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EAN : 9782715812642
157 pages
Balland (30/11/-1)
4.44/5   78 notes
Résumé :

En 1978, Monique Wittig clôt sa conférence sur " La Pensée straight " par ces mots : " Les lesbiennes ne sont pas des femmes. " L'onde de choc provoquée par cet énoncé n'en finit pas de se faire ressentir, aujourd'hui encore, dans la théorie féministe et au-delà. En analysant l'aspect fondateur de la " naturalité " supposée de l'hétérosexualité au sein de nos structures de pensées,... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
malecturotheque
  20 avril 2019
Si je me souvenais avoir lu La pensée straight il y a une petite dizaine d'années, je ne me souvenais en revanche pas du contenu. Au cours de cette relecture, j'ai compris pourquoi : ce livre, qui est un recueil de textes, d'essais, n'est pas abordable par tout le monde comme peut l'être un essai tel que Sorcières de Mona Chollet. Il faut clairement avoir un certain bagage afin de pouvoir intégrer les notions et les idées présentes dans La pensée straight, de pouvoir les digérer, les analyser et enfin s'en faire un avis.
Monique Wittig est connue pour avoir écrit des romans mais aussi et surtout pour son militantisme féministe ; elle est l'une des fondatrices du MLF (Mouvement de libération des femmes). de Wittig, l'on retient également cette phrase : « Les lesbiennes ne sont pas des femmes. » Et c'est autour de cela que tourne La pensée straight. Pour résumer, Monique Wittig affirme que l'hétérosexualité est politique et non pas naturelle ; le groupe humain s'est divisé en deux, ce qui a mené à ce qu'une partie de l'humanité, l'homme, prenne le dessus sur l'autre, la-femme. A partir de là, la-femme se retrouve dominée dans de très nombreux domaines et se doit de correspondre aux attentes de l'homme. Or les lesbiennes – tout comme les gais d'ailleurs – sortent de cette attente parce qu'elles ne jouent pas le jeu de la séduction auprès des hommes (entre autres choses) et ne peuvent donc pas être considérées comme faisant partie du groupe la-femme. Pour être honnête, je résume très grossièrement les textes de Monique Wittig et je vous invite fortement à les lire pour mieux comprendre le développement de sa pensée et pour vous faire un avis plus juste.
S'il est vrai que les textes sont denses et demande une certaine concentration, une fois posée au calme je lisais assez rapidement chacun des textes, en prenant toutefois le temps de comprendre, quitte à relire une phrase ou un paragraphe. Les écrits qui m'ont le plus intéressée sont les sept premiers (« La catégorie de sexe », « On ne naît pas femme », « La pensée straight » – qui donne son nom au livre -, « À propos du contrat social », etc.) car ils parlent de la norme hétérosexuelle, de féminisme et de genre. D'après moi, ce sont les plus importants du livre car ils permettent vraiment de s'interroger, de se déconstruire, et donc de réfléchir sur soi et sur le monde qui nous entoure. En revanche, les deux ou trois derniers textes, même s'ils ont un propos intéressant, ne m'ont pas particulièrement enthousiasmée. Il faut dire qu'ils se basent sur des romans ou films que je ne connais pas.
La pensée straight est un livre très intéressant et apporte de nombreuses clés autour d'une réflexion pertinente. Comme tout essai, vous ne serez pas forcément d'accord avec tout, cela dit il serait bien dommage de ne pas le découvrir. Je vous conseille toutefois de le lire au calme afin de pouvoir vous concentrer sur cette lecture qui va faire chauffer votre cerveau.
Lien : https://malecturotheque.word..
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Uraniie
  25 juin 2022
Monique Wittig est une romancière, philosophe, théoricienne, féministe, lesbienne. Elle s'inscrit dans le féminisme matérialiste, c'est-à-dire que le sexisme n'est pas issu de la nature (vision essentialiste), mais des constructions sociales (vision matérialiste).
Dans ce recueil d'essais Monique Wittig expose sa pensée, selon laquelle l'hétérosexualité est un régime politique qui asservit les femmes. La division et la hiérarchie des sexes n'existe que dans une relation entre un homme et une femme. En effet, elle affirme que les hommes s'approprient le travail reproducteur des femmes, dont le cadre légal est le contrat de mariage.
Ainsi pour Monique Wittig les lesbiennes ne sont pas des femmes, puisqu'elles choisissent de sortir de cette relation hétérosexuelle.
En effet, elle prône un lesbianisme politique. L'hétérosexualité n'étant pas naturelle, il est donc possible de choisir d'avoir des relations seulement avec des lesbiennes, pour échapper à sa condition de femme.
Dans une seconde partie elle évoque davantage le langage, la sémantique, et comment ceux-ci pourrait nous aider à dépasser la notion de genre. Je dois avouer que cette partie là de l'oeuvre a été plus obscure à comprendre pour moi. C'est pour cela qu'il fera l'objet très certainement d'une relecture. En outre, il m'a donné envie de lire ces autres oeuvres, notamment le dernier texte dans lequel elle commente l'une de ses oeuvres Les Guérillères.
Elle compare beaucoup la situation des esclaves ou celle des femmes. Il me semble que cette comparaison a été jugée malvenue par Françoise Vergès notamment, d'une part parce que Monique Wittig est blanche, d'autre part parce que lors de l'esclavage des femmes blanches ont possédé des esclaves. En outre, ça participe à invisibiliser la spécificité des discriminations que subissent les femmes noires.
Je n'ai pas résumé toute la pensée de Monique Wittig dans cette chronique puisqu'il y ait aussi question de critique du marxisme, du féminisme essentialiste, de références à la culture lesbienne... Je vous invite donc fortement à lire cet ouvrage, et à écouter, lire des critiques qui traitent de la pensée straight.
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ATOS
  04 octobre 2021
Un pilier. Un monument. La genèse. Essai politique, sociologique, incontournable, fondamental.
«  Ce texte pose l'hétérosexualité en tant qu'institution politique à l'intérieur du patriarcat. » Louise Turcotte, La révolution d'un point de vue, préface.
Astrid Shriqui Garain
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alexamath
  27 décembre 2012
"La lesbienne est le seul concept que je connaisse qui soit au-delà des catégories de sexe parce que le sujet désigné n'est pas une femme, ni économiquement, ni politiquement, ni idéologiquement." le lesbianisme n'est pas une identité sexuelle et culturelle mais une position hors du système d'oppression qui produit les sexes.
Wittig est l'auteure d'actes poltiques très puissants. L'un d'entre eux est dans déterritorialisation du corps féminin (qui se matérialise dans l'affirmation que les lesbiennes ne sont pas des femmes) et le devenir gouine-garou (qui suppose la transformation du corps hétéro.) Un devenir corps lesbien, sans substance ni antécédents naturels, qui résulte du processus de baiser lesbien tel que cela se manifeste dans le Corps lesbien.
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AnitaBomba
  09 mai 2014
Ces essais de Monique Wittig, écrits entre 1978 et 1988, constituent une source d'inspiration et d'outils théoriques permanente. La radicalité des analyses de celle qui fut des premières actions du Mouvement pour la Libération des Femmes n'a d'égal que leur limpidité. Les conclusions essentielles de ces textes sont que l'hétérosexualité, et les catégories "hommes" et "femmes" ne sont pas des données naturelles, mais bien un régime politique. Monique Wittig appuie sa démonstration sur la notion de classe, sur la critique de la notion d'"universel", et en passant par des parallèles entre les systèmes patriarcal, capitaliste et raciste. Dans les détails, on retiendra notamment la mise en évidence de l'oppression réelle, matérielle que peuvent exercer des discours (scientifiques, ou de communication de masse), sa mise en garde contre le "principe illogique de l'égalité dans la différence", et sa proposition de revendiquer l'abolition de la déclaration de sexe, puisque c'est une discrimination. Sa définition précise et combative du mot "féministe" donne bien le ton de cet ouvrage : "quelqu'un qui lutte pour les femmes en tant que classe et pour la disparition de cette classe".
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
HatshHatsh   15 février 2014
C'est que la catégorie de sexe est une catégorie totalitaire qui, pour prouver son existence, a ses inquisitions, ses cours de justice, ses tribunaux, son ensemble de lois, ses terreurs, ses tortures, ses mutilations, ses exécutions, sa police. Elle forme l'esprit tout autant que le corps puisqu'elle contrôle toute la production mentale. Elle possède nos esprits de telle manière que nous ne pouvons pas penser en-dehors d'elle. C'est la raison pour laquelle nous devons la détruire et commencer à penser au-delà d'elle si nous voulons commencer à penser vraiment, de la même manière que nous devons détruire les sexes en tant que réalités sociologiques si nous voulons commencer à exister.
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ATOSATOS   04 octobre 2021
«  (…) le genre et la mise en vigueur de la catégorie de sexe dans le langage , il a la même fonction que la déclaration de sexe dans le statut civil. (…) Sous la domination de genre, la catégorie de sexe imprègne tout le corps du langage et force chaque locuteur s'il en est une , à proclamer son sexe physique (sociologique) c'est-à-dire apparaît dans le langage représenté sous une forme concrète et non sous la forme abstraite la généralisation nécessite, celle que tout locuteur masculin a le droit inquestionnable d'utiliser. La forme abstraite, le général, l'universel , c'est bien ce que le prétendu genre masculin grammatical veut dire. Historiquement, on peut constater que la classe des hommes s'est approprié l'universel et la possibilité de le manipuler à son compte sans qu'il semble même y avoir abus de pouvoir, en somme « naturellement « . Il faut bien comprendre que les hommes ne sont pas né avec une capacité pour l'universel qui ferait défaut aux femmes à la naissance, réduites qu'elles seraient par constitution au spécifique et aux particuliers. Que l'universel a été approprié historiquement soit. Mais un fait de telle importance en ce qui concerne l'humanité n'est pas fait une fois pour toutes. il se refait, se fait sans cesse, à chaque moment , il a besoin de la contribution active, hic et nunc, de l'ensemble des locuteurs pour prendre effet sans relâche. Il s'agit d'un acte perpétré par une classe contre l'autre et c'est un acte criminel. (…)
Le genre nuit énormément aux femmes dans l'exercice du langage. » La marque du genre, chapitre 9.
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ATOSATOS   04 octobre 2021
«  la catégorie de sexe est une catégorie totalitaire qui, pour prouver son existence, a ses inquisitions, ses cours de justice, ses tribunaux, son ensemble de lois, ses terreurs, ses tortures, ses mutilations, ses exécutions, sa police. Elle forme l’esprit tout autant que le corps puisqu’elle contrôle toute la production mentale. Elle possède nos esprits de telle manière que nous ne pouvons pas penser en dehors d’elle. C’est la raison pour laquelle nous devons la détruire et commencer à penser au-delà d’elle si nous voulons commencer à penser vraiment, de la même manière que nous devons détruire les sexes en tant que réalités sociologiques si nous voulons commencer à exister. La catégorie de sexe est une catégorie qui régit l’esclavage des femmes et elle opère très précisément grâce à une opération de réduction, comme pour esclaves noirs, en prenant la partie pour le tout, une partie ( la couleur, le sexe) au travers de laquelle un groupe humain tout entier doit passer comme au travers d’un filtre. Il est à remarquer qu’en ce qui concerne l’état civil, la couleur comme le sexe doivent être «  déclarés ». Cependant, grâce à l’abolition de l’esclavage, la « déclaration » de la « couleur » est maintenant considérée comme une discrimination. Mais ceci n’est pas vrai pour la « déclaration » de »sexe » que même les femmes n’ont pas rêvé d’abolir.
Je dis : qu’attend-on pour le faire ? » Chapitre I .La catégorie de sexe.
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Gabrielle_DuboisGabrielle_Dubois   18 juin 2022
Bien qu’on ait admis ces dernières années qu’il n’y a pas de nature, que tout est culture, il reste au sein de cette culture un noyau de nature qui résiste à l’examen, une relation qui revêt un caractère d’inéluctabilité dans la culture comme dans la nature, c’est la relation hétérosexuelle ou relation obligatoire entre «l’homme» et «la femme». Ayant posé comme principe évident, comme une donnée antérieure à toute science, l’inéluctabilité de cette relation, la pensée straight se livre à une interprétation totalisante à la fois de l’histoire, de la réalité sociale, de la culture des sociétés, du langage et de tous les phénomènes subjectifs.
Je ne peux que souligner ici le caractère oppressif que revêt la pensée straight dans sa tendance à immédiatement universaliser sa production de concepts, à former des lois générales qui valent pour toutes les sociétés, toutes les époques, tous les individus. […] Cette tendance à l’universalité a pour conséquence que la pensée straight ne peut pas concevoir une culture, une société où l’hétérosexualité n’ordonnerait pas non seulement toutes les relations humaines mais sa production de concepts en même temps que tous les processus qui échappent à la conscience. Ces processus inconscients deviennent d’ailleurs historiquement de plus en plus impératifs dans ce qu’ils nous apprennent sur nous-mêmes par l’intermédiaire de spécialistes.
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Gabrielle_DuboisGabrielle_Dubois   18 juin 2022
««Lesbienne» est le seul concept que je connaisse qui soit au-delà des catégories de sexe (femme et homme) parce que le sujet désigné (lesbienne) N’EST PAS une femme, ni économiquement, ni politiquement ni idéologiquement. Car en effet ce qui fait une femme, c’est une relation sociale particulière à un homme, relation que nous avons autrefois appelée de servage, relation qui implique des obligations personnelles et physiques aussi bien que des obligations économiques (assignation à résidence, corvée domestique, devoir conjugal, production d’enfants illimitée, etc.), relation à laquelle les lesbiennes échappent en refusant de devenir ou de rester hétérosexuelles ; Nous sommes transfuges à notre classe de la même façon que les esclaves « marrons » américains l’étaient en échappant à l’esclavage et en devenant des hommes et des femmes libres, c’est-à-dire que c’est pour nous une nécessité absolue, et comme pour eux et pour elles, notre survie exige de contribuer de toutes nos forces à la destruction de la classe ― les femmes ― dans laquelle les hommes s’approprient les femmes et cela ne peut s’accomplir que par la destruction de l’hétérosexualité comme système social basé sur l’oppression et l’appropriation des femmes par les hommes et qui produit le corps de doctrine sur la différence entre les sexes pour justifier cette oppression.
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Emilie Notéris vous présente son ouvrage "Wittig" aux éditions Les Pérégrines.
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