AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio

Michel Delon (Éditeur scientifique)Anatole France (Auteur de la postface, du colophon, etc.)
EAN : 9782070393183
217 pages
Gallimard (23/02/1995)
  Existe en édition audio
3.55/5   141 notes
Résumé :
J'aimais éperdument la Comtesse de ... ; j'avais vingt ans, et j'étais ingénu ; elle me trompa, je me fâchai, elle me quitta. J'étais ingénu, je la regrettai ; j'avais vingt ans, elle me pardonna: et comme j'avais vingt ans, que j'étais ingénu, toujours trompé, mais plus quitté, je me croyais l'amant le mieux aimé, partant le plus heureux des hommes. Elle était amie de Mme de T..., qui semblait avoir quelques projets sur ma personne, mais sans que sa dignité fût com... >Voir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura
Critiques, Analyses et Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
3,55

sur 141 notes

Fabinou7
  18 décembre 2020
« Va, crois-moi, le plaisir est toujours légitime ! » écrivait le poète libertin du XVIIIe siècle, Evariste de Parny. Cette courte nouvelle parait à la fin du XVIIIe siècle, époque contemporaine à la naissance d'une littérature sentimentale assez différente outre-Rhin : le romantisme du jeune Werther de Goethe.
Le plaisir va au-delà de la sexualité qui en réalité n'est pas décrite. Il y a un code de conduite libertin, des règles de séduction.
La séduction est un combat car il faut « triompher » de la vertu, et « vaincre » l'objet du désir. La séduction est imposée, on ne libertine pas sans se séduire, on ne donne pas sa chair avant ses voluptueuses et langoureuses joutes verbales, c'est à la fois une escrime et une danse enivrante, faite de chassé-croisé, voltiges, jeux de chats et de souris, d'embuscades et d'escarmouches que les partenaires doivent mener jusqu'à son terme.
« Propos gauches qu'il faut passer à deux êtres qui s'efforcent de prononcer, tant bien que mal, tout autre chose que ce qu'ils ont à dire. » Comme l'écrivait Roland Barthes, dans Fragments d'un discours amoureux, le langage des amants est comme une seconde peau, et dans le libertinage, je frotte mon langage contre l'autre. Alors parfois, il y a des formules maladroites, des excès de voix, des contresens qui aiguisent le fleuret de la conversation.
« La discrétion est ma vertu favorite ; on lui doit bien des instants de bonheur. » La discrétion est ambivalente dans le libertinage. Il faut être assez discret pour ne point risquer scandale de réputation et conséquences judiciaires mais pas trop non plus afin de pouvoir jouir de la jalousie d'autrui…il faut que les liaisons soient (un peu) dangereuses.
« La lune se couchait, et le dernier de ses rayons emporta bientôt le voile d'une pudeur qui, je crois, devenait importune. » A la faveur de la nuit, on ne distingue plus ni vertu, ni pudeur, ni morale, reste la beauté de la langue… dans toute la polysémie du terme.
Qu'en pensez-vous ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          8113
elea2022
  26 avril 2022
J'ai apprécié cette nouvelle (je n'irais pas jusqu'à qualifier de roman un texte de moins de 20 pages), écrite d'abord de manière anonyme par le diplomate Dominique Vivant Denon, puis remaniée en 1812. C'est un texte répertorié également dans le genre libertin, non que les scènes soient des plus torrides, mais il est question d'une nuit d'amour prolongée en plusieurs étapes, et de jeux de rôle et manipulations à n'en plus finir.
Le jeune homme héros de cette nouvelle, et également narrateur, est l'amant de la Comtesse de ***, mais il va lui être emprunté pour une nuit par l'amie de la Comtesse, la Marquise de T., laquelle a besoin de lui pour jouer un rôle spécifique. En effet, elle se rend à la campagne, où elle doit se réconcilier avec son mari (qu'elle n'a pas vu depuis 8 ans, mais à qui elle est lié par des intérêts financiers). Ni une ni deux, le départ s'organise et elle l'enlève : le voyage en carrosse laisse augurer des distractions intéressantes, et l'espoir vient au jeune homme.
Une fois que celui-ci a joué son rôle de diversion auprès du Marquis, il est invité à découvrir le parc de la propriété sous le clair de lune, et se promène bras dessus bras dessous, avec sa belle hôtesse, badinant et parlant de la Comtesse, qui, quoique absente, n'a jamais été aussi présente que pour les réunir - on remarquera au passage la façon dont une amie parle "en bien" d'une femme à l'amant de celle-ci qu'elle convoite ! Les mystères de la nuit et la beauté de la nature font en sorte de les rapprocher dans plusieurs lieux, empreints de raffinement : d'abord un banc de gazon face à la rivière, puis un pavillon de jardin, opportunément ouvert alors qu'on le croyait fermé (oh, ça alors...!). La nuit passe vite mais le jeune homme n'en a pas assez, et obtient que la belle marquise lui offre encore ses faveurs, au retour dans la demeure conjugale, dans le cabinet conçu par son mari (à mots couverts pour pallier son impuissance par les effets de la décoration). le lieu est assez sidérant : l'entrée en est secrète, il est recouvert de miroirs qui dupliquent à l'infini les moments érotiques, et aménagé comme un temple de l'Amour, avec même une grotte pavée de coussins., et un autel du dieu que l'on se doit d'honorer.
C'est ainsi qu'au matin, le jeune homme tombe nez à nez cette fois avec l'amant de Mme de T., venu comme par hasard, et il doit jouer auprès de celui-ci son rôle de jeune homme naïf qui n'a pu en rien profiter de la situation ; il est pour l'heure congédié et renvoyé à sa Comtesse. Elle n'est d'ailleurs toujours pas apparue, mais on peut deviner qu'elle profitera hors champ des nouvelles expériences de son amant.
Ce récit libertin est vraiment joliment écrit, dresse des scènes charmantes, de superbes descriptions, dans un style presque impressionniste, tout d'impressions, de sensations, vif et emporté. L'écriture traduit bien les émotions du jeune homme, qui n'en croit pas sa bonne fortune, et sa bonne santé physique. le texte en dit toutefois beaucoup plus qu'il ne paraît, de par ses non-dits, et nous sommes un peu voyeurs, "initiés" au discret libertinage tout de jeux de pouvoir (dans lesquels les femmes ne tiennent pas la dernière place), de la bonne société aristocratique du XVIIIème siècle. J'ai découvert avec intérêt ce texte, qui m'a été conseillé il y a quelque temps par Mme Sculfort, du site "Passion Lettres". J'ai pu consulter les deux versions du texte : la seconde est moins explicite, plus passionnée - c'est celle que j'ai lue sans le savoir, car l'éditeur (Bibebook en ce qui me concerne) annonçait la version de 1777.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          423
deuxmotspassant
  04 novembre 2020
Vivant Denon, auteur du XVIIIème siècle écrit « Point de lendemain » en 1777. Il s'agit d'un court récit, une nouvelle d'une vingtaine de pages.
Un jeune homme de vingt ans se trouve au centre d'amours tumultueuses et de tromperies savamment manigancées par ses deux maitresses.
L'écriture de ce siècle est précise, poétique, elle enjolive les frasques libertines d'adultes consentants sans jamais basculer dans l'inconvenable.
Un plaisir de lecture immense, dommage que le récit soit si bref, on en redemanderait …
Commenter  J’apprécie          262
sld09
  26 décembre 2020
J'ai lu la version de 1812 et ma lecture de celle de 1777 remonte à cinq ans et je ne peux donc pas comparer les nuances entre les deux versions de ce conte même si celle-ci me laisse une impression plus agréable.
Le style de Vivant Denon est élégant, mais la brièveté du texte est toujours aussi frustrante et il n'y a pas vraiment de morale à ce conte, si ce n'est qu'on n'est jamais sûr d'accorder sa confiance à bon escient.
En effet, les trois hommes sont le jouet de Mme de T... qui les manipulent, sans pour autant négliger son plaisir, pour que son mari et son amant régulier se sentent rassurés ; et peu importe si elle leur ment et piétine les espoirs naïfs d'un jeune homme pour y parvenir.
Commenter  J’apprécie          231
Cath36
  20 janvier 2011
Plus cocu que que le héros, tu meurs ! c'est l'histoire (assez tordue, il faut bien le dire) d'une femme qui trompe trois hommes : son mari, son amant, et un jeune homme qui tombe par malheur entre ses griffes, et ce pour que le mari ne découvre pas quel est son véritable amant.Une histoire qui à l'époque aurait pu finir sur le pré, sans l'habileté machiavélique de la dame.
On se prend à regretter le temps où les femmes ne travaillaient pas et défiaient le machisme ambiant plus sûrement qu'une DRH !
Et quelle écriture ! rapide, acérée, faisant mouche à chaque fois !
On connaissait Vivant Denon comme égyptologue et ami de Bonaparte, l' écrivain mérite d' être savouré. D'ailleurs, ne vaut-il pas mieux (surtout aux XVIII-XIXe s) être vivant de nom que mort de réputation ?
Commenter  J’apprécie          212

Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
Cath36Cath36   20 janvier 2011
Il en est des baisers comme des confidences : ils s'attirent, ils s'accélèrent, ils s'échauffent les uns les autres. En effet le premier ne fut pas plutôt donné qu'un second le suivit ; puis un autre : ils se pressaient, ils entrecoupaient la conversation, ils la remplaçaient ; à peine enfin laissaient-ils aux soupirs la liberté de s'échapper. Le silence survint, on l'entendit (car on entend quelquefois le silence) : il effraya.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          130
MarcBibliothecaMarcBibliotheca   07 juin 2010
J'aimais éperdument la comtesse de *** ; j'avais vingt ans, et j'étais ingénu ; elle me trompa ; je me fâchai ; elle me quitta. J'étais ingénu, je la regrettai ; j'avais vingt ans, elle me pardonna ; et comme j'avais vingt ans, que j'étais ingénu, toujours trompé, mais plus quitté, je me croyais l'amant le mieux aimé, partant le plus heureux des hommes.
Commenter  J’apprécie          141
elea2022elea2022   26 avril 2022
- Cela, mon cher, a donc été bien plaisant ? Conte-moi les détails... conte donc.
- Ah !... Un moment. Je ne savais pas que tout ceci était une comédie ; et, bien que je sois pour quelque chose dans la pièce...
- Tu n’avais pas le beau rôle.
- Va, va, rassure-toi, il n’y a point de mauvais rôle pour de bons acteurs.

Page 15 (Bibebook).
Commenter  J’apprécie          90
Fabinou7Fabinou7   14 août 2021
« La discrétion est ma vertu favorite ; on lui doit bien des instants de bonheur. »
Commenter  J’apprécie          290
PiertyMPiertyM   08 mai 2016
J’aimais éperdument la Comtesse de *** ; j’avais vingt ans, et j’étais ingénu ; elle me trompa ; je me fâchai ; elle me quitta. J’étais ingénu, je la regrettai ; j’avais vingt ans, elle me pardonna ; et comme j’avais vingt ans, que j’étais ingénu, toujours trompé, mais plus quitté, je me croyais l’amant le mieux aimé, partant le plus heureux des hommes.
Commenter  J’apprécie          51

Video de Dominique Vivant Denon (2) Voir plusAjouter une vidéo

[dix chefs d'oeuvre de l'érotisme]
- Olivier BARROT dit quelques mots des auteurs des 10 nouvelles qui composent le livre, parmi lesquels VIVANT DENON, MAUPASSANT, VERLAINE, Pierre LOUYS.
autres livres classés : libertinageVoir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura





Quiz Voir plus

L'érotisme en littérature

Lequel de ces romans de Diderot, publié anonymement, est un roman libertin ?

Le Neveu de Rameau
Les Bijoux indiscrets
Le Rêve de D'Alembert
La Religieuse

6 questions
320 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature libertine , érotisme , érotiqueCréer un quiz sur ce livre