Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures Inscription classique

> Pierre Laville (Adaptateur)

ISBN : 2742704256
Éditeur : Actes Sud (1998)


Note moyenne : 3.69/5 (sur 35 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Au contraire de ce qui se passe en France, les universités américaines sont, pour la plupart, des institutions privées subventionnées par, des philanthropes qui ont droit de regard sur l'administration des bâtiments universitaires (le campus) et sur l'enseignement des p... > voir plus
Ajouter une citation Ajouter une critique

Critiques, analyses et avis (3)

> Ajouter une critique

    • Livres 4.00/5
    Par colimasson, le 14 janvier 2014

    colimasson
    On imagine mal Virginia Woolf en grand loup croque-mitaine, effrayant les enfants dans leurs chaumières. Et pourtant, c'est notre Virginia Woolf bien connue qui sert de rengaine à George et Martha. Eux-mêmes sont de beaux prototypes d'un monde bourgeois et intellectuel névrosé. Secs et taris jusqu'à l'os, il ne leur reste plus que le sens de l'humour et l'imagination tordue pour se détruire jusqu'au bout. Mais ce vieux couple qui affiche des décennies de vie conjugale au compteur, n'entend pas régler ses petits problèmes en tête-à-tête -on imagine que cela a déjà dû être tenté des milliers de fois. Il serait plus drôle et peut-être plus cruel d'inviter un jeune couple encore bercé d'illusions pour les inclure dans des jeux où la folie et le sérieux alternent au-delà de toute démarcation nette.

    Cette pièce d'Edward Albee, représentée pour la première fois en 1962, commence avec la même fougue qu'un Ubu Roi. « Ha ! Saloperie de saloperie ! » s'écriera Martha, avant de passer ses nerfs éprouvés sur son faiblard de George. La femme n'est plus une vicieuse qui cache son jeu derrière une allure de petite chose fragile : elle est ouvertement rageuse, et sa vulgarité ne s'encombre pas de colifichets trompeurs. La perfidie est passée du côté de George, pas aussi soumis qu'il n'y paraît. Et lorsque Nick et Honey font leur apparition, croyant passer un bon moment à siroter des cocktails avec George et Martha, ces derniers mènent une valse effroyable qui semble devoir lier la réconciliation avec l'acharnement sur une tierce personne -ici le couple frais et naïf formé par les invités. Les querElles se construisent sur fond de rancœur et de jalousie. Tous professeurs en université, enfants ou parents proches de ce milieu, les altercations qui les réunissent sont des luttes de pouvoir primitives malgré leur fond de sophistication intellectuelle. Il semble qu'après s'être contenus de longues années à donner une bonne image d'eux-mêmes, Martha et Georges aient besoin de relâcher un peu de pression. Dans les chaumières, les instincts refoulés se déchaînent plus violemment que jamais. On s'insulte, on se frappe, on dévore, on frôle le coma éthylique et on copule. Des fantômes d'enfants morts-nés ou écrasés par des voitures surplombent cette scène sur laquelle pulsion de vie et pulsion de mort ne se sont jamais si bien affrontées.

    Edward Albee possède un sens de la répartie acéré (« Si tu existais, je divorcerais »), qui semble jailli du milieu universitaire, sans jamais avoir pu en remonter à la source. En chantonnant Qui a peur de Virginia Woolf?, il donne un exutoire à sa colère contre l'hypocrisie d'un milieu qui s'enferme dans son intellectualisme au détriment de tout humanisme. Rien d'étonnant à ce que la mort et les penchants destructeurs soient les derniers vestiges des relations humaines. Et si, pour dénoncer ce milieu, Edward Albee utilise ses codes et rivalise de talent littéraire, il se laisse enfermer dans son propre piège. Où se termine la dénonciation, et où commence la collaboration ?

    « MARTHA
    […] Je pleure tout le temps. Et Jojo aussi pleure tout le temps. Nous pleurons tout le temps, tous les deux et après… Nous recueillons nos larmes et nous les mettons dans le frigidaire jusqu'à ce qu'Elles soient toutes gelées… (Elle rit plus haut.) et… après… nous les mettons dans… nos… verres. »

    La cruauté transfigurée par Edward Albee semble bien plus intéressante que les bons sentiments ou l'amour plan-plan. Votre couple bat de l'aile ? Flanquez-vous sur la gueule, comme George et Martha ! Cela semble terriblement plus excitant...

    Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-qui-a-peur-de-virginia-woolf..
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          3 20         Page de la critique

    • Livres 3.00/5
    Par marionlyon, le 18 mai 2014

    marionlyon
    J'ai eu la chance de voir cette pièce mise en scène dans un grand théâtre et j'ai adoré.
    J'ai donc eu envie de lire ce texte d'Edward Albee pour me remémorer ces dialogues et les situations incroyables dans lesquels se retrouvent les personnages lors d'une soirée qui ne devrait être qu'une soirée mondaine dans une petite ville universitaire des Etats-Unis.
    Cette lecture a répondu à mes attentes: je me suis régalée une deuxième fois.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 2         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par Marti94, le 01 décembre 2013

    Marti94
    Je devais aller voir la pièce de théâtre avec mon chéri mais nous avons été coincé par la neige alors je l'ai lu. J'essaierai d'y retourner car le texte est vraiment passionnant. J'ai été très impressionnée par le "jeu" de ce couple qui se réfugie dans la provocation, l'agression parce qu'ils ont peur de la vie. C'est bien mieux que le monde virtuel d'un jeu vidéo car on est dans la réalité des intellectuels américains des années 60; que du plaisir !
    Lu en décembre 2010
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 0         Page de la critique

> voir toutes (24)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par colimasson, le 23 janvier 2014

    GEORGE
    (ton de conversation mondaine et aimable)
    Les goûts de Martha, en ce qui concerne les boissons, se sont beaucoup simplifiés, avec les années… ils se sont… épurés… Quand je lui faisais la cour –enfin… c’est une façon de parler, n’est-ce pas ?- mais, disons qu’à l’époque où je lui faisais la cour…
    MARTHA (enjouée)
    Où tu me prenais, mon chéri…
    GEORGE
    (apporte les verres à HONEY et à NICK)
    Bref, lorsque je courtisais Martha, elle commandait des breuvages incroyables. Vous ne pouvez pas savoir ! Dès que nous entrions dans un bar, c’était toujours la même histoire… Elle fronçait les sourcils, se torturait les méninges et, brusquement, c’était la trouvaille : par exemple un Alexandra avec de la crème de cacao frappée, des cerises à l’eau-de-vie, du rhum flambé… Une explosion, quoi !
    MARTHA
    C’était rudement bon. J’adorais ça.
    GEORGE
    De vrais petits cocktails pour dames.
    MARTHA
    Hé ! il arrive mon alcool à brûler ?
    GEORGE
    (se dirige à nouveau vers le bar)
    Mais, avec les années, Martha a appris à ne pas mélanger n’importe quoi avec n’importe quoi… Maintenant, elle sait qu’on met le lait dans le café, le citron sur le poisson… et que l’alcool pur (Il tend le verre à MARTHA)… tiens, mon ange… est réservé à la très pure Martha. (Il lève son verre.) A votre santé. 
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          1 8         Page de la citation

  • Par colimasson, le 23 juin 2014

    MARTHA
    […] George qui est si bon pour moi et que je traîne dans la boue ; qui me comprend et que je repousse : qui peut me faire rire… mais moi, je crèverais plutôt que de rire ; qui me tient dans ses bras, la nuit, pour me réchauffer… et que moi je mords jusqu’au sang ; qui comprend tous nos jeux, même si j’en change tout le temps les règles ; qui sait me rendre heureuse… mais… je ne veux pas être heureuse ! (Un temps.) Ce n’est pas vrai : j’ai envie d’être heureuse. (Un temps.) George et Martha : c’est une histoire triste, triste, triste !
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 11         Page de la citation

  • Par colimasson, le 15 juin 2014

    GEORGE
    Comment ils se sont mariés ? Eh bien ! ça s’est passé comme ça… Un beau matin, la souris s’aperçut qu’elle était toute gonflée ; alors elle trottina chez le Blondinet, lui colla son ventre sous le nez et lui déclara… « Regardez ce qui m’arrive… »
    […] « Regardez : je suis toute gonflée. » « Oh !... mon Dieu… » s’écria le Blondinet…
    […] … et après – pchchchchch…- elle se dégonfla… comme par enchantement… pchchchchch…
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 14         Page de la citation

  • Par colimasson, le 25 juin 2014

    GEORGE
    Nous grattons tous des étiquettes, ma petite fille… Et quand on a gratté la peau, quand on a percé le cuir, toute la graisse, fouillé à travers les muscles et farfouillé à travers les organes (à NICK)… quand ils existent encore… (à HONEY) et quand on arrive enfin jusqu’à l’os… vous savez ce qu’on fait ?
    HONEY (très intéressée)
    Non.
    GEORGE
    Quand on arrive à l’os, il y a encore tout un travail à faire. (Il pointe un doigt, un léger temps, sadique.) Hé !... c’est qu’à l’intérieur de l’os il y a quelque chose qui s’appelle… la moelle… et c’est la moelle qui est bonne, délicieuse !... C’est ça qu’il faut extraire…
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 9         Page de la citation

  • Par colimasson, le 27 mai 2014

    MARTHA (dure)
    […] Il a les plus beaux yeux verts du monde… Sans la moindre tache brune ou grise… ou noisette… tout verts… d’un vert profond, dur… comme les miens.
    NICK (regardant MARTHA)
    Mais vos yeux sont… bruns, non ?
    MARTHA
    Verts… (Un peu trop fébrile.) Oui… sous certains éclairages, ils peuvent paraître bruns… mais en réalité, ils sont verts. Moins verts que les siens… plus sombres… George, lui, a les yeux bleus… d’un bleu trop pâle… délavé… trop laiteux… Papa a aussi les yeux verts.
    GEORGE
    Absolument pas ! Ton père a de tout petits yeux rouges… comme une souris blanche ! (Comme si cela était d’évidence.) D’ailleurs, ton père est une souris blanche !
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 5         Page de la citation

> voir toutes (2)

Video de Edward Albee

>Ajouter une vidéo
Vidéo de Edward Albee

Bande annonce (VO) du film "Qui a peur de Virginia Woolf?" réalisé par Mike Nichols en 1967, adaptation cinématographique de la pièce de théâtre éponyme d'Edward Albee.











Sur Amazon
à partir de :

49,92 € (occasion)

   

Faire découvrir Qui a peur de Virginia Woolf? par :

  • Mail
  • Blog

Autres livres de Edward
Albee(2) > voir plus

> voir plus

Lecteurs (125)

> voir plus

Quiz