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Jean-Paul Gratias (Autre)
ISBN : 2869300891
Éditeur : Payot et Rivages (01/09/1987)

Note moyenne : 3.8/5 (sur 61 notes)
Résumé :
Quand on mesure un mètre cinquante avec des talonnettes, qu'on parait dix-sept ans au lieu des trente qu'on croit avoir, qu'on est presque aveugle et en train de crever de tuberculose, on a du mal à se faire prendre au sérieux. Mais ce n'est sûrement pas par hasard si c'est à vous qu'on offre 30.000 dollars pour descendre un mafioso trop bavard. Et ce n'est pas par hasard non plus que deux superbes filles vous tombent dans les bras, même si l'une d'elles souffre d'u... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
nameless
  21 mars 2016
Le Patron, dont on sait seulement qu'il possède des hippodromes, mais soutient les projets de loi contre les courses de chevaux, dirige des distilleries mais finance des ligues anti-alcooliques, est à la tête d'organismes de crédit mais fait campagne pour les lois contre les requins de l'usure, paye les cautions de membres du Ku Klux Klan, confie à Carl Bigelow une mission.
Il doit se rendre à Peardale, suffisamment distant de New York pour en faire un bled paumé, afin d'y tuer Jake Winroy, un bavard qui a balancé ses complices à la police et attend leur procès pour témoigner. Carl doit se montrer astucieux dans la méthode d'élimination choisie, car personne ne doit soupçonner un règlement de compte. Il faut qu'il trouve quelque chose qui pourrait logiquement arriver à Jake dans son état, celui d'une épave alcoolique. Une arme est trop conventionnelle, et puis à chaque fois que quelqu'un est tué avec un objet fait pour ça, ça attire la curiosité du shérif. Vous voyez ce que je veux dire ? Demande régulièrement Carl au lecteur, comme pour chercher son approbation.
Carl n'est pas n'importe qui. Dans une vie antérieure, il s'appelait Little Bigger, tueur recherché mais jamais appréhendé. Il est pourtant repérable, mesure 1,50 m, possède une dent en bon état tous les 8 mètres de gencive, porte des lunettes à verres très épais, crache du sang toutes les cinq mètres à cause de sa tuberculose. Fûté comme il est, il réussit cependant à modifier son apparence, en portant quatre talonnettes, en ayant fait remplacer ses chicots par deux dentiers haut et bas, et en utilisant des verres de contact. Il démarre chaque journée en avalant une demie-pinte de whisky, faute de quoi il vomit son petit-déjeuner, et quand il tousse, il allume une cigarette pour calmer la quinte. Il est aussi paranoïaque, se croit suivi quand il ne s'imagine pas au milieu d'un troupeau de chèvres.
Manipulateur de génie, il s'intègre parfaitement à la vie de Peardale. Il loue incognito une chambre chez Jake, financièrement aux abois, et se présente comme un étudiant à l'école normale, soucieux d'apprendre. Il accepte un job dans une fabrique, répare les portails défectueux, papote jardinage avec les voisines âgées.
Mais chez les Winroy, il y a deux femmes. Or, les femmes, le sexe, sont la faiblesse addictive de Carl : Fay, l'épouse de Jake, “dès qu'on croisait son regard, on devinait qu'elle était capable de vous débiter plus d'insanités qu'on n'en trouverait sur un kilomètre de murs de pissotières” (p. 20). Et Ruth, la bonniche de service qu'on exploite pour le ménage, la cuisine et qui est affligée d'une infirmité que la pudeur m'empêche de décrire ici. Pour faire simple, il lui manque une jambe, elle slalome sur une béquille et “si on regardait son postérieur sans s'occuper du reste, on aurait pu croire qu'il appartenait à un poney des Shetlands. […] Ce qui était fascinant, c'était l'allure qu'il avait, chez elle, la façon dont il se mariait avec son ventre plat et sa taille fine. C'était comme si on lui avait fait un cadeau, de ce côté-là, pour compenser les endroits où elle avait été lésée.” (p. 45). C'est ainsi que Carl décrit les deux femmes qui partagent son quotidien, et du sexe, jamais serein, jamais joyeux ni solaire.
En voilà une lecture qu'elle est éprouvante et grandiose ! Car Jim Thompson décline jusqu'au dégoût sa fascination morbide pour les monstres en tous genres : alcooliques, sadiques, handicapés, malades mentaux, dégénérés, déviants, pour tous ceux qui ne pourront jamais échapper à leur destin ni à leur héritage génétique ou social, quoi qu'ils puissent faire. Il décrit ses personnages crûment, avec un humour cynique mais non sans bienveillance ni une poésie troublante. Il ne faut pas dans ces conditions, s'attendre à une fin trop joyeuse, mais davantage à une descente aux enfers qui entraînera Carl jusqu'au bout de sa folie.
Presque tout le monde connaît Jim Thompson grâce aux adaptations cinématographiques de ses romans, le mythique The killer inside me, avec Casey Affleck (hum !), Adieu ma jolie, Coup de torchon, Guet-apens ou les Arnaqueurs, qui ont été reconnus par les professionnels de la profession comme de bons films. Lire l'un de ses romans est une autre expérience, sans le filtre de la caméra, sans l'interprétation du cinéaste ou les nuances du jeu des acteurs, sans édulcoration. On est de plain pied dans son monde tourmenté, torturé et violent. Est-ce la lucidité de cet auteur visionnaire qui met mal à l'aise et choque le lecteur ?
Chaque phrase percute, et même uppercute ! C'est rude mais c'est grand.
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jeranjou
  17 novembre 2013
-Toujours très en avance sur son temps, Thompson délocalise l'auberge espagnole à Peardale en Amérique dans une version pour estropiés en tous genres :
-Héros malgré lui, Carl Bigelow, talonnettes au pied pour rehausser son petit mètre cinquante, de multiples dentiers pour cacher ses dents complètement pourries, toujours un mouchoir à la main pour masquer les effets sanglants de la tuberculose, débarque dans une pension de famille dans un état de santé très précaire malgré son allure qui parait toujours juvénile.
-Originaire de l'Arizona, Carl est un dangereux criminel qui ment comme il respire et qui se fait passer pour un nouvel étudiant dans la ville de Peardale pour mieux exécuter le propriétaire de la pension Jake Winroy, un mafieux rongé par l'alcool depuis qu'il a préféré se mettre à table avec les flics.
-Mais, loin de se concentrer uniquement sur son contrat, Carl est obnubilé par la présence de deux femmes, Fay maîtresse de maison qui tarifie avant tout le travail de maîtresse et Ruth, femme de ménage s'aidant de sa béquille coincée sous son aisselle pour se déplacer, qui s'avère être l'alter ego handicapé au féminin de Carl Bigelow.
-Pour compléter le tableau de personnages haut en couleur, M Kendall, propriétaire plutôt mystérieux d'une fabrique de pains, devient le confident de Carl et son mentor pour le protéger des attaques répétées du shérif de la ville.
-Sans lâcher Carl d'une semelle (compensée), l'auteur nous délivre tous les faits et gestes du tueur à gages qui semble au bout du rouleau après toutes ces années à échapper aux autorités américaines.
-Ouvertement provocateur, Jim Thompson se veut le dénonciateur de tous ces gens, défavorisés par leur physique (je pense également à la peau noire ou au sang indien dans d'autres romans), qui sont montrés du doigt et humiliés en public.
-N'ayant pas été convaincu par la fin, j'ai tout de même pris beaucoup de plaisir à lire cette oeuvre aux dialogues magnifiquement ciselés par le maître du roman noir mais qui n'atteint pas les sommets de la littérature noire comme «L'assassin qui est moi» ou «Rage noire».
Cela étant, un Jim Thompson reste un Jim THOMPSON
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Renod
  21 juin 2016
Un écrivain déjanté déclare à Carl : « Oui, l'enfer existe, mon garçon, et il n'est guère besoin de creuser pour le trouver. » Un si mauvais augure ne saurait effrayer un homme qui est né dans la mélasse. Issu d'une famille de quatorze enfants durement touchée par la crise, il a traversé les Etats-Unis en accumulant les petits boulots et les crimes… Il se nomme en réalité Charlie (Little) Bigger et il est connu comme étant le tueur à gages le plus meurtrier, le plus insaisissable de l'histoire du crime. le « Little » fait référence à sa petite taille qu'il corrige tant bien que mal avec des talonnettes. Il s'est mis au vert pendant plusieurs années dans une station service de l'Arizona. Mais un parrain de New York a retrouvé sa trace et lui a confié un contrat. Il doit se rendre à Peardale et se faire héberger dans une pension. Jake Winroy, le propriétaire des lieux, est le témoin numéro un d'un scandale de paris truqués. le procès approche et il faut le faire taire, tout en s'arrangeant pour que ça ne ressemble pas à un meurtre. Carl doit donc trouver le moyen de le supprimer tout en restant insoupçonnable. La pension est gérée par son épouse, Fay, une belle femme qui garde dans la voix les accents d'un passé trouble. Une bonne difforme nommée Ruth s'occupe des tâches ménagères. Carl va faire la connaissance d'un autre pensionnaire, M. Kendall, qui est l'incarnation même de la probité et de la dignité. Carl va être rapidement apprécié par tous. Un peu trop peut-être…
Les vingt premiers chapitres sont noirs et tortueux à souhait. Carl multiplie les boniments et les manipulations pour apparaître comme un jeune étudiant au-dessus de tout soupçon. Il doit faire face à une triple pression : ne pas être démasqué par le shérif, ne pas contrarier un employeur intraitable et faire face aux attaques de la tuberculose. Les personnages du roman sont corrompus, manipulateurs, alcooliques, vénaux ou naïfs. Et quand ce n'est pas l'âme qui est détraquée, c'est le corps qui se révèle difforme et monstrueux. Mais alors qu'il a construit un récit alambiqué, Jim Thompson choisit une fin inattendue que je ne peux pas dévoiler. Mais vous l'avez deviné, le titre est explicite, la fin du roman est sombre et dérangeante. L'enfer existe bien et il n'est guère besoin de creuser pour le trouver
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Thyuig
  01 décembre 2012
Peardale, Long Island, Carl Bigelow est un criminel (jamais serré !) depuis peu revenu de l'Arizona où il se planquait et qui doit exécuter un contrat donné par le Patron. Jake Winroy a eu trop peur de la prison pour tenir sa langue, alors il a bavassé et balancé la moitié de l'arbre généalogique criminel de tout New York. du coup ça vient de tous les quartiers pour le descendre. Ok, les flics le protègent, qu'ils disent...
Carl Bigelow va devoir frapper au coeur, se faire apprécier, séduire Miss Winroy, loger dans leur pension, jouer au bon petit gamin décidé à reprendre sa vie en main et que l'université n'effraie pas.
Dans Nuit de fureur plus qu'ailleurs, Jim Thompson va se faire l'avocat des mourants, des rebus, des laissés-pour-compte et des sans grades, petits, laids, déformés, malades, rejetés, presque crevés. Lentement, il va les acompagner vers un dénouement inéluctable, écrit d'avance.
Et une fois de plus c'est un régal, Carl Bigelow est un tel baratineur que chaque dialogue ressemble à un festin, on y déguste les bons mots et tout l'art de la tournure de Thompson, s'attendant à ce que la toile du traitre se déchire, que le voile se lève enfin sur toute la pension Winroy, que chacun montre enfin son jeu.
Oh ça arrivera, mais pour cela, il faudra patienter jusqu'aux ultimes chapitres, attendre que la mort frappe et détermine pour chacun des personnages si le destin est cette catin qui ironise sur la taille de l'engin de ses clients. Qu'importe la taille du trottoir, elle sera là tous les jours à l'arpenter, redoutant un peu plus chaque matin d'y finir sa vie, mais continuant inextinguiblement à s'en moquer. le destin est cruel, même lucide et déterminé, il vous rattrapera de toute façon.
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JIEMDE
  02 août 2016
Quelle mission que celle que le Patron impose à Carl Bigelow, alias Charlie Bigger ou Little Bigger, tueur légendaire d'1m50 malade et cabossé, en passe de se ranger : faire disparaître le témoin gênant d'un procès à venir, le plus discrètement possible, dans la petite ville de Peardale où chacun connaît son voisin. Quel scénario imaginer ?
Quelle pension de famille que celle des Winroy où Carl prend une chambre : sous le toit même de sa cible attribuée, il séduit Fay sa femme, puis Ruth la bonne infirme et handicapée avant de se faire embaucher par Kendall l'autre locataire. Mais qui aide qui ? Qui épie qui ? Sur qui s'appuyer ?
Quels personnages que cette cour des miracles servant de cadre à Nuit de fureur. Ils sont soit tordus, calculateurs, malades, marginaux, alcooliques, débridés, barrés, manipulateurs, déviants... mais attachants. Qui s'en tirera au final ?
Quel virtuosité enfin que celle de Jim Thompson, dans sa façon de transformer un roman-gag, un thriller-farce en véritable polar noir lors des tous derniers chapitres, en travaillant jusqu'au bout sa technique du décalage pour finalement arriver à son sujet central peu à peu découvert : l'étude en profondeur d'un homme en perdition dont l'âme finit par partir à la dérive parmi les chèvres...
Du grand art, une fois de plus !
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
jeranjoujeranjou   17 novembre 2013
M. Kendall goûta ses asperges et dit qu’elles étaient très bonnes. Puis il goûta aux anchois, aux sardines importées et à la langue de bœuf et déclara que tout était très bon.
Il se tamponna la bouche avec sa serviette, et je m’attendais à ce qu’il dise qu’elle était très bonne, elle aussi. Ou il allait peut-être tourner un compliment bien juteux sur la qualité de son ouvre-boîtes.

(pour préserver la chute, je vous ai ajouté le texte qui précède la citation pour mieux comprendre le contexte:

Elle m’avait dit qu’elle allait « bricoler quelque chose pour le dîner » et ce n’était pas une simple façon de parler. Apparemment, elle avait foncé jusqu’au magasin le plus proche et elle en avait rapporté une brassée de boites de conserve. […] )
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RenodRenod   19 juin 2016
Malgré ça, cependant, et malgré sa jambe – quelle qu’ait été sa difformité – elle avait quand même beaucoup pour plaire. Toutes ses corvées ménagères et ses efforts respiratoires lui avaient donné une poitrine qui passait aussi inaperçue qu’un barbu dans un pensionnat de jeunes filles. Et ses slaloms sur une béquille n’avaient pas fait de mal à son postérieur. Si on le regardait sans s’occuper du reste, on aurait pu croire qu’il appartenait à un poney des Shetlands. Mais je ne veux pas dire qu’il était énorme. Ce qui était fascinant, c’était l’allure qu’il avait, chez elle, la façon dont il se mariait avec son ventre plat et sa taille fine. C’était comme si on lui avait fait un cadeau, de ce côté-là, pour compenser tous les endroits où elle avait été lésée.
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namelessnameless   20 mars 2016
Il me demanda si j'avais déjà remarqué que les gens les plus méritants - ceux qui faisaient de leur mieux pour mener une vie exemplaire - se retrouvaient souvent les plus mal lotis dans l'existence.

Page 35
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namelessnameless   20 mars 2016
Elle était excitante. Elle était jolie. Elle représentait à peu près tout ce dont on pouvait rêver chez une femme, tant qu'on avait la réussite de son côté, ou pouvait faire illusion.

Page 131
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NEOAFRICAINNEOAFRICAIN   05 janvier 2015
"Je comprenais ce qu'elle ressentait. J'étais bien placé pour savoir ce que ça voulait dire, de passer pour un guignol, de se faire traiter comme un chien par tout le monde, comme si on n'avait été fait que pour ça. On ne s'y habitue jamais, mais on en arrive à croire que jamais personne ne vous traitera autrement."

" Le seul problème, quand il s'agit de tuer, c'est que c'est tellement facile. Vous finissez par le faire presque sans réfléchir. Vous tuez au lieu de réfléchir."
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Videos de Jim Thompson (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jim Thompson
Jim Thompson, mort dans l'indifférence, est aujourd'hui reconnu comme un très grand écrivain intéressé par la face la plus noire du monde contemporain. Il a également été scénariste de cinéma.
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