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EAN : 9782756429809
416 pages
Éditeur : Pygmalion-Gérard Watelet (24/06/2020)
4.23/5   51 notes
Résumé :
Corée du Sud, années 1930. Sur l'île de Jeju, la plongée et la pêche sous-marine rythment le quotidien des femmes. Dans cette société matrifocale, les haenyeo travaillent pour subvenir aux besoins de leur famille pendant que les hommes s'occupent des enfants. Unies par leur amour de la mer, Mi-Ja et Young-sook, deux filles aux caractères opposés, aspirent à prendre la relève de leurs aînées. Au fil des ans, elles nouent une amitié profonde jusqu'à se considérer comm... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
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Fuyating
  26 juin 2020
Un nouveau roman très réussi de la part de Lisa See ! Une lecture passionnante abordant divers thèmes, que ce soit au niveau anthropologique, sociétale, historique ou tout simplement sur la nature humaine.
Ce roman, comme le livre précédent de Lisa See (« La mémoire du thé »), peut être lu comme une étude anthropologique. En effet, il est foisonnant de détails sur les haenyeo et la société matrifocale (une culture centrée sur les femmes). Nous en apprenons beaucoup sur ces nageuses de l'île de Jeju, leur travail, leur quotidien et leur solidarité entre plongeuses. Ce sont des femmes fortes qui font vivre leur famille. Elles seules ramènent de la nourriture et de l'argent tandis que leurs maris sont des hommes au foyer, font la cuisine et gardent les enfants. le récit est absolument passionnant et j'ai adoré suivre ces femmes qui s'entraident et prennent soin les unes des autres, chantant des chansons colorées et abordant des sujets parfois grivois (pour l'époque). La mer est toute leur vie, elle leur donne de quoi vivre, mais est aussi dangereuse et destructrice. J'ai également aimé le détail selon lequel elles se reconnaissent à leur sumbisori qui est unique (le souffle et l'inspiration qu'elles prennent quand elles fendent l'eau et reviennent à la surface).
L'auteure nous dévoile l'importance du chamanisme qui est très présent sur l'île. Les haenyeo y font souvent appel, même pendant l'interdiction des croyances. Cela leur permet d'essayer de trouver la paix à la mort de l'une des leurs et de pouvoir replonger sans crainte.
Nous y voyons aussi comment peu à peu le métier évolue et tentent moins les jeunes filles au fil du temps qui, grâce à leur mère, peuvent enfin faire des études (qui n'étaient avant destinées qu'aux garçons) et privilégier un métier moins dangereux.
Nous en apprenons également beaucoup sur l'Histoire de l'île de Jeju, ayant connu moults drames. Nous y découvrons la vie difficile sous occupation japonaise, les enrôlements de force de jeunes hommes dans l'armée pendant la Seconde guerre mondiale, puis l'arrivée des Américains et les massacres ayant suivis, connus sous le terme d' « Incident du 3 avril ». Il est terrible de voir le nombre de morts et de familles détruites, ainsi que l'impossibilité à de nombreuses personnes de partir de l'île ou de faire des études à cause de la culpabilité par association, culpabilité d'ailleurs pour la plupart du temps absolument pas prouvée.
Outre l'Histoire et la société coréenne, nous y trouvons également des thèmes universels : la puissance de l'amitié et de la solidarité, l'importance de la transmission, mais aussi la souffrance d'un deuil, le long chemin de la résilience et du pardon.
J'ai été très touchée par les deux héroïnes Young-sook et  Mi-ja, par la beauté de leur amitié, et bouleversée par leur destin et les drames auxquelles elles ont dû faire face.
Je vous recommande donc chaudement cette magnifique lecture, très touchante et passionnante. L'auteure a fait de nombreuses recherches pour écrire ce livre et nous fait part de sa bibliographie et de ses rencontres à la fin du roman.
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Mariloup
  13 octobre 2020
L'île des femmes de la mer de Lisa See est le seul roman que j'avais sélectionné lors de la masse critique organisée par Babelio, c'était celui qui me tentait le plus, celui que j'avais envie de lire depuis sa sortie. J'étais donc heureuse d'apprendre que j'allais le recevoir, le dévorer et le chroniquer. de plus, cela faisait longtemps que je voulais lire un roman de Lisa See et c'est aujourd'hui chose faite!
J'avais eu un gros coup de coeur pour le roman Filles de la mer de Mary Lynn Bracht dans le même genre, qui mettait aussi en avant les Haenyeo, ces femmes de la mer, bien que L'île des femmes de la mer est plus centrée sur elles alors que Filles de la mer se concentrait sur un autre sujet, notamment sur les femmes de réconfort pendant la Seconde Guerre Mondiale. Récemment, j'ai vu un documentaire sur ces fameuses femmes de la mer dont la pratique traditionnelle est encore présente bien que cela se perde avec le temps. Rien que ce documentaire m'a donné envie d'en savoir plus sur elles.
Que sont les Haenyeo de manière générale? Ce sont des femmes de tout âge, originaires de l'île de Jeju, au Sud de la Corée. Elles sont connues pour être de grandes plongeuses en apnée, courageuses et impressionnantes qui pêchaient pour nourrir leurs familles pendant que les hommes s'occupaient des enfants, malgré les très nombreux dangers de la mer. Elles sont représentatives d'une structure matriarcale sur l'île. Dans L'île des femmes de la mer, nous suivons la vie de Young-Sook et Mi-Ja, deux grandes amies, presque des soeurs, des Haenyeo des années 30 à 2008. Et quelle histoire!
Ce roman est une vraie mine d'informations! On sent vraiment que l'autrice s'est documentée, qu'il y a un vrai travail derrière pour que ce soit le plus réaliste possible et c'est tellement enrichissant! J'ai tellement appris sur les Haenyeo de jadis et celles d'aujourd'hui. J'ai pu voir l'évolution de cette pratique au fil du temps. J'aime le fait que ces femmes aient porté leur famille à bout de bras, qu'elles aient toujours gardé un lien avec Mère Nature, qu'elles ont maintenu l'équilibre en ne prenant que ce qui était nécessaire à la survie malgré les difficultés, qu'elles aient risqué leur vie pour prendre soin des leurs. J'ai apprécié cette solidarité entre femme de toute génération et de tout statut, cette transmission des valeurs et traditions de génération en génération. C'est quand même fou de savoir que cette pratique est désormais inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'Humanité de l'Unesco!
C'est aussi l'aspect historique qui m'a plu. Je ne suis pas très coutumière des épisodes de guerres et des événements dramatiques en Corée, en Asie de manière générale mais je commence vraiment à m'y intéresser. J'ai donc été ravie d'avoir les contextes suivants : l'avant/pendant/l'après Seconde Guerre Mondiale, la Guerre de Corée et un certain Incident du 3 avril qui fit des centaines de morts (de nombreux innocents tués). Ce fut très instructif et j'ai désormais hâte d'en savoir plus, je vais m'y intéresser de plus près.

Ce roman prend aux tripes, est émouvant même si pour ma part, je regrette de ne pas avoir au moins versé une petite larme et il y avait quand même un manque de rythme, pas mal de longueurs. C'est une lecture incroyablement féministe et inspirante, un récit à la fois beau et cruel. C'est une histoire de famille, d'amour, d'amitié, de survie, de valeurs, de traditions, de pertes, de douleur, de religions, de morts et de vie.
En bref, j'ai beaucoup aimé ma lecture avec laquelle j'ai tant appris, qui m'a inspiré, qui m'a fait voyager. Je ne regrette pas l'aventure! C'est le premier roman de Lisa See que je lis et je compte bien ne pas m'arrêter là, plusieurs de ses titres attendant bien sagement dans ma PAL. Belle découverte!
Je remercie Babelio et les éditions Pygmalion pour l'envoi et la découverte de ce roman que je voulais absolument lire.
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adrianalitunlivre
  07 avril 2021
Sur la petite île de Jeju en Corée du Sud, vivent les «femmes de la mer», les haenyeo. Dès leur plus jeune âge sous la tutelle de leurs aînés, les filles suivent une formation rigoureuse pour plonger dans les profondeurs de l'océan et récolter des oursins, des poulpes et autres délices, qui constituent la principale source de revenus des habitants. le plus étonnant, c'est que les haenyeo plongent dans des eaux glacées vêtues uniquement d'un costume de bain fin en coton fait maison, sans réservoir d'oxygène ni autre appareil de plongée.
Dans un renversement de rôle inhabituel à l'époque, les femmes subvenaient aux besoins de leur famille tandis que les hommes restaient à la maison pour s'occuper du foyer et des enfants. C'était une vie difficile et souvent pauvre. La mer, on le sait tous est imprévisible et impitoyable.
Dans ce récit, nous sommes entraînés dans l'histoire de Mi-ja et Young-sook qui se sont rencontrées pour la première fois à l'âge de sept ans et sont devenus des amies de coeur en partageant leurs secrets les plus profonds, leur amour de la plongée et de nombreuses aventures, tout en se promettant de toujours rester ensemble. Les troubles et bouleversements politiques mettent finalement leurs vies sur une autre voie et l'une des filles commet un acte impardonnable....une décision instantanée, un choix déchirant et les conséquences étouffantes les hanteront pendant de très nombreuses années.
le roman s'étend sur des décennies et comprend l'occupation japonaise de l'île dans les années 30 et 40, la Seconde Guerre mondiale, la guerre de Corée, l'insurrection communiste et le soulèvement du 3 avril 1948 qui a fait des dizaines de milliers de morts. Comme dans tous les livres de l'autrice, j'étais complètement fascinée par l'histoire. J'ai honte de dire que je ne savais absolument rien de la Corée ou le contexte historique de l'époque.
La culture et l'histoire de l'île de Jeju sont à la fois tragiques et triomphantes. Tragique, car il y avait toujours un gouvernement quelque part qui voulait prendre le contrôle de l'île en raison de son emplacement militaire stratégique. Triomphant parce que, comme les haenyeo inspirantes avec leurs capacités étonnantes, les habitants de l'île se sont propulsés des profondeurs vers la surface à maintes reprises.
Lisa See explore son sujet de prédilection: l'amitié entre femmes. À travers les yeux, les coeurs et les expériences de deux jeunes filles qui mûrissent et deviennent à leur tour des femmes avec leur propre famille, nous sommes transportés de manière transparente entre le passé et le présent.
J'ai tout aimé dans ce roman : l'histoire, les personnages, le décor et les nombreuses choses que j'ai apprises.
Une belle histoire, envoûtante et inspirante! Lisa See ne manque jamais de m'impressionner à travers son incroyable narration. Je recommande ce livre à 1000 % !
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Malavella
  27 mars 2021
Superbement documenté
L'auteure a lu des piles d'articles et de livres, visité des musées, même les conversations entre les personnages sont basées sur des témoignages qui lui ont été racontés par des femmes, l'auteure a même dormi dans une maison traditionnelle de haenyeo. Mais même l'histoire inventée de deux amies peut être considérée comme vraie. Elle illustre parfaitement ce qu'était la vie sous l'occupation, comment les relations sur l'ile se sont détériorées parce qu'il y avait des collaborateurs, et comment la violence et la suspicion régnaient. Enfin, il y a le lien avec les temps modernes, la vie des jeunes résidents de Jeju et le fossé énorme entre les générations des plongeuses travailleuses, analphabètes et habituées à une existence rude, et les jeunes.

Brillamment écrit
L'occupation par les Japonais, suivie par les Américains, beaucoup de violence, d'horreur même, la pauvreté, la suspicion entre les gens, le travail dangereux, la violence familiale... toutes ces souffrances. Et pourtant, l'auteure décrit tout cela de manière très vivante, en donnant au lecteur une impression d'authenticité. La lecture n'est jamais lourde ou dure, mais au contraire toujours fascinante. D'ailleurs, il n'y a pas que de la tristesse dans ce livre. Lisa See ne manque pas de décrire les bons moments, les bons épisodes, ou de raconter les blagues que font les haenyeo et leurs moments de bonheur personnel.
Ce bonheur, c'est principalement le bonheur de la mer, l'eau autour du corps, le son du coeur, le silence sous l'eau, être loin de tout. Et en plus gagner leur vie.
Quand elles sont vieilles et pleines de rhumatismes, rien ne peut les aider. Sauf ce massage de l'eau. Alors même vieilles, elles plongent encore. Plus aussi profond, mais assez pour ne pas sentir les articulations douloureuses. Elles le font jusqu'à ce que ce soit physiquement impossible.

Les haenyeo, le patriarcat - matriarcat renversé
Les Japonais avaient prélevé des taxes sur les prises que les hommes faisaient en plongeant sous l'eau. Les femmes étaient beaucoup moins taxées parce qu'elles récoltaient moins. Cela a créé un patriarcat ou un matriarcat inversé : les femmes plongeaient et récoltaient, les hommes restaient à la maison, allaient au magasin, s'occupaient des enfants. Les femmes ont appris à plonger, parfois jusqu'à vingt mètres. de plus, les femmes effectuaient tous les travaux à la ferme (agriculture) ! Mais à l'origine, Jeju était un patriarcat, et ça se voit. Les femmes ont de lourdes responsabilités, elles travaillent très dur, elles sont en danger lorsqu'elles plongent. Elles sont les cheffes à la maison, mais pas tout à fait. La chose la plus importante pour une femme mariée continuait d'être de donner naissance à un garçon (pas à une fille, même si celle-ci peut gagner de l'argent). Certains hommes battent leur femme : il y a donc encore de la violence familiale contre les femmes. D'autres boivent, ou jouent avec l'argent durement gagné. Et ce qui est très atypique pour un matriarcat, c'est que lorsque la femme se marie, elle quitte sa famille pour rejoindre la famille de son mari. Dans un vrai matriarcat, l'homme vient dans la famille de la femme.
Par coïncidence, avant ce livre, je venais de lire l'ouvrage de non-fiction "Et l'évolution créa la femme" de Pascal Picq. Bien qu'il existe de nombreuses formes de matriarcat, j'ai surtout reconnu ici le "patriarcat inversé".

Jeju
Quels malheurs ont connu / connaissent les habitants de Jeju. Politiquement, leur ile est située à un endroit très stratégique. Chaque occupant peut l'utiliser comme un pont vers un autre pays qu'il veut attaquer. Jeju est donc une ile pour laquelle ils sont prêts à se battre. Les occupants japonais étaient déjà mauvais, mais les Américains, qui ne connaissent rien de la culture asiatique, bien pire. Mais qui aurait cru que sous la domination américaine, c'étaient les Coréens eux-mêmes qui ont été les pires pour leur propre peuple ? Ceux qui avaient auparavant collaboré avec les Japonais devaient s'occuper de tout, ce n'étaient pas les personnes bienveillantes. En outre, les Américains étaient convaincus que Jeju était un foyer de communistes, et c'étaient des criminels, des brutes violentes qui avaient gardé la frontière nord-coréenne qui devaient y maintenir l'ordre.... Alors que les femmes voulaient rester à l'écart des idéologies et vivre leur vie.

Et aujourd'hui ?
La Corée, et par conséquent Jeju, sont officiellement toujours en état de guerre avec la Corée du Nord. Ils ne sont pas vraiment indépendants, la situation est toujours dangereuse. Pour l'instant, il y règne une sorte de paix.
Désormais, Jeju est beaucoup visitée par les touristes, les haenyeo sont une attraction. Malheureusement, il n'en reste pas beaucoup. Il y en a 2.500 (quand j'écris cette critique, en 2021), la plupart ont plus de soixante ans. Parfois pourtant, de jeunes femmes se présentent pour apprendre à devenir une haenyeo. Elles sont attirées par l'ambiance, le travail avec les femmes. Et la capture que fait une haenyeo rapporte beaucoup plus d'argent qu'avant. Elles ne doivent travailler qu'à temps partiel pour pouvoir s'offrir une vie confortable.
Les haenyeo se font rares, mais existent toujours.
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Missnefer13500
  24 septembre 2020
Challenge les Féminines**Difficile de faire entrer ce roman dans une case, hormis celle du coup de coeur. du méga coup de coeur !
Lisa See maitrise son sujet et, bien qu'elle aborde de nombreuses thématiques, sociétales, culturelles, historiques, le point de liaison reste la nature humaine et les relations qui en découlent, fortement influencées par l'éducation, la grandeur d'âme et les évènements. Et jamais l'auteure ne s'égare tant sa trame est bien ficelée et tous les sujets s'imbriquent parfaitement entre eux.
Si, comme moi, vous ignorez tout de la culture des haenyeo, que vous en savez, si peu sur l'histoire de la Corée du sud, sur la famille matrifocale — attention à ne pas confondre avec matriarcale —, que vous n'imaginiez même pas que des grands-mères coréennes aient passé toute leur vie dans l'eau, dans des conditions étonnantes difficiles et étonnantes, croyez-moi, vous ressortirez époustouflée, impressionnée, émue à l'issue de cette lecture, particulièrement passionnante et touchante.
Le récit, foisonnant de détails, sans que cela soit ni lourd ni ennuyeux vous transporte dans 2 périodes différentes, la contemporaine et dans le passé de nos protagonistes centraux, de leurs enfance à leur vie d'adulte, un peu plus centré, néanmoins sur l'une d'elle. Choix délibéré de l'auteur qui saura nous surprendre et nous émouvoir. Avec elles nous découvrons le mode de vie d'une des famille de Jeju, île coréenne, alors sous le joug japonais. le volet historique s'y trouve très présent, en parallèle d'une histoire d'amitié puissance. Culture et traditions y tiennent également une grande place, et sont essentiels à l'intrigue générale.
On ne ressort pas indemne d'une telle lecture, Lisa See ne nous épargnant pas les dures conditions de vie de ce peuple et les divers faits historiques, — dont personnellement je n'avais jamais entendu parler — et qui ne laissent pas indifférent, d'autant que l'auteur les utilise pour les imbriquer à la vie de ses personnages.
Le récit suscite de l'émotion et nous déconcertera jusqu'au bout sans que nous devinions l'issue avant les derniers chapitres relatifs aux évènements présents et qui conclura, admirablement et de manière surprenante la relation amicale entre Mi-ja et Young-Sook. J'avoue que que l'auteure m'a scotchée.
Mon premier livre de Lisa See et probablement pas le dernier.
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Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
MalavellaMalavella   26 mars 2021
Sur cette bénédiction - et cet avertissement - Mi-ja me prit la main et nous sautâmes ensemble dans l’eau, les pieds en premier. Aussitôt, le choc du froid. Je m’agrippai à ma bouée, les jambes battant sous moi. Mi-ja et moi nous regardâmes dans les yeux. Il était temps d’avaler notre souffle d’eau. Ensemble, nous prîmes un souffle, un souffle, un souffle, emplissant entièrement nos poumons, élargissant notre poitrine. Puis nous descendîmes. Près de la surface, la lumière filtrait, turquoise et brillante. Autour de nous, les autres descendaient dans le canyon qu’avait décrit Mère, la tête pointée vers le fond, les pieds tendus vers le ciel. Ces femmes étaient rapides et puissantes, elles avançaient d’une longueur de corps, une autre longueur de corps, toujours plus profond dans l’eau d’un bleu toujours plus sombre. Mi-ja et moi peinions à prendre une posture si droite. Le pire pour moi, c’était le masque. Même à cette faible profondeur, sous l’effet de la pression, le bord en métal m’entaillait la peau. Il limitait aussi ma vision périphérique, créant un danger supplémentaire et m’obligeant à redoubler de vigilance dans cet environnement spectral.

En tant que plongeuses novices, Yu-ri, les Kang, Mi-ja et moi pouvions seulement descendre de deux longueurs de corps, mais j’observais ma mère disparaître dans l’abîme noir du canyon. J’avais toujours entendu dire qu’elle pouvait atteindre vingt mètres, parfois plus, en un seul souffle, mais mes poumons me brûlaient déjà et mon cœur battait dans mes oreilles. Je donnai un coup de pied pour remonter, j’avais l’impression que mes poumons allaient exploser. Dès que je perçai la surface, mon sumbisori éclata et se répandit dans l’air. On aurait dit un profond soupir – aaah – et je m’aperçus que c’était exactement comme Mère me l’avait toujours décrit. Mon sumbisori était unique. De même que celui de Mi-ja, que je découvris quand elle fendit l’eau à côté de moi. Wheeee. Nous nous sourîmes, avalâmes à nouveau notre souffle d’eau et replongeâmes. La nature me disait quoi faire. Quand je remontai à nouveau à la surface, j’avais un oursin à la main. Ma première prise ! Je le plaçai dans le filet accroché à mon tewak, pris une autre série de profondes inspirations et redescendis. Je restais dans le champ visuel de Yu-ri, même si nous faisions surface à différents intervalles. Dès que je cherchais Mi-ja, je la trouvais à moins d’un mètre de l’une des sœurs Kang, qui restaient elles-mêmes proches l’une de l’autre.
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MalavellaMalavella   26 mars 2021
(Saut en avant vers 1968)
Nous étions accroupies devant le bulteok quand un homme nous cria dans un mégaphone :
« Aujourd’hui, les grand-mères plongeuses partiront à deux kilomètres pour travailler en profondeur. Je demanderai au capitaine de déposer les plongeuses juniors dans une crique riche en oursins. Nous n’avons pas de plongeuses novices aujourd’hui, donc pas besoin de nous en préoccuper. Je vous dis toujours qu’il nous faut davantage de plongeuses novices. S’il vous plaît, continuez à encourager les jeunes femmes de votre famille à rejoindre le collectif. »
Il était déjà assez énervant qu’un homme nous dise quoi faire, mais qu’il crie dans un mégaphone rendait la situation encore plus insupportable. Nous étions peut-être dures de l’oreille, mais tout le monde avait toujours réussi à me comprendre quand nous étions assises autour du feu pour discuter du programme de la journée. J’étais toujours la cheffe de notre collectif, et les autres haenyeo se tournèrent vers moi pour remettre cet homme à sa place.
« Comment sommes-nous censées recruter des plongeuses novices si vous avez changé les règles pour dire qui peut plonger ?
— Ce n’est pas moi qui ai changé les règles, cria-t-il, indigné.
— Très bien. Pas vous. Des politiciens loin d’ici ont fait une loi, mais que savent-ils de nos pratiques et de nos traditions ? »
L’homme bomba le torse. Ce n’était vraiment pas sa faute, mais la loi adoptée six ans plus tôt qui n’autorisait qu’une seule plongeuse par famille – sans nous demander notre avis – avait été un coup terrible pour les foyers dont le revenu dépendait des grand-mères, des mères et des filles.
« Depuis toujours, si une femme se marie ou déménage, elle perd ses droits dans son village, dit-il.
— Et alors ? Il y a des années, quand je me suis mariée et que je suis partie dans un autre village, j’ai tout de suite été acceptée dans le collectif. Maintenant, une femme ne peut demander une licence qu’après avoir vécu soixante jours dans un nouveau village. Et si sa mère ou sa belle-sœur est déjà plongeuse, alors…
— S’il ne peut y avoir qu’une seule plongeuse par foyer, comment pouvons-nous amener nos filles en mer ? intervint Yang-jin.
— Et même si je pouvais les amener, pourquoi le ferais-je ? ajoutai-je.
— Vous allez me parler de Joon-lee, c’est ça ? » demanda l’homme avec un profond soupir.
Oui, car je savais que cela l’agaçait.
« Ma fille cadette fréquente l’université à Séoul.
— Je sais, je sais.
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MalavellaMalavella   27 mars 2021
Agriculteurs, pêcheurs, ouvriers et haenyeo participèrent à la grève, ainsi que des policiers, des enseignants et des agents des postes. Les hommes d’affaires quittèrent leur bureau au port, dans les banques et les entreprises de transport. Les commerçants fermèrent boutique. La grève fut un succès immédiat et écrasantmais les dirigeants la qualifièrent d’influencée par les rouges. Cela poussa le gouvernement militaire américain à faire front avec les plus intransigeants et le gouvernement du continent pour envoyer des membres de l’Association des Jeunes Hommes du Nord-ouest pour aider à maintenir l’ordre.
Je me rendis au bulteok non pour travailler mais pour échanger des informations. Tout le monde avait quelque chose à dire, mais aucune bonne nouvelle.
« La plupart des hommes de l’Association des Jeunes Hommes du Nord-ouest se sont enfuis de la zone au nord du 38e parallèle. Ce sont les pires ! » bouillait Gi-won.
Sang-mun aussi avait réussi à fuir le territoire sous contrôle communiste, j’avais donc une idée de ce que cette expérience pouvait faire à un homme.
« Beaucoup d’entre eux sont des bandits, des délinquants, des criminels », renchérit Ki-yeong, ma voisine. Puis elle ajouta une nouvelle triade, presque comme un slogan : « Ils sont féroces, violents et sans pitié.
— J’ai entendu dire ça aussi, concorda Gi-won. Ils sont arrivés ici sans rien. C’est dire à quelle vitesse ils ont dû fuir de chez eux. Maintenant, on leur dit de se payer sur la bête. Vous allez voir. Ils vont être encore plus voraces que les Japonais quand il s’agira de voler notre nourriture et nos autres ressources. »
Mais ce fut la fille de Ki-yeong, Yun-su, qui rapporta l’information la plus effrayante.
« Une amie m’a raconté qu’ils se comportent comme des chiens enragés quand il s’agit de communisme. Ils détestent Jeju parce qu’ils croient qu’on est des rouges. J’ai entendu dire qu’ils appelaient l’île le Petit Moscou. Ils appellent Jeju l’île aux cauchemar."
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FuyatingFuyating   25 juin 2020
Personne ne choisit une amie pour nous ; nous nous rapprochons par choix. Nous ne sommes pas liées par une cérémonie ni par la responsabilité d'enfanter un fils ; ce sont les moments qui nous lient. L'etincelle quand nous nous rencontrons. Les rires et les larmes. Les secrets gardés, chéris et protégés. L'émerveillement que quelqu'un puisse être tellement différent de toi et pourtant comprendre ton coeur comme personne d'autre.
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FuyatingFuyating   25 juin 2020
On dit que la mer est comme une mère. L'eau salée, le pouls et les accélérations du courant, le battement de ton coeur amplifié, les sons étouffés par l'eau rappellent le ventre maternel.
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Vidéo de Lisa See
« Inspirée par des faits réels, Martha Hall Kelly a tissé l'histoire de trois femmes durant la Seconde Guerre mondiale, une histoire qui montre le courage, la lâcheté et la cruauté de ces années. Cette part de l'Histoire ? et de l'histoire des femmes ? ne doit jamais être oubliée. » Lisa See, auteure de Filles de Shanghai
« Un roman qui met en lumière les souffrances de ces femmes, et de tant d'autres. J'ai été émue aux larmes. » San Francisco Book Review
À New York, Caroline Ferriday travaille au consulat français. Mais lorsque les armées hitlériennes envahissent la Pologne en septembre 1939, c'est tout son quotidien qui va être bouleversé.
De l'autre côté de l'océan, Kasia Kuzmerick, une adolescente polonaise, renonce à son enfance pour rejoindre la Résistance. Mais la moindre erreur peut être fatale.
Quant à l'ambitieuse Herta Oberheuser, médecin allemand, la proposition que lui fait le gouvernement SS va lui permettre de montrer enfin toutes ses capacités. Mais une fois embauchée, elle va se retrouver sous la domination des hommes...
Les vies de ces trois femmes seront liées à jamais lorsque Kasia est envoyée à Ravensbru?ck, le tristement célèbre camp de concentration pour femmes. À travers les continents, de New York à Paris, de l'Allemagne à la Pologne, Caroline et Kasia vont tout tenter pour que L Histoire n'oublie jamais les atrocités commises.
Un premier roman remarquable sur le pouvoir méconnu des femmes à changer L Histoire à travers la quête de l'amour, de la liberté et des deuxièmes chances.
Plus d'infos sur le livre : http://www.editionsleduc.com/produit/1393/9782368121931/
Retrouvez-nous sur Facebook : https://www.facebook.com/Editions.charleston/
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