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EAN : 9782714497918
192 pages
Belfond (18/08/2022)
3.28/5   57 notes
Résumé :
Six mois après la naissance de son deuxième enfant, une jeune femme est admise en maison de repos au bord d'un lac de montagne. En retournant skier seule pour la première fois depuis longtemps, elle rencontre un homme qui va réveiller son corps.
Dans une langue poétique et crue, Les chairs impatientes racontent un certain désir féminin dévorant qui ne veut plus renoncer à rien et peut tout renverser sur son passage : famille aimante, réputation, carrière.
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Critiques, Analyses et Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
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Emportée par la puissance du désir
Dans un premier roman incandescent Marion Roucheux confronte une femme qui, au sortir d'une dépression, va être prise dans le tourbillon de la passion. Une expérience qui va remettre en cause une vie bien rangée jusque-là.

Lorsque s'ouvre ce roman d'une sensibilité rare, la narratrice est dans un centre de soins des Alpes où elle se laisse porter, «comme une enfant indolente, ne décidant de rien, à l'abri dans ce cocon de neige, la montagne pour seul horizon.» Si elle a choisi de se débarrasser de ses «vêtements trop encombrants de femme, d'épouse, de mère et de médecin (...) pour redevenir une plus petite version d'elle-même», c'est qu'à la suite d'une seconde grossesse, elle a été victime d'une profonde dépression, loin d'un simple baby-blues. «La machine s'est déréglée, la petite mécanique de mon quotidien a vacillé, sans douceur, une déflagration soudaine et le grand basculement» quand Antoine son mari la trouve le regard perdu, son enfant dans les bras sur le rebord la fenêtre, quatre étages au-dessus du vide.
Ouvrons ici une parenthèse pour dire que Marion Roucheux a créé Les louves, un ensemble de prestations pour accompagner la maternité et notamment des cercles de parole et d'écriture.
La cure va lui être bénéfique. Elle va lui permettre de se reconstruire tant physiquement que moralement. Elle va même jusqu'à rechausser des skis, ce qui ne lui était plus arrivé depuis l'enfance. Après une chute, elle va être secourue par un homme très prévenant. Plus qu'une rencontre, ce sera pour elle comme une déflagration. Dans ses bras, elle découvre qu'il existe d'autres possibles. «Un espace où je ne m'occuperais que de moi, où je n'aurais à prendre soin ni de ma famille ni de mes patients, où mon corps et ses impulsions régneraient en maîtres absolus.»
Alors, elle s'abandonne, se donne. Jouit. Elle se soumet à la puissance du désir et ne vit plus que pour et par cette envie jamais inassouvie. Quand elle rentre à Paris, elle a construit une double vie, noté un prénom factice sur son téléphone. Elle va chercher par tous les moyens à entretenir son histoire. Un mot de son amant, un souvenir pour accompagner la masturbation. Une heure dégagée dans son agenda puis un jour durant lequel elle ne sortira pas de leur chambre d'hôtel.
«Mon secret souterrain grandit, creuse ses galeries, fragilise ma carcasse, dévore tout et m'éloigne jour après jour de qui je suis, de celle que j'étais, il fait de moi une autre, tout a changé et je suis la seule à le savoir.»
Avec une économie de mots, Marion Roucheux dit alors la difficulté de mener de front cette double vie, l'impossibilité de faire durer la passion dans le temps, quand les contingences du quotidien rattrapent la belle aventure. Quand la peur commence à gagner du terrain, quand on va jusqu'à se méfier de son ombre. Quand le coup de foudre vire au coup de folie. Restent ces moments forts, cette approche que l'on dira durassienne de l'amant.


Lien : https://collectiondelivres.w..
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Le diagnostic est tombé, impitoyable: “dépression post-partum sévère”, suivi de dix jours d'hospitalisation loin de ses deux enfants et de son mari. Mais le mal est profond et la détresse réelle alors, pour tenter de refaire surface, la narratrice part pour quelques temps en maison de repos au coeur de la montagne. Alors que la monotonie s'est installée, lui permettant de retrouver des repères rassurants, une rencontre va venir tout chambouler, permettant à la jeune femme de renaître à elle-même et lui offrant, peut-être, une porte de sortie, loin de ces rôles de mère et d'épouse devenus oppressants.

Comme d'autres visiblement, j'ai été happée par l'intensité de ce court roman. Lu d'une traite, un soir de forte chaleur, cette voix de femme, qui tente de se libérer du joug dans lequel elle s'est enfermée et cela sans se soucier du qu'en dira-t-on, a su me toucher plus que je n'oserais l'admettre…

A travers l'histoire de cette héroïne victime d'une grave fêlure et qui perd pied, on sent la nécessité absolue de se raccrocher à cette rencontre salvatrice. L'Homme, au contraire du mari, n'est jamais nommé. Toujours désigné par une majuscule et à la troisième personne, tel un dieu, il est celui qui redonne la foi en la vie, le plaisir de rêver et de se projeter à un moment où tout semble mort et la volonté détruite.

Marion Roucheux nous offre un texte extrêmement sensuel, qui décrit avec une justesse rare la souveraineté du désir féminin, la passion brute, mais aussi l'obsession amoureuse et la puissance du fantasme et de l'imagination dans la construction de l'amour. Ici, il est question de lâcher prise, de passion dévorante et qui consume tout sur son passage: les corps, la raison et le désir lui-même. Une passion qui avoisine la folie et révèle la nécessité, parfois, de se perdre pour mieux se retrouver.

Un texte puissant et audacieux, qui parle sans langue de bois de la maternité et de son aspect le moins reluisant puisque pas toujours épanouissante chez certaines femmes… Mais c'est surtout une magnifique ode à la femme et au désir féminin libéré et assumé!
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Un premier roman prometteur, écrit dans un style vif, tendu, essentiel.
Le sujet, et sa narration sans fard, poétique et parfois mystérieuse, peuvent sans doute déranger certains esprits empreints de vieux réflexes machistes et patriarcaux.
Mais cette belle histoire, non dénuée de suspens, ne peut que séduire les femmes, toutes les femmes.
Je les encourage à la lire…. et les hommes aussi !
Une très, très belle découverte !
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Ma première mission, en écrivant cet avis, est d'éviter les phrases toutes faites, passe-partout, parce qu'un roman vaut toujours mieux que des formules toutes faites. Nous suivons le parcours d'une femme, tout le récit est fait de son point de vue, à travers ses souvenirs, à travers ce qu'elle vit, ce qu'elle souhaite, ce qu'elle espère. Ce qui m'a frappé en premier, c'est l'absence de prénoms. Seul son mari, Antoine, est prénommé dans ce récit, tous les autres personnages sont définis par les liens qui l'unissent à elle ou par leur profession, leur "raison sociale" (je pense à ses patients, notamment).
Et c'est ce qui m'a frappé, dans ce roman qui parle d'un sujet dont on commence seulement à parler : la dépression post-partum. Elle s'est remise de la naissance de son premier enfant, même si, dans ses souvenirs, le lecteur se rend compte que s'occuper de son premier enfant n'a pas été facile, que son mari ne m'a pas semblé à son écoute à l'époque, et qu'elle était affreusement seule. Elle parle de sa mère, de ses soeurs aînées, où sont-elles ? Pourquoi le personnage principal est-elle si seule face à la maternité ? C'est Antoine qui se rend compte qu'elle ne va vraiment plus bien du tout alors que leur fils a six mois. Heureusement, ou malheureusement, ils sont aisés, et la jeune femme peut aller en maison de repos, à la montagne, elle peut y faire du ski sans que cela pose de problèmes pécuniers - ni sans que personne ne s'inquiète qu'il puisse lui arriver quelque chose. Certes, elle a un traitement, certes, elle voit un médecin, quotidiennement, mais je trouve qu'elle reste souvent seule, livrée à elle-même, comme si on lui offrait une thérapie convenue, toute en main, comme si chaque dépression n'était pas unique. Oui, Antoine, son mari, est aux petits soins à son retour, mais il ne voit pas, il ne comprend pas, alors que la narratrice va comprendre peu à peu pourquoi elle va si mal.
Il lui faudra pour cela une rencontre - avec un homme. Un homme qui ne sait rien d'elle, qui ne sait rien de sa vie et qui va voir avant tout son corps - parce que nous sommes des corps, non des entités spirituelles. La narratrice a un corps qu'elle se réapproprie, un corps qui a porté deux enfants, un ventre qui n'est plus celui qu'elle avait avant - et elle le dit. Et on ne parle pas assez des bouleversements que la maternité entraine, et certains de ne surtout pas vouloir que l'on en parle.
J'ai lu ce roman quasiment d'une traite, parce que le rythme est prenant, l'on lit au rythme auquel l'héroïne se réapproprie son corps puis sa vie. le langage est précis, cru dans les scènes intimes - parce que nommer est important : mettre un voile pudique sur certaines choses, c'est aussi cacher ces fameuses certaines choses.
Les chairs impatientes est un roman qui peut bousculer le lecteur - et n'est-ce pas aussi ce que l'on demande à un roman ?
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Six mois après son accouchement, une femme se retrouve en dépression post-partum. Elle part en cure à la montagne, près d'un lac, afin de se reposer.
Pour fuir les autres résidents, elle décide de skier sur des pistes dangereuses, même si son niveau est plutôt faible. Mais elle apprécie le ski, l'air vif de la montagne l'enivre.
Puis, elle rencontre par hasard un homme. Elle tombe tout de suite sous son charme alors qu'il l'aide à se relever suite à une chute sévère.
C'est l'histoire de la naissance puis de la prise de pouvoir du désir sur le corps et l'esprit d'une femme anonyme. Rentrée à Paris, elle continue de lui envoyer tous les jours des messages. Ils échangent des textos de plus en plus enflammés. Elle passe ses nuits et son temps libre à se caresser en pensant à lui. Tout est tourné vers lui, son corps ne veut que lui et son envie prend des allures de monstre tentaculaire tapi au creux de son ventre.
Les chairs impatientes est plutôt dans l'air du temps. Il semblerait qu'il y ait une veine autour du thème du désir féminin, entravé par le rôle de mère et la maternité.
J'ai un peu pensé à "l'homme que je ne devais pas aimer" de Agathe Ruga que j'ai préféré et dans une moindre mesure au très beau "tenir jusqu'à l'aube" de Carole Fives.
Malheureusement, ce texte tourne en rond malgré sa brièveté. J'ai trouvé dommage que l'on ait que le point de vue de la narratrice. On ne comprend pas bien pourquoi elle est toujours seul et son mari, Antoine, seule personne nommée, est inconsistant.
Le style ciselé de Marion Roucheux est plutôt intéressant mais ne laisse que trop peu de place à la respiration. J'imagine que c'est souhaité, le temps du présent collant au mieux à l'urgence du désir. Quelques invraisemblances aussi, leur rencontre arrive vraiment comme par magie et elle skie toujours alors qu'elle est blessée (?).
Je note quelques jolis passages descriptifs autour de la nature et du lac et une scène marquante, trop peu développée, avec un animal.
Bref, je passe à côté... Une belle plume ne suffit pas. J'aurais aimé plus de recul, sortir un peu de sa tête (j'adore pourtant les romans psychologiques) et un scénario un peu plus lourd.
Je ne regrette pas ma lecture, j'ai lu ce court roman en une journée non sans déplaisir, mais il sera vite oublié.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
(Les premières pages du livre)
Pieds nus dans la neige, je m’allume une cigarette chaque soir depuis que je suis ici. Je n’ai pas le droit de fumer, alors je sors en peignoir sur le balcon. Il a neigé toutes les nuits, le paysage est moulé dans un seul bloc silencieux, on discerne à peine les chalets sombres et leurs volets dentelés, la montagne n’est qu’une masse imposante derrière moi dont je ressens la densité. La fumée de ma cigarette rejoint le blanc crémeux de la nuit, j’écrase le mégot dans une tasse de café que j’ai laissée sur le rebord de la fenêtre et je rentre dans ma chambre, mes pieds gelés laissent des traces humides en s’enfonçant dans l’épaisse moquette au motif écossais rouge et vert sombre, du même vert que les sapins que j’aperçois chaque matin entre les rideaux. Je dors les volets ouverts pour ne pas manquer l’aube et son spectacle qui me cueillent aux premières lueurs, dans un éclat net et franc, cette lumière que l’on ne trouve que sur les sommets.

Je suis arrivée il y a une semaine et depuis, mes journées suivent le même rythme monotone et lent, le petit déjeuner dans la salle commune avec les autres malades, les soins, la lecture dans ma chambre, les médicaments à prendre à heure fixe, les siestes, les promenades sous la neige, le rendez-vous en fin de journée avec le docteur qui me pose inlassablement les mêmes questions, avec le même air doux et poli que je dois afficher malgré moi face à mes patients. J’ai très vite réappris à dormir. Le traitement a effacé des mois d’insomnies, c’est du moins ce dont se réjouit le médecin ; mais je sais, au fond, que c’est l’absence d’Antoine et des enfants qui m’a rendu mes nuits. Leur absence, et ce silence qui couve et a éteint la cacophonie blanche qui résonnait en moi.

Ma chambre est sous les toits, en mansarde, on croirait entendre les flocons tomber sur les tuiles en bois, on distingue aussi le vent dans les pins, très loin, un vague écho. Le premier soir, je me suis glissée en sous-vêtements sous les draps gelés, alors que dehors la tempête emportait le paysage. Il était tôt, pourtant le sommeil m’est tombé dessus, je me suis endormie d’un coup, j’ai abandonné les éléments à leur sauvagerie et me suis enfin réfugiée dans la nuit qui me tendait les bras.

À mon réveil, il faisait encore noir. Une pluie froide coulait en filets le long de la fenêtre, les gouttes rebondissaient sur la gouttière, l’orage était passé, le vent soufflait en chuchotant, je me suis demandé si j’étais au cœur d’une nouvelle insomnie, si le sommeil m’avait encore abandonnée après quelques heures à peine. Depuis des mois j’avais appris l’attente, les heures qui défilent sans qu’on les reconnaisse, les bruits du dehors, le vent qui forcit autour de minuit, les branches des arbres qui dansent dans un bruissement feutré, les griffes des oiseaux nocturnes qui parcourent le toit dans une ronde désordonnée. Tout ce ballet que j’avais appris à déchiffrer, les yeux grands ouverts dans l’obscurité attendant qu’elle se dissipe, que les premières pointes de l’aube teintent ma chambre d’une lueur incertaine. Et puis, ce moment où les chants percent, d’abord timides, avant de devenir de plus en plus mélodieux et nombreux, les mésanges et rouges-gorges saluent le jour, se réjouissent bruyamment, s’interpellent, alors que mon corps, épuisé, exsangue, vidé de sa substance vitale par ces heures de lutte pour le sommeil, capitulait enfin. Le jour se levait, je m’endormais, vaincue.
Mais ce matin-là, à mon premier réveil loin de Paris, sous l’œil compact de la montagne, j’ai regardé l’heure le cœur serré. L’écran du téléphone m’a confirmé mon intuition : j’avais dormi.

C’est Antoine qui a choisi cette adresse, je ne me souviens pas d’avoir participé à aucune décision ces derniers mois. Il a tout organisé, il a confié les enfants à ma sœur aînée pour pouvoir m’accompagner ici, nous avons pris l’avion, j’aurais préféré la lenteur du train, il a fait avec moi un tour de l’établissement, la vue sur les cimes blanches, les balcons enneigés, le téléphérique au loin, puis il m’a confiée à l’équipe de la cure avant de rentrer à Paris. Cette semaine mon fils fêtera ses six mois. Cela fait tout juste six mois que la machine s’est déréglée, que la petite mécanique de mon quotidien a vacillé, sans douceur, une déflagration soudaine et le grand basculement.
Il nous a fallu quelques semaines pour comprendre que je ne vivais pas un simple baby-blues, de ceux que toutes les jeunes mères ressentent, dû à la chute hormonale que l’on traverse après l’accouchement, et qui dure quelques jours. Je pleurais tout le temps. Dès les premières heures à la maternité. Je me réveillais en pleurant. Je nourrissais mon bébé en pleurant. Je restais des jours entiers assise sur mon lit, ou sur le canapé du salon, pleurant, le bébé à côté de moi, j’attendais que les minutes vides de sens passent, je ressentais à peine un soulagement quand Antoine rentrait le soir avec notre fille aînée. Il me trouvait fatiguée, amaigrie, mais qui n’est pas fatiguée avec un nouveau-né ? Les premières semaines ont passé, le bébé a grandi, un bébé sage, lui seul avait saisi – maintenant je le comprends – que cette maternité m’avait fracassée. J’ai repris le travail au cabinet, malgré les nuits blanches, toutes ces heures sans sommeil que j’ai mises sur le compte du bébé, des biberons nocturnes, des câlins pour rassurer et des fièvres à 4 heures du matin à soigner. Je n’avais pas réalisé que le sommeil m’avait abandonnée.

Un matin, Antoine m’a retrouvée sur le rebord de la fenêtre. Debout. En équilibre sur le garde-corps. Le bébé dans les bras. Le vide des quatre étages sous moi. Tétanisé, il a murmuré mon prénom. Il l’a murmuré en boucle, doucement, sans fin, une litanie à laquelle se raccrocher, une comptine saccadée pour me bercer, il s’est avancé la main tendue vers moi comme on tente d’approcher un chat sauvage. Il m’a saisie par le coude, a posé son autre bras autour du bébé, et nous a portés jusque dans la chambre. Je me suis laissé faire, silencieuse, les yeux dans le vague, avant de m’écrouler endormie, le sommeil comme refuge. Je ne me souviens pas de cette scène, c’est Antoine qui me l’a racontée, puis à son tour la psychiatre qui m’a reçue le jour même. On m’a hospitalisée, dix jours loin de mes enfants, mon corps épuisé et vide, plus d’enfant dedans, plus d’enfant dehors, la solitude comme seule compagne, et je suis ressortie avec ce diagnostic, dépression post-partum sévère, la détresse était devenue pathologie, et une ordonnance, des médicaments pour me sauver.
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Vais-je quitter ma vie d'avant sur un malentendu, celui de la maternité?
Cet état qui ébranle et enferme, qui a vu mon identité engloutie par les vagissements de mes nouveaux-nés, les bruyantes colères, les larmes morveuses, les câlins perpétuels, ma peau touchée sans cesse, la chaleur de ces petits corps qui se blottissent contre le mien, y puisent leur énergie, ma tendresse, mon amour, ma jeunesse et ma sève, qui me pompent jusqu'à la moelle, me vident de moi-même, me dépouillent, me laissent livide derrière eux.
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Mon secret souterrain grandit, creuse ses galeries, fragilise ma carcasse, dévore tout et m'éloigne jour après jour de qui je suis, de celle que j'étais, il fait de moi une autre, tout a changé et je suis la seule à le savoir. Tandis que mon corps se souvient, que mon secret prend toute la place, l'air se raréfie, l’espace me manque. p. 88
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Son rire et ma chute sont liés. Tout comme le silence de la montagne nous a couverts, tout de suite, son silence et son immensité. Nous sommes seuls ici, Antoine et les enfants n’existent pas.
Je n’entends pas ce qu’il me dit, tenue par ma douleur, mais je capte tout, tous les signaux, les vibrations de son rire, sa barbe naissante et la peau fine de son cou rougie par le froid, la sueur à la naissance de sa nuque, et sa voix, ce timbre indéfinissable, à la fois traînant et vif, viril et enfantin, une voix qui transporte, qui éblouit, une voix qui dans les prochains mois m’emmènera plus loin que n’importe quelle voix ne l’a jamais fait, qui me fera me tordre de douleur et de plaisir, une voix qui deviendra le ressort de mon désir, mais qui tout de suite, dans la neige et le blanc, m’aide à me relever en riant.
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De l'extérieur rien n’a changé. Mais en moi, tout est différent. Comme si je découvrais que je marchais sans le savoir depuis des années le long d’une falaise à pic. Alors que les heures s’étiraient monotones dans la vie que je me suis construite, une autre moi dans une réalité parallèle m’a soudain appris qu’il existait d’autres possibles. Un espace où je ne m'occuperais que de moi, où je n'aurais à prendre soin ni de ma famille ni de mes patients, où mon corps et ses impulsions régneraient en maîtres absolus. Dans ce monde ouaté où je glisse sur des pistes noires, j'ai rencontré cet homme au sommet d’une montagne, et la neige m’a apporté cette promesse d’une autre moi. p. 25
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Vidéo de Marion Roucheux
Magali Langlade, directrice littéraire pour le domaine français, vous présente "La Fille aux plumes de poussière" de Nicolas Garma-Berman et "Les chairs impatientes" de Marion Roucheux
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