AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
EAN : 9782021223316
304 pages
Éditeur : Seuil (09/04/2015)

Note moyenne : 4.19/5 (sur 204 notes)
Résumé :
Et si notre civilisation s'effondrait ? Non pas dans plusieurs siècles, mais de notre vivant. Loin des prédictions Maya et autres eschatologies millénaristes, un nombre croissant d auteurs, de scientifiques et d'institutions annoncent la fin de la civilisation industrielle telle qu'elle s est constituée depuis plus de deux siècles. Que faut-il penser de ces sombres prédictions ? Pourquoi est-il devenu si difficile d'éviter un tel scénario ?
Dans ce livre, Pab... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (29) Voir plus Ajouter une critique
Cette critique peut heurter la sensibilité de certains lecteurs.
Hugo
  04 avril 2019
Climat : Psttttt….. Eh pstttttt
Capitalisme : Putain encore lui…
Politique : J'ai rien dit je te jure
Démocratie : ça sent la merde
Famine : A qui le dis tu
Climat : Je vais vous niquer vos races
Capitalisme : 50 ans que tu nous dis ça, à part quelques tsunami et autres banalités qui n'impressionnent plus grand monde… on s'en branle…
Misère : Nous on écope toujours…
Politique : Nous on ….
Capitalisme : Nous on …. Nous on rien du tout, alors tu fermes bien ta gueule
Démocratie : Va falloir raquer si vous voulez pas que je me barre
Capitalisme : on a besoin de toi, fais pas le con
Politique : plus que jamais…
J'en suis venu à lire ce bouquin pour donner suite à ma lecture de « Henri Laborit : L'éloge de la fuite », un essai de sociologie qui pourtant ne traite absolument pas du catastrophisme écologique, mais plutôt qui tente d'expliquer celui de l'humain : son imaginaire avec des trucs cognitifs qui nous polluent le cerveau, le tout pour inventer un tas de principes de merde : langage, dominance/dominé, éducation, échelle sociale, élite etc…
En croisant quelques recherches sur ces passionnants sujets, on finit par s'interconnecter avec la psychologie, la philosophie, l'anthropologie enfin touts les trucs un peu chiadés en « ie »… Pour raccourcir un peu il n'y a qu'à lire « Diamond, Jacquart, Reeves, Ziegler, Laborit et un tas d'autres auteurs tout aussi légitimes que je n'ai pas lu, en faisant abstraction d'un parti pris humain propre à chacun, mais dans les grandes lignes : Darwin a fait du bon boulot, les grands philosophes des bonnes bouffes, et tout ce petit monde a plus ou moins raison en fonction des découvertes et du temps qui trépasse, en bref ils racontent un peu tous les mêmes choses… si si quand même… je caricature ? Pense-tu, à un poil de cul près de ma médiocre vulgarisation : je suis dans le vrai.
Raccourcissons donc le passé et tout le reste parce que c'est trop long, si si mesdames, je vous assure, c'est des tas de bouquins, de réflexions, de pensées, de courants, de conférences pour aboutir tout simplement à notre mort qui quoi que l'on invente finira pas nous emporter dans l'oubli le plus complet :
Donc à mesure que les millions d'années se sont écoulées, nous sommes arrivés au pic de l'enculerie la plus spectaculaire, un paradoxe incroyable qui donne l'équation suivante :
pour s'en sortir, c'est trop tard, la mondialisation a cannibalisé tout sur son ambitieux projet d'enrichissement pour les dominants... pour des alternatives sérieuses et durables ? Faudrait encore plus accélérer l'effondrement avec une consommation d'énergie démesurée et une croissance toujours plus exponentielle, le capitalisme ou la loi de plus-value, « l'exploitation de l'homme par l'homme »...
On a colonisé, éradiqué au nom du seigneur pour prêcher la bonne parole, pour apprendre la civilisation aux sauvages, mais surtout pour épuiser toutes leurs richesses, ensuite on a manipulé, corrompue pour maintenir notre domination, les lobbys se frottent les mains et leur portefeuille.
On favorise la misère en créant des besoins, et des rêves toujours plus fous, toujours plus futiles, on invente des mythes et des contes de fées pour fédérer et asservir, pour dominer les masses...
On écrase les alternatives par la dépendance, on écrase la rébellion par la répression, les tours d'ivoires se dressent pour une élite minoritaire qui s'enrichit en s'appropriant la connaissance, toujours plus vite, toujours plus haut, toujours plus grand… pourtant avec un vrai partage des richesses, le capitalisme est un excellent système, voir le meilleur.
Et oui avec un vrai partage des richesses, plusieurs monnaies locales, des partenariats locaux avec une production locale on pourrait survivre, Cuba a bien réussi, même si il y a plus de misère sociale, ils ont su s'adapter, devenir débrouillards et auto suffisant, eux ils sont prêts à l'effondrement car ça fait un moment qu'ils ont trouvé des alternatives, peu importe ce que pensent les gens dans leur jacuzzi, à siroter des bulles spéculatives en attendant leur mort, la réalité c'est que tout est possible ; la permaculture, l'entraide, l'adaptation, l'imaginaire, il faut juste se réinventer, oublier nos rêves d'un confort sans limite qui nous pousse à chercher le bonheur dans la bêtise sans jamais profiter d'une réelle liberté.
Le problème c'est que notre inventivité se profite à court terme et se condamne à long terme, notre égoïsme, notre soif de domination nous a aveuglé, aujourd'hui il y des faits scientifiques et sérieux, comme toute théorie il y a des impondérables, des inconnus, mais quand bien même, nous sommes hermétique à la spéculation, pour prendre conscience d'une catastrophe, il faut un danger immédiat palpable, et là on panique, et là on sonne l'alarme, mais le bateau commence déjà à couler, les statistiques avaient pourtant calculé les dangers :
« quéquette ouais, plein gaz que je vous dis, je n'ai que faire de toutes ces conneries… » le Titanic a coulé , quand on veut montrer sa bite en public, en général on finit par avoir des problèmes, mais des fois ça passe…
Aujourd'hui tout est interconnecté partout dans le monde, Une crise, "pffff no problem", on réinjecte encore plus d'argent, on crée des tas de produits spéculatifs, on fou à la rue quelques prolétaires de plus, on crée de la misère, on robotise, on creuse plus profond, il nous faut de la croissance, de la consommation, donner l'envie aux pauvres d'être riche, aux riches d'être très riche, on maitrise l'art du sophisme, de la rhétorique, on occupe les masses à bosser toujours plus sur des machines toujours plus performantes, les gens subissent, survivent, ils perdent les connaissances, ils n'ont plus le temps d'apprendre, si demain le bateau coule, il ne savent plus nager…
Mais surtout on épuise la terre de ses ressources à grande échelle, et on s'enfonce la tête dans la sable jusqu'à l'agonie la plus perverse.
Aujourd'hui même les experts ne peuvent même plus anticiper ce qui va se passer dans les domaines de l'économie tellement c'est instable et fragile… le climat se dérègle, ça devient une banalité, on s'inquiète peu de la routine, les périodes migratoires s'accentuent, on est partagé entre notre confort et les droits de l'homme, mais quand le phénomène va s'amplifier, on va s'habituer à la répression, les extrêmes arrivent au pouvoir, les murs se dressent, et le déni des plus riches fait passer tout ça pour du catastrophisme à deux balles menés par des gourous scientifiques à la con qui nous emmerdent avec leurs théories fumeuses…
Pourtant le pétrole s'épuise, et sans pétrole, c'est guerre et guerre, maladies famine et un effondrement totale, le réchauffement nous brule les fesse, 2, 3, 4 degrés et la mer monte, les dérèglements climatiques s'amplifient, tout le système s'effondre, nous sommes trop dépendants de nous même à travers le monde, on ne sait plus se débrouiller tout seul…
Ce livre est un condensé de tous ces facteurs, de notre salut prochain étayés pas des études récentes, il explique clairement pourquoi et comment… Il répète ce que l'on nous a rabâché depuis 50 ans, il rejoint l'avis de nombreux sociologues, écologistes, scientifiques, philosophes, biologistes, économistes etc…
Il y a des solutions, compliquées, anxiogènes, car il n'y a plus de sens à notre vie présente comme on nous l'a éduqué et vendu depuis notre naissance et comme on l'a rêvé.
Moi je gagne bien ma vie, par contre je me fais chier dans mon taf, j'ai vendu mon âme au capitalisme pour payer les croquettes des chats et un tas d'autres trucs qui ne me servent que pour l'instant éphémère du bonheur déjà passé… mais de quoi je me plains moi ? hum de ma bêtise, de mon manque de discernement, de mon immaturité, de mon égoïsme, je travaille pour des multinationales immorales, condamnées parfois, et il faut aller toujours plus vite, avec toujours moins, dès l'école la compétion sonne comme la norme, on nous forme à aller vite, si on ne suit pas , nous ne sommes que de la merde incompétente, faut rentrer dans la spirale capitaliste.
Je me suis enfermé dans cette vie à la con qui me casse les couilles, devenu dépendant d'un niveau de vie ridicule, alors j'essaie de me soigner un peu, à mon échelle, le chemin est long, l'ennui au taf difficile, mais rien n'est perdu quand on a des rêves et un peu d'inventivité…
Bref lisez ce livre, ça parle d'écologie et c'est sérieux, mais vous avez droit de fermer les yeux, peu importe l'important c'est de le dire, le moment venu on s'adaptera dans la douleur certes mais on s'adaptera.
A plus les copains
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          6319
Kittiwake
  03 mars 2018
J'ai hésité avant de souscrire à la proposition de Pablo Servigne de m'ouvrir les yeux sur notre avenir à plus ou moins long terme. En ressortirais-je démolie? ou juste plus consciente?
"Le sujet de l'effondrement est un sujet toxique qui vous atteint au plus profond de votre être. C'est un énorme choc qui dézingue les rêves."
"Commencer à comprendre puis à croire en la possibilité d'un effondrement revient finalement à renoncer à l'avenir que nous nous étions imaginé . C'est donc se voir amputés d'espoirs, de rêve t d'attente que nous avions forgés pour nous depuis la plus tendre enfance, ou que nous avions pour nos enfants "
Mais à moins de volontairement s'abstraire des médias ( et c'est un boulot à plein temps), il est impossible de se voiler complètement la face. Même en tenant compte du fait que nous sommes informés travers des filtres inévitables (liés à la fois au besoin de sensationnel mais aussi à la masse de sujets et d'événements qui ne peuvent pas tous faire la une), on a quand même bien l'impression que quelque chose s'est détraqué au dessus de nos têtes et sous nos pieds, et que quelques idiots tiennent les rênes d'un traineau chargé de munitions capables de tout détruire y compris les conducteurs fous.
Certes, naguère , il était impossible d'être informé en temps réel des cyclones et incendies qui ravagent régulièrement nos voisins de planète, mais on voit bien que ces événements sont de plus en plus fréquents et violents.
De même l'immigration, pressentie par quelques visionnaires de la fin du siècle dernier, est là, bien présente à nos portes, et liée au manque d'eau, de ressources, qui entrainent la guerre et donc la fuite.
Je ne parle même pas de la chimère économique qui orchestre l'ensemble de nos institutions et conditionne la disponibilité de nos besoins vitaux, et des autres possessions matérielles on nous a persuadé quelles étaient indispensables
Alors on pourrait naïvement compter sur les fameuses alternatives, les énergies renouvelables, durables, ose-t-on même les nommer. Mais que nenni! Les matériaux que requièrent nos tournoyantes éoliennes, les panneaux qui exposent leur surface au soleil, certes utilisent une source d'énergie infinie , mais pour les construire ces bidules, il faut des matières premières rares et …épuisables. Raté.
Donc c'est mal barré.
Ce que ne dit pas l'auteur, et c'est ce qui le différencie d'un gourou de la dernière heure, c'est quand : dans 10 ans, 20ans , à la fin du siècle?
Ni comment : on a le choix (encore que non ce ne sera pas un choix ) . Guerre, accident nucléaire, épidémie, famine, fléaux qui pourront se combiner.
Et que restera-t-il de nous : quelques survivants? dans quel état, ou personne?
Tableau bien sombre, désespérant. Oui mais. La politique de l'autruche n'a jamais sauvé les autruches. Et d'autre part, il y a peut-être de l'espoir derrière ce constat affligeant. Pas pour sauver tout le monde , c'est clair. Et je fais le lien avec le magnifique essai d'Abdennour Bidar, les Tisserands, qui se réfère à ces initiatives le plus souvent locales de gens qui comme vous et moi, avec les moyens du bord tentent de « réparer le tissu déchiré du monde ». Cela n'empêchera pas la catastrophe mais la retardera peut-être et la rendra moins douloureuse.
Les études sont claires, les chiffres incontestables, on est arrivé à la fin d'un cycle. Serait-ce le moyen de retrouver le paradis perdu qu'était cette planète au temps des chasseurs-cueilleurs, époque à la quelle, les inégalités étaient minimes entre les individus, dans un équilibre que vint rompre l'élevage des animaux?

Pour paraphraser une célèbre chroniqueuse de Babelio, on est peu de chose, sur une minuscule sphère prétentieuse, qui de toute façon ne survivra pas à la mort du soleil, inéluctable elle-aussi. alors un peu plus tôt, un peu plus tard?
Lien : http://kittylamouette.blogsp..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          586
Erik35
  04 mars 2019
«NOUS ALLONS TOUS MOURIR !»
Les fans d'une certaine série télévisée crée par le metteur en scène et comédien Alexandre Astier auront évidemment reconnu l'une des phrases cultes attribuées au personnage de Bohort (chevalier d'ailleurs pour le moins oublié de la grande Geste Arthurienne). Blague et références populaire mises à part, s'il est une certitude, c'est bien celle-ci ! Il n'empêche : si nous avons individuellement la certitude de notre fin prochaine (malgré les délires trans-humanistes de certains), quelque chose en nous est pour ainsi dire "programmé" pour nous imposer cette idée que d'autres après nous poursuivrons "notre" oeuvre, à commencer par notre descendance directe et donc un peu de nous-mêmes à travers nos gênes, ainsi que la transmission de "valeurs", ou encore tel ou tel type d'éducation, de convictions (religieuses ou pas), et qu'ainsi nul ne meurt vraiment, même après l'arrêt définitif du muscle cardiaque et l'anéantissement du cortex cérébral. Las ! Tel le Bohort (ou Bors selon les versions) de la légende qui, seul des trois héros partis à la découverte du Graal (avec Galaad et Perceval) revint vivant de cette quête ultime afin d'annoncer aux hommes qu'il a été retrouvé, Pablo Servigné et son acolyte Raphaël Stevens nous sont revenus du pays des chiffres, des études statistiques, des ouvrages de spécialistes, didactiques ou non, vulgarisés ou savants, des conclusions d'expertises toutes plus pointues et précises les unes que les autres pour nous annoncer, en quelque sorte, qu'ils y ont vu la fin possible - probable ? - de NOTRE monde thermo-industriel et comment elle est sans doute sur le point d'arriver, que «nous allons tous mourir», mais cette fois possiblement de manière collective...! Ce qu'il ne faut, au passage, surtout pas confondre avec la fin DU monde - ce que le cinéma hollywoodien aime tant mettre en scène sous cette appellation biblique d'Armageddon -, cet effondrement annoncé ici devant assurément faire place à "autre chose", à d'autres manières inédites ou resucées de concevoir le monde, les rapports à l'autre au sein d'une société, le développement, etc. Inutile, donc, d'aller creuser un abri anti-atomique géant capable de durer mille ans ni de passer tous vos futurs week-end à apprendre comment survivre seul, sans eau et avec un simple couteau suisse dans la jungle : la résolution des problèmes à venir ne réside probablement pas plus dans ce genre d'approche "survivantiste" et, reconnaissons-le, terriblement égoïste.
Certes, ce genre de nouvelles alarmistes, catastrophistes, définitives ne sont pas, en elles-mêmes, inhabituelles. Les grands mouvements millénaristes reposent pour une grande part sur ce genre d'annonces. Mais, d'une part, le discours de nos deux chercheurs est bien plus subtil, modeste et documenté que ne le seront jamais les élucubrations de quelque gourou en mal de notoriété ou de toute puissance et, d'autre part, s'ils ont la quasi certitude d'UN effondrement à venir - avec cette autre certitude que ce n'est plus pour "après-demain" ni même pour un demain encore un peu lointain, mais pour un demain proche, à l'échelle d'une vie humaine -, ils n'ont ni la capacité ni le désir (par simple honnêteté intellectuelle) d'en annoncer la date pas plus que les modalités de cet effondrement. Mieux (ou pire, selon les points de vue), si toutes leurs conclusions les incitent à affirmer que notre actuelle civilisation thermo-industrielle telle qu'elle s'est développée depuis l'invention du moteur à vapeur il y a environ deux siècles (et qui a, en quelque sorte, inséré des millions d'esclaves carbonés et petro-chimiques dans nos moteurs à fabriquer de la "croissance") est sur le point inéluctable de basculer vers sa fin plus ou moins prochaine (mais plutôt plus que moins), cela ne signifie en rien, selon eux, qu'après ce sera juste la fin de tout ou "seulement" le chaos absolu. Toute l'histoire de l'humanité est parcourue par ces effondrements, souvent rapides et lents à la fois, de grandes civilisations. L'effondrement structurel, économique, culturel et sociétal le mieux documenté, sans doute, est celui de l'Empire Romain, qui s'est déroulé en l'espace de trois ou quatre générations (avec quelques moments d'accélération ici et là) peut déjà nous offrir quelques indices quant à notre propre effondrement à venir. Mais il nous dit aussi autre chose : c'est que les supposés "temps barbares" qui lui ont succédé ne sont pas, loin s'en faut, cette période affreuse de chaos total, de loi de la jungle irrémédiablement violente que les historiens d'antan se sont souvent complus à décrire. Si la disparition des grands États centralisés, des institutions administratives complexes, des corpus légaux byzantins, bref, de tout ce qui structurait l'existence de nos antiques, est avérée comme faisant suite à ces chutes civilisationnelles, il n'en demeure pas moins que d'autres manières de réguler les sociétés, de mettre en place d'autres types de "vivre-ensemble" pour reprendre une expression affreusement en vogue (et qui finit par ne plus vouloir dire grand chose à force d'être évoquée à toutes les sauces), de refonder le contrat social cher à Rousseau se mettent en place très vite, et pas forcément que pour le pire. (Voir à ce sujet, et pour les lecteurs pressés mais curieux, l'excellentissime quatrième volume de "L'histoire dessinée de la France" intitulé "Les Temps barbares". Il y est fortement question de la mutation de l'Empire romain en cette autre chose moins informelle mais tout aussi opérante, finalement) que furent les instables royaumes francs. de même, une importante documentation historique et scientifique prouve désormais avec certitude que dans des situations de catastrophes inattendues, et contrairement à tout ce que l'on pourrait penser et surtout voir (au cinéma, en particulier), des chaînes de solidarités spontanées se mettent alors en place, des actes parfois totalement inconsidérés de bravoure gratuite surgissent et, sauf exception individuelle, un véritable sens de l'empathie s'exprime lorsque tout le reste semble perdu. On est alors bien loin de ces spectacles filmés dans lesquels violence, lâcheté et égoïsme prendraient systématiquement le pas sur tout le reste (deux exceptions cependant : les catastrophes humaines liées à un enfermement concentrationnaire de même que les conflits armés complexes).
Mais soyons franc : Si cette partie plutôt conclusive de "Comment tout peut s'effondrer" veille à (re)donner quelques lueurs d'espoir (ou, du moins, à ne pas sombrer dans un désespoir totalement paralysant et déresponsabilisant), c'est après avoir assez longuement passé en revue toutes les raisons possibles et même, selon eux, probable, de l'effondrement à venir, qui est d'ailleurs, selon la thèse des collapsologues, déjà en cours. Car il est un autre écueil que l'ataraxie produite par l'annonce du pire, selon les deux auteurs, et c'est le déni de tout ce que nous avons pourtant presque quotidiennement sous les yeux (dans la presse, par les biais cognitifs, par le raisonnement, etc), refus d'admettre le réel que l'on peut illustrer par l'image de l'autruche qui met sa tête dans le sable pour fuir la réalité, ce qui ne l'a jamais empêché de se faire dévorer par un prédateur ni d'être écrasée par la chute d'un arbre.
Voici, en très résumé, les constats que font nos deux auteurs. que nous connaissons peu ou prou séparément mais qui, une fois assemblés, donnent une vision pour le moins cauchemardesque de notre réalité actuelle et prochaine :
- «Pour se maintenir, éviter les désordres financiers et les troubles sociaux, notre civilisation industrielle est obligée d'accélérer, de se complexifier, et de consommer de plus en plus d'énergie. Son expansion fulgurante a été nourrie par une disponibilité exceptionnelle - mais bientôt révolue - en énergies fossiles très rentables d'un point de vue énergétique, couplée à une économie de croissance et d'endettement extrêmement instable. Mais la croissance de notre civilisation industrielle, aujourd'hui contrainte par des limites géophysiques et économiques, a atteint une phase de rendements décroissants. La technologie, qui a longtemps servi à repousser les limites, est de moins en moins capable d'assurer cette accélération, et "verrouille" cette trajectoire non-durable en empêchant l'innovation d'alternatives.» Fermez le ban !
Ainsi, en à peine deux siècles de développement de notre civilisation thermo-industrielle - l'un ne pouvant aller sans l'autre pour être ce qu'elle est : industrielle quant à la norme de production ; thermique puisque sans cette énergie facile et d'un rendement jamais atteint jusqu'à ce jour, cette industrialisation de tous les aspects de nos existences n'auraient jamais pu voir le jour. Sauf que cette énergie a non seulement un coût (financier mais surtout climatique et environnemental) mais, surtout, qu'elle est en voie rapide d'épuisement -, et plus encore depuis le début des fameuses "trente Glorieuses" (une véritable anomalie en terme de civilisation : jamais aucune d'elles n'a connu une telle explosion de croissance, quelle qu'elle fut, jamais une telle apparence de progressivité sans fin), date à partir de laquelle le philosophe Dominique Bourg place d'ailleurs le début de l'ère Anthropocène (voir à ce propos son excellent ouvrage récent intitulé "Une nouvelle Terre"), nous sommes passés d'une croissance, d'une intervention sur, et d'une exploitation du monde qui nous environne qui étaient proches de zéro (en terme de pourcentage) à un ensemble invraisemblable d'exponentielles : que ce soit en terme de population (et son corollaire la surpopulation), d'exploitation des richesses des sols (combustibles fossiles, minerais, eau, sables, etc) et leur fin tout aussi programmée que de plus en plus prochaine, de complexification sans fin ni frein de nos sociétés (ce qui les rend à la fois plus soutenables et immensément plus fragiles), de financiarisation délirante mais sans le moindre lien véritable avec le réel, d'infrastructures omniscientes, omnipotentes mais à bout de souffle, de surexploitation démesurée et mortifère de la biosphère (avec, là aussi comme corollaire, la destruction irrémédiable de niches écologiques de plus en plus importantes), nous avons atteint et même, dans de nombreux cas, dépassés toutes les limites géo-biophysique possibles de notre petite planète. Et comme si cela ne suffisait pas, nous reculons sans cesse les frontières du raisonnable, même si celle-ci sont encore plus difficiles à définir que les limites pures - géo-biophysiques - liées à ce que la terre peut produire ou pas. Un peu comme si nous étions dans un véhicule que nous aurions préalablement débridé, que nous pousserions au-delà de ses limites structurelles, faisant ainsi surchauffer son moteur - au risque de le voir exploser - tout en sachant pertinemment que le réservoir est presque vide mais qu'en plus nous en aurions bloqué la direction, cassé les freins et que nous ne sommes plus sur la route mais en plein brouillard à dévaler une pente dont ne pouvons plus voir les contours, les obstacles ou les nids de poule !!! N'importe quel automobiliste, même le plus chevronné fut-il, sait comment ce type de conduite folle est susceptible de se terminer...
Pour filer un peu plus la métaphore routière, le soucis, désormais, n'est plus de savoir si nous allons droit dans le mur mais d'envisager l'allure à laquelle nous sommes en train de nous y projeter : à petite vitesse, il n'y a que des bobos superficiels, à allure moyenne, les handicaps s'annoncent important, à vive allure... Ce qui est terrible avec cet ouvrage c'est qu'il nous met sous les yeux ce que, dans nos quotidiens, dans nos vies de plus en plus sujettes à l'accélération, nous ne voulons plus ou que, souvent, nous ne pouvons même plus voir ! Nulle leçon de morale : les auteurs ne sont pas plus des gourous qu'ils ne se veulent dispensateurs de bonne notes, même si, comme expliqué dans cette longue introduction, ils estiment que de nombreuses pistes sont encore exploitable, à la condition expresse qu'on veuille bien les prendre en considération. Or, pour l'heure, il faut bien reconnaître que, ni à l'échelle des institutions, ni à celle des individus, rien ne semble devoir changer et que le mot d'ordre général demeure : «Business as usual». Jusqu'à disparition totale du dit business par manque de bons petits soldats consommateurs...
Pour cause d'Effondrement.
CQFD.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          303
Arthemyce
  27 juin 2018
“La fête est finie” aurait pu être le sous-titre de ce livre ô combien important tant les thèmes qu'il aborde sont cruciaux pour l'avenir de l'humanité (et du vivant en général) à contrario de la planète. Eh oui, la Terre, elle, elle s'en fout ! Ça fait 4,5 Milliards d'années qu'elle sillonne l'espace et elle nous survivra bien après notre potentielle (et plus que probable) disparition.
Les auteurs livrent ici un état de l'art détaillé des Sciences de l'environnement et de l'énergie, donnant la parole à tout un panel d'acteurs dont la crédibilité ne pâtit d'aucun doute. Y sont notamment citées les études du GIEC dont il est à juste titre précisée la consensualité (une certaine neutralité quant aux faits, issue du consensus de centaines de chercheurs dans le monde).
La première partie fait la part-belle aux constats : que ce soit sur le plan énergétique, écologique, climatique, économique ou démographique, nous ruinons notre espace de vie. Il est de notoriété publique que l'humanité consomme l'intégralité des ressources renouvelables annuellement de la Terre de plus en plus tôt dans l'année – en Aout pour les dernières estimations. Nous prenons donc chaque année quelques mois d'avance qui se transforment au fil des ans en une dette écologique délétère pour notre futur.
Tandis que les réserves de pétrole s'amenuisent, il devient de plus en plus compliqué d'accéder à cette ressource dont les facilités d'accès en premiers lieux ne sont plus qu'un lointain souvenir. le ratio Energie-Récoltée/Energie-Investie (EROEI) lors de l'exploitation d'une source ne cesse de diminuer ce qui conduira en toute logique à une fin prématurée de son utilisation. On en rencontre déjà les limites techniques et financières ; le second indice étant l'investissement des grands groupes énergétiques dans d'autres voix. Quant aux autres sources d'énergies, elles seront tributaires des ressources en matériaux et énergies nécessaires à les mettre en oeuvre (tout est lié!).
Ecologiquement parlant, la folie des 30 Glorieuses (les futurs historiens en modifieront surement le nom…) n'a pas permis de comprendre et d'instaurer les mesures nécessaires à la conservation de notre biosphère. Résultat, la biodiversité s'écroule, entrainant avec elle dans sa chute, par effet domino (chaîne trophique) une multitude de « séismes » au niveau de la faune et de la flore – dont nous sommes également dépendants.
Côté climat, ce n'est pas mieux. Malgré les sonnettes d'alarmes, de plus en plus forte, notamment depuis les années 70 (Rapport Meadows/Club de Rome, puis GIEC, entre autres), les politiques publiques – et le public lui-même – ne suivent pas. Médiatiquement, le catastrophisme (même éclairé) est moqué, tandis qu'une bande d'ignorants goguenards et trop sûrs d'eux-mêmes continuent irrémédiablement de foncer dans le mur.
Niveau économie, l'inégalité grimpante est létale, même pour les plus favorisés ; elle n'est surement pas un vecteur de croissance et d'innovation comme se plaisent à penser une bonne partie des fervents défenseurs du modèle capitaliste – ouvrez les yeux !
La question démographique est traitée moins en profondeur en raison de très nombreuses incertitudes systémiques : c'est bien d'imaginer que le taux de croissance va nous amener à 10, voire 12 Milliards d'ici à 2100 – mais c'est sans compter sur les catastrophes naturelles, guerres, épidémies, etc… opportunités que le futur ne manquera pas de fournir.
Car, voyez-vous, tout est lié dans le système-Terre. Tout est interdépendant, à l'image des chaînes trophiques précédemment évoquées. Ces boucles de rétroactions, cumulées à un système économique gouverné par une nécessité de croissance, en font un modèle par définition instable. Pour résumé, la boucle serait : pire c'est, pire ce sera.
Les faits sont là, irréfutables, chiffrés, analysés rigoureusement. Et pourtant, rien ne bouge. On en arrive donc à se poser la question de la psycho/socio-logie afin de chercher à comprendre les blocages et tenter de les surmonter, il en dépend de la survie de l'espèce car après avoir franchi des « seuils » (frontières), nous arrivons au pied du mur que sont les « limites », infranchissables elles.
Déni, individualisme, faible accès aux connaissances (niveau de vie, médiatisation, politique publique…), les facteurs sont multiples et cumulables, alors que faire ?
On l'a vu, ce ne sont pas les élites qui vont changer la donne. Il est grand temps de se prendre en main. Face à l'aveuglement idéologique, à la bêtise, le mieux que nous puissions faire est d'abord de nous changer nous-mêmes. Cela passe par une transformation de notre regard sur la vie, ce qui n'est déjà pas une mince affaire, bien sûr, mais aussi par le changement factuel de notre comportement vis-à-vis de nos ressources et des « autres ».
Les initiatives locales foisonnent et c'est tant mieux, car elles permettent de développer une meilleure « résilience » (absorber/s'adapter aux perturbations contraignants le système) en limitant la complexification d'un réseau – complexification à elle seule responsable d'instabilités systémiques.
La seule chose qui nous reste, c'est l'espoir. Et l'espoir, ce livre en donne, malgré ce qu'on pourrait en penser après la lecture des lignes ci-dessus. L'humain, à contrario d'une idée fort répandue (notamment par la culture cinématographique), ne se transforme pas en bête sauvage à la moindre catastrophe, d'autant plus quand celle-ci est impromptue. de multiples exemple le prouvent, notamment lors de désastres climatiques où l'entraide prime toujours sur la violence, l'être humain étant un être social à la recherche de la sécurité avant tout.
Prenez le temps de livre ce livre. Ces 268 pages (postface inclue) seront peut-être le déclic qui mettra des mots sur votre intuition et apportera les chiffres à votre raisonnement. La qualité du recueil de données ainsi que la structure argumentaire parfaitement limpide en font un très bon livre d'approche pour une conscientisation indispensable si nous voulons limiter (puisqu'on ne parle plus d'éviter) l'impact d'un effondrement.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          224
Desimoni
  20 février 2018
LA MORT EN FACE

Voilà un livre terrible.
Et – pour celles et ceux qui ne l'auraient pas encore lu – un livre dont on ne ressort pas indemne. Émotionnellement comme intellectuellement.

« Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement »
François VI, duc De La Rochefoucauld (Maximes)

La mort est une certitude, une des lois impératives de la vie, de toute vie. Aujourd'hui je respire, j'existe et, un jour, je mourrai. Tout est dans l'approximation de ce « un jour ». Et si nous pouvons, passagèrement, dévisager la mort sans angoisse excessive, c'est grâce à ce flou temporel savamment entretenu. Je sais ma fin inéluctable mais, ignorant le jour et l'heure, j'incline à ne pas trop examiner cette échéance ultime. Telle est généralement l'attitude que nous adoptons face à notre propre finitude.

Pourtant, les auteurs ont eu ce courage – ou cette témérité : regarder fixement la mort. Celle, possible, de notre civilisation, dans un avenir qui pourrait se compter en dizaines d'années, et non reléguée à un futur qu'on se plaît à imaginer nébuleux et lointain. Ils l'ont fait, non par bravade, mais avec le scalpel acéré de la méthode scientifique, pour en exposer précisément les causes et ce qui pourrait s'ensuivre.

J'ai acheté ce livre après avoir assisté à une conférence de Pablo Servigne, l'un des deux auteurs, fin novembre 2017, à Lausanne. Agronome tropical et docteur en sciences, Pablo Servigne est chercheur indépendant et transdisciplinaire, conférencier et pionnier de la « collapsologie », une nouvelle discipline qui vise à penser l'effondrement systémique dans toute ses dimensions et sa complexité. Un conférencier jeune et sympathique, presque rassurant. Et surtout très convaincant : le discours est simple, clair, sans jargon scientifique, avec une parole à la première personne qui implique l'orateur lui-même (et ses auditeurs) dans ce que les hypothèses et les faits avancés peuvent avoir de déprimant. Et les questions qu'il soulève, ce qu'il présage sur notre avenir à tous, n'est pas vraiment réjouissant.

Par exemple :
N'est-on pas, aujourd'hui, « face à un nouveau type de risque, le risque systémique global, (…) qui peut rapidement entraîner aussi bien des petites récessions qu'une dépression économique majeure ou un effondrement généralisé » ? (Pablo Servigne – Raphël Stevens : Comment tout peut s'effondrer – p. 125)

Ou encore :
« N'est-il pas déjà trop tard pour préserver le climat d'un réchauffement catastrophique ? »

Si, par hypothèse, on renonçait sans attendre au pétrole, au gaz et au charbon – sans oublier les agrocarburants – causes majeures de l'actuel emballement climatique, il ne resterait plus grand-chose de notre civilisation thermo-techno-industrielle. Presque tout ce dont nous vivons aujourd'hui en dépend : la nourriture, les transports, l'habillement, le chauffage, la culture, l'emploi, le système de santé… Or ces sources d'énergie, comme d'autres, s'épuisent. Et rien n'indique que nous nous préparons activement à la fin de ces combustibles indispensables au moteur de la croissance… ou au tarissement d'autres éléments vitaux que nous persistons à prélever sans compter dans un stock de « ressources » non renouvelables. Bien au contraire : nous continuons d'accélérer au lieu de décroître, comme si la fuite en avant dans le « toujours plus » était le seul choix possible. Conséquence : un nombre toujours plus grand de sociologues, de scientifiques et d'institutions annoncent la fin prochaine de la civilisation industrielle telle qu'elle s'est développée depuis près de deux siècles (voir plus bas).

Le livre de Pablo Servigne et Raphaël Stevens se confronte à cette réalité. Il présente une théorie de l'effondrement systémique en s'appuyant sur des données scientifiques et une réflexion sociologique solidement documentées et difficilement réfutables. Au point qu'il faut un peu s'accrocher pour ne pas déprimer dès les premières pages, tant les constats (pourtant connus) sont accablants et semblent définitifs. Après avoir posé le diagnostic (1) et ses implications prévisibles, les chapitres suivants tentent de répondre aux questions implicites que l'on se pose lorsqu'on évoque la fin probable d'une culture, d'un mode d'existence, d'un milieu humain avec ses valeurs et ses accomplissements : quand ? comment ? et moi, et nous, dans tout ça ? – avec la part d'incertitude incompressible qui subsiste, puisque la "collapsologie" n'est pas (encore) une science exacte.

Quoi qu'il en soit, ne serait-ce que pour ne pas demeurer dans l'ignorance, l'insouciance irresponsable ou le déni, il est important d'entendre ce discours et ce qu'il implique, sans paniquer, et peut-être se préparer, au moins moralement (afin de ne pas tomber non plus dans l'illusion – et la barbarie – survivaliste). Et pour résister aussi à la technolâtrie ambiante, aux arguments de ceux qui pensent que le salut viendra, comme par miracle, d'une technologie toute puissante, élevée au rang de deus ex machina. Arguments – et politiques – qui arrangent comme par hasard les tenants du business as usual et les profits qu'ils en retirent à court terme.

La perspective d'un effondrement civilisationnel a donc des implications éthiques et sociétales évidentes puisque, comme le prévoient, dans un court texte liminaire, des experts issus du monde politique et de l'université : « Lorsque l'effondrement de l'espèce apparaîtra comme une possibilité envisageable, l'urgence n'aura que faire de nos processus, lents et complexes, de délibération. Pris de panique, l'Occident transgressera ses valeurs de liberté et de justice ». (2) La montée actuelle des droites extrêmes dans de nombreux pays occidentaux pourrait, de ce point de vue, donner raison à cette sinistre prédiction.

L'an dernier (2017), en pleine Cop23, pas moins de 15'364 scientifiques, de 184 pays, ont lancé, dans une déclaration solennelle, un avertissement dramatique face aux risques de déstabilisation de la planète. (3) En cause : l'absence de mesures sérieuses visant à préserver l'environnement et les écosystèmes. Par milliers, ils tirent la sonnette d'alarme sur l'état de notre monde globalisé et affirment : « Bientôt, il sera trop tard ».

Et aussi :

« Depuis 1992, hormis la stabilisation de l'amenuisement de la couche d'ozone stratosphérique, l'humanité a non seulement échoué à résoudre les principaux défis environnementaux énoncés mais, de façon alarmante, la plupart d'entre eux se sont considérablement aggravés. La trajectoire actuelle du changement climatique est considérée comme potentiellement catastrophique en raison de la hausse des émissions de gaz à effet de serre liée à la combustion des ressources énergétiques d'origine fossile, la déforestation et la production agricole - en particulier l'élevage des ruminants pour la consommation humaine de viande. En outre, nous avons déclenché un nouvel épisode d'extinction de masse, le sixième en 540 millions d'années environ, à l'issue duquel de nombreuses espèces vivant actuellement pourraient être anéanties ou du moins vouées à l'extinction d'ici la fin du siècle. »

Il vaut la peine de prendre quelques minutes pour lire l'intégralité de cette proclamation dont plusieurs constats donnent froid dans le dos.

En réalité, et sans jouer à Philippulus le prophète de malheur, il est déjà bien trop tard pour prendre les mesures radicales d'autolimitation, de sobriété volontaire et de reconversion qui auraient sans doute été efficaces si elles avaient été décidées dans les années 80... C'est la thèse du livre, et elle semble irréfutable.

Bonne lecture !

(1) limites infranchissables du « système Terre » bientôt atteintes, périlleuses frontières invisibles allégrement transgressées
(2) Michel Rocard, Dominique Bourg et Floran Augagneur, 2011 - Comment tout peut s'effondrer – p. 9
(3) Mise en garde des scientifiques du monde à l'humanité : deuxième avertissement http://scientists.forestry.oregonstate.edu/sites/sw/files/French_Scientists%20_Warning_Laitung_Fumanal.pdf
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
Citations et extraits (47) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik35   27 février 2019
Ce qui nous fait peur dans l'idée d'une grande catastrophe, c'est la disparition de l'ordre social dans lequel nous vivons. Car une croyance extrêmement répandue veut que, sans cet ordre qui prévaut avant le désastre, tout dégénère rapidement en chaos, panique, égoïsmes et guerre de tous contre tous. Or, aussi étonnant que cela puisse paraître, cela n'arrive pratiquement jamais. Après une catastrophe, c'est à dire un «événement qui suspend les activités normales et cause de sérieux dommages à une large communauté [*]», la plupart des humains montrent des comportements extraordinairement altruistes, calmes et posés (sont exclues de cette définition les situations où il n'y a pas d'effet de surprise, comme les camps de concentration, et les situations plus complexes des conflits armés). «Des décennies de recherches méticuleuses sur le comportement humain face aux désastres, aux bombardements durant la seconde guerre mondiale, aux inondations, aux tremblements de terre et aux tempêtes à travers le continent et ailleurs dans le monde l'ont démontré [**]». Dans ces situations, certains prennent même des risques insensés pour aider des personnes autour d'eux, aussi bien des proches que des voisins ou de parfaits étrangers. Aussi surprenant que cela puisse paraître, l'image d'un être humain égoïste et paniqué en temps de catastrophe n'est pas du tout corroborée par les faits.

[*] D.P. Aldrich, Building Resilience. "Social Capital in Post-Disaster Recovery", University of Chicago Press, 2012.
[**] R. Solnit, "A Paradise Built in Hell : The Extraordinary Communities That Arise in Disaster", Penguin Books, 2012.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          214
Erik35Erik35   24 février 2019
Le modèle HANDY [Human And Nature Dynamics] [*] est d'autant plus pertinent que notre société montre aujourd'hui tous les symptômes de la société inégalitaire consommatrice de ressources décrite dans le modèle. Depuis les années 1980, les inégalités ont littéralement explosé. Le problème est que nous avons les preuves que les inégalités économiques sont très toxiques pour notre société.
Selon Joseph Stigliz, elles découragent l'innovation et érodent la confiance des populations en renforçant un sentiment de frustration qui sape la confiance des populations envers le monde politique et ses institutions. «La démocratie elle-même se trouve mise en danger. Le système semble avoir remplacé le principe "une personne, une voix" par la règle "un dollar, une voix". [...] L'abstention progresse, renforçant encore la mainmise des plus riches (qui eux votent) sur le fonctionnement des pouvoirs publics [**].»
Les inégalités sont aussi toxiques pour la santé. Les sentiments d'angoisse, de frustration, de colère et d'injustice de ceux qui voient cet horizon d'abondance leur échapper, ont un impact considérable sur les taux de criminalité, l'espérance de vie, les maladies psychiatriques, la mortalité infantile, la consommation d'alcool, les taux d'obésité, les résultats scolaires ou la violence des sociétés. Ce constat est remarquablement décrit, documenté et chiffré par les épidémiologistes Richard Wilkinson et Kate Pickett dans leur best-seller "Pourquoi l'égalité est meilleure pour tous".

[* : Développé par une équipe multidisciplinaire composée d'un mathématicien, d'un sociologue et d'un écologue, le modèle HANDY simule les dynamiques démographiques d'une civilisation fictive soumise à des contraintes biophysiques. C'est une expérience scientifique qui vise à mieux comprendre les phénomènes d'effondrement observés par le passé et à explorer les changements qui permettraient de l'éviter dans le futur. L'originalité de ce nouveau modèle réside dans le fait qu'il intègre le paramètre des inégalités économiques.]
[** : Citation extraite de "Le Prix de l'inégalité", J. Stigliz, éd. Les Liens qui Libèrent, 2012]
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          132
Erik35Erik35   21 février 2019
Parallèlement, les sciences de la complexité découvrent qu'au-delà de certains seuils, les systèmes complexes - dont les économies ou les écosystèmes - basculent brusquement vers de nouveaux états d'équilibre impossibles à connaître à l'avance, voire s'effondrent. Nous sommes de plus en plus conscients que nous avons transgressé certaines "frontières" qui garantissaient la stabilité de nos conditions de vie, en tant que société et en tant qu'espèce. Le système climatique global, de nombreux écosystèmes ou de grands cycles biogéochimiques de la planète ont quitté la zone de stabilité que nous leur connaissions, annonçant le temps de grandes et brusques perturbations, qui en retour déstabiliseront les sociétés industrielles, le reste de l'humanité et même les autres espèces.
Le paradoxe qui caractérise notre époque - et probablement toutes les époques où une civilisation se heurtait à des limites et transgressait des frontières - est que plus notre civilisation gagne en puissance, plus elle devient vulnérable. Le système politique, social et économique moderne globalisé, grâce auquel plus de la moitié des humains vivent, a sérieusement épuisé les ressources et perturbé les systèmes sur lesquels il reposait - le climat et les écosystèmes -, au point de dégrader dangereusement les conditions qui permettaient autrefois son expansion, qui garantissent aujourd’hui sa stabilité, et qui lui permettront de survivre.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          190
Erik35Erik35   13 février 2019
Prendre un tel chemin [la collapsologie] ne laisse pas indemne. Le sujet de l'effondrement est un sujet toxique qui vous atteint au plus profond de votre être. C'est un énorme choc qui dézingue les rêves. Au cours de ces années de recherches, nous avons été submergés par des vagues d'anxiété, de colère et de profonde tristesse, avant de ressentir, très progressivement, une certaine acceptation, et même, parfois, de l'espoir et de la joie. En lisant des ouvrages sur la transition, comme le fameux manuel de Rob Hopkins, nous avons pu relier ces émotions aux étapes d'un deuil. Un deuil d'une vison de l'avenir. En effet, commencer à comprendre puis à croire en la possibilité d'un effondrement revient finalement à renoncer à l'avenir que nous nous étions imaginé. C'est donc se voir amputer d'espoirs, de rêves et d'attentes que nous avions forgés pour nous depuis la plus tendre enfance, ou que nous avions pour nos enfants. Accepter la possibilité d'un effondrement, c'est accepter de voir mourir un avenir qui nous était cher et qui nous rassurait, aussi irrationnel soit-il. Quel arrachement !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          202
Erik35Erik35   18 février 2019
Sans pétrole, le système électrique actuel, y compris le nucléaire, s'effondrerait.
En fait, il est inimaginable de remplacer le pétrole par les autres combustibles que nous connaissons bien. D'une part parce que ni le gaz naturel, ni le charbon, ni le bois, ni l'uranium ne possèdent les qualités exceptionnelles du pétrole, facilement transportable et très dense en énergie. D'autre part parce que ces énergies s'épuiseraient en un rien de temps, à la fois parce que la date de leur pic approche, et surtout parce que la plupart des machines et des infrastructures nécessaires à leur exploitation fonctionnent au pétrole. Le déclin du pétrole entraînera donc le déclin de toutes les autres énergies. Il est donc dangereux de sous-estimer l'ampleur de la tâche à accomplir pour compenser le déclin du pétrole conventionnel.
Mais ce n'est pas tout. Les principaux minerais et métaux empruntent la même voie que l'énergie, celle du pic. Une étude récente a évalué la rareté de 88 ressources non-renouvelables et la probabilité qu'elles se trouvent en situation de pénurie avant 2030. [...]. Nous approchons rapidement de ce que Richard Heinberg appelle le «pic de tout». Souvenez-vous de la surprenante exponentielle : une fois les conséquences visibles, tout n'est qu'une question d'année, voire de mois.
En résumé, on peut s'attendre à un déclin imminent de a disponibilité en énergies fossiles et en matériaux qui alimentent la civilisation industrielle.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          140
Videos de Pablo Servigne (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pablo Servigne
Isabelle de Gaulmyn et Éric de Kermel
Les cathos n'ont pas dit leur dernier mot Isabelle de Gaulmyn Éditions Bayard Janvier 2020
La rédactrice en chef du journal "La Croix" est partie à la rencontre de Français catholiques pour rendre compte de leur façon de vivre, d'agir mais aussi et surtout pour mieux saisir ce qu'ils révèlent du catholicisme d'aujourd'hui. Son enquête l'a conduite de la jungle de Calais à une prison pour femmes en passant par une abbaye perdue sur le plateau ardéchois. ©Electre 2020
https://www.laprocure.com/cathos-ont-dit-dernier-mot-isabelle-gaulmyn/9782227496460.html
Abécédaire de l'écologie joyeuse Eric de Kermel Pablo Servigne Éditions Bayard Janvier 2020
L'auteur, directeur de la rédaction de "Terre sauvage", livre des points de repère pour comprendre les enjeux environnementaux d'aujourd'hui. Il explique le concept d'écologie intégrale tout en présentant des pistes pour adopter un mode de vie et de production écologique. Il invite ainsi à avoir confiance dans les nouvelles générations qui se mobilisent pour faire changer les choses. ©Electre 2020
https://www.laprocure.com/abecedaire-ecologie-joyeuse-eric-kermel/9782227498099.html
+ Lire la suite
autres livres classés : collapsologieVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

L'écologiste mystère

Quel mot concerne à la fois le métro, le papier, les arbres et les galères ?

voile
branche
rame
bois

11 questions
118 lecteurs ont répondu
Thèmes : écologie , developpement durable , Consommation durable , protection de la nature , protection animale , protection de l'environnement , pédagogie , mers et océansCréer un quiz sur ce livre
.. ..