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EAN : 9782707344472
272 pages
Editions de Minuit (05/04/2018)
4/5   33 notes
Résumé :
Mon Opoponax, c'est peut-être, c'est même à peu près sûrement le premier livre moderne qui ait été fait sur l'enfance. Mon Opoponax, c'est l'exécution capitale de quatre-vingt-dix pour cent des livres qui ont été faits sur l'enfance. C'est la fin d'une certaine littérature et j'en remercie le ciel. C'est un livre à la fois admirable et très important parce qu'il est régi par une règle de fer, jamais enfreinte ou presque jamais, celle de n'utiliser qu'un matériau des... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Comment est-il possible que L'Opoponax de Monique Wittig, pourtant couronné du prix Médicis en 1964, soit ensuite passé totalement sous les radars de la littérature française ? Comment est-il possible qu'aucun extrait, aucune mention de ce titre n'ait jamais croisé mon chemin d'ex-étudiante de Lettres et future ex-prof de français, alors même que le nom de son auteure ne nous est, par ailleurs, et ce n'est que justice, pas inconnu – seulement depuis une période récente, certes –, alors que Marguerite Duras, l'idole de nos vingt ans, l'avait finement postfacé ? Lesbienne féministe, devancière et radicale, Wittig a subi l'anathème pour ses idées, et, par ricochet, ce magnifique récit, universel et poétique, connut le purgatoire (l'édition brochée est épuisée !).
Sortez ce texte de l'oubli aujourd'hui : gageons qu'il va vous ramener à votre enfance mieux qu'une madeleine, qu'il deviendra, pour certains, votre livre culte, votre livre de chevet. Pour peu que vous ayez passé la première page et compris le principe – on passe sans transition ni contextualisation d'une scène à une autre – vous deviendrez le corps-même de l'écriture, physiquement revenu à votre hauteur d'enfant, projeté derrière le pupitre à encrier que vous n'avez peut-être pourtant jamais connu. La magie de cette écriture de soi, écriture de l'intime qui ne dit jamais « je », c'est qu'elle restitue cette atemporalité de l'enfance, qu'elle fût vécue dans les années 40, 80 ou 2000, qu'elle se passât en Alsace, en Haute-Marne ou à Paris : la campagne, le village, sont ceux d'avant la ville, d'avant l'âge adulte. Peut-être ceux de votre mère, ou ceux de votre fils. On est Catherine Legrand. On est Catherine Legrand et Véronique Legrand, la petite soeur, qui elle aussi devient mythique. On est les enfants de l'école de campagne. Les filles de l'école de filles. Dans cet âge d'or de l'enfance, on est sauvage, comme les animaux qu'on recueille, on se bat avec la rage de tout son corps contre les garçons. On apprend la mort. On apprend aussi que les enfants d'aujourd'hui ne sont pas plus durs que ceux d'hier.
Le style de L'Opoponax nous habite. Cette déferlante d'évocations, aussi rudes que méticuleuses, sa mélodie vous reviendra le soir avant de dormir. Nous sommes les yeux de l'enfant qui ne sait pas tout nommer et utilise des périphrases objectives, nous sommes dans le pronom « on » de cette marmaille encore ni fille, ni garçon – à nous d'en échafauder notre interprétation. On se dit : Oui, c'est vrai, j'ai fait ça. Et puis, une description de ciels, une énumération de noms de fleurs des champs, décrochent le lecteur du temps révolu pour le transporter dans le monde poétique de la beauté. Cela pourrait sembler répétitif et circulaire, cependant le récit évolue. On est au collège, peut-être. La littérature apparaît. Elle est sondée, incantatoire. Et, ressort de ce récit sans schéma narratif, l'opoponax du titre surgit avant la fin, conviant le lyrisme sous les traits facétieux de l'élément perturbateur, pour éclore enfin dans la beauté de l'expression du sentiment amoureux des premières fois.
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« On dit, je suis l'Opoponax. »
Et on ne sait pas ce qu'est un Opoponax. On se lance dans cette lecture à l'aveugle, sans savoir, et on se prend une claque. Des vagues d'enfance, qui ne sont pas la nôtre, viennent s'écraser dans nos souvenirs. Des souvenirs d'une petite fille qui n'est pas nous, à une époque que l'on a pas connue, mais des souvenirs qui sont ceux de toutes les petites filles, de tous les petits garçons, à l'âge où l'on n'est même pas encore vraiment ni une petite fille ni un petit garçon.
On découvre une écriture d'une furieuse modernité, un exercice littéraire phénoménal et on s'étonne de ne le découvrir qu'aujourd'hui.
On parvient à avancer dans le récit initialement décousu, sans que ne soient utilisés les outils de la temporalité, on revit les sentiments exacts de l'enfance, exacts parce qu'ils sont amenés tels qu'ils ont été vécus, lorsqu'on ne savait ni les identifier ni les nommer. Lorsque les choses se présentaient telles quelles et que l'on n'avait pas d'autre choix que de les décrire de la manière la plus purement objective.
On revoit les petites choses, les bonshommes en mie de pain, les trajets sur la route de l'école, ces flashs qui nous reviennent parfois sans raison, une leçon de l'école élémentaire, une petite soeur qui ramasse des cailloux, les nattes d'une camarade, les jeux dans la cour. Les rires, la cruauté, l'insouciance sont vécus de plein fouet mais ne sont pas encore identifiés comme tels. La saveur des fleurs de sureau aspirées dans un rayon de soleil est décrite avec la même objectivité que le décès d'un camarade d'école, pourtant on sent le malaise ressenti, on sent cette terrible gêne de l'enfance qui ne parvient pas encore à verbaliser la tristesse. On sent ce malaise, qui imprègne certains souvenirs. On sent l'opoponax.
On finit par penser que « on », c'est la restitution parfaite de l'enfance, qu'il n'y a que « on » pour faire ressentir à des adultes les sentiments que toutes les petites filles, tous les petits garçons, n'ont jamais été en mesure d'exprimer. Cette manière absolue, objective et directe de vivre les choses. Cet indéfini propre à chacun de nous.
« On », c'est Catherine Legrand, c'est Valérie Borge, c'est Mademoiselle et c'est Reine Dieu, c'est Vincent Parme, Véronique Legrand et Pascale Fromentin.
Et puis soudain, on se rend-compte que le récit avance, sans qu'on en soit prévenus, mais soudain, on apprend le latin, les jeux dans la cour ne sont plus les mêmes. On découvre la poésie, on aime Baudelaire. "On dit tellement je l'aimais qu'en elle encor je vis." Les phrases se font plus longues, on perçoit la présence d'un malaise sournois. On pressent toujours l'opoponax, mais on ignore toujours ce qu'est un opoponax. On surprend la lumière du duvet blond sur la nuque de la fille assise devant nous, la beauté d'une chevelure en mouvement. On découvre la grâce. On est l'opoponax.
L'opoponax, c'est l'enfance la plus absolue, qui passe sans qu'on le remarque. L'opoponax, c'est la meilleure restitution de ce monde jamais opérée en littérature. Et puis l'opoponax, ce sont ces 1000 petites choses naïves qui font la beauté de l'enfance, jusqu'à la découverte de la beauté elle-même. L'opoponax, c'est lorsque l'on est pas préparé à avoir le souffle coupé par le ravissement.
L'opoponax, c'est une sublime claque de délicatesse.
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Il est fort évident que les choix d'écriture de Monique Wittig ne plairont pas à tout le monde.
Pas d'intrigue ni de fil narratif mais des flashs d'instants ou de scènes de vie de la petite enfance à l'adolescence, rapportées sur le plan uniquement descriptif (qui, en plus, s'enchaînent sans rupture de paragraphe, mais se répartissent en quelques chapitres tout de même – comme le flot des souvenirs). Ainsi on éprouvera les sensations mais on ne fera que deviner ou supputer les pensées, les intentions, les désirs, les émotions. Déstabilisant, certes, mais très immersif. Pour ma part, j'ai oscillé entre les souvenirs personnels et le monde de mes parents, la campagne autour des années 1950, et j'ai trouvé ça plutôt agréable. C'est assez régressif en fait ! D'un autre côté, c'est loin du page-turner, et il faut s'accrocher un minimum pour avancer et terminer.
J'ai beaucoup aimé m'immerger dans les jeux et les interactions de ces bandes de copains-copines, où les adultes se font très rares, en dehors des enseignantes. J'ai trouvé ces filles (très largement majoritaires dans l'oeuvre, scolarité non mixte oblige) pleines de vie, d'esprit, de curiosité, d'appétit, d'humour, les personnalités se dessinant à mesure qu'elles grandissent.
Cet ouvrage regorge d'excellents exemples des occupations des enfants avant la technologie ! Cela ne ferait sans doute pas de mal à la génération Z d'en lire quelques extraits ! ;-)
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Une lecture éprouvante! Dans ce texte, la narratrice décrit tout à la troisième personne du singulier: on fait ceci, on fait cela, Catherine Legrand fait ci et ça; c'est assez insupportable. On peut dire qu'en effet c'est un tour de force d'écrire tout un livre avec ce style mais tout de même pourquoi infliger ça au lecteur?! Sur 50, 100 pages d'accord mais là sur 250 pages c'est extrêmement pénible. Ce style descriptif, objectif, annihile toute émotion. La succession de phrases courtes construites de la même façon donne l'impression de ne pas pouvoir reprendre son souffle. L'auteur retranscrit bien l'enfance, ses jeux et ses cruautés mais cela aurait été tellement mieux avec une narration "normale" et moins répétitive. J'ai vraiment eu beaucoup de mal à aller jusqu'au bout... Dire que ce texte a reçu le prix Medicis me dépasse d'autant qu'on rapproche souvent Monique Wittig de Violette Leduc qui elle n'a jamais reçu aucun prix et à part leur homosexualité il n'y a absolument aucun point commun en terme d'écriture. Bref, je n'adhère pas!
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Le plus beau livre sur l'enfance ! le style exigeant de Monique Wittig sert magnifiquement son récit.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
"(...) On ne sait pas ce que c’est qu’un fantôme. On demande à mademoiselle ce que c’est qu’un fantôme. Elle dit que c’est un mort qui sort de sa tombe, qu’on sait que c’en est un parce qu’il y a son linceul par-dessus la tête, qu’il attend les gens pour leur sucer le sang à la gorge. On rit. Mais on n’est pas très sûr que Mademoiselle dise ça pour rire. (...)"
Monique WITTIG, L'opoponax, 1964, Minuit.
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Qu'est-ce qu'il faut faire pendant les heures qui passent dans l'immobilité et pendant lesquelles on ne sait même pas ce qu'on fait. Qu'est-ce qu'on peut faire. Les nuages pendant ce temps passent derrière les vitres et même quand il n'y a pas de vent, qu'ils paraissent ne pas avancer, ils vont plus vite que soi, immobile sur le banc, parce que ce ne sont plus les mêmes qu'on voit, là, à la place où on a regardé tout à l'heure et qui ont l'air fixés.
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On dit, tant je l'aimais qu'en elle encore je vis.
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Il y a aussi quelque chose au fond de l'oreiller qui fait le même bruit qu'un tambour mais qui est très loin, c'est un battement, ça résonne dans la tête.
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