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Anne Coldefy-Faucard (Traducteur)
ISBN : 2864326051
Éditeur : Verdier (11/02/2010)

Note moyenne : 3.95/5 (sur 21 notes)
Résumé :
Le roman de Vladimir Sorokine s'ouvre sur des pages marquées au coin de la grande littérature russe du XIXe siècle. Au fil du récit et de l'action, l'auteur revisite, tour à tour, Pouchkine, Tolstoï, Tourgueniev et bien d'autres. La Russie des profondeurs, intemporelle, apparaît riche, chaleureuse, drôle, émouvante, aimant le bon boire et le bien manger. La maestria de Sorokine est ici éblouissante. Mais imperceptiblement le tableau se déconstruit et emporte brutale... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
ivredelivres
  11 août 2010
Est-ce que j'ai aimé ce livre ? Aimé n'est pas le bon mot.
Est-ce que je le garderai en mémoire ? Absolument il me sera impossible de l'oublier et pourtant j'ai beaucoup de mal à en faire un résumé tellement ce livre m'a laissé ahurie, hébétée, ayant de la peine à croire ce que je lisais, étant encore aujourd'hui, plusieurs jours après avoir terminé ma lecture, terrifiée par ce texte.
Tout d'abord il faut vous dire que Roman est le nom du héros, Roman Alexeïevitch pour être précis. le choix du patronyme est le premier gravillon dans la chaussure glissé par Sorokine mais au début on ne se méfie pas.
Vous voilà à la fin du XIX ème siècle, dans la Sainte Russie, la Russie éternelle, celle de Tchékhov, de Tolstoï, de Tourgueniev.
Tout le roman russe défile pendant 500 pages, avec maestria Sorokine convoque tous les grands écrivains, toute " l'âme Russe " et il le fait avec une habileté diabolique. On est pris, on s'attache aux personnages, on lit avec bonheur des pages de description d'une nature magnifique.
Roman, est un jeune aristocrate qui lassé d'être avocat revient dans la propriété où il a passé son enfance. Un retour aux sources, il revient vers la superbe Zoïa dont il est amoureux fou mais qui peut être ne l'a pas attendu.
Il a décidé de consacré sa vie à la peinture. Toute la famille est heureuse de le voir, les oncles, les tantes, les cousins, le vieil instituteur, le docteur, le père Agathon, les voisins, les domestiques, tout le monde lui fait fête.
On baigne dans une atmosphère plus Russe que Russe, c'est éblouissant, tout est en place, le samovar fume, le héros retrouve le goût des nourritures de son enfance
Après les gourmandises c'est le retour à la nature qui va combler Roman " le jardin était obscur et frais. C'était une douce nuit de printemps, au ciel bas, dans les tons de violet foncé, effleuré ça et là par des étincelles d'étoiles que l'on distinguait à peine" La passion de la chasse lui revient " il marchait, scrutant ces lieux si familiers et si chers que son coeur cessait de battre dans sa poitrine et que des larmes lui montaient aux yeux."
C'est romanesque à souhait non ? Bien sûr Zoïa l'ingrate l'a oubliée, deuxième petit gravier semé par Sorokine, mais elle est vite oubliée au profit de Tatiana, la magnifique Tatiana, qui bien que de condition modeste comble toutes les attentes, foin de la différence de milieu et de fortune.
Voilà vous avez lu plus de 400 pages, et vous commencez à trouver qu'il y a quelque chose d'étrange dans ce récit, l'auteur serait-il en train de vous piéger ? Mais non, soulagement tout s'accélère soudain, un accident de chasse, la préparation d'un mariage, vite, vite, tout doit se faire rapidement , tellement rapidement que vous ne voyez pas la fêlure, du moins vous ne la comprenez pas vraiment, et c'est fini pour vous, vous êtes livré à Sorokine pieds et poings liés.
Il vous reste 100 pages à lire, le récit devient apocalyptique, sidérant, l'écriture se fragmente, les mots volent en éclats, vous continuez de lire un peu hypnotisé mais stupéfait, effaré, jusqu'au dénouement.
A lire les critiques, Sorokine est présenté comme un auteur qui dérange, comme l'enfant terrible des lettres russes, c'est vraiment peu dire ! Il dit de son roman " C'est un livre sur la mort, et le crépuscule d'une civilisation, celle de l'ancienne Russie", je dirais que l'auteur fait exploser cette image à coup de mots avec une puissance extraordinaire.
La quatrième de couverture évoque une maestria éblouissante, un dénouement stupéfiant laissant le lecteur effaré, et bien pour une fois c'est en dessous de la vérité.
Un roman fou, halluciné, un roman choquant, inquiétant mais en même temps remarquable et inoubliable. Ames sensibles s'abstenir !
Lien : http://asautsetagambades.hau..
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JimmyCz
  28 août 2016
C'est une expérience littéraire inoubliable, qui nous laisse sur les rotules, non par lassitude ou fatigue mais de la même façon que si nous avions dansé une valse endiablée et que la musique s'arrête subitement.
Le style, ou plutôt les styles d'écriture car Sorokine modifie sa façon d'écrire, la fait évoluer, la décortique, la triture, l'harmonise pour finalement nous lancer dans un rythme soutenu, un peu chaotique mais toujours brillant.
j'ai ressenti la même chose quand je lisais Foster Wallace, une sorte d'objet littéraire qui nous prend en otage pour nous faire découvrir toute la gymnastique linguistique possible.
Les dialogues sont des bijoux, dignes de pièces de théâtre, les descriptions rappellent les belles heures de Tourgueniev, et il est dressé un tableau de la Russie rurale tantôt romantique tantôt véritablement mélancolique qui ne peut laisser indifférent.
La forme prend le pas sur le fond, et c'est un pur plaisir que ce soit le cas, car le fond s'il est intéressant ne semble pas être l'enjeu de l'oeuvre.
Un livre tout simplement époustouflant dans tous les sens du terme.
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pleasantf
  22 juin 2014
Ce roman tout à fait surprenant apparaît comme une tentative de renouveler le genre à partir d'un modèle glorieux mais dépassé qui est celui des grands écrivains russes du XIXème siècle. L'essentiel du récit est écrit dans une langue classique et raffinée, qui nous apparaît désuète à notre époque. On y suit Roman, revenu vivre à la campagne chez son oncle et sa tante pour y exercer son art de peintre. L'action se situe probablement à la fin du XIXème siècle et on a l'impression de lire une suite d'archétypes romanesques de la littérature russe. Dans ce tableau globalement idyllique qui dépeint une Russie éternelle, paisible, pieuse et heureuse, on voit néanmoins poindre régulièrement des poussées d'intensité qui intriguent : la fin de l'idylle entre Roman et Zoia, le combat de Roman contre le loup…
Soudainement, au terme d'une nuit de festin ponctuant le mariage de Roman et de Tatiana, la langue et le récit changent complètement . le texte devient froid, répétitif, monstrueux. On est passé en quelques lignes de la littérature des grands anciens à une écriture contemporaine qui fait penser à celle de Brett Easton Ellis par exemple.

Derrière la volonté de Sorokine de renouveler le genre romanesque, on peut peut-être y voir aussi une allégorie de l'histoire russe dans les cent dernières années.
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DevN
  15 avril 2016
Le roman se déconstruit progressivement, subtilement, et s'achève dans une violence inouïe et inattendue. Voilà le sort que Sorokine prédit à la civilisation. Dans ce tableau idyllique et archétypal d'un village de la Russie profonde vivant en harmonie avec la nature se glissent des éléments dissonants, des simples écailles de peinture dans l'isba des Vospennikov jusqu'à l'affrontement insensé avec le loup.
Malgré tout, on a bien du mal à voir d'où sort cette violence sans nom, certes brutalement aveugle mais ritualisée . L'absence de tout facteur causal rend la vision de l'auteur difficilement compréhensible. Faut-il y chercher un sens allégorique ? Ou alors doit-on comprendre que tous les philosophes et écrivains invoqués par Sorokine seront à jamais inutiles face aux impulsions passionnelles et aux destructeurs accès de violence ? Véritablement, le souffle de la passion semble tout emporter chez Roman : la peinture, Schopenhauer, et jusqu'à ses réflexions métaphysiques (son monologue intérieur se raréfie au fil du texte).
C'est pas clair, et je crains que ça ne le sera jamais avec Sorokine. Visiblement, il expose une vision apocalyptique du futur dans toute son oeuvre (dont ma connaissance reste encore assez superficielle c'est vrai), sans donner à comprendre comment et/ou pourquoi on en arrivera là, alors que c'était peut-être mon attente principale, au-delà de revisiter les classiques du XIXe siècle.
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Tu_vas_voir_ce_que_tu_vas_lire
  21 janvier 2019
Qui est le véritable héros de Roman de Vladimir Sorokine ? Est-ce Roman, jeune avocat qui décide de quitter la ville pour revenir habiter chez son oncle et sa tante, qui l'ont élevé ? Ou bien est-ce le roman russe lui-même, et son histoire tumultueuse qui accompagne celle de la Russie ?
On se demande parfois, à lire les délicats troubles amoureux de Roman et sa vie dans une campagne russe désuète, si on n'est pas égaré chez Dostoïevski, Pouchkine ou Tolstoï. Mais en transportant soudainement son texte sur le terrain d'un roman contemporain sec et teinté d'absurdité existentielle, Sorokine finit par retourner toutes les attentes. Dans une effarante explosion de violence finale, il signe l'acte de décès du genre romanesque et dynamite les défenseurs nostalgiques d'un "âge d'or" du roman russe. Un acte de vandalisme qui redonne un sérieux coup de fouet à une littérature perçue comme déclinante.
Lien : https://balises.bpi.fr/litte..
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   01 février 2017
– Fichu temps… maugréa Kliouguine en regagnant la rive.
Il trébucha et se retrouva à l’eau.
Roman, envoûté par la puissance de la nuée, n’avait pas bougé.
Le deuxième coup de tonnerre fut brutal, à croire que, là-haut, des mains monstrueuses débitaient, déchiraient un arbre énorme, dont les deux moitiés s’abattaient sur le sol, faisant trembler les vitres.
– Vite, Roman ! cria Anton Petrovitch, avant de se réfugier dans l’étuve avec ses compagnons.
Timochka accourut et, pataugeant, attrapa le samovar qu’il emporta.
Roman ne bougeait toujours pas.
Le troisième coup fut plus fort que les précédents : les petites cuillers, oubliées dans les chopes, tintèrent plaintivement. Roman sentit l’eau tanguer.
Aussitôt, de grosses gouttes d’eau tombèrent, de plus en plus nombreuses, troublant la surface sombre de l’eau où elles traçaient des cercles qui s’élargissaient et se confondaient. Ils se multiplièrent d’abord, puis une muraille d’eau blanche s’abattit, d’u coup. La rivière parut bouillonner et se soulever. Roman regardait l’averse fouetter la table, jouer dans les chopes, emplir les coupelles de confiture, frapper les petits pâtés dorés et les vatrouchkas. Il reprit son thé dilué par la pluie : le goût en était stupéfiant. Des ruisselets de fraîcheur coulaient sur son visage, ses épaules et son torse. Il reposa sa chope, se tourna vers la rivière en ébullition et, prenant son élan, se remit à nager, fendant la surface fragile de l’onde.
Le ciel se déchaînait au-dessus de lui, derrière quelqu’un criait son nom, mais il nageait dans l’élément blanc en furie. Il nageait, indifférent à tout, un sourire aux lèvres.
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BookinistaBookinista   22 avril 2012
Est-il rien de plus beau, de plus charmant et de plus simple qu'un bouquet d'herbes et de fleurs des champs, au temps brûlant de la fenaison ?
Ni les roses éclatantes,ni les somptueux glaïeuls, ni les lys, ni les orchidées ne sauraient éclipser cette beauté unique, cette ample gamme de formes et d'inflorescences : campanules d'un bleu sombre, frémissant timidement, innocemment penchées sur leurs tiges fines; marguerites aimables dans leur simplicité; gracieuses renoncules aux fleurs jaune tendre, baignées de larmes, trèfles confiants, duveteux, d'un doux rose; millepertuis généreux, dense comme le tilleul épanoui; turbulent chardon-aux-ânes, à la magnificence princière; modeste épilobe; gueule-de-loup grisante de tendresse; laiteron frugal et droit, évoquant un guerrier moyenâgeux; solide et fielleux colza; orchis alambiqués, comme taillés dans du bois de santal; mille-feuille que l'on remarque à peine; stupéfiante fougère, enfin, qui enroule ses feuilles sculptées.
Que d'harmonie dans cette sorte de bouquet !
Cueilli de frais dans le pré que l'on n'a pas encore fauché, lié d'une herbe, il enchante les yeux, exhale le parfum entêtant de la prairie, attire les insectes qui zonzonnent au-dessus.
Nul besoin, pour lui, de coupe ou de vase. Un verre à facettes ou une flûte étroite souligneront qu'il est unique.
Roman aimait les fleurs des champs.
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michelekastnermichelekastner   25 mars 2018
La rivière exhalait sa fraîcheur, les buissons de saules et les jeunes bouleaux avaient revêtu leurs feuilles vertes toutes neuves, que la brise faisait froufrouter, et ce bruit nouveau, si longtemps attendu, réjouissait le coeur. Le réveil de la nature causait toujours une vive émotion à Roman. Au printemps, il se sentait complètement différent : son âme éprouvait ce que ressent un homme qui, au terme d'une très longue absence, revient au pays. La raison en était que Roman ne considérait pas autrement l'hiver que comme une pause entre deux printemps, pause qui pour lui n'était pas la vie, juste l'existence. Il en résultait, que, de son point de vue, l'hiver, la nature et les hommes ne vivaient point, qu'ils se contentaient d'exister dans l'attente du printemps. Cette existence avait à présent pris fin, ce que lui murmuraient distinctement les petites feuilles poisseuses.
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Charybde2Charybde2   01 février 2017
Au premier regard, la maison pouvait sembler la perfection même : entourée de buissons de lilas, elle était peinte en bleu azur ; l’auvent du perron reposait sur deux colonnes de bois, les gouttières brillaient de toute leur ferraille neuve, le toit faisait honneur au couvreur, le belvédère aux vitres étincelantes s’agrémentait de sa petite tour ornée d’un coq ouvragé.
À l’intérieur, cependant, les choses étaient loin d’être aussi irréprochables : le plancher que foulait à présent Roman était vermoulu et se creusait, promettant de s’effondrer quelque jour, les terrasses étaient encombrées, ensevelies sous un tas de vieilleries – commodes au bois fendillé, corbeilles percées, cages à oiseaux, innombrables pots de fleurs, malles, sacs de voyage, cartons à chapeaux cabossés, sans parler des livres gisant un peu partout. Le salon, en dépit de son air pompeux, évoquait un aristocrate ruiné : le piano noir et massif, au vernis craquelé et aux touches jaunies, était définitivement délabré et désaccordé. Le tapis persan montrait des points d’usure, le divan de cuir était défoncé, à l’instar des fauteuils. Les tableaux, qui couvraient presque entièrement les deux murs principaux – représentant, pour l’un, la baie de Naples par une nuit de lune et, pour un autre, la bataille de Cannes -, s’écaillaient, leurs cadres dorés étaient pitoyables et des bouts de dorure crissaient sous les pieds, telles des coquilles d’œufs au moment de Pâques. Le buste en marbre de Voltaire, en revanche, sur son socle nervuré, rayonnait de blancheur. Les pièces étaient exiguës, poussiéreuses, les vieux meubles fendillés et si bancals que les portes des armoires ne fermaient plus et que seul un Hercule eût été en mesure, peut-être, d’ouvrir les tiroirs.
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BookinistaBookinista   22 avril 2012
Le champignon, humide, exhalait son inimitable arôme, qui fit palpiter le coeur de Roman, lui rappelant aussitôt son enfance et le plaisir de la cueillette. Un côté du chapeau marron clair était rongé par une limace, la courbe harmonieuse, élégante, du pied solide était un enchantement. Roman approcha le cèpe de son visage en fermant les yeux.
"Quelle merveille ! se dit-il, examinant le champignon reposant sur sa paume. Quel travail d'orfèvre pour une si petite chose ! D'ailleurs, qu'est-ce qu'un champignon ? Cela sort de terre, invisible dans l'herbe. Et qui en a besoin ? Hommes et animaux peuvent s'en passer. Est-il possible qu'il soit créé uniquement pour les limaces, avec ses pores minuscules, son délicieux chapeau à doublure blanche, son incomparable arôme ?
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Videos de Vladimir Sorokine (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Vladimir Sorokine
Extraits de la conférence de l'écrivain russe Vladimir Sorokine, le 16 mai 2010 à Lagrasse dans le cadre du Banquet de printemps consacré à "L'espace russe".
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