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Béatrice Didier (Éditeur scientifique)
ISBN : 225300328X
Éditeur : Le Livre de Poche (01/01/1994)

Note moyenne : 3.27/5 (sur 100 notes)
Résumé :
On parle des délices de l'amour. Sade choisit d'en évoquer les crimes. L'amour devenu passion brûle tout ce qui n'est pas lui. La passion de Sade, dans ces nouvelles, est une passion incestueuse. M. de Franval aime, à la folie, sa fille Eugénie. La malheureuse Florville, après avoir été séduite par son frère, sera aimée de son propre fils et épousée par son père. L'inceste, c'est l'amour absolu, l'amant se double d'un père. L'inceste est aussi la contestation absolu... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Chiwi
  04 janvier 2013
C'est un recueil de cinq nouvelles.
La première raconte la séduction d'une jeune fille de bonne famille par un bandit de grand chemin qui se fait passer pour un noble.
La deuxième relate l'histoire de Mlle de Florville,  engrossée par son frère, aimée par son fils et mariée à son propre père.
La troisième met en scène Dorgeville, brave âme qui se fait manipuler par une femme dans le but d'obtenir sa fortune.
La quatrième raconte les manipulations de Mme de Sancerre, jalouse de sa fille, qui séduit le prétendant de sa fille pour ne pas la laisser à celle-ci.
La cinquième raconte l'amour de Franval pour sa fille Eugénie, amour qui va amener l'opprobre sur la famille et va amener celle- ci au drame.
Le thème récurrent dans les nouvelles est l'inceste.
En le lisant au premier degré, comme Florville, on pourrait croire que Sade est un moraliste, la vertu, l'amour du Christ il n'y a que ça qui peut guider la vie humaine. Lorsqu'il débute Eugénie de Franval, il commence par dire «  Instruire l'homme et corriger ses moeurs, tel est le seul motif que nous nous proposons dans cette anecdote ». Bien sûr la correction des moeurs dans le sens amélioration n'est pas envisagé. En commençant une nouvelle de cette façon il se moque des religieux, alors à l'époque principaux préconisateurs de correction morale.  Mais les démonstrations faites le sont uniquement pour être mieux détruites.
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AmandineMM
  05 janvier 2012
3,5 étoiles.
L'édition que je possède contient l'ensemble des 11 nouvelles et des notes critiques très intéressantes, présentant une comparaison entre les passages du manuscrit des années 1780 et la version publiée en 1800. Celles-ci témoignent du désir de Sade de devenir un homme de lettres, mais également du changement d'état d'esprit général après la Révolution : le point commun des changements apportés est souvent d'édulcorer, voire supprimer, les scènes pornographiques et les passages anticléricaux et/ou attaquant la religion. En contrepartie, la cruauté reste très présente et parfois accentuée, qu'elle soit l'oeuvre du destin ou de personnages persécutant d'autres. Comme dans toutes les autres oeuvres du Marquis que j'ai lues, la vertu est malmenée, malgré quelques dénouements heureux. Ceux-ci me convainquent d'ailleurs rarement, tant la peinture du vice est davantage réussie et plus forte dans ces textes. Chacun est construit selon un schéma précis, renvoyant parfois les uns aux autres (l'inceste dans Eugénie de Franval et dans Florville et Courval, le parent rival dans La comtesse de Sancerre et Laurence et Antonio, etc.), où les éléments s'enchaînent de façon à piéger les vertueux, qu'importe leurs efforts. Nul ne peut échapper à la cruauté et au crime, tout est trop bien agencé pour les y faire tomber. Sade maîtrise ses situations avec brio, tel un habile metteur en scène, multipliant les annonces, les symétries, etc.
Je ne dirais pas qu'il s'agit du meilleur écrit de Sade (bien qu'Eugénie de Franval soit particulièrement réussi), mais c'est un chef-d'oeuvre de cruauté. Un bon texte pour commencer à découvrir cet auteur, je pense.
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LSH
  23 octobre 2016
En relisant "Florville et Courval ou le fatalisme" juste après avoir relu "Dialogue entre un prêtre et un moribond", je me suis amusé à constater Sade se répondant à lui-même presque argument contre argument via le discours tenu à Florville par Mme de Lérince pour défendre sa religion et sa morale.
Sophisme comme sophisme ? Au lecteur de trancher.
Toujours est-il que dans les nouvelles de ce recueil on découvre un Sade bien plus sage que d'habitude. Point ici de déclarations blasphématoires ou d'orgies charnelles.
Est-il pour autant moins subversif ou au contraire plus efficace en montrant l'impossibilité de toutes ces "belles âmes" éprises de vertu à parvenir à une félicité durable ?
Sade nous donne ici une leçon de fatalisme et montrant notre incapacité à parer aux coups du sort, quelques soient par ailleurs nos qualités morales.
On serait tenté de conclure qu'on est peu de chose ! :-) et que manifestement il ne faut point s'attendre à une quelconque justice immanente ici bas !
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Eleonore
  05 octobre 2015
Il est toujours jouissif de temps à autre de lire un classique car le style est bien différent des livres actuels et le maniement du français bien meilleur. Pour les récits j'ai apprécié les différentes intrigues mais regrette que Sade ne laisse pas assez de suspende. Il introduit souvent des actions en indiquant le sentiments que nous devons en avoir ce qui rend trop évident la suite.
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Sly
  04 juillet 2010
Les cinq histoires présentes dans ce livre sont décrites de façons tragiques, l'aspect psychologique de la situation prime sur la violence physique. Sade joue avec le lecteur à la manière d'un roman policier car ce n'est en général qu'a la fin de la nouvelle que l'intrigue nous est dévoilée et que le piège qu'il a su si astucieusement mettre en place se referme.
J'ai vraiment apprécié l'ensemble des nouvelles. le thème principal est celui de l'inceste, Sade avec ce livre veut dénoncer ce crime et nous montrer que parfois il peut être perpétré sans en avoir eu conscience.
Un très bon livre, très bien écrit qui n'est pas du tout de la littérature érotique pour ceux qui aurait tort de le croire.
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Citations & extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
candlemascandlemas   03 août 2016
Petite leçon de cynisme, par M. le marquis de Sade (qui, bien sûr, ne sert qu'à éduquer et mettre en garde les consciences bien pensantes, et non à les éveiller au vice) : le crime d'Oedipe est-il moins grand refoulé qu'assumé ? Freud avait certainement lu Sade...

Il s'agissait du directeur de Mme de Farneille et de sa fille... l'un des hommes les plus vertueux qu'il y eût en France ; honnête, bienfaisant, plein de candeur et de sagesses, M. de Clervil, loin de tous les vices de sa robe, n'avait que des qualités douces et utiles.
- c'est une chose si affligeante que le crime, madame, disait quelquefois cet honnête homme. (...) Livrons nous rarement aux soupçons du vice ; ils sont souvent l'ouvrage de notre amour-propre (...), nous nous pressons d'admettre le mal, pour avoir le droit de nous trouver meilleurs. (...) ne vaudrait-il pas mieux, madame, qu'un tort secret ne fût jamais dévoilé, que d'en supposer d'illusoires par une impardonnable précipitation, et de flétrir ainsi sans sujet (...) ; n'est-il pas infiniment moins nécessaire de punir un crime qu'il n'est essentiel d'empêcher ce crime de s'étendre ? En le laissant dans l'ombre qu'il recherche, n'est-il pas comme anéanti ? Le scandale est sûr en l'ébruitant, le récit qu'on en fait réveille les passions de ceux qui sont enclins au même genre de délit ; l'inséparable aveuglement du crime flatte l'espoir d'être plus heureux que celui qui vient d'être reconnu : ce n'est pas une leçon qu'on lui a donnée, c'est un conseil ; et il se livre à des excès qu'il n'eût jamais osés, sans l'imprudent éclat... faussement pris pour de la justice...

Franval embrasse mille fois sa fille ; et celle-ci, plus encouragée par ces criminelles caresses, développant son âme atroce avec plus d'énergie, hasarda de dire à son père (...) que la seule façon d'être moins observés l'un et l'autre était de donner un amant à sa mère. (...) Ce projet divertit Franval ; mais bien plus méchant que sa fille, et voulant préparer imperceptiblement ce jeune coeur à toutes les impression de haine qu'il désirait y semer pour sa femme, il répondit que cette vengeance lui paressait trop douce, qu'il y avait bien d'autres moyens de rendre une femme malheureuse quand elle donnait de l'humeur à son mari".

Franval (...) ne trouva que Valmont qui lui parût susceptible de le servir (...) :
- Valmont, as tu quelquefois fixé Eugénie ?
- Ta fille ?
- Ou ma maîtresse, si tu l'aimes mieux.
- Ah ! scélérat, je te comprends.
(...)
- Oui, mon ami, comme Loth : j'ai toujours été pénétré d'un si grand respect pour les livres saints, toujours si convaincu qu'on gagnait le ciel en imitant ses héros ! Ah ! mon ami, la folie de Pygmalion ne m'étonne plus... L'univers n'est-il pas rempli de ces faiblesses ? n'-a-t-il fallu commencer par là pour peupler le monde ? et ce qui n'était pas un mal alors peut-il l'être devenu ? Quelle extravagance ? Une jolie personne ne saurait me tenter, parce que j'aurais le tort de l'avoir mise au monde ? (...) C'est parce qu'elle réunirait tous les motifs qui puissent fonder le plus ardent amour que je la verrais d'un oeil froid ? Ah, quels sophismes... quelle absurdité !
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genougenou   19 octobre 2013
Si les lois sont sans vigueur contre le jeu, si elles l'autorisent au contraire, qu'on ne permette pas au moins qu'un homme ait au jeu le droit d'en dépouiller totalement un autre, ou si l'état dans lequel le premier réduit le second au coin d'un tapis vert, si ce crime, dis-je, n'est réprimé par aucune loi, qu'on ne punisse pas aussi cruellement qu'on le fait le délit à peu près égal que nous commettons en dépouillant de même le voyageur dans un bois ; et que peut donc importer la manière, dès que les suites sont égales ? Croyez-vous qu'il y ait une grande différence entre un banquier de jeu vous volant au Palais Royal, ou Tranche-Montagne vous demandant la bourse au bois de Boulogne ? C'est la même chose, madame, et la seule distance réelle qui puisse s'établir entre l'un et l'autre, c'est que e banquier vous vole en poltron, et l'autre en homme de courage.
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LSHLSH   23 octobre 2016
Les rêves sont des mouvements secrets qu'on ne met pas assez à leur vraie place ; la moitié des hommes s'en moque, l'autre portion y ajoute foi ; il n'y aurait aucun inconvénient à les écouter, et à s'y rendre même dans le cas que je vais dire. Lorsque nous attendons le résultat d'un événement quelconque, et que la manière dont il doit succéder pour nous, nous occupe tout le long du jour, nous y rêvons très certainement ; or, notre esprit alors, uniquement occupé de son objet, nous fait presque toujours voir une des faces de cet événement où nous n'avons souvent pas pensé la veille, et dans ce cas, quelle superstition, quel inconvénient, quelle faute enfin contre la philosophie y aurait-il, à classer dans le nombre des résultats de l'événement attendu, celui que le rêve nous a offert, et à se conduire en conséquence. Il me semble que ce ne serait qu'un surcroît de sagesse ; car enfin, ce rêve est le résultat de l'événement en question, un des efforts de l'esprit, qui nous ouvre et indique une face nouvelle à l'événement ; que cet effort se fasse en dormant, ou en veillant, qu'importe : voilà toujours une des combinaisons trouvées, et tout ce que vous ferez en raison d'elle ne peut jamais être une folie et ne doit être jamais accusé de superstition. L'ignorance de nos pères les conduisait sans doute à de grandes absurdités ; mais croit-on que la philosophie n'ait pas aussi ses écueils ; à force d'analyser la nature, nous ressemblons au chimiste qui se ruine pour faire un peu d'or. Élaguons, mais n'anéantissons pas tout, parce qu'il y a dans la nature des choses très singulières et que nous ne devinerons jamais.
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octavedehaeneoctavedehaene   25 octobre 2014
Législateurs, rendez vos flétrissures moins fréquentes, si vous voulez diminuer la masse des crimes, une nation qui sut faire un dieu de l’honneur peut culbuter ses échafauds, quand il lui reste pour mener les hommes le frein sacré d’une aussi belle chimère…
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genougenou   02 septembre 2015
« Je ne veux pas faire aimer le vice; je n'ai pas, comme Crébillon et comme Dorat, le dangereux projet de faire adorer aux femmes les personnages qui les trompent; je veux, au contraire, qu'elles les détestent; c'est le seul moyen qui puisse les empêcher d'être dupes; et, pour y réussir, j'ai rendu ceux de mes héros qui suivent la carrière du vice tellement effroyables, qu'ils n'inspireront bien sûrement ni pitié ni amour; en cela, j'ose le dire, je deviens plus moral que ceux qui se croient permis de les embellir... »
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