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Gilbert Lely (Préfacier, etc.)
EAN : 9782264026996
450 pages
10-18 (24/09/1998)
3.29/5   249 notes
Résumé :
À l'école du libertinage, quarante-deux jeunes gens sont soumis corps et âmes aux fantasmes des maîtres du château. Premier chef-d'œuvre du marquis de Sade, tout à la fois scandale et révolution littéraire, chacune de ces cent vingt journées de Sodome est un tableau des vices et perversions les plus criminelles, découvrant avec un inimitable génie la face noire et inavouable de l'homme.
Critiques, Analyses et Avis (37) Voir plus Ajouter une critique
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Vous voyez le scandale des prêtres pédophiles, Marc Dutroux, Jeffrey Epstein ? C'est rien à côté de ce bouquin.

Le triptyque : Argent, pouvoir, sexe.

Ce truc est un catalogue de toutes les perversions possibles et imaginables développées jusqu'à l'écoeurement. Très rapidement, dès le début en fait, le texte n'a plus rien d'érotique ou de pornographique.

Scatophile au dernier degré, passé le premier dégoût sur la pratique (personne n'est parfait) cela devient extrêmement répétitif, variations sur le même thème jusqu'à l'overdose. Je vous passe, les tortures, mutilations et assassinats qui n'ont rien d'érotiques.

Je connaissais de nom, il me fallait faire ma propre idée. C'est fait. Censuré jusqu'en 1960, il aurait pu rester dans les abîmes de l'oubli des vieux machins moisis.

Parce que c'est un dinosaure qui a écrit le livre, c'est un classique ? C'est un vieux bouquin de merde en fait. Et je pèse mes mots, le terme est parfaitement adapté, de la merde, un énorme étron. Et qu'on ne me parle pas d'écrits libératoires, de psychanalyse avant l'heure ou de désir de choquer une société hypocrite.

Ils en en pourtant fait un film.  Salò ou les 120 Journées de Sodome (En France, il a débarqué en salles en mai 1976). Probablement, un grosse bouse malodorante.

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La lecture des 120 journées de Sodome est sans conteste extrêmement éprouvante et provoquera le plus souvent colère et indignation. Mais à quoi donc avons-nous affaire ici ? Sade était-il un dément en s'appliquant ainsi à faire un catalogue quasiment exhaustif des perversions les plus inimaginables que puisse envisager l'esprit humain. Avant de se précipiter vers cette hypothèse commode et quelque peu hypocrite, il est préférable d'aller à la rencontre de cette personnalité tout à fait hors du commun.

Sade fut embastillé sans jugement (par décret royal) et pour une sorte d'éternité jusqu'à ce que la Révolution Française le fasse libérer opportunément.

Cet emprisonnement ne fut consécutif à aucun crime grave mais provoqué par ce que la Bonne Société de l'époque considérait comme un comportement scandaleux; non pas pour son libertinage mais par le fait que notre Marquis s'obstinait à ne pas vouloir le dissimuler et s'affichait ostensiblement.

Voilà ce qui décidément n'était pas pardonnable pour l'hypocrisie bourgeoise montante. Sa mise à l'écart fut donc décidée et sans qu'aucune limite ne soit fixée à sa peine.

Sade était de ce genre d'êtres qui portent la liberté en eux-mêmes comme une brûlure. Sans aucune issue vers l'extérieur, il ne lui resta plus qu'a plonger en lui-même, au plus profond, pour pouvoir la retrouver.

Et alors, à sa manière, Sade inventa la psychanalyse, plus d'une centaine d'années avant Freud ...

Se prenant lui-même comme unique objet de son analyse, ( et pour cause), il plongea dans les recoins les plus obscures de son inconscient, ne reculant devant rien et motivé par la rage inextinguible qu'il ressentait du fait de sa situation, il produisit cet ouvrage sidérant.

Ce livre est donc un acte de libération; le seul qui était alors à sa portée.

Il faut le comprendre comme une exploration radicale de l'inconscient, dans ce contexte très particulier ou se trouvait alors le divin marquis.

Sortant donc de sa prison avec la révolution, nous le retrouvons membre actif de la Section révolutionnaire des Piques et en appelant à la démocratie directe; seuls, ceux qui n'auront pas compris sa manière toute particulière d'envisager l'aristocratie s'étonneront de le trouver là, jusqu'à ce que le tyran Bonaparte le fasse à nouveau enfermer.

En vieux français, le mot "sade" signifiait: doux, gentil, charmant ...

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Alors, évidemment, si l'on considère que la lecture doit être un plaisir, en lisant Sade on risque de se retrouver dans une situation très embarrassante. Par contre, si l'on estime que la littérature ne doit pas seulement nous divertir mais également nous révéler quelque chose de l'Homme, Sade devient quasiment une lecture par laquelle il faut passer tant bien que mal. de nombreux écrivains au cours du vingtième siècle se sont penchés sur l'oeuvre de Sade, et ces analyses sont souvent passionnantes, que ce soit du côté de la morale, de la philosophie, de la politique ou de la psychologie. Ces nombreux points de vue prouvent au moins que le cas de Sade pose des questions essentielles.

Il faut d'abord prendre en compte que cette oeuvre n'aurait jamais vu le jour sans l'emprisonnement de son auteur. « Les 120 journées de Sodome » est son premier livre et il a été clairement écrit en réaction contre son enfermement. La société croit le punir en l'enfermant, mais Sade rétorque qu'au contraire elle augmente sa jouissance, que la débauche ne peut se faire que cachée ; ainsi les quatre libertins dont il est question dans ce livre commencent par s'emmurer eux-mêmes dans un château. Interdire Sade, le cacher, c'est aller dans son sens.

« Justine », que Sade écrivit plus tard, est un livre assez différent, plus intéressant d'une certaine manière. Les justifications philosophiques sont plus abondantes et brisent la lassitude qu'on peut ressentir à la lecture des 120 journées. Malgré tout, une chose apparait peut-être plus évidente dans « Les 120 journées de Sodome », c'est l'influence qu'a eu la philosophie des Lumières sur Sade. En particulier, on s'aperçoit que la pensée de Sade est née de sa lecture des écrits de Rousseau et qu'elle s'est développée contre lui.

De ces 120 journées - qui finalement n'en contiennent que 30, puisque suite aux vicissitudes de l'Histoire, Sade n'a pu en rédiger les autres - il ressort une profonde monotonie. Chaque journée se ressemble, se passe de la même façon, elles sont toutes construites sur le même schéma, encastrées dans la même structure rigide, aucune place n'est laissée aux digressions, tout est extrêmement réglementé. Toute évolution y est bannie, aussi bien des personnages que de l'histoire, le seul intérêt qu'a voulu donner Sade à son texte est l'augmentation progressive des horreurs. Mais quel ennui au bout du compte ! Dans quelle mesure Sade en avait-il conscience ? Son but était-il vraiment d'exciter son lecteur ou même de le dégoûter ? Car il est évident que cette accumulation d'infamies a quelque chose qui va à l'encontre des textes purement érotiques ; au bout d'un moment, aussi porté sur la bizarrerie qu'on puisse l'être, on ne peut ressentir que de la lassitude et, ainsi, tout ce qu'écrit Sade a paradoxalement l'effet contraire de ce qu'il affirme. Mais doit-on interroger Sade en termes moraux ? Doit-on en faire le plus grand athée qui n'ait jamais existé ou, au contraire, voir dans ses excès extrêmes un profond besoin de Dieu ? Au passage, s'interroger sur sa haine de l'Homme, de Dieu ou de la Nature, revient au même. Ces questions sont bien sûr intéressantes, mais elles resteront à jamais en suspend et c'est à chacun de se débrouiller avec.

Cependant, je ne crois pas qu'il faut remettre en question l'athéisme de Sade, ni son rejet de tout ce qui n'est pas l'affirmation de soi. Sade est très contradictoire, il affirme que le vice fait partie de la nature, qu'il adore le vice, et pourtant il haït la nature et son rêve ultime serait de la détruire ; il est incompréhensible, comme tous les hommes, sauf qu'il l'est excessivement. Au-delà de tout ça, peut-être que le but secret de Sade était de rendre son lecteur aussi blasé que les libertins de son livre, de lui faire ressentir l'insensibilité et ce besoin de toujours aller plus loin. D'ailleurs, les passages où Sade aborde le masochisme (sans le nommer, bien évidemment) sont très intéressants. Certains psychologues ont mis l'accent sur les différences qui existaient entre le sadisme et le masochisme et que les réunir sous un même concept était une absurdité. Sade en parle un peu dans « les 120 journées de Sodome » et prétend que ce qu'on appelle aujourd'hui le sadisme est en quelque sorte la même passion que le masochisme et qu'il en est même issu. Tous deux sont une jouissance du remords, même si l'un s'y complait et que l'autre va au-delà. La seule différence réside dans le fait que le sadisme est une révolte contre le sentiment et en particulier le sentiment de honte.

D'un point de vue strictement littéraire, Sade n'écrit pas mal (il ne faut pas oublier que ce texte est une ébauche, qu'il contient des approximations et qu'il n'aurait jamais dû être publié dans cet état), il emploie quelques jolies formules et il a un certain sens de l'humour, même si cet humour est extrêmement grinçant et que le terme de « jolie » ne convient pas tout à fait à son style. Mais, encore une fois, sa passion des chiffres, de la structure ordonnée, symétrique, rend les 120 journées de Sodome très monotones, très pénibles à lire, bien plus que l'accumulation des horreurs extrêmes qui, au final, sont plus surréalistes qu'autre chose.

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Difficile de résumer en quelques mots l'étendue et l'ampleur de ce que peut être ce livre autrement que par "Voici le livre le plus horrifiant qui ait jamais été écrit".

Imaginez les fantasmes d'un pervers sexuel notoire, décuplés par un enfermement à la Bastille. Multipliez le résultat par cent, et vous obtiendrez une once de ce que vous pourrez lire ici.

Rien de ce que la pornographie moderne peut offrir, même la plus underground, la plus illégale, ne se trouve pas ici. de la simple transgression homosexuelle (qui pour l'époque était déjà excessivement scandaleuse) aux tréfonds de l'imaginaire sexuel le plus noir, les 120 journées enfoncent peu à peu le lecteur dans l'horreur, comme si le simple curieux ayant acquis ce livre était puni de la façon la plus abjecte qui soit. Rien chez Sade, pas même dans Juliette ou les Prospérités du Vice, ne préfigure les atrocités commises ici au nom du plaisir sexuel.

Sur les 120 journées du titre, seules 30 ont été rédigées par Sade avant qu'il ne perde son manuscrit. Les 90 restantes, auxquelles s'y ajoutent quelques autres, ne sont qu'à l'état de prises de notes, parfois grossières au point de n'être qu'une idée, un fantasme, et l'on se prend à remercier le cours de l'Histoire de nous avoir épargné la rédaction de ces journées.

Manies sexuelles, prostitution volontaire ou forcée, enlèvements, viols, pédophilie, scatophagie, tortures, mutilations, exécution ne sont que le sommet de l'iceberg.

Il n'y a ici aucun intérêt littéraire, aucun intérêt érotique, aucune satisfaction de lecture: le lecteur lui-même, s'il n'est pas prévenu, est soumis à la torture de ces pages, et ressent physiquement la nausée monter en sa gorge et la douleur psychologique s'insinuer en son esprit.

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Nausée.

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Citations et extraits (52) Voir plus Ajouter une citation

Il est incroyable à quel point l’homme, déjà resserré dans tous ses amusements, dans toutes ses facultés, cherche à restreindre encore les bornes de son existence par ses indignes préjugés. On n’imagine point, par exemple, où celui qui érige le meurtre en crime a limité toutes ses délices ; il s’est privé de cent plaisirs, plus délicieux les uns que les autres, en osant adopter la chimère odieuse de ce préjugé là. Et que diable peut faire à la nature un, dix, vingt, cinq cents hommes de plus ou de moins dans le monde ?

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Si nous n'avions pas tout dit, tout analysé, comment voudrais-tu que nous eussions pu deviner ce qui te convient.

C'est à toi à la prendre et à laisser le reste; un autre en fera autant; et petit à petit tout aura trouvé sa place. C'est ici l'histoire d'un magnifique repas où six cents plats divers s'offrent à ton appétit. Les manges-tu tous?

Non, sans doute, mais ce nombre prodigieux étend les bornes de ton choix, et, ravi de cette augmentation de facultés, tu ne t'avises pas de gronder l'amphitryon qui te régale. Fais de même ici: choisis et laisse le reste, sans déclamer contre ce reste, uniquement parce qu'il n'a pas le talent de te plaire.

Songe qu'il plaira à d'autres, et sois philosophe.

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Un incestueux, grand amateur de sodomie, pour réunir ce crime à ceux de l’inceste, du meurtre, du viol et du sacrilège, et de l’adultère, se fait enculer par son fils avec une hostie dans le cul, viole sa fille mariée et tue sa nièce.

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Né faux, dur, impérieux, barbare, égoïste, également prodigue pour ses plaisirs et avare quand il s’agissait d’être utile, menteur, gourmand, ivrogne, poltron, sodomite, incestueux, meurtrier, incendiaire, voleur, pas une seule vertu ne compensait autant de vices.

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C’est maintenant, ami lecteur, qu’il faut disposer ton cœur et ton esprit au récit le plus impur qui ait jamais été fait depuis que le monde existe, de pareil livre ne se rencontrant ni chez les anciens, ni chez les modernes. Imagine-toi que toute jouissance honnête ou prescrite par cette bête dont tu parles sans cesse, sans la connaître, et que tu appelles nature, que ces jouissances, dis-je, seront expressément exclues de ce recueil, et que, lorsque tu les rencontreras par aventure, ce ne sera jamais qu’autant qu’elles seront accompagnées de quelque crime ou colorées de quelque infamie.

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