le palais de justice (voir les films French Connection de William Friedkin avec Gene Hackman- 1971, La French de Cédric Jimenez avec Jean Dujardin et Philippe Lellouche- 2014)... : les voyous Marseillais fournissaient l'Amérique en héroïne de premier choix. Aujourd'hui, la pègre a laissé le marché du shit aux cités et elle s'est tournée vers la gestion en sous main (ou le racket) des restaurants, bars PMU (machines à sous, BINGO), boîtes de nuit, la prostitution... La pègre corse tient les mêmes trafics à Aix en Provence.
Qu''est ce qui fait alors la différence entre Marseille et d'autres villes en France, qui arrivent à s'en sortir ? Une ville qu'il y'a encore 30-40 ans était dynamique avec un port florissant (le 2ème en Europe, aujourd'hui 7ème), des Marseillais qui avaient un niveau de vie correcte, avec du travail.
"...le rapport (de l'OCDE) souligne que la métropole Aix-Marseille est l'une des plus inégalitaires de France, que ce soit en matière de revenus, d'accès à l'emploi ou d'éducation. Ces inégalités socio-économiques sont très délimitées territorialement. le plus riche et le plus pauvre se côtoient, chacun retranché dans sa forteresse. le taux de chômage des jeunes atteint 50 % dans certains quartiers où plus d'un tiers de la population n'a pas de diplôme... Marseille demeure une ville cosmopolite, mais les politiques freinent les mélanges pour mieux maîtriser les groupes...Il faut dire que pour ceux-là (la presse nationale) Marseille est une aubaine. Une ville tout-en-un. L'impunité des Balkany dans les Hauts-de-Seine est celle de Guérini dans les Bouches-du-Rhône. Les règlements de comptes éparpillés dans la banlieue parisienne se concentrent dans les quartiers tous labellisés "Quartiers nord". le Front national du niveau d'Hénin-Beaumont se retrouve dans les 13e et 14e arrondissements. La désindustrialisation de la région lilloise a son reflet dans le Midi. La bourgeoisie de Bordeaux engraissé au temps des colonies a des cousins dans les quartiers très chics qui longent la Corniche. Les tensions immobilières autour d'Ajaccio se déclinent sur l'aire métropolitaine d'Aix-Marseille...."
Marseille souffre aussi d'une politique née dans les années 30 avec Simon Sabiani (politicien et homme d'affaire, héros de la 1e guerre mondiale, puis collaborateur sous Vichy, devenu socialiste Marseillais) et institutionnalisée par Gaston Deferre : le clientélisme.
"... Allons il faut bien se l'avouer : derrière le maquillage et les liftings, Marseille est une ville défraîchie, abîmée par des systèmes rebattus comme les anecdotes de son maire (Jean-Claude Gaudin). Depuis bientôt cinquante ans, Marseille n'en finit pas d'être en voie de développement. Certains pensent plutôt que la ville n'en finit pas de décliner, comme le montre la paupérisation des quartiers populaires. La création de richesses y est si rare, si faible que ce qui existe n'est redistribué que par la voie du clientélisme partagé en plusieurs vases clos.
Le clientélisme associatif : un réservoir à électeurs qu'il ne reste qu'à vider une fois les élections passées.
Le clientélisme communautaire : la persistance artificielle d'un phénomène tendant à se dissoudre dans la capacité réelle et naturelle de Marseille à intégrer ses immigrés.
Le clientélisme locatif : la répartition des habitants dans la ville en fonction du piston et son corollaire, la fabrique des ghettos, leur ségrégation et leurs tensions.
Le clientélisme à l'emploi : ou comment entretenir l'inégalité et abîmer vue comme un déclassement à combattre.
Le clientélisme éducatif : machine à ghetto scolaire, source de la galère.
Le clientélisme syndical : Force Ouvrière fournissant des fonctionnaires formatés au burlesque administratif.
Le clientélisme immobilier : vente d'une ville à la découpe sans cohérence urbanistique. Des infrastructures vitales insuffisantes : maisons de retraite, crèches, réseaux routiers. Des transports en commun presque inexistants... Et ce clientélisme,... ne bénéficie qu'à ceux qui sont en place et intégrés depuis suffisamment longtemps pour pouvoir rendre quelque chose en retour. Pour ceux-là, il faut que rien ne bouge. Leur survie est en jeu...
Les Marseillais ne sont jamais mieux asservis que par eux-mêmes.
Marseille est dévorée par une corruption vorace..."
Dans tous les cas, si vous voulez comprendre cette ville, "que l'on aime ou que l'on déteste", jamais de juste milieu avec les Marseillais, lisez le livre de Philippe Pujol. Il a fait un travail journalistique remarquable, allant aux contacts des gens, de la misère, essayant de comprendre la complexité de cette ville. C'est un vrai travail de journaliste d'investigation étalé sur une dizaine d'année. On est loin des clichés qui réduit Marseille à de simples règlements de compte qui font l'ouverture des journaux télévisés de 20 heures.
Il a aussi été récompensé par le Prix Albert-Londres en 2014 pour la série d'articles "Quartiers shit" publiés dans le quotidien La Marseillaise.
Et je laisserai le mot de la fin à l'auteur lui-même (c'est aussi la dernière phrase du livre) : "Cette ville n'est tout simplement que l'illustration visible des malfaçons de la République française."

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Chouchane
  24 mars 2016
Une plongée hypnotique au coeur des entrailles d'un Marseille pourri. Je dirais, moi qui suis marseillaise des quartiers nord, marseillais à l'âme sensible s'abstenir. L'enquête de Pujol qui a duré 10 ans est un monument du genre, elle offre un portrait complet et compréhensible d'un système nauséabond. J'en sors lessivée, déprimée mais avec le minuscule espoir que ce livre fera peut-être bouger les lignes.
Ça démarre très fort dans les cités du nord peuplées de mains noires - ces minots sans cervelle (au sens propre) qui coupent le shit avec de l'huile de vidange et du valium pour vaches et… le fument – de dealers, de gros voyous, d'ados tueurs, d'ados tués, de mères éplorées, de pères déboussolés. Pour beaucoup de jeunes la meilleure perspective c'est les Baumettes (la prison de Marseille), la pire le cimetière. Dans tous les cas, illettrés ou analphabètes, un véritable échec de l'école de la République.
Quand on termine de cette première partie on pense avoir fait le plus gros. Que Nenni ! le meilleur est toujours pour la fin. On rentre dans la partie la plus noire de l'affaire, le politique. Un voyou c'est un voyou, on sait tous ce que c'est ! Mais un politique-racaille c'est plus compliqué à comprendre. A Marseille, droite et gauche ne veulent définitivement, résolument, absolument rien dire ! Et Pujol fait le constat que les marseillais dégoutés et devenus politiquement apathiques votent de moins en moins et ça fait l'affaire des mêmes : les politiques qui arrosent de subvention leurs protégés (associations de foot, écoles privées, fondations diverses…) qui eux vont voter pour leur protecteur. La boucle est bouclée, on fait sa soupe entre amis, on se protège, on s'achète à coup de subventions et on augmente les impôts locaux ! Sans oublier les entreprises du BTP qui se servent sur la bête à coup de travaux plus ou moins foireux qu'il faut refaire chaque année « Marseille est un gruyère » dit Pujol tant il y a des chantiers partout. Sans oublier les relations entre anciens tolards devenus patrons de très chic restaurants et toujours en excellentes relations avec la pègre et la politique. Sans oublier les affaires qui minent la politique dont les plus emblématiques concernent Sylvie Andrieux (PS ) mais « nièce spirituelle » de Gaudin (UMP), Jean Noël Guérini exclu du PS pour détournement de fonds publics et soutenu aux élections municipales par la droite .Sans oublier les liens familiaux comme ceux, par exemple, entre Samia Ghali (PS) et Nora Préziosi (UMP) laquelle a perdu deux neveux dans des règlements de compte. Sur le trône de ce royaume, le maire Jean-Claude Gaudin dont l'entrisme et l'expérience politique autorisent toutes les dérives pour se maintenir au pouvoir. Au fond, le ciel n'est pas si bleu que ça à Marseille. le meilleur Pujol nous le réserve dans les derniers chapitres, ceux consacrés au FN et là on croit être revenu au temps de Rivarol, l'extrême-droite marseillaise s'enracine dans des partis fascistes et dans l'OAS (organisation armée secrète pour l'Algérie Française). Même Guy Tessier placé par Gaudin à la tête de la communauté urbaine est issu d'un mouvement néofasciste à croix celtique le Parti des Forces Nouvelles scission d'Ordre Nouveau. Bref, ce que nous disent ces 315 pages c'est que Marseille est dévorée par la corruption, un communautarisme entretenu et... ce n'est pas demain que ça va changer. Il parait que vivre libre, il faut vivre les yeux ouverts, voilà les miens le sont !
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isabellelemest
  17 juin 2018
Chacun croit connaître Marseille, cosmopolite, jeune, carrefour des civilisations, méditerranéenne, son folklore, son brassage de populations, sa délinquance…
Philippe Pujol a beaucoup enquêté sur ce thème, ayant travaillé à la rubrique « Faits divers » de l'ex-quotidien La Marseillaise. Couronné par le prix Albert Londres pour son reportage sur les « Quartiers shit », il reprend ici la description minutieuse de la criminalité liée aux trafics dans les fameux « quartiers nord » où les morts violentes se multiplient pas centaines, et où les règlements de comptes entre malfrats éphémères scandent la vie des cités placées sous le signe de la misère.
Mais il y a plusieurs facettes à cette délinquance et il serait trop simple de la limiter à ces portraits fouillés de jeunes caïds à la trajectoire météorique, s'imposant par la violence et finissant avec elle.
Il reste à évoquer tout le système politico -affairiste où l'on se soucie moins des étiquettes partisanes que des relations et combines utiles et des « arrangements » en tout genre, sans parler du filon juteux de l'immobilier et du bétonnage. Et l'auteur d'affirmer qu'il n'y a plus de mafia à Marseille… « sauf dans le domaine de la drogue » (p. 239), une correction de taille.
Fin connaisseur de sa ville dont il semble décrypter les arcanes affairistes ou criminelles complexes, l'auteur se montre beaucoup plus précis et disert sur les petits piranhas des cités, adeptes du « tout, tout de suite » et sur leur destin de récidivistes hyper-violents, que sur les gros requins qui naviguent dans les eaux troubles du Vieux port. Certes tout est évoqué, mais plus par allusions voilées, et les politiques en place sont à peine égratignés par des indications au second ou au troisième degré opportunément confuses. Il est vrai qu'il est plus risqué de dévoiler crûment le système établi à Marseille que de décrire l'exclusion sociale génératrice de violence des cités de relégation.
Une vision sombre des aspects les moins reluisants du grand port méditerranéen, que P. Pujol dépeint ici avec une lucidité pessimiste.
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Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
kuroinekokuroineko   11 avril 2018
À Marseille, pour expliquer ou clore bien des choses, on utilise deux ou trois phrases cultes. D'abord :《Ah... Mais c'est compliqué...》et《M'en bats les couilles...》, deux bons moyens de supporter les incohérences du quotidien. La dernière expression -《Y a pas d'arrangement!》- est une antiphrase d'une virilité naïve. Car à Marseille, il n'y a que des arrangements. À Marseille, tout se décide dans la fumée et autour de la table dun de ces innombrables cercles d'affaires, sportif, festif ou spirituel, cercles fermés où l'on se coopte à coups de droits d'entrée, d'hérédité et de consanguinité. Cercles où l'on se parle franchement, où l'on picole, baise, joue aux boules, mange des aïolis, des bouillabaisses et où l'on se rend des services en toute sincérité, son propre intérêt en ligne de mire. On y cultive aussi le respect des incapables, le triomphe des médiocres et de tous les serviles qui ne gêneront jamais ceux qui ont façonné leur carrière. Ces réseaux, entremêlés ou juxtaposés, nourrissent le cynisme du politique.
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ChouchaneChouchane   28 mars 2016
"On est dans une société ou tout passe par le classement. Or, ces jeunes-là sont derniers partout. Quand ils passent à l'acte, ils ont l'impression d'être dans une trajectoire de réussite" observe Sofiane Majeri, animateur emploi (...) le plus grand handicap vient du ghetto scolaire. Dans un même établissement s'accumulent les élèves concentrant les plus grandes difficultés scolaires et familiales. Tout simplement parce que les parents qui ont l'espoir en l'école et qui en ont les moyens financiers placent leurs enfants dans d'autres écoles, en contournant la carte scolaire, ou en les inscrivant dans l'enseignement privé qui bénéficie à Marseille, des largesses du Maire, Jean-Claude Gaudin. Celui-là on ne l'aperçoit dans les quartiers nord que lorsqu'il s'agit de couper de rares rubans.
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ChouchaneChouchane   28 mars 2016
L'exploitation de la misère par la misère, si elle n'est pas morale, est bien réelle (...). J'ai pu le constater un jour en suivant une patrouille de police.
Pour se protéger du vent pendant les jours les plus froids de février, trois sans-papier louaient à un homme une voiture épave stationnée dans un coin sombre de la rue d'Amiens, au cœur du quartier Saint-Lazare. Et pour se rembourser, voire gagner un peu d'argent, les trois SDF, originaires de pays du Maghreb, négociait la vente de l'épave avec une famille de Roumains - le père, la mère, leur fils de bientôt 10 ans - eux qui n'en pouvaient plus de passer leurs nuits sous les ponts.
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nadiouchkanadiouchka   19 juin 2016
A bientôt 14 ans, Kevin est un BAC + 7, et il n’en est pas peu fier. Sept interpellations par des brigades anti-criminalité, des BAC, suivies de sept gardes à vue, ont fait de lui un « mec » respecté dans la cité.
P.31
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kuroinekokuroineko   11 avril 2018
Si l'on n'a rien à défendre, si l'on n'est le client de rien, ni recommandation, ni patronage, ni soutien, ni cooptation, ni faveur, ni intervention, ni protection, ni combine, ni piston, ni aide, ni appui, rien, aucune accointance avec personne, pas le moindre début de relation pour espérer simplement travailler et se loger, si l'on n'a aucun privilège à défendre, même minable,  on se sent insignifiant. On s'indigne de ne pas bénéficier des avantages octroyés aux autres. Pourquoi pas moi? On ne veut pas vraiment l'égalité, on veut sa part. On en souffre parfois à en faire des incantations, à offrir son désespoir au Front national qui trouve là son propre intérêt. À Marseille, le FN se constitue à partir de fragments de cadavres : celui, encore chaud, de la guerre d'Algérie lui tiendra lieu de coeur, le fantôme antisémite et des lambeaux d'islamophobie feront office de système nerveux.
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Videos de Philippe Pujol (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Philippe Pujol
Philippe Pujol au Forum Anti-Haine du 3 mai 2017.
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