AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizForum
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Pierre Laville (Adaptateur)
ISBN : 2742704256
Éditeur : Actes Sud (1998)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 52 notes)
Résumé :
Au contraire de ce qui se passe en France, les universités américaines sont, pour la plupart, des institutions privées subventionnées par, des philanthropes qui ont droit de regard sur l'administration des bâtiments universitaires (le campus) et sur l'enseignement des professeurs.

Pour ceux-ci, il est donc préférable d'être bien avec le doyen, maître suprême qui détient entre ses mains leur carrière... et leur gagne-pain.

Cet état de d... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.fr
Critiques, Analyses & Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
colimasson
colimasson14 janvier 2014
  • Livres 4.00/5
On imagine mal Virginia Woolf en grand loup croque-mitaine, effrayant les enfants dans leurs chaumières. Et pourtant, c'est notre Virginia Woolf bien connue qui sert de rengaine à George et Martha. Eux-mêmes sont de beaux prototypes d'un monde bourgeois et intellectuel névrosé. Secs et taris jusqu'à l'os, il ne leur reste plus que le sens de l'humour et l'imagination tordue pour se détruire jusqu'au bout. Mais ce vieux couple qui affiche des décennies de vie conjugale au compteur, n'entend pas régler ses petits problèmes en tête-à-tête -on imagine que cela a déjà dû être tenté des milliers de fois. Il serait plus drôle et peut-être plus cruel d'inviter un jeune couple encore bercé d'illusions pour les inclure dans des jeux où la folie et le sérieux alternent au-delà de toute démarcation nette.

Cette pièce d'Edward Albee, représentée pour la première fois en 1962, commence avec la même fougue qu'un Ubu Roi. « Ha ! Saloperie de saloperie ! » s'écriera Martha, avant de passer ses nerfs éprouvés sur son faiblard de George. La femme n'est plus une vicieuse qui cache son jeu derrière une allure de petite chose fragile : elle est ouvertement rageuse, et sa vulgarité ne s'encombre pas de colifichets trompeurs. La perfidie est passée du côté de George, pas aussi soumis qu'il n'y paraît. Et lorsque Nick et Honey font leur apparition, croyant passer un bon moment à siroter des cocktails avec George et Martha, ces derniers mènent une valse effroyable qui semble devoir lier la réconciliation avec l'acharnement sur une tierce personne -ici le couple frais et naïf formé par les invités. Les querelles se construisent sur fond de rancoeur et de jalousie. Tous professeurs en université, enfants ou parents proches de ce milieu, les altercations qui les réunissent sont des luttes de pouvoir primitives malgré leur fond de sophistication intellectuelle. Il semble qu'après s'être contenus de longues années à donner une bonne image d'eux-mêmes, Martha et Georges aient besoin de relâcher un peu de pression. Dans les chaumières, les instincts refoulés se déchaînent plus violemment que jamais. On s'insulte, on se frappe, on dévore, on frôle le coma éthylique et on copule. Des fantômes d'enfants morts-nés ou écrasés par des voitures surplombent cette scène sur laquelle pulsion de vie et pulsion de mort ne se sont jamais si bien affrontées.

Edward Albee possède un sens de la répartie acéré (« Si tu existais, je divorcerais »), qui semble jailli du milieu universitaire, sans jamais avoir pu en remonter à la source. En chantonnant Qui a peur de Virginia Woolf?, il donne un exutoire à sa colère contre l'hypocrisie d'un milieu qui s'enferme dans son intellectualisme au détriment de tout humanisme. Rien d'étonnant à ce que la mort et les penchants destructeurs soient les derniers vestiges des relations humaines. Et si, pour dénoncer ce milieu, Edward Albee utilise ses codes et rivalise de talent littéraire, il se laisse enfermer dans son propre piège. Où se termine la dénonciation, et où commence la collaboration ?

« MARTHA
[…] Je pleure tout le temps. Et Jojo aussi pleure tout le temps. Nous pleurons tout le temps, tous les deux et après… Nous recueillons nos larmes et nous les mettons dans le frigidaire jusqu'à ce qu'elles soient toutes gelées… (Elle rit plus haut.) et… après… nous les mettons dans… nos… verres. »

La cruauté transfigurée par Edward Albee semble bien plus intéressante que les bons sentiments ou l'amour plan-plan. Votre couple bat de l'aile ? Flanquez-vous sur la gueule, comme George et Martha ! Cela semble terriblement plus excitant...
Lien : http://colimasson.over-blog...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          233
michfred
michfred10 avril 2016
  • Livres 4.00/5
Soirée arrosée et violente où George et Martha s'invectivent, s'humilient, se torturent mutuellement, sous les yeux effarés d'un jeune couple d'invités.
Chacun à leur manière : brutale, grossière , frontale pour Martha, sournoise, soumise, insidieuse pour George.
On sent que le scénario de leur querelle est une musique bien rodée, qu'elle obéit à un rituel convenu de mise à mort.
Ils convoquent le papa-gâteau de Martha, directeur de l'université brillant, si proche de sa fille, si supérieur à ce gendre informe et sans ambition qui se traîne encore, vingt ans après son diplôme, dans le département d'Histoire. Ils convoquent aussi des crimes imaginaires, des fantasmes cruels qui les divisent et les dévorent...
Depuis le temps qu'ils vivent ensemble et partagent une sorte d'amour-haine inassouvi et inextinguible, il n'y a presque plus de surprises. Juste des menaces délicieusement inquiétantes, quelques limites à ne pas franchir - et c'est si excitant alors de le faire, l'alcool aidant!

Alors quand ce théâtre intime a la chance d'avoir des spectateurs, leur rituel malsain et aviné devient divertissement de choix. Une vraie "nuit de Walpurgis"! C'est bien connu, plus le public réagit, meilleure est la performance. D'autant que le jeune couple pris en otage, Nick et Honey, n'est pas si naïf que cela: Nick est un opportuniste sans scrupule, un arriviste aux dents longues, et même Honey, derrière ses airs de cruche, est une spécialiste de la grossesse- nerveuse -pour- attraper- le- mari et semble déjà avoir un sacré penchant pour le brandy!!
La mise en scène d'Alain Françon est parfaite: un décor simplissime - vrai "trou à rats" comme le dit Martha en première réplique -tout un programme!- : moquette pourrie et élimée, escalier vieillot qui monte vers les lieux- refuges - toilettes pour vomir, chambre pour gémir-, un pan de mur à forte charge alcoolisée derrière lequel se trouve le bar, invisible, un divan avachi où on a du mal à s'asseoir, on on s'échoue, plutôt, comme une baleine épuisée... La porte enfin, par laquelle on entre pour se faire dévorer et qui vous recrache, en charpie..
C'est tout.

Je redoutais un jeu hystérique - style Taylor- Burton- mais la direction d'acteurs est impeccable : la torture est distillée avec subtilité- une sorte d'humour vachard et tonique même, côté Martha- puis lentement, le jeu dérape et on touche au nerf : derrière le barnum de la scène de ménage, derrière la cuite monumentale, derrière la méchanceté féroce, il y a une vraie souffrance.... et même quelque chose qui ressemble encore un peu à de l'amour…
Dominique Valadié est époustouflante en Martha et Wladimir Yordanov très juste en George qui réserve ses coups …
On sort quand même un peu essorés par tant de violence verbale et un peu groggy d'avoir vu ingurgiter autant d'alcool..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          190
ATOS
ATOS19 mai 2016
  • Livres 5.00/5
Jeu de massacre à la Nouvelle Carthage. J'aime... et tu m'égorges. Tu hais, et…. je te tue. le couple combat. Jeu de glace , jeu de miroir. La bataille fait rage. Violence en dédicace. On s'écorche à tour de bras. La nuit est longue, tout ou presque sera dit. Les ratages, les mensonges, les duperies, on relance, on rejoue, qui perd – gagne ? George et Martha le couple maudit, amants terribles. Nick Honey enfants terribles qui apprennent très vite en cette nuit le poids exact de ce que ce jeu signifie. Tout le monde trinque. En scène comme à la vie. On ramasse le mal qu'on se donne.
C'est violent, percutant.Redoutablement efficace. Une transe, une danse, presque une conjuration.
Magnifique pièce d'Edward Albee, que je découvre. Un bonheur de lecture.
Astrid Shriqui Garain
Commenter  J’apprécie          162
Francharb3
Francharb325 septembre 2014
  • Livres 3.00/5
Un grand classique du théâtre américain, en édition Signet. Si c'était à refaire aujourd'hui, je pense que je me rabattrais sur un DVD d'occasion, tant la traduction achetée neuve est onéreuse (on trouve un peu moins cher d'occasion, encore faut-il trouver...) et l'édition Signet avec le texte brut à commander tout juste moins. Sinon, la pièce est un huis-clos entre deux couples américains (un vieux et un jeune) qui s'envoient leur intimité à la figure, parfois à la limite de l'absurde, d'où le titre. L'influence de la psychanalyse, voire de la religion (loin de moi l'idée d'insinuer que la psychanalyse ait pu être considérée par certains pays un peu à la manière d'une religion, bien entendu...) est assez prégnante, de ce point de vue, la pièce me semble avoir assez mal vieilli. D'un point de vue technique, je n'ai pas vu la pièce sur scène et je pense que le DVD... La pièce est pleine de dialogues rapides et d'exercices d'articulation façon Démosthène, ce pourquoi la mise en scène doit valoir le détour. le travail d'observation est remarquable et, si Albee a reconnu s'être inspiré d'un couple réel, encore faut-il être en mesure de reconstituer la réalité, par moments presque clinique, de manière aussi efficace tout en gardant une dimension divertissante, voire par moments comique à sa pièce.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
marionlyon
marionlyon18 mai 2014
  • Livres 3.00/5
J'ai eu la chance de voir cette pièce mise en scène dans un grand théâtre et j'ai adoré.
J'ai donc eu envie de lire ce texte d'Edward Albee pour me remémorer ces dialogues et les situations incroyables dans lesquels se retrouvent les personnages lors d'une soirée qui ne devrait être qu'une soirée mondaine dans une petite ville universitaire des Etats-Unis.
Cette lecture a répondu à mes attentes: je me suis régalée une deuxième fois.
Commenter  J’apprécie          40
Citations & extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson23 janvier 2014
GEORGE
(ton de conversation mondaine et aimable)
Les goûts de Martha, en ce qui concerne les boissons, se sont beaucoup simplifiés, avec les années… ils se sont… épurés… Quand je lui faisais la cour –enfin… c’est une façon de parler, n’est-ce pas ?- mais, disons qu’à l’époque où je lui faisais la cour…
MARTHA (enjouée)
Où tu me prenais, mon chéri…
GEORGE
(apporte les verres à HONEY et à NICK)
Bref, lorsque je courtisais Martha, elle commandait des breuvages incroyables. Vous ne pouvez pas savoir ! Dès que nous entrions dans un bar, c’était toujours la même histoire… Elle fronçait les sourcils, se torturait les méninges et, brusquement, c’était la trouvaille : par exemple un Alexandra avec de la crème de cacao frappée, des cerises à l’eau-de-vie, du rhum flambé… Une explosion, quoi !
MARTHA
C’était rudement bon. J’adorais ça.
GEORGE
De vrais petits cocktails pour dames.
MARTHA
Hé ! il arrive mon alcool à brûler ?
GEORGE
(se dirige à nouveau vers le bar)
Mais, avec les années, Martha a appris à ne pas mélanger n’importe quoi avec n’importe quoi… Maintenant, elle sait qu’on met le lait dans le café, le citron sur le poisson… et que l’alcool pur (Il tend le verre à MARTHA)… tiens, mon ange… est réservé à la très pure Martha. (Il lève son verre.) A votre santé. 
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          101
colimassoncolimasson25 juin 2014
GEORGE
Nous grattons tous des étiquettes, ma petite fille… Et quand on a gratté la peau, quand on a percé le cuir, toute la graisse, fouillé à travers les muscles et farfouillé à travers les organes (à NICK)… quand ils existent encore… (à HONEY) et quand on arrive enfin jusqu’à l’os… vous savez ce qu’on fait ?
HONEY (très intéressée)
Non.
GEORGE
Quand on arrive à l’os, il y a encore tout un travail à faire. (Il pointe un doigt, un léger temps, sadique.) Hé !... c’est qu’à l’intérieur de l’os il y a quelque chose qui s’appelle… la moelle… et c’est la moelle qui est bonne, délicieuse !... C’est ça qu’il faut extraire…
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
colimassoncolimasson23 juin 2014
MARTHA
[…] George qui est si bon pour moi et que je traîne dans la boue ; qui me comprend et que je repousse : qui peut me faire rire… mais moi, je crèverais plutôt que de rire ; qui me tient dans ses bras, la nuit, pour me réchauffer… et que moi je mords jusqu’au sang ; qui comprend tous nos jeux, même si j’en change tout le temps les règles ; qui sait me rendre heureuse… mais… je ne veux pas être heureuse ! (Un temps.) Ce n’est pas vrai : j’ai envie d’être heureuse. (Un temps.) George et Martha : c’est une histoire triste, triste, triste !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          120
colimassoncolimasson15 juin 2014
GEORGE
Comment ils se sont mariés ? Eh bien ! ça s’est passé comme ça… Un beau matin, la souris s’aperçut qu’elle était toute gonflée ; alors elle trottina chez le Blondinet, lui colla son ventre sous le nez et lui déclara… « Regardez ce qui m’arrive… »
[…] « Regardez : je suis toute gonflée. » « Oh !... mon Dieu… » s’écria le Blondinet…
[…] … et après – pchchchchch…- elle se dégonfla… comme par enchantement… pchchchchch…
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          150
michfredmichfred10 avril 2016
Martha : Ha, ha, ha, ha! Amour... donne-moi à boire.
George : Mon Dieu !
Martha (tanguant): Écoute, chéri, de nous deux, c’est toi qui roules toujours sous la table... ne t’inquiète pas pour moi !
George : Ça fait des années que tu es une grande championne, Martha... pour tout ce qui est abject, tu mérites la palme.
Martha : Si tu existais vraiment, je divorcerais... je le jure.
George : Si tu veux, mais dans l’immédiat, fais des efforts pour tenir debout, c’est tout ce qu’on te demande... Ces gens sont tes invités, n’oublie pas...
Martha : Je ne te vois même pas... Ça fait des années que je ne te vois pas.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
Video de Edward Albee (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Edward Albee
Bande annonce (VO) du film "Qui a peur de Virginia Woolf?" réalisé par Mike Nichols en 1967, adaptation cinématographique de la pièce de théâtre éponyme d'Edward Albee.
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature américaine en anglais>Littérature dramatique américaine (40)
autres livres classés : théâtreVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

Théâtre : retrouvez le bon auteur !

Cyrano de Bergerac

Jean Racine
Edmond Rostand
Jean Anouilh
Edmond Jaloux

10 questions
200 lecteurs ont répondu
Thèmes : théâtreCréer un quiz sur ce livre