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EAN : 9782370490599
320 pages
Éditeur : La Volte (15/03/2018)
3.65/5   71 notes
Résumé :
Une fable politique, dans la lignée de 1984, sur le contrôle social, la peur du changement et la plus insensée des révolutions.

« Bienvenue à Amatka… où chacun joue un rôle, où le langage possède d’étranges propriétés et où rien – pas même la texture de la réalité – ne peut être garanti.»

Ainsi se présente Amatka, cette austère colonie antarctique aux ambiances post-soviétiques. Amatka, lieu interdit à la dissidence et aux sentiments, e... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
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nebalfr
  23 décembre 2018
Karin Tidbeck est une autrice suédoise dont nous ne savons pas grand-chose en France. Si elle livre essentiellement des nouvelles, dans un registre généralement qualifié de weird, elle a cependant écrit ce roman, Amatka, en suédois en 2012, avant de le traduire elle-même en anglais en 2017 (d'où cette étrange mention concernant la traduction, car la camarade luvan s'est référée aux deux versions).

Amatka, c'est une colonie – une des quatre qui demeurent (il y en avait cinq, on évite d'en parler). Où se trouve cette colonie ? À vrai dire, nous n'en savons rien. Ce pourrait être sur Terre – mais on en doute un peu. Les colons sont venus d'un « ancien monde », mais l'expression est ambiguë, qui pourrait avoir des implications temporelles comme spatiales, voire les deux à la fois. Je me figurais quelque portail... Quoi qu'il en soit, ce monde inconnu est hostile – surtout en ce qu'il est vide et froid. Les animaux n'ont pas suivi les colons, pour quelque raison que ce soit.

La société des pionniers est au diapason de cette menace froide et vide, lourde de connotations d'immobilisme et d'inéluctabilité. C'est un régime communiste dans lequel l'individu n'est d'aucun poids face aux intérêts supérieurs du collectif. le Comité, qui dirige les pionniers, sait mieux qu'eux ce qui leur est profitable, et gère la vie des administrés dans une optique totalitaire. Tout dépend des choix du Comité, et implique un archivage qui aurait donné la nausée à un Joseph K. Les attributions et occupations de chacun sont décidées à sa place, l'habitat est nécessairement collectif, les enfants sont élevés en commun loin de leur parents, les loisirs sont obligatoires et ritualisés. La dissidence (qui est souvent simple curiosité ou vague malaise) est traquée et punie par la lobotomie (ce ne sont pas des barbares, ils ne tuent pas les opposants…), et l'autocritique est prisée, éventuellement dans des séances collectives nous ramenant aux meilleurs souvenirs de la Révolution Culturelle.

Ce qui convient très bien aux colons, qui n'ont de toute façon jamais rien connu d'autre. Et ne souhaitent rien connaître d'autre, pour l'essentiel. le monde des pionniers est celui d'un conservatisme fainéant, par défaut, monolithique – le changement n'est pas une option, trop inconfortable, trop incertain. Il y en a, cependant, comme notre héroïne Vanja de Brilar Essre Deux, envoyée à Amatka pour réaliser une enquête sur les pratiques, besoins et attentes des colons en matière d'hygiène (un boulot sacrément excitant), il y en a donc qui, sans trop savoir comment ni pourquoi, développent bien malgré eux le sentiment que « ça ne va pas », que « quelque chose ne va pas ». Une pente fatale, comme de juste – mais la frustration de ces quasi-dissidents les amène cependant à prendre des risques pour identifier leurs « semblables ». Avec de fortes probabilités que tout cela s'achève par une froide et dépassionnée lobotomie, garantie nécessaire de la perpétuation des intérêts supérieur du collectif.

À première vue, Amatka pourrait être une énième dystopie, et, de fait, les références ouvertes à 1984, notamment, ne manquent pas – on est tenté aussi, à tort ou à raison, de supposer une parenté avec la compatriote Karin Boye et sa Kallocaïne, antérieure. Cependant, ce roman assez bref parvient en définitive à se singulariser en raison de son ambiance remarquable, où d'une certaine manière le vide est aussi palpable que le froid, et où le poids de l'immobilisme des colons pèse sur la cage thoracique du lecteur au point de l'étouffer. Mais il se distingue également en mêlant à son propos dystopique un élément plus… étrange, et qui en même temps dispose de sa propre charge de réflexion politique, avec des implications qu'à tout prendre on devrait qualifier de vertigineuses.

En effet, dans le monde des pionniers, la réalité même, au sens le plus strict, l'existence des choses, s'avère pour une raison ou une autre instable. Si on ne rappelle pas aux objets qu'ils existent, je suppose qu'on pourrait le dire ainsi, alors ces objets sont menacés et, à terme, disparaissent purement et simplement. C'est pourquoi, sur un stylo, on écrit « stylo ». Ce marquage est plus souvent encore verbal : quand on entre dans une pièce, on énumère ce qui s'y trouve. Chaise. Table. Assiette. Etc. Mais cela va au-delà des petits objets du quotidien : on marque tout autant les bâtiments. Et peut-être les colons, d'une certaine manière, avec leurs identités descriptives à rallonge ? Eux ne semblent pas voués à disparaître, à se décomposer en un substrat gris et informe – celui au fond des champignons qui constituent leur seule pitance (je salue le camarade Gromovar parlant de « mycommunisme »). La disparition des colons est autrement prosaïque, et navrante de banalité : la mort ou la lobotomie. Mais tous les objets autour d'eux doivent être marqués sous peine d'anéantissement.

Pourtant, cette hantise des colons, dont l'environnement même est ainsi éphémère quand tout leur fait priser la perpétuation immobiliste (la notion même de « conservatisme » prend un sens très concret dans les colonies), cette préoccupation permanente révèle en même temps qu'ils disposent d'un certain pouvoir. En nommant, ils perpétuent – mais cela a ses corollaires : le choix de ne pas nommer décide de la disparition ; et le fait de nommer autre chose, ou autrement… permettrait en définitive le changement. Si la science-fiction est bien, comme on a pu le dire (ici, éventuellement), affaire de réification des métaphores, Amatka en livre une illustration des plus pertinente. En outre, le roman de Karin Tidbeck pervertit peut-être ainsi son modèle orwellien ? La novlangue de 1984 est demeurée à ce jour l'exemple même de l'accaparement du langage par l'autorité, découlant de la prise de conscience de ce qu'il est par essence politique : contrôler le langage, c'est contrôler ceux qui l'emploient – doubleplusbon pour le Grand-Frère. C'est aussi, dans la perspective éventuellement de l'hypothèse de Sapir-Whorf (je vous renvoie à l'excellent Comment parler à un alien ? de Frédéric Landragin), affecter directement la manière de penser, ou l'intelligence, des locuteurs. Tout ceci ressort à sa manière du roman de Karin Tidbeck, mais, en « chosifiant » plus que jamais le langage, en poussant à l'extrême l'idée que nommer fait exister, et que ne pas nommer fait disparaître, elle exprime, même à mots cachés (si l'on ose dire), le potentiel subversif du langage.

Un potentiel qui, par ailleurs, dépasse le seul champ verbal : le marquage, encore une fois, passe aussi par l'écriture – un stylo est un stylo parce qu'on écrit « stylo » dessus. Que dire alors d'un livre ? L'acte même d'écrire participe de cette perspective presque ésotérique des « mots de pouvoir ». La poésie unit Vanja de Brilar Essre Deux et le bibliothécaire, comme un secret jalousement partagé – même cette poésie en apparence sous contrôle, qui, dans son idéologie industrielle, a quelque chose des plus navrantes réalisations façon « réalisme socialiste », et en tant que telle n'aurait pas déparé dans un roman d'Antoine Volodine ou de ses avatars post-exotiques (Maria Soudaïeva, au hasard). Pourtant, ce n'est là qu'une façade : la poétesse, derrière ses odes aux installations agricoles d'Amatka, pesait mieux que quiconque le pouvoir destructeur et créateur des mots – leur faculté toujours ouverte de subversion. Mieux que quiconque… Peut-être pas mieux que le Comité, certes, qui valorise toujours plus les seuls mots froids du marquage – le papier manque, le bon papier comme celui de champignon : les poèmes peuvent bien disparaître pour que se maintienne, dans une absurdité archivistique, un monde terne qui n'a pas d'autre raison d'être que la perpétuation fainéante et triste de son implacable médiocrité.

Amatka est à n'en pas douter une réussite, un roman qui offre bien plus qu'il n'y paraît de prime abord. Son ambiance parfaite car éprouvante, sa pertinente bizarrerie, en font bien plus qu'une énième dystopie. Si les personnages manquent parfois un peu de corps, et si l'autrice, en dernier ressort, en fait parfois un peu trop, parfois pas assez (notamment dans les toutes dernières pages), ce roman bref mais dense, bien servi par la traduction fluide et évocatrice de luvan, constitue une très bonne surprise, et une lecture à recommander chaudement – ou froidement, allez savoir.

Livre.
Lien : http://nebalestuncon.over-bl..
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Le_chien_critique
  26 mars 2018
Amatka, pour des lendemains qui chantent
Amatka est le nom d'une des cinq colonies situées dans un monde étrange : s'agit il du futur de la Terre comme certains indices le laissent à penser; Ou d'une planète inconnue dont l'histoire aurait oublié les origines ? Ou des aliens ayant redécouvert la Terre après notre départ ou mort ?Toutes les pistes
Chaque colonie est spécialisée dans un domaine : agriculture, sciences... Les us et coutumes sont étranges, comme cette manière de nommer et marquer les choses afin que ces dernières ne perdent leur substance : le stylo est marqué Stylo et nommé Stylo, sous peine de le voir se transformer en mélasse. Ainsi en est-il de chaque construction, vêtements, meubles... Seuls quelques vestiges d'un temps ancien résiste à la dégradation.
Amatka, c'est l'histoire de Varja, venant de la colonie principale Essre. Elle doit mener une étude de marché à Amatka. Peu sûr d'elle, sa mission est en outre assez floue. Sans oublier que le Marché est un bien grand mot pour des colonies ayant comme politique un ersatz de communisme. La majorité des objets quotidiens proviennent de firmes d'Etat et les concitoyens d'Amatka ne sont pas très réceptifs à la nouveauté.
Peu à peu, dans les pas de Varja, nous devinons quelques éléments sur le fonctionnement totalitaire du gouvernement, de l'administration (le Comité) et de la vie quotidienne. Une vie faite de routine : travailler, marquer et nommer les choses. Et se multiplier !
Malgré cela, les habitants semblent satisfaits de leur situation, mais quelques éléments vont jeter une ombre sur ce bonheur, et la dissidence pourrait bien exister.
J'avais un peu peur d'un livre à message écrit au forceps, doublé d'une théorie ardue sur le langage, il n'en est rien. L'écriture est simple, l'atmosphère étouffante malgré le froid glacial, et les quelques éléments donnés sur la colonie donne envie de découvrir les mystères d'Amatka et de ses colonies-soeurs. Peu de réponses seront données, l'imagination du lecteur remplira les blancs. A la fin du roman, l'étrangeté demeure.
On ne peut s'empêcher de penser au célèbre 1984 d'Orwell et Amatka ne déparera pas à son côté sur l'étagère. On pourra reprocher des personnages assez binaires mais qui participent à l'atmosphère du livre. Je n'ai pas compris le parallèle avec le collectivisme. A l'époque d'Orwell, cela faisait sens, mais de nos jours...
Entre fable dystopique, SF et fantastique, une réflexion tout en douceur autour du pouvoir, de l'Etat, du langage et l'oppression qui peut en découler. Une très belle découverte. J'avais découvert l'auteur via la nouvelle Appel aux Armes pour la défense des droits des auteurs décédés sur le podcast de Coliopod. Nul doute que Karin Tidbeck sera sur ma liste des auteurs à suivre.
Au final, Amatka, c'est "un chant du faire et du défaire. Ils ne chantaient pas les choses telles qu'elles étaient, mais telles qu'elles pourraient être."
Et vous saurait à la fin comment plier les choses à votre volonté :
"Elle avait découvert la méthode la plus efficace : allier la parole, l'écrit et la pensée pour décrire en détail un objet n'existant pas au préalable. Et le faire advenir."
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Flaubauski
  28 février 2020
Voici un roman qui, dès les premières pages, avait un potentiel certain, sans pour autant faire dans une grande originalité : nous suivons Vanya, jeune femme d'Essre envoyée à Amatka pour réaliser une enquête sur l'hygiène des colons de celle-ci. Car, en effet, Amatka, tout autant qu'Essre, ainsi que trois autres lieux, dont l'un a disparu dans des circonstances mystérieuses, sont des colonies construites par les humains, nous ne savons pas quand, nous ne savons pas où, nous ne savons pas pourquoi. Ce que nous savons cependant, c'est que chaque objet, peu importe la colonie dans laquelle il se trouve, doit être régulièrement « marqué », c'est-à-dire qu'on doit le nommer pour qu'il ne finisse pas par disparaître dans un amas de bouillasse informe. Dès son arrivée, Vanya va, bien malgré elle, se retrouver non seulement à enquêter sur l'hygiène des colons d'Amatka, mais aussi et encore à enquêter sur des faits étranges étant survenus dans cette colonie assez inhospitalière du fait de ses températures glaciales ; et elle va en découvrir beaucoup sur le Collectif, à l'origine de cette colonisation dans un monde inconnu, à ses risques et périls…
Le monde qui nous est décrit par Karin Tidbeck est en soi intéressant, et son roman est écrit de telle manière que l'on suit facilement l'intrigue et son personnage principal, mais je n'y ai malgré tout pas adhéré. J'ai trouvé l'univers trop opaque, avec de nombreux éléments qui restent en suspens, et les personnages trop superficiels et caricaturaux pour que l'on puisse vraiment leur trouver un intérêt, de même que la critique qui est faite ici d'une société sous total contrôle d'un Collectif est assez attendue et facile. Certes, l'enjeu de l'auteur n'a pas été, je pense, de décrire dans sa globalité, un univers somme toute assez complexe, mais plutôt de s'intéresser à un évènement en lien avec cet univers qui va venir perturber l'ensemble. Personnellement, j'aurais malgré tout préféré une description plus globale, et donc un roman bien plus dense, pour donner à cet univers juste esquissé ici une véritable épaisseur, et donc une véritable ambiance qui m'aurait davantage embarquée.
Une lecture en demi-teinte en somme, pas foncièrement inintéressante, mais loin d'être inoubliable non plus.
Lien : https://lartetletreblog.com/..
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ZeroJanvier79
  07 janvier 2020
Amatka est un roman de l'écrivaine suédoise Katrin Tidbeck, traduit en français par Luvan pour La Volte, un éditeur dont j'apprécie souvent les publications et que j'ai découvert à travers celles d'Alain Damasio.
Un roman déroutant qui se présente presque comme une fable, mais une fable politique dans une ambiance étrange.
Le roman met en scène une femme prénommée Vanja, enquêtrice pour une compagnie de produits d'hygiène et qui vient mener une étude de marché à Amatka, une cité que la quatrième de couverture présente fort justement comme « une austère colonie antarctique aux ambiances post-soviétiques ». Vanja rencontre les habitants d'Amatka, sympathise avec certains, s'intègre peu à peu à la vie de la cité, et s'interroge progressivement sur la société dans laquelle elle vit, sur ses règles, ses non-dits voire ses secrets.
Comme je le disais en introduction, l'ambiance est étrange mais prenante, avec une bureaucratie qui vire à l'absurde et des objets qu'il faut marquer par des étiquettes ou nommer à haute voix régulièrement pour qu'ils gardent leur forme et éviter qu'ils ne se désagrègent en une crème pâteuse désagréable. On pense parfois à 1984 de George Orwell, pour la satire de la société moderne et ses aspects dystopiques.
Le récit est parfois lent, cependant à la fin de chaque chapitre j'ai eu envie de découvrir la suite. Il n'y a pas de grandes scènes d'action qui viennent bouleverser le récit mais plutôt une lente progression dans un mouvement qui semble presque inéluctable.
La conclusion m'a peut-être laissé sur ma faim, mais l'ensemble du livre est plaisant à lire et donne à réfléchir. Sans atteindre évidemment le sublime des oeuvres de Ursula K. Le Guin mais dans la lignée de ses romans comme The Left Hand of Darkness ou The Dispossessed, Katrin Tidbeck nous offre un bon roman d'anticipation, de la SF où les sciences mises en action sont plus les sciences sociales que les sciences dures.
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MELANYA
  08 juillet 2021
C'est par un heureux hasard que j'ai pu lire « Amatka » (un livre de science-fiction) / fantasy), d'une auteure suédoise, Karin Tidbeck, pour laquelle on dit qu'elle a « une pensée magique. »
Il y a science-fiction horrifique mais il y a aussi science-fiction « anticipation ». Ici, il s'agit d'un genre qualifié de « weird ». - une ambiance post-apocalyptique – cela pourrait être une dystopie...
Amatka est le nom d'une colonie (elle est l'une des quatre encore existantes – au départ il y en avait cinq) mais on se concentre sur celle-ci. Autrement, il faudrait également citer Balbit (domaine de la science – Odek (domaine de l'industrie) – tandis que Amatka se réserve plus aux champignons (et il y en a ...)
« Amatka » avait tout d'abord été construite comme une colonie côtière, à la manière de Balbit. Peu après le début des travaux, l'eau du lac était montée subitement, forçant la colonie à changer d'implantation. »
L'héroïne Vanja de Brilar Essre (Essre est la capitale administrative ), nous entraîne dans un monde étrange – atmosphère oppressante, glacée – tout est particulier : ce qui prime pour les personnages est le « marquage » pour ne pas oublier ou perdre : marquer les objets comme les personnages – les décisions sont prises par un certain Comité – tout le mode appartient à un monde collectif (rien d'individuel) – ces colons semblent venir d'un « monde ancien » mais on ne sait pas.
Le côté « weird » démontre que rien n'est stable dans ce monde : si on ne procède pas au « marquage », tout se délite et devient une mousse nocive...
Vanja découvre ici qu'elle a un certain pouvoir (après quelques déconvenues) et c'est ainsi que « Amatka » glisse tout doucement vers une histoire d'une grande étrangeté.
Si le livre est petit, les idées et réflexions y sont nombreuses. On voit comment Karin Tidbeck arrive à se servir aussi bien de la science-fiction que de la dystopie ou du post-apocalyptique.
Cet ouvrage est plus qu'intéressant et une belle réussite. Tout y est pour nous le faire aimer : ambiance – sujet du livre – genre – questionnements – une bonne traduction de Iuvan – écriture fluide et entraînante – et cette couverture où figure (et préfigure) l'arrivée de Vanja, sac à dos, devant une maison pendant que tombe la neige…
Un livre que je recommande et à lire bien au chaud.

Lien : https://www.babelio.com/monp..
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critiques presse (2)
SciFiUniverse   20 août 2019
Amatka est un roman original, une dystopie étrange et politique qui n'est pas sans rappeler 1984 version Sibérie post-apo. Ce roman a une ambiance exceptionnelle où le froid transperce le lecteur et le vide le glace tout autant. La fin est rapide, étourdissante et poétique.
Lire la critique sur le site : SciFiUniverse
Elbakin.net   12 avril 2018
Un roman atypique, court, intrigant et souvent pertinent, mais qui ne parvient pas à transformer totalement l’essai.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   08 avril 2018
La pièce était exiguë et ses parois tapissées d’étagères de livres, laissant tout juste assez de place pour une table de lecture centrale. Derrière le guichet, à côté de la porte, siégeait un homme replet arborant lunettes, barbe rousse et cheveux bouclés déjà clairsemés. Il remplissait de petites fiches.
Lorsque Vanja ferma la porte, il posa son stylo et leva sur elle des yeux d’un brun amène.
– Bienvenue.
– Merci.
Vanja resta sur place et inspecta l’intégralité de la pièce.
– Cherches-tu quelque chose en particulier ?
– Je suis en visite, dit Vanja. Je viens d’Essre.
– Et tu es entrée ici. (Le regard du bibliothécaire s’illumina sensiblement.) Connais-tu les auteurs d’Amatka ?
– Euh, non.
Le bibliothécaire se leva pour rejoindre l’étagère située au centre du mur opposé. Il pencha la tête sur le côté et parcourut les rangées de l’index avant de localiser un volume peu épais. Il le sortit et frotta délicatement la couverture.
– De la poésie, dit-il. Si tu veux apprendre à connaître Amatka, tu dois lire notre poésie. Ce recueil a été écrit par Anna de Berol. Très concis, très représentatif de notre culture.
Il rendit le livre à Vanja.
Elle le retourna. De la serre 3 avait été publié vingt ans auparavant : trois cent soixante-cinq poèmes décrivant en détail la serre 3. Vanja ouvrit le livre au hasard.

cinq heures vingt-deux parmi les betteraves
un glissement du voilé à l’acuité
les longs sillons de terre calcaire
le bruit de l’eau que pompent les racines

– Il est connu ? demanda Vanja.
– Très, très connu, répondit le bibliothécaire. Pas autant que De la serre 5, qui est de loin son plus populaire, mais notre exemplaire est sorti. Cela dit, on peut les lire dans l’ordre qu’on veut. Ils sont écrits de telle sorte qu’on puisse commencer n’importe où.
Selon la page de garde, la série était constituée de huit tomes, chacun décrivant une des serres périphériques.
– Anna a mis dix ans pour terminer cette série, renchérit-il. Le dernier livre est le plus abouti. Extrêmement dense. (Il souligna son propos d’un hochement de tête.) Je te conseille de commencer par un des autres.
Vanja garda l’ouvrage en main tout en explorant les étagères. La sélection était très similaire à celle d’Essre. La plupart des rayonnages étaient remplis d’essais, d’histoires des colonies et de biographies des Héros, ces citoyens s’étant distingués par leurs services rendus aux colonies, leurs actes et leur sens du sacrifice. Vanja sortit d’un rayonnage Des colonies, à destination des enfants. Ils l’avaient lu en classe. Vanja avait toujours voulu visiter les autres colonies. Elle s’était imaginée assise sur les rives de Balbit, ou contemplant les grandes usines d’Odek.
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Charybde2Charybde2   08 avril 2018
Vanja de Brilar Essre Deux, assistante d’information auprès des Experts de l’hygiène d’Essre, était la seule passagère de l’autotrain pour Amatka. Dès qu’elle eut grimpé les marches, la porte se referma derrière elle et le train démarra d’un coup sec. Vanja raffermit sa prise sur sa besace et sa mallette de machine à écrire, puis, du pied, poussa sa valise de l’autre côté de la porte coulissante. Il faisait parfaitement noir. Elle tâta le mur et découvrit un interrupteur près du seuil. Une lumière jaillit, diffuse et jaune.
Le wagon voyageurs était un espace exigu, vide à l’exception de couchettes en vinyle marron flanquant les murs et de porte-bagages chargés de couvertures et d’oreillers plats, assez larges pour qu’on puisse également y dormir. La voiture était conçue pour la migration, le transport des pionniers à la conquête de nouveaux espaces, ce qui, en l’occurrence, ne présentait aucune utilité.
Vanja laissa ses affaires devant la porte et s’assit sur chacune des couchettes. Elles étaient aussi dures et peu confortables les unes que les autres. Leur revêtement, lisse d’apparence, se révéla rugueux et désagréable au toucher. Vanja choisit la banquette la plus éloignée de la porte, au fond à droite, juste à côté de la salle commune, d’où on voyait l’ensemble du compartiment. Ces lieux lui rappelaient vaguement le dortoir de la maison d’enfants 2 : mêmes matelas en vinyle sous les draps, même odeur tenace de corps. À cette différence que le dortoir regorgeait d’enfants et bourdonnait de voix.
Vanja inspecta la petite salle commune. Il n’y avait qu’une fenêtre, à droite. Basse et large, elle était dotée de bords arrondis et d’un store. À y regarder de plus près, l’ouverture s’avéra ne pas être une vitre ordinaire, mais un écran blanc s’allumant au moyen d’un interrupteur, simulacre de lumière naturelle probablement. Sous l’écran, une table boulonnée au sol et quatre chaises. En face, un des meubles encastrés abritait des toilettes sommaires et un lavabo ; l’autre, un garde-manger exigu rempli de conserves et de racines comestibles fraîches. On avait tout marqué au moyen de grandes lettres rassurantes : LAVABO, GARDE-MANGER, TABLE. Il régnait une légère odeur de fumier, provenant tout aussi bien des toilettes que des containers transportés à l’avant du train.
Vanja alla chercher sa valise et en défit les sangles. L’une semblait prête à céder. Vanja avait reçu ce bagage de quelqu’un l’ayant reçu de quelqu’un d’autre et ainsi de suite. Quoi qu’il en soit, il n’allait plus tenir très longtemps : le mot VALISE s’était presque estompé. Vanja aurait pu retracer les lettres, bien sûr, mais la question était de savoir ce qui se produirait en premier : la valise allait-elle partir en lambeaux du fait de son grand âge, ou se dissoudre une fois rangée ? Vanja devrait la mettre au rebut.
– Valise, murmura Vanja pour que l’objet conserve sa forme un tantinet plus longtemps. Valise, valise.
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Le_chien_critiqueLe_chien_critique   26 mars 2018
Elle avait découvert la méthode la plus efficace : allier la parole, l’écrit et la pensée pour décrire en détail un objet n’existant pas au préalable. Et le faire advenir.
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DeslivresetlesmotsDeslivresetlesmots   18 avril 2018
On s’était occupé de cette femme. Comme on s’était occupé de Lars. Comme on s’occupait de tous ceux qui parlaient à tort et à travers. La peine de mort n’existait pas, dans les colonies. Mais il fallait empêcher les dissidents de mettre la communauté en péril. La procédure neurochirurgicale visant à oblitérer le centre du langage était une solution élégante.
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Charybde2Charybde2   08 avril 2018
Qu’y avait-il dans la langue d’Anna de Berol ? Comme si elle comprenait les mots et les objets plus profondément que quiconque. Ses poèmes n’étaient pas de simples marquages rimés. Ils ne décrivaient pas seulement le monde. Vanja avait la sensation que les serres n’avaient plus besoin d’être marquées depuis qu’Anna de Berol avait figé aussi parfaitement leur forme.
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Avec Karin Tidbeck, Sara Doke et Jean Dagron
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