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Jérôme Vérain (Auteur de la postface, du colophon, etc.)
EAN : 9782755501391
142 pages
Éditeur : 1001 Nuits (01/10/2009)

Note moyenne : 3.45/5 (sur 19 notes)
Résumé :
Lors de sa première représentation en province, en 1741, la tragédie de Voltaire (1694-1778) fut très applaudie de certains prélats, trop heureux que le prophète des " mahométans " y apparaisse comme un vieillard cynique et avide de pouvoir, qui pousse un jeune disciple au meurtre politique. Voltaire a4-il cherché à blasphémer contre l'Islam, comme des musulmans le croient aujourd'hui ? Les autorités ecclésiastiques ne se laissèrent pas duper longtemps : la pièce fu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Alcapone
  23 décembre 2012
Cette pièce très controversée de Voltaire se passe à la Mecque. Après son exil à Médine, Mahomet revient pour prendre le pouvoir mais il doit d'abord défaire Zopire, le cheich de la ville. Pour parvenir à ses fins, Mahomet, à l'aide d'Omar son lieutenand, convainc le jeune et fougueux Séide de tuer Zopire en échange de la belle Palmire... Cette tragédie aurait pu être quelconque si elle ne mettait en scène un Mahomet cruel et avide. Si la pièce remporta du succès auprès des prelats à sa première représentation (le mauvais étant campé par Mahomet), les autorités écclésiastiques se rendirent rapidement compte que la pièce était avant tout une vive critique de l'église apolistique et romaine. Il n'en reste pas moins que la pièce provoque toujours des polémiques : ce qu'il faudrait retenir de ce texte, ce n'est pas le personnage de Mahomet mais bien la dangereuse fascination exercée par le discours religieux sur les jeunes...
Cette tragédie composée par Voltaire en 1736 a été representée pour la première fois à Lille en 1741. Ayant tout d'abord reçu un bon accueil du public, la pièce est cependant jugée inconvenable par certains spectateurs qui la trouvèrent dangeureuse : la vive critique de la religion qui y est faite n'est pas du goût de certains qui y voient provocation et blasphème. Pour défendre Voltaire, l'éditeur de l'époque, explique que l'intention du philosophe est justement de prévenir les hommes du fanatisme religieux. Pourtant, les poursuites engagées contre l'auteur, l'ont finalement décidé à retirer sa pièce. Pour rendre justice au philosophe, l'éditeur a décidé de reproduire une lettre que Voltaire aurait rédigée à l'attention du roi de Prusse (20 janvier 1742). En voici un extrait qui prouve le bienfondé des intentions du philosophe : « Votre Majesté sait quel esprit m‘animait en composant cet ouvrage. L'amour du genre humain et l'horreur du fanatisme, deux vertus qui sont faites pour être toujours auprès de votre trône, ont conduit ma plume. J'ai toujours pensé que la tragédie ne doit pas être un simple spectacle, qui touche le coeur sans le corriger. Qu'importent au genre humain les passions et les malheurs d'un héros de l'Antiquité, s'ils ne servent pas à nous instruire ? (...) Ceux qui diront que les temps de ces crimes sont passés, qu'on ne verra plus de Barcochebas, de Mahomet, de Jean de Leyde, etc., que les flammes des guerres de religion sont éteintes, font, ce me semble, trop d'honneur à la nature humaine. le même poison subsiste encore, quoique moins développé : cette peste, qui semble étouffée, reproduit de temps en temps des germes capables d'infecter la terre. » p.14 A la lecture de ce texte, n'y a pas de doute sur l'intention de Voltaire. Pourtant le sujet traité est si sensible, qu'une interprétation un peu rapide de la pièce peut facilement porter à confusion.
Pour contextualiser la présente édition de cette pièce, j'ai trouvé opportun de reproduire un extrait de la postface de Jérôme Verain qui, conscient de son caractère polémique, nous explique les dispositions de cette nouvelle « version » du Fanatisme ou Mahomet le Prophète : « La publication ou la représentation du Mahomet de Voltaire, en France ou en Europe, expose de nos jours à deux procès d'intention ; celui de la provocation gratuite, et celui d'une arme fournie aux détracteurs de l'Islam. D'un côté, en effet, on peut comprendre qu'un musulman ressente la seule lecture du titre comme une insulte. S'il supporte de lire le texte, l'outrance de la charge - et le simple fait, d'ailleurs, que le Prophète soit représenté en chair et en os - le blessera davantage encore. A l'inverse, les islamophobes de tout poil se réjouiront de voir Mahomet assimilé à un vieillard cynique et calculateur, lubrique et avide de pouvoir. Pour éviter de faire trop de peine aux uns et trop plaisir aux autres, le plus simple, évidemment, serait de s'abstenir. La faiblesse littéraire de la pièce, au style grandiloquent, aux personnages manichéens (les bons Mecquois contre les méchants mulsumans), et dont l'intrigue plus que chargée s'apparente moins à la tragédie qu'au mélodrame, fournirait d'ailleurs une excuse toute trouvée à l'autocensure. Mais l'excuse, justement, serait trop commode : renoncer à publier en France à l'aube du 3e millénaire, une oeuvre de Voltaire, c'est évidemment un scandale en en acceptant un autre. Car garder la pièce sous le boisseau, sous prétexte que « la diffamation des religions » serait « incompatible avec le droit à la liberté d'expression », reviendrait non seulement à ménager les croyants sincères et pacifiques mais à céder, du même coup, aux amateurs de fatwas et d'autodafés qui sont loin d'avoir désarmés. p.118
Et Jérôme Verain d'argumenter encore : « Si l'on accepte de ne pas s'enfermer dans la logique stérile du blasphème, on verra que le véritable sujet de la pièce est précisement l'étrange séduction du discours religieux, la fascination qu'il exerce, en particulier, sur les jeunes âmes. Comme l'indique l'ordre des mots dans le titre original, le sujet est le fanatisme en général, et non la perversité d'un « prophète » de théâtre, peint plus mauvais que nature pour les besoins de la démonstration : le conditionnement mental, problème social, plus que la malhonnêteté, accident individuel. » p.127 extrait de la postface Fureur et séduction de Jérôme Verain.
A la lumière de ces arguments, je ne saurais que trop me ranger à l'avis de Jérôme Verain. Car lire aujourd'hui ce texte du 18e siècle nous rappelle tristement que les préconisations d'il y a presque trois siècles sont malheureusement toujours valables aujourd'hui... le problème principal dénoncé étant bien celui du fanatisme religieux et pas autre chose...
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Apikrus
  19 février 2019
Avec cette tragédie de 1736, j'ai découvert que François-Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778) ne fut pas seulement auteur de contes, d'essais philosophiques, ou d'articles de l'Encyclopédie.
Il dénonce ici les fanatismes religieux, qui conduisent à tuer son prochain au nom de Dieu. Bien que cette pièce n'évoque directement que des crimes commis au nom de Mahomet, ce dernier n'est qu'un prétexte ou un exemple parmi d'autres, et le propos de Voltaire est plus large, ainsi qu'il l'explique dans une lettre datée de 1742 adressée au Roi de Prusse :
« Je sais que Mahomet n'a pas tramé précisément l'espèce de trahison qui fait le sujet de cette tragédie. (….) Mahomet n'est ici autre chose que Tartuffe les armes à la main. »
Voltaire réussit sa démonstration. Il use aussi de la satire, sur un registre tragique et en alexandrins. Je préfère nettement ses écrits ironiques, même si Voltaire voit juste et que son propos n'a pas pris une ride.
La preuve avec ces quelques extraits choisis :
• Zopire (schérif de la Mecque, à propos de Mahomet dans la scène 1 de l'Acte 1er) :
« La paix avec ce traître ! Ah, peuples sans courage,
N'en attendez jamais qu'un horrible esclavage :
Allez, portez en pompe et servez à genoux
L'idole dont le poids va vous écraser tous ! »
• Zopire (à Mahomet, dans la scène 5 de l'Acte second) :
« Voilà donc tes desseins ! C'est donc toi dont l'audace
De la terre à ton gré prétends changer la face !
Tu veux, en apportant le carnage et l'effroi,
Commander aux humains de penser comme toi :
Tu ravages le monde, et tu prétends l'instruire ? »
• Mahomet à propos de lui-même en s'adressant à Omar son fidèle lieutenant (derniers vers) :
« Et toi, de tant de honte étouffe la mémoire ;
Cache au moins ma faiblesse, et sauve encore ma gloire.
Je dois régir en Dieu l'univers prévenu :
Mon empire est détruit si l'homme est reconnu. »
Il était plus simple, à l'époque de Voltaire, d'illustrer son propos avec l'islam, qu'avec la religion catholique.
Il n'y eut cependant que trois représentations de la pièce à l'époque.
Cette pièce aurait ensuite été interdite par un arrêt du Parlement de Paris (Wikipédia).
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Luniver
  12 décembre 2011
La pièce se déroule à La Mecque : Mahomet, expulsé quelques années auparavant, s'approche de la ville et demande au souverain de lui faire bon accueil. Ce dernier refuse catégoriquement de composer avec lui, le considérant comme un lâche, un traître et un personnage cruel. Pour parvenir à ses fins, Mahomet demande alors à un de ses partisans d'aller assassiner le roi, en faisant passer cet ordre pour un message divin.
On assiste alors au combat intérieur de cet homme, poussé d'un côté par la ferveur de sa foi, et de l'autre par son coeur qui ne voit dans le souverain qu'un homme bon et vertueux. Même si c'est Mahomet qui est ici mis en scène, on se rend facilement compte que ce sont tous les fanatismes qui sont dénoncés dans cette pièce par Voltaire.
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5Arabella
  07 janvier 2017
Une des pièces de Voltaire dont on continue à connaître au moins le titre. Censurée à son époque par Crébillon père (ce qui entraîna une grand inimité entre les deux auteurs), elle a eu une réputation sulfureuse à son époque, qu'elle n'a pas perdue de nos jours, à cause de son sujet, que le titre complet de la pièce met bien en lumière : le Fanatisme ou Mahomet le Prophète.
Une pièce réellement plus philosophique que dramatique, dans laquelle Voltaire s'attaque à la religion d'une façon assez directe. Même s'il prend comme personnage Mahomet, ce qui devait lui permettre de contourner la censure, qui toutefois ne se laissa pas abuser. Un Mahomet, qui comme les personnages de Zaïre, ne sert que de nom à Voltaire, qui ne s'est pas soucié d'en savoir plus sur le personnage que quelques noms donnant couleur locale.
Ce qui importe à Voltaire, c'est montrer que la religion est un outil de manipulation, de prise de pouvoir, d'une domination des esprits, qui permet d'asseoir la maîtrise sur les foules bien plus fortement que par la seule force. Les "envoyés de Dieu" sont des hommes, et agissent en tant que tels, les "miracles" sont des artifices. La pièce donne à penser que le levier de la religion est un levier puissant, que la seule raison est souvent impuissante à convaincre et à provoquer l'adhésion. Au-delà de la religion, la pièce est aussi une réflexion sur le pouvoir politique, sur la façon de gouverner, un chef aurait intérêt à s'appuyer sur sur l'irrationnel, sur l'affectif, sur une idéologie religieuse ou autre qui provoque une identification à un groupe, qui définit comme ennemis ceux qui n'en font pas parti et fait perdre tout sens critique.
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Zoreillivre
  05 août 2017
L'écriture est évidemment prodigieuse. Quel talent ! On a beau s'y attendre, cela continue de surprendre. le thème interpelle et on se demande si aujourd'hui un tel opus ferait le buzz et/ou serait vitupéré. Car c'est bien de fanatisme que Voltaire nourrit sa tragédie, de fanatisme religieux qui va jusqu'à tuer. le parallèle avec la situation actuelle ne peut être évité, Voltaire était visionnaire...
J'ai pris grand plaisir à cette lecture. L'opus est court et palpitant. Il emporte par son style sans sacrifier la narration. Une véritable oeuvre à protéger du fanatisme qui pourrait bien la menacer...
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
LuniverLuniver   12 décembre 2011
PALMIRE
Tremblons d' examiner. Mahomet voit nos coeurs,
il entend nos soupirs, il observe mes pleurs.
Chacun redoute en lui la divinité même,
c' est tout ce que je sais ; le doute est un blasphème :
et le dieu qu' il annonce avec tant de hauteur,
Séide, est le vrai dieu, puisqu' il le rend vainqueur.

SÉIDE
Il l' est, puisque Palmire et le croit et l' adore.
Mais mon esprit confus ne conçoit point encore
comment ce dieu si bon, ce père des humains,
pour un meurtre effroyable a réservé mes mains.
Je ne le sais que trop que mon doute est un crime,
qu' un prêtre sans remords égorge sa victime,
que par la voix du ciel Zopire est condamné,
qu' à soutenir ma loi j' étais prédestiné.
Mahomet s' expliquait, il a fallu me taire ;
et, tout fier de servir la céleste colère,
sur l' ennemi de dieu je portais le trépas :
un autre dieu, peut-être, a retenu mon bras.
Du moins, lorsque j' ai vu ce malheureux Zopire,
de ma religion j' ai senti moins l' empire.
Vainement mon devoir au meurtre m' appelait ;
à mon coeur éperdu l' humanité parlait.
Mais avec quel courroux, avec quelle tendresse,
Mahomet de mes sens accuse la faiblesse !
Avec quelle grandeur, et quelle autorité,
sa voix vient d' endurcir ma sensibilité !
Que la religion est terrible et puissante !
J' ai senti la fureur en mon coeur renaissante ;
Palmire, je suis faible, et du meurtre effrayé ;
de ces saintes fureurs je passe à la pitié ;
de sentiments confus une foule m' assiége :
je crains d' être barbare, ou d' être sacrilége.
Je ne me sens point fait pour être un assassin.
Mais quoi ! Dieu me l' ordonne, et j' ai promis ma main ;
j' en verse encor des pleurs de douleur et de rage.
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JunoRJunoR   20 août 2018
Mahomet.

Téméraire, on devient sacrilège alors qu'on délibère. Loin de moi les mortels assez audacieux pour juger par eux-mêmes, et pour voir par leurs yeux ! Quiconque ose penser n'est pas né pour me croire. Obéir en silence est votre seule gloire. Savez-vous qui je suis ? Savez-vous en quels lieux ma voir vous a chargé des volontés des cieux ? Si malgré ses erreurs et son idolâtrie, des peuples d'orient la Mecque est la patrie ; si ce temple du monde est promis à ma loi ; si dieu m'en a créé le pontife et le roi ; si la Mecque est sacrée, en savez-vous la cause? Ibrahim y naquit, et sa cendre y repose : Ibrahim, dont le bras, docile à l'éternel, traîna son fils unique aux marches de l'autel, étouffant pour son dieu les cris de la nature.
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ApikrusApikrus   19 février 2019
Zopire (à Mahomet, dans la scène 5 de l’Acte second) :
« Voilà donc tes desseins ! C’est donc toi dont l’audace
De la terre à ton gré prétends changer la face !
Tu veux, en apportant le carnage et l’effroi,
Commander aux humains de penser comme toi :
Tu ravages le monde, et tu prétends l’instruire ?
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ApikrusApikrus   19 février 2019
Mahomet à propos de lui-même en s’adressant à Omar son fidèle lieutenant (derniers vers) :
« Et toi, de tant de honte étouffe la mémoire ;
Cache au moins ma faiblesse, et sauve encore ma gloire.
Je dois régir en Dieu l’univers prévenu :
Mon empire est détruit si l’homme est reconnu. »
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LuniverLuniver   12 décembre 2011
Et toi, de tant de honte étouffe la mémoire ;
cache au moins ma faiblesse, et sauve encor ma gloire :
je dois régir en dieu l' univers prévenu ;
mon empire est détruit si l' homme est reconnu.
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Vidéo de  Voltaire
2/2 Voltaire et Rousseau à l'épreuve du 20ème siècle (1978 / Les samedis de France Culture). Émission en deux volets, diffusée sur France Culture les 4 et 11 novembre 1978, à l'occasion du bicentenaire de la mort des deux philosophes. Par Roland Auguet. Avec Jean Balcou, Daniel Roche, Guy Chaussinand-Nogaret, Jean Starobinski, Jean Tulard et Mona Ozouf. Lectures par Jean Bollery et Michel Ruhl. Réalisation : Alain Pollet.
Source : France Culture
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