AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Philippe Jaccottet (Préfacier, etc.)
ISBN : 2070419967
Éditeur : Gallimard (02/10/2002)

Note moyenne : 4.31/5 (sur 13 notes)
Résumé :
Air de solitude et autres écrits
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Tempuslegendae
  28 février 2013
Il nous faudra l'admettre: Gustave ROUD était attentif aux saisons et aux paysages. C'était un poète naturel de la Suisse romande, et toute sa vie se passa là, au rythme des fenaisons et des oiseaux, dans la ferme familiale où il puisa toute l'énergie qui fait de ses forces des hymnes aux forêts, aux feuilles mortes, aux laboureurs, aux saisons tout simplement. Entretenant une relation directe avec le ciel, l'eau et la terre, il est considéré comme le grand témoin d'un monde qui s'en est allé. Chez lui en Suisse, comme partout ailleurs.
Á lire sans se priver, avec ce recueil, la correspondance de 1942 à 1976, du poète avec un homologue suisse qui fut son ami: Philippe Jaccotet (encore une histoire d'amitié littéraire). Cela donne cet exhaustif et passionnant «cahier de la NRF» dont je me suis délecté. Á partir de là, je mesure suffisamment l'importance de ce mémoire pour le signaler en référence de l'oeuvre citée. Lui aussi grand observateur des coutumes et des us de la nature, Bernard Manciet publie un ouvrage fabuleux intitulé «le Grand Vent». Nous restons dans la même intonation poétique. Ce texte constitue une trilogie avec «le Dire de Guernica» et «Aux portes de fer». Finalement, que peut représenter ce grand vent? C'est tout simplement celui qui arracha nos mers, nos forêts et notre hiver 1999. N'étiez-vous pas, vous aussi sur le balcon du désastre, à observer ce souffle dévastateur? le vent a soufflé sur la maison de Manciet à Trensacq (à environ cent kilomètres au nord de chez moi), et Manciet a su très vite que l'enseignement de cette furie de la nature, une nouvelle fois, pouvait signifier: «Et meure ce qui meurt».
Et pour compléter la livraison, voici ce texte de Marie-José Lamothe et d'André Velter sur René Char, avec lequel ils eurent une correspondance autant précieuse que régulière. René Char, un autre guetteur des saisons. Bref, le contemplateur averti des vallons, du trèflle et de son bestiaire.
Comme toujours, les saisons passent et les poètes sont là pour nous le rappeler.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          143
vincentf
  09 juin 2012
Tenter de dire la campagne d'ici, le travail et le repos des paysans, les saisons qui se nuancent, la quête semble simple, elle creuse une solitude habitée de présences difficiles à reconnaître. Les errances et les promenades, dans le Jorat, sur la route aux arbres assassinés, entre Missy et Saint-Aubin, près d'une auberge où s'ennuie une serveuse triste, sur la tombe d'un camarade de service, sont le retour vers ce qui clignote, apparaît, vif et éternel, puis part, souvenir à recréer par les mots. La poésie de Roud est mystique, expression rêvée d'une vérité frôlée dans un arbre, un champ de blé, un chant d'oiseau. Elle parle aux morts pour ressaisir une éternité jadis ressentie. Elle est sans âge, à la fois échec et réussite, sens et absence, beauté et vanité de toute tentation de tout dire.
Commenter  J’apprécie          30
Henri-l-oiseleur
  08 décembre 2015
La très belle, lumineuse et simple préface de Philippe Jaccottet permet de comprendre le lyrisme de Gustave Roud, poète des Géorgiques, des saisons, du lent rythme paysan du travail et des saisons. Il donne à voir une plénitude du monde, une harmonie paradisiaque, mais dans ce geste même, il indique qu'il n'en fait pas partie, qu'il est seul et exclu de ce grand Tout. de cette tension entre le paradis et le chant de celui qui en est chassé naît le plus beau des lyrismes.
Commenter  J’apprécie          20
Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
NatalyaNatalya   15 octobre 2016
LA POÉSIE SEULE…

Je crois que l’homme au plein de sa vigueur et de sa force, et qui le sent assez pour ne pas douter de son regard, de son ouïe, est, à la lettre, un aveugle et un sourd. Je crois que seuls certains états extrêmes de l’âme et du corps : fatigue (au bord de l’anéantissement), maladie, invasion du cœur par une subite souffrance maintenue à son paroxysme, peuvent rendre à l’homme sa vraie puissance d’ouïe et de regard. Nulle allusion, ici, à la parole de Plotin : « Ferme les yeux, afin que s’ouvre l’œil intérieur. » Il s’agit de l’instant suprême où la communion avec le monde nous est donnée, où l’univers cesse d’être un spectacle parfaitement lisible, entièrement inane, pour devenir une immense gerbe de messages, un concert sans cesse recommencé de cris, de chants, de gestes où tout être, toute chose est à la fois signe et porteur de signe. L’instant suprême aussi où l’homme sent crouler sa risible royauté intérieure et tremble et cède aux appels d’un ailleurs indubitable.
De ces messages, la poésie seule (est-il besoin de le dire ?) est digne de suggérer quelque écho. Souvent elle y renonce en pleurant, car ils sont presque tous balbutiés à la limite de l’ineffable. Elle s’éveille de sa connaissance, les lèvres lourdes encore de paroles absentes ou folles qu’elle n’ose redire – et qui contiennent la vérité. Ou si elle ose les redire, c’est qu’elle semble avoir oublié leur origine, leur importance. Elle divulgue en deux vers un secret bouleversant, puis se tait.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
NatalyaNatalya   15 octobre 2016
A l’instant même où cesse la pluie, un chant de fauvette commence, liquide et pure comme elle, goutte à goutte au cœur des feuilles. La toison des prairies jusqu’à l’horizon scintille et fume sous un rai de soleil blanc. Louange de l’eau, louange de la lumière : pas une fleur ne garde le silence. Et que nous est-il demandé sinon de PARTICIPER, immobile, tête levée et lèvres closes ? L’abandon, le don, cela seul. Et la faux n’est pas loin, ces fleurs le savent.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          130
OttoDidaktOttoDidakt   16 décembre 2017
Je crois que l'homme au plein de sa vigueur et de sa force, et qui le sent assez pour ne douter pas de son regard, de son ouïe, est, à la lettre, un aveugle et un sourd. Je crois que seuls certains états extrêmes du corps : fatigue (au bord de l'anéantissement), maladie, invasion du cœur par une subite souffrance maintenue à son paroxysme, peuvent rendre à l'homme sa vraie puissance d'ouïe et de regard. Nulle allusion, ici, à la parole de Plotin : "Ferme les yeux, afin que s'ouvre l’œil intérieur." Il s'agit de l'instant suprême où la communion avec le monde nous est donnée, où l'univers cesse d'être un spectacle parfaitement lisible, entièrement inane, pour devenir une immense gerbe de messages, un concert sans cesse recommencé de cris, de chants, de gestes, où tout être, toute chose est à la fois signe et porteur de signe. L'instant suprême aussi où l'homme sent crouler sa risible royauté intérieure et tremble et cède aux appels venus d'un ailleurs indubitable.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   26 octobre 2015
Le pied n'est pas sûr dans les sentiers du matin, aux prairies de décembre. Un gel mince a pailleté la terre des ornières ; ce registre miroitant des passages de la veille, chars, chevaux, laboureurs, redevient boue au premier choc. On trébuche, avec des battements de bras si secs qu'ils suscitent, hors de chaque arbre, de chaque haie, un orage d'oiseaux vite apaisé.

Bouvreuil, p. 77
Commenter  J’apprécie          50
Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   28 octobre 2015
La guerre crée un présent que nous n'avons pas choisi. En dehors des obligations civiques et de charité qu'il nous impose, il nous laisse tout loisir pour fuir dans la poésie ; la guerre qui menace notre vie menace ce que nous aimons le plus dans la vie : la poésie. Les poètes reprennent ainsi une singulière actualité, car jamais nous ne les aurons lus avec plus de ferveur.

p.73
Commenter  J’apprécie          50
Videos de Gustave Roud (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Gustave Roud
Solitude balbutia l'arabesque rouge et noir... (extrait d'Essai pour un paradis), Gustave Roud lu par l'auteur
autres livres classés : poésieVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Testez vos connaissances en poésie ! (niveau difficile)

Dans quelle ville Verlaine tira-t-il sur Rimbaud, le blessant légèrement au poignet ?

Paris
Marseille
Bruxelles
Londres

10 questions
786 lecteurs ont répondu
Thèmes : poésie , poèmes , poètesCréer un quiz sur ce livre