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Jean-François Bory (Traducteur)
ISBN : 226701503X
Éditeur : Christian Bourgois Editeur (31/05/1999)

Note moyenne : 4/5 (sur 1 notes)
Résumé :
Publié en 1948, Trieste dans mes souvenirs est une des oeuvres majeures de Giani Stuparich. C'est d'abord un hymne à une ville emblématique, qui a joué (et continué à jouer) un rôle-clef dans la vie culturelle de l'Italie du XXe siècle. Tout en retraçant l'existence qu'il y a mené pendant son enfance, sous le fascisme, à l'époque terrible de la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'auteur raconte aussi l'histoire de Trieste à travers les hommes qui l'ont inventée : I... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
michfred
  19 juin 2018
J'aime lire comme on flâne dans une ville inconnue: en allant de place en ruelle, de bistrot en église, de parc en musée. Sans prescription de tour operator, sans challenge touristique. En liberté,  toute à ma musardise...
 Pour le flâneur citadin (ou la flâneuse) ,  s'il se perd parfois, peu à peu se dessine "la forme d'une ville" dont la projection est celle d'une carte de ses émotions,  un journal patient de sa  connaissance. Ainsi s'élabore  une topographie un peu erratique qui est celle de ses trajets, de ses tâtonnements. Mais une ville découverte comme cela est vraiment sienne.
Non, pas Sienne, ici, mais Trieste!
Trieste est depuis quelque temps mon fil rouge, et tandis que je navigue d'un îlot à un autre, d'un auteur à un autre, d'un livre à un autre, la carte marine de la littérature triestine se colore et se complète peu à  peu. J'ai d'énormes lacunes -lagunes?- et je navigue à vue, mais je m'en moque: çà et là maintenant des amis me font signe.
Scipio Slataper, le blond et flamboyant poète du Carso, disparu dans la tourmente de la guerre de 14,  est célébré avec regret et tendresse par son ami Giani Stuparich, le modeste et bouleversant auteur de L'Isola ou de Un anno di scuola,   qui va parfois rejoindre, dans sa librairie de livres anciens, les jours où il est d'humeur abordable, l'ombrageux et mordant Umberto  Saba...
"Trieste dans mes souvenirs"  est un peu la carte marine qui manquait à  ma navigation flibustière.
Stuparich avec précision et pudeur y fait revivre sa ville, ses amis, sa jeunesse.
Une jeunesse irrédentiste, passionnément italienne, farouchement anti - habsbourgeoise et pourtant slavophile, socialiste de la premiere heure et résolument antifasciste-jusqu'à risquer la censure et la prison pour avoir, comme Stuparich, utilisé  le "Lei" et non le "voi" comme "vous " de politesse, Lei , qui, sans majuscule, veut aussi dire "elle", étant jugé effeminé par les machos en chemise noire! 
Une jeunesse marquée par les lois raciales -la plupart de ces grands écrivains triestins sont juifs, souvent non pratiquants ou  issus de mariages mixtes et parfois convertis.. .mais Hitler ne fait pas dans le distinguo...
 Une jeunesse follement amoureuse de sa ville, de son cosmopolitisme généreux et de sa sauvagerie naturelle, entre mer et montagne -"Il mio  Carso", justement!-  , entre ciel - je devrais dire vent, la terrible "bora"!- et mer -  l'Adriatique orientale et slave.
Une jeunesse éprise de sa culture et de sa langue, toutes deux italiennes et fières de l'être. ..mais si souvent brimées, censurées, jugulées...
Revivent sous sa plume les lieux de rencontre, les cafés- le célèbre café Garibaldi!- , les lycées- la pépinière du lycée Dante !- ,  les bibliothèques, les salles de rédaction...
Et reprennent voix et chair ces "amis d'autrefois" qu'il avait "de si près tenus et tant aimés " et qu'un vent qui n'était pas seulement la bora a emportés. ..Carlo, Scipio, Italo, Umberto et tant d'autres...
Stuparich se livre aussi et raconte la genèse de ses oeuvres qu'il passe au fil d'une auto -critique sans complaisance - et toujours avec une extrême modestie.  Il évoque son arrestation quand Trieste tombe sous la férule nazie, ses affres d'écrivain, ses fidélités amicales, et il fait,  de tous ses frères en écriture, des croquis vivants, sensibles et jamais flagorneurs.
 
Ses souvenirs de Trieste deviennent nôtres,  comme nous  devient étrangement familière cette Trieste d'autrefois, aujourd'hui disparue, détruite, oubliée.
C'est là pourtant que je déambule ,  dans cette Trieste littéraire, cette ville fantôme,   et ma balade a tant de charmes que ce serait dommage de ne pas les partager...
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
michfredmichfred   13 juin 2018
Et si quelquefois il me reste encore le sens d'y avoir représenté quelque chose, quand je rentre dans une école, j'ai l'impression d'un vieil acteur qui, ayant abandonné depuis longtemps la scène, remonte sur les planches démontées d'un théâtre de province dans un matin de soleil.
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michfredmichfred   13 juin 2018
C'étaient des jours ardents: cet exploit* semblait être, surtout dans notre région, une bonne sortie de l'incertitude et de la temporisation ; moi je sentais que ce nationalisme exaspéré n'allait pas résoudre notre condition, et qu'au contraire, il allait la compliquer, l'obscurcir encore plus; de même, le mélange hybride d'esthétisme et de politique, de promptitude et de légèreté aventureuse eveillait mes soupçons ; parmi les qualités naturelles des Italiens auxquelles cet exploit faisait appel, toutes n'étaient pas de bonne nature.

*La démarche de d'Annunzio et de ses "arditi" , galvanisant la jeunesse d'Italie pour prendre la ville de Fiume, le 12 septembre 1919, et la rattacher à Venise, à l'Italie.
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michfredmichfred   13 juin 2018
Je n'ai jamais été et ne serai jamais un homme de la politique, je sens plutôt les choses humaines bouger selon des facteurs complètement différents et j'ai tendance à les voir, soit avec fantaisie, soit avec un sentiment religieux; mais pour me conduire dans la vie, j'ai besoin ( moi aussi) de me faire une idée des buts que les hommes se proposent et des moyens plus ou moins raisonnables qu'ils adoptent pour les atteindre: et ceci est une position politique.
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Video de Giani Stuparich (1) Voir plusAjouter une vidéo

Claudio Magris et Giani Stuparich : Trieste
Olivier BARROT présente les livres de Claudio MAGRIS "Microcosmes", et de Giani Stuparich "Trieste de mes souvenirs", deux récits inspirés par la ville de Trieste dont ils sont originaires.
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature italienne, roumaine et rhéto-romane>Romans, contes, nouvelles (653)
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