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EAN : 9782715812642
157 pages
Balland (30/11/-1)
4.33/5   143 notes
Résumé :

En 1978, Monique Wittig clôt sa conférence sur " La Pensée straight " par ces mots : " Les lesbiennes ne sont pas des femmes. " L'onde de choc provoquée par cet énoncé n'en finit pas de se faire ressentir, aujourd'hui encore, dans la théorie féministe et au-delà. En analysant l'aspect fondateur de la " naturalité " supposée de l'hétérosexualité au sein de nos structures de pensées,... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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Si je me souvenais avoir lu La pensée straight il y a une petite dizaine d'années, je ne me souvenais en revanche pas du contenu. Au cours de cette relecture, j'ai compris pourquoi : ce livre, qui est un recueil de textes, d'essais, n'est pas abordable par tout le monde comme peut l'être un essai tel que Sorcières de Mona Chollet. Il faut clairement avoir un certain bagage afin de pouvoir intégrer les notions et les idées présentes dans La pensée straight, de pouvoir les digérer, les analyser et enfin s'en faire un avis.
Monique Wittig est connue pour avoir écrit des romans mais aussi et surtout pour son militantisme féministe ; elle est l'une des fondatrices du MLF (Mouvement de libération des femmes). de Wittig, l'on retient également cette phrase : « Les lesbiennes ne sont pas des femmes. » Et c'est autour de cela que tourne La pensée straight. Pour résumer, Monique Wittig affirme que l'hétérosexualité est politique et non pas naturelle ; le groupe humain s'est divisé en deux, ce qui a mené à ce qu'une partie de l'humanité, l'homme, prenne le dessus sur l'autre, la-femme. A partir de là, la-femme se retrouve dominée dans de très nombreux domaines et se doit de correspondre aux attentes de l'homme. Or les lesbiennes – tout comme les gais d'ailleurs – sortent de cette attente parce qu'elles ne jouent pas le jeu de la séduction auprès des hommes (entre autres choses) et ne peuvent donc pas être considérées comme faisant partie du groupe la-femme. Pour être honnête, je résume très grossièrement les textes de Monique Wittig et je vous invite fortement à les lire pour mieux comprendre le développement de sa pensée et pour vous faire un avis plus juste.
S'il est vrai que les textes sont denses et demande une certaine concentration, une fois posée au calme je lisais assez rapidement chacun des textes, en prenant toutefois le temps de comprendre, quitte à relire une phrase ou un paragraphe. Les écrits qui m'ont le plus intéressée sont les sept premiers (« La catégorie de sexe », « On ne naît pas femme », « La pensée straight » – qui donne son nom au livre -, « À propos du contrat social », etc.) car ils parlent de la norme hétérosexuelle, de féminisme et de genre. D'après moi, ce sont les plus importants du livre car ils permettent vraiment de s'interroger, de se déconstruire, et donc de réfléchir sur soi et sur le monde qui nous entoure. En revanche, les deux ou trois derniers textes, même s'ils ont un propos intéressant, ne m'ont pas particulièrement enthousiasmée. Il faut dire qu'ils se basent sur des romans ou films que je ne connais pas.

La pensée straight est un livre très intéressant et apporte de nombreuses clés autour d'une réflexion pertinente. Comme tout essai, vous ne serez pas forcément d'accord avec tout, cela dit il serait bien dommage de ne pas le découvrir. Je vous conseille toutefois de le lire au calme afin de pouvoir vous concentrer sur cette lecture qui va faire chauffer votre cerveau.
Lien : https://malecturotheque.word..
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Monique Wittig compare constamment la situation des femmes à celle des serfs, des peuples colonisés et des personnes esclavagisées. Il y a également une comparaison qui est faite avec la Shoah. Elle parle de la bourgeoisie comme s'il n'y avait pas de bourgeoises, des hommes blancs comme s'il n'y avait pas de femmes blanches. Elle ignore complètement en quoi la fabrique du féminin est aussi une fabrique coloniale. La « femme », ce mythe qu'elle dénonce avec ardeur, est aussi une entreprise coloniale réussie et de laquelle elle tire un profit en tant que femme blanche, qu'elle le veuille ou non.

Elle s'oppose à la domination des hommes, mais désire l'universel comme seuls le revendiquent ces mêmes hommes qu'elle condamne, incapable de se situer elle-même sur l'axe des privilèges et des dominants. Elle parle des lesbiennes comme de personne s'élevant au-dessus des catégories sexuelles, car elles n'appartiendraient aux hommes sur aucun plan (que ce soit économiquement, politiquement ou idéologiquement). Or, les lesbiennes ont aussi des pères et des patrons, ce qui rend cette idée pour le moins curieuse. Je sais fort bien que la phrase « Les lesbiennes ne sont pas des femmes » est tout sauf une insulte. Je le comprends parfaitement et l'intention de Wittig en disant cela est limpide... C'est simplement que, pour que ce soit absolument vrai, il faudrait que les femmes vivent en dehors du capitalisme et du patriarcat, ce qui n'a aucun sens. de plus, lorsqu'elle déclare que « le régime politique de l'hétérosexualité représente toutes les cultures et toutes les politiques », elle ne prend pas conscience de l'importance des sociétés précoloniales qui ne connaissaient pas ou alors très peu les violences sexistes et sexuelles.

Enfin, elle parle de l'écriture féminine en ignorant le fait que le français a subi un processus de masculinisation et que ce qu'elle perçoit comme la féminisation condamnable de la langue française n'est en fait que la dé-masculinisation de celle-ci…

N.B. La préface de Louise Turcotte parle en termes désuets et peu renseignés des personnes trans et de leurs activismes (ça ne dure qu'une demi-page, mais ça peut tout de même être blessant à lire).
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Monique Wittig est une romancière, philosophe, théoricienne, féministe, lesbienne. Elle s'inscrit dans le féminisme matérialiste, c'est-à-dire que le sexisme n'est pas issu de la nature (vision essentialiste), mais des constructions sociales (vision matérialiste).

Dans ce recueil d'essais Monique Wittig expose sa pensée, selon laquelle l'hétérosexualité est un régime politique qui asservit les femmes. La division et la hiérarchie des sexes n'existe que dans une relation entre un homme et une femme. En effet, elle affirme que les hommes s'approprient le travail reproducteur des femmes, dont le cadre légal est le contrat de mariage.
Ainsi pour Monique Wittig les lesbiennes ne sont pas des femmes, puisqu'elles choisissent de sortir de cette relation hétérosexuelle.
En effet, elle prône un lesbianisme politique. L'hétérosexualité n'étant pas naturelle, il est donc possible de choisir d'avoir des relations seulement avec des lesbiennes, pour échapper à sa condition de femme.

Dans une seconde partie elle évoque davantage le langage, la sémantique, et comment ceux-ci pourrait nous aider à dépasser la notion de genre. Je dois avouer que cette partie là de l'oeuvre a été plus obscure à comprendre pour moi. C'est pour cela qu'il fera l'objet très certainement d'une relecture. En outre, il m'a donné envie de lire ces autres oeuvres, notamment le dernier texte dans lequel elle commente l'une de ses oeuvres Les Guérillères.

Elle compare beaucoup la situation des esclaves ou celle des femmes. Il me semble que cette comparaison a été jugée malvenue par Françoise Vergès notamment, d'une part parce que Monique Wittig est blanche, d'autre part parce que lors de l'esclavage des femmes blanches ont possédé des esclaves. En outre, ça participe à invisibiliser la spécificité des discriminations que subissent les femmes noires.

Je n'ai pas résumé toute la pensée de Monique Wittig dans cette chronique puisqu'il y ait aussi question de critique du marxisme, du féminisme essentialiste, de références à la culture lesbienne... Je vous invite donc fortement à lire cet ouvrage, et à écouter, lire des critiques qui traitent de la pensée straight.
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Un pilier. Un monument. La genèse. Essai politique, sociologique, incontournable, fondamental.
«  Ce texte pose l'hétérosexualité en tant qu'institution politique à l'intérieur du patriarcat. » Louise Turcotte, La révolution d'un point de vue, préface.
Astrid Shriqui Garain
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"La lesbienne est le seul concept que je connaisse qui soit au-delà des catégories de sexe parce que le sujet désigné n'est pas une femme, ni économiquement, ni politiquement, ni idéologiquement." le lesbianisme n'est pas une identité sexuelle et culturelle mais une position hors du système d'oppression qui produit les sexes.
Wittig est l'auteure d'actes poltiques très puissants. L'un d'entre eux est dans déterritorialisation du corps féminin (qui se matérialise dans l'affirmation que les lesbiennes ne sont pas des femmes) et le devenir gouine-garou (qui suppose la transformation du corps hétéro.) Un devenir corps lesbien, sans substance ni antécédents naturels, qui résulte du processus de baiser lesbien tel que cela se manifeste dans le Corps lesbien.
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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
«  (…) le genre et la mise en vigueur de la catégorie de sexe dans le langage , il a la même fonction que la déclaration de sexe dans le statut civil. (…) Sous la domination de genre, la catégorie de sexe imprègne tout le corps du langage et force chaque locuteur s'il en est une , à proclamer son sexe physique (sociologique) c'est-à-dire apparaît dans le langage représenté sous une forme concrète et non sous la forme abstraite la généralisation nécessite, celle que tout locuteur masculin a le droit inquestionnable d'utiliser. La forme abstraite, le général, l'universel , c'est bien ce que le prétendu genre masculin grammatical veut dire. Historiquement, on peut constater que la classe des hommes s'est approprié l'universel et la possibilité de le manipuler à son compte sans qu'il semble même y avoir abus de pouvoir, en somme « naturellement « . Il faut bien comprendre que les hommes ne sont pas né avec une capacité pour l'universel qui ferait défaut aux femmes à la naissance, réduites qu'elles seraient par constitution au spécifique et aux particuliers. Que l'universel a été approprié historiquement soit. Mais un fait de telle importance en ce qui concerne l'humanité n'est pas fait une fois pour toutes. il se refait, se fait sans cesse, à chaque moment , il a besoin de la contribution active, hic et nunc, de l'ensemble des locuteurs pour prendre effet sans relâche. Il s'agit d'un acte perpétré par une classe contre l'autre et c'est un acte criminel. (…)
Le genre nuit énormément aux femmes dans l'exercice du langage. » La marque du genre, chapitre 9.
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C'est que la catégorie de sexe est une catégorie totalitaire qui, pour prouver son existence, a ses inquisitions, ses cours de justice, ses tribunaux, son ensemble de lois, ses terreurs, ses tortures, ses mutilations, ses exécutions, sa police. Elle forme l'esprit tout autant que le corps puisqu'elle contrôle toute la production mentale. Elle possède nos esprits de telle manière que nous ne pouvons pas penser en-dehors d'elle. C'est la raison pour laquelle nous devons la détruire et commencer à penser au-delà d'elle si nous voulons commencer à penser vraiment, de la même manière que nous devons détruire les sexes en tant que réalités sociologiques si nous voulons commencer à exister.
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«  la catégorie de sexe est une catégorie totalitaire qui, pour prouver son existence, a ses inquisitions, ses cours de justice, ses tribunaux, son ensemble de lois, ses terreurs, ses tortures, ses mutilations, ses exécutions, sa police. Elle forme l’esprit tout autant que le corps puisqu’elle contrôle toute la production mentale. Elle possède nos esprits de telle manière que nous ne pouvons pas penser en dehors d’elle. C’est la raison pour laquelle nous devons la détruire et commencer à penser au-delà d’elle si nous voulons commencer à penser vraiment, de la même manière que nous devons détruire les sexes en tant que réalités sociologiques si nous voulons commencer à exister. La catégorie de sexe est une catégorie qui régit l’esclavage des femmes et elle opère très précisément grâce à une opération de réduction, comme pour esclaves noirs, en prenant la partie pour le tout, une partie ( la couleur, le sexe) au travers de laquelle un groupe humain tout entier doit passer comme au travers d’un filtre. Il est à remarquer qu’en ce qui concerne l’état civil, la couleur comme le sexe doivent être «  déclarés ». Cependant, grâce à l’abolition de l’esclavage, la « déclaration » de la « couleur » est maintenant considérée comme une discrimination. Mais ceci n’est pas vrai pour la « déclaration » de »sexe » que même les femmes n’ont pas rêvé d’abolir.
Je dis : qu’attend-on pour le faire ? » Chapitre I .La catégorie de sexe.
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« L’idée qui m’importe ici, c’est qu’avant le conflit ( la révolte, la lutte) il n’y a pas de catégories d’opposition mais seulement des catégories de différence. Et ce n’est qu’au moment où la lutte éclate que la violence des oppositions et e caractère politique des différences deviennent manifestes. Car aussi longtemps que les oppositions ( les différences) ont l’air d’être données, d’être déjà là, «  naturelles », précédant toute pensée – tant qu’il n’y a ni conflit ni lutte – il n’y a pas de dialectique, il n’y a pas de changement, pas de mouvement.
La pensée dominante refuse de se retourner sur elle-même pour appréhender ce qui la remet en question. » Chapitre I .La catégorie de sexe.
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Bien qu’on ait admis ces dernières années qu’il n’y a pas de nature, que tout est culture, il reste au sein de cette culture un noyau de nature qui résiste à l’examen, une relation qui revêt un caractère d’inéluctabilité dans la culture comme dans la nature, c’est la relation hétérosexuelle ou relation obligatoire entre «l’homme» et «la femme». Ayant posé comme principe évident, comme une donnée antérieure à toute science, l’inéluctabilité de cette relation, la pensée straight se livre à une interprétation totalisante à la fois de l’histoire, de la réalité sociale, de la culture des sociétés, du langage et de tous les phénomènes subjectifs.
Je ne peux que souligner ici le caractère oppressif que revêt la pensée straight dans sa tendance à immédiatement universaliser sa production de concepts, à former des lois générales qui valent pour toutes les sociétés, toutes les époques, tous les individus. […] Cette tendance à l’universalité a pour conséquence que la pensée straight ne peut pas concevoir une culture, une société où l’hétérosexualité n’ordonnerait pas non seulement toutes les relations humaines mais sa production de concepts en même temps que tous les processus qui échappent à la conscience. Ces processus inconscients deviennent d’ailleurs historiquement de plus en plus impératifs dans ce qu’ils nous apprennent sur nous-mêmes par l’intermédiaire de spécialistes.
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