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EAN : 9791030416930
128 pages
Allia (06/01/2023)
3.66/5   19 notes
Résumé :
Contraint de quitter Beyrouth-Ouest dans un pays déchiré par la guerre civile, un adolescent s'installe avec sa mère et sa soeur dans un bungalow exigu d'une station balnéaire. Dans le temps suspendu de la guerre, tout devient irréel. Les Blocs, la plage, les piscines, le béton... Décor obsédant d'un paradis amer, désert l'hiver, grouillant l'été. Dans ce réel insaisissable, les amitiés, les fugues et les premiers émois restent possibles.

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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Un quotidien de guerre dans son déguisement de paix, une dureté sans nom dans son emballage de rire tragique : d'une station balnéaire libanaise au nord de Beyrouth, refuge de ses 13-17 ans, Oliver Rohe extrait une expérience poétique à haute intensité.

Sur le blog Charybde 27 : https://charybde2.wordpress.com/2024/02/21/note-de-lecture-chant-balneaire-oliver-rohe/

Beyrouth, 1985. La guerre civile, trois ans après l'intervention israélienne et l'élimination des réfugiés palestiniens comme force politique locale, n'est plus du tout larvée comme elle avait pu l'être quelques années auparavant (même si elle dure déjà depuis dix ans, à présent), et change désormais nettement de nature et d'intensité. Chassés par les combats (et par la multiplication des prises d'otages occidentaux, les spécificités du droit civil libanais les classant comme des Allemands) de leur maison de Beyrouth Ouest : le jeune narrateur et ses treize ans, sa mère, sa soeur. Leur refuge : une station balnéaire à une vingtaine kilomètres au nord de la capitale libanaise, près de Jounieh, dans ce qui constitue déjà de facto le « réduit chrétien ». Là, en l'espace de quelques années d'un extraordinaire « no man's land », littéralement coincé entre paix souvent apparente et guerre pourtant omniprésente, un adolescent, tout travaillé de désirs, d'envies et de questionnements obligatoirement bizarres aux yeux du monde, s'éveille hors de tout contexte « normal », et y crée un formidable quotidien matériel, public comme secret, réel comme fantasmé, irrigué d'une poésie fort peu commune.

Publié en 2023 chez Allia, le quatrième roman d'Oliver Rohe aura (de l'aveu de l'auteur) mis presque vingt ans pour transformer le souvenir personnel de ses cinq dernières années au Liban, entre 1985 et 1990, de ses treize à ses dix-sept ans, en un texte hors normes, travaillé d'une langue rare et résolument inclassable, construit comme une expérience poétique d'une folle intensité – alors même qu'elle s'inscrit dans une litanie de jours nourris de soucis ordinaires – dans un environnement extraordinaire. Pour la première fois, la guerre civile libanaise qui hantait en sous-main les magnifiques « Défaut d'origine » (2003) ou « Terrain vague » (2005) y est directement nommée – et ô combien « traitée » -, mais la gouaille superbement à contre-emploi immédiat qui irriguait « Ma dernière création est un piège à taupes » (2012) ou bien « À fendre le coeur le plus dur » (2015), écrit en collaboration avec Jérôme Ferrari, ne sera ici jamais bien loin.

Pour parvenir à relater l'expérience étrangère (à l'époque, entre les diverses langues arabes et françaises utilisées sur place, sans même parler de l'allemand, de l'anglais ou de l'arménien, comme vis-à-vis de l'enfant que fut là-bas l'auteur) inscrite dans cet espace flottant en diable, Oliver Rohe a su convoquer avec une extrême malice l'imaginaire balnéaire et son jeu des saisons (exploré dans un tout autre registre par le Sylvain Coher de « Hors saison » en 2002). Il a surtout su trouver et construire la langue adéquate pour ce compte-rendu qui ne peut pas en être un, langue soigneusement bizarre, langue qui parvient à rendre compte au plus fin et au plus innocent de la cohabitation du fait militaire et du fait civil, langue qui évoquera par moments le forçage de la féérie dans le désarroi à la manière d'un « Grand Meaulnes » totalement transfiguré, langue mobile, simultanément pudique et crue, langue qui transforme le réel et manipule comme il se doit les intensités mémorielles différenciées de ce qui fut jadis, langue enfin qui ne laisse jamais retomber sa visée esthétique, narrative et poétique – de l'au-delà du simple vécu si difficilement dicible.

On se délectera tout particulièrement (ici) de l'entretien de l'auteur avec Marie Richeux, sur France Culture, dans son émission « Par les temps qui courent » du 5 avril 2023.
Lien : https://charybde2.wordpress...
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On suit dans ce récit la guerre du Liban, vécue au quotidien par un jeune garçon. le narrateur a 13 ans quand avec sa mère et sa soeur ils fuient Beyrouth-Ouest pour se réfugier dans une station balnéaire à l'Est. C'est l'automne, la station est déserte.
L'auteur, allemand par son père, libanais par sa mère, se remémore ce passé traumatisant pour écrire ce "chant" épique et douloureux au présent et en suivant l'ordre chronologique. Adolescent, il déteste l'école, aime le foot, se bagarre et fréquente de mauvais garçons, ne pense qu'à la sexualité qu'il découvre. Ado ordinaire mais il y a la guerre. Avec elle la misère : sa mère, issue d'une riche famille libanaise, a tout perdu et vend petit à petit le peu qui lui reste pour vivre. En l'absence d'un père, ses modèles masculins sont les miliciens qui gardent la station : tantôt ils protègent, préviennent les bombardements, tantôt ils humilient. Ils ont le pouvoir des armes.
Quand cette enclave chrétienne est bombardée, la famille se terre dans la voiture au parking. Un jour, le jeune homme, de retour du lycée, risque d'être arrêté ou tué aux frontières qui se déplacent au gré des heurts entre phalangistes.
La tension s'accroît, la violence se traduit par une mise en page proche de la poésie avec des phrases courtes et un vocabulaire heurté.
L'auteur avait déjà évoqué la guerre civile libanaise dans le roman précédent mais celui-ci est plus autobiographique et libérateur sans doute.
A lire absolument.
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C'est un livre bizarre. Il pourrait être très bien. le Liban des années 80 est un setting idéal pour une bonne histoire.
Mais qu'est-ce qu'on trouve dans ce livre ?
Pas d'intrigue, pas de bonne description psy, pas d'explication de la situation au Liban, pas d'idée philo ou politique, pas d'humour ou presque.
On trouve une certaine atmosphère, ouai, c'est vrai, un peu.. C'est tout. c'est triste.
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Un récit sur la vie quotidienne d'un ado et de son entourage pendant la guerre du Liban qui m'a souvent glacé mais que je n'ai pas laché tant l'écriture, poétique, est belle, singulière. Une écriture blanche qui exprime avec justesse les sentiments du narrateur.
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critiques presse (2)
LePoint
06 février 2023
Dans Chant balnéaire, l’écrivain aux origines arménienne, allemande et libanaise élève l’ordinaire et le prosaïque de la guerre au rang de l’épopée.
Lire la critique sur le site : LePoint
LesInrocks
03 février 2023
Dans Chant balnéaire, Oliver Rohe se souvient du Liban où il a grandi et met en scène une situation où la violence contamine les relations humaines.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Citations et extraits (4) Ajouter une citation
J’arrive à la station balnéaire.
C’est l’automne.
Le vent arrive de la mer.
Personne dans les allées.
Les piscines sont vides.
Les terrains crevés d’herbes folles.
Les blocs de bungalow sur le chemin sont vacants, désertés du spectre de leurs anciens occupants, revenus dans leur béton d’origine.
Les structures de loisirs sont vaines.
La station balnéaire est plus morte à l’automne que Beyrouth Ouest un jour de combats.

Je ne sors pas du réduit. Il sent la corruption marine et l’insecticide. Rien ne bouge à travers la baie vitrée. Rien que des lambeaux de nuages blancs et des feuilles de palmiers. Je ne veux pas aller dehors. Je ne veux pas consentir à la station balnéaire plus morte à l’automne que Beyrouth Ouest un dimanche de combats.
Je m’enlise dans la chauffeuse tandis que ma mère et ma sœur ne cessent de bouger.
Ma mère partie en chasse me trouve une place dans une école de la région. Il ne faut pas perdre une année scolaire de plus.
Je suis d’une immobilité invincible. Mes yeux sont rivés sur la bonde de la salle de bains. À travers le ballet incessant de leurs jambes. Près de la bonde, dans le giron du trou, je reste au contact de voies souterraines qui me relient à notre ancien appartement. À celui que je suis chargé d’éliminer si je veux un jour aller dehors, me jeter dans les équipements dépeuplés de la station balnéaire.
Une école catholique, sur une colline de conifères, afin de ne pas manquer une année scolaire de plus.
Se représenter la perte d’une année scolaire de plus demande un sens de la durée et une capacité de projection dans l’avenir dont je suis complètement dépourvu.
Je n’ai pas l’intelligence du temps.
La guerre m’a libéré des horloges.
C’est à une liquidation qu’appelle la station balnéaire et il est trop tôt pour passer à l’acte.
La liquidation de soi.
Dans l’attente que l’acte ne vienne jamais je regarde la bonde, je parle à la bonde.
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Le grondement arrive dans le bungalow.
Le sol tremble et me contamine.
Un grondement chronique, profond, à peine amorti par la distance qui nous sépare de l’autoroute.
C’est la douleur ancestrale du goudron écrasé par les chars.
Les deux se réveillent dans un même halètement barbare. Leurs jambes nues se détachent à cause des vibrations dans le sol. Elles se lèvent et s’habillent sans méthode, à toute vitesse, quand les chars sont lents et réfléchis.
À travers la baie vitrée l’herbe bouge, les palmiers bougent, les végétaux sont contaminés.
La douleur poursuit son essor dans le goudron, les chars sont suivis de dizaines d’autres chars, c’est un cortège de chenilles invincibles, une procession de tanks qui s’étire sous la grisaille, qui retentit jusque dans les piscines vides.
J’échange un regard complice avec la salle de bains.
La ville arrive au rythme lent d’un jour de combats, elle vient racheter les structures vaines et les équipements de crachat.
C’est notre première sortie commune.
Nous courons tous les trois dans les couloirs du Bloc A. Joseph est dans un uniforme kaki qui exagère la quantité de ses cuisses dans des proportions phénoménales. Il se tient les bras croisés devant l’ascenseur. La croix biseautée autour de son cou repose sur un bûcher de poils noirs.
Il assure à la poignée d’inconnus sur le point de dégringoler au parking que la station balnéaire ne craint rien, que les combats auront lieu à distance, autour de casernes en ville et en montagne, que les rafales entendues dans les parages c’est la joie de nos tankistes allant régler son compte à H.K.,
Elie Hobeika,
félon des phalangistes,
Judas de la cause chrétienne.
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Tout l’attirail de la guerre, les tables, les chaises, les postes de radio et de télévision, les médocs, les bouteilles d’alcool pur, la diarrhée, les hurlements, les jeux de cartes, les conversations légères, tout le folklore est là, pareil à ma station balnéaire et à toutes les stations balnéaires de la côte, pareil à des endroits de la côte où il n’y a pas de stations balnéaires, où les stations balnéaires sont encore à l’état sauvage.
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Le ramassage passe par la vieille route côtière de Jounieh dont la beauté coupe le souffle à l’endroit où elle surplombe les bateaux de plaisance et les navires phalangistes mouillant ensemble dans le port. Les jours de grand vent, quand le vent est plein d’origines, le conducteur roule exprès au ralenti pour me laisser regarder les mâts pris de démence se cogner les uns contre les autres quand les vedettes bougent à peine. Au sortir du paysage portuaire, dès qu’elles sentent le trajet approcher de sa fin, les deux gamines blondes s’enferment à l’arrière dans la langue maternelle. Je les sème toujours sans un mot à l’accueil du Bloc A. L’allemand est une langue qui n’arrive pas à fonctionner en dehors du football.
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Le 5.04.2023, Oliver Rohe était l'invité de Marie Richeux dans “Par les temps qui courent” (France Culture), pour évoquer “Chant balnéaire”.
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