J.M. Coetze nous livre ici une fiction autobiographique. Par l'intermédiaire d'un journaliste qui interviewe cinq proches de l'auteur récemment décédé, Coetze nous donne sa vision de l'écrivain et se dénigre en tant qu' homme.
Différentes approches, celles d'amantes, d'une cousine, d'un ami ou d'une mère d'élève, décrivent l'auteur comme un niais, un être ridicule empêtré dans son corps.
" Comment pouvez-vous être un grand écrivain si vous n'êtes qu'un petit homme ordinaire?"
Les grands écrivains vivent-ils donc dans un monde à part, et sont-ils mal à l'aise dans leur vie d'homme? C'est ce que semble nous dire J.M. Coetze. Je n'ai pas lu les deux premiers romans autobiographiques, mais celui-ci exprime de manière très touchante le malaise de l'homme, indépendamment de son talent. J'ai apprécié son dévouement pour son père, sa façon de manier la pelle et d'ainsi renier l'esclavage, son écoute poétique de la musique classique. Mais l'on perçoit, notamment par le biais du témoignage de la cousine, l'homme bléssé.
Le contexte est intéressant puisqu'il positionne les afrikaners dans l'Afrique du Sud.
" Notre présence était légale mais illégitime. Nous avons un droit abstrait d'y être, mais ce droit reposait sur une imposture. Notre présence était fondée sur un crime, à savoir la conquête coloniale, perpétuée par l'apartheid."
L'auteur traite du rôle de l'éducation, de l'importance des livres et de la place de l'écrivain.
"Si l'on représente l'enfant comme une plante, l'éducateur devrait nourrir les racines de la plante et la regarder pousser en la surveillant, plutôt que de tailler les branches pour lui donner une forme, comme les kuypéristes le préconisent." Il renie ainsi l'éducation du protestantisme hollandais.
C'est donc un livre très intéressant, traité de manière vivante et touchante par le biais de différents témoignages.
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