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ISBN : 2081352559
Éditeur : Flammarion (2014)


Note moyenne : 3.71/5 (sur 4629 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
En 1857, au terme de plusieurs années de labeur, Flaubert fait paraître Madame Bovary. Aussitôt c'est le scandale : l'histoire d'Emma, cette fille de paysans qui, pour fuir la médiocrité de son époux et la routine provinciale, se réfugie dans ses lectures puis dans l'ad... > Voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Ode, le 22 octobre 2012

    Ode
    Gustave Flaubert consacra plus de quatre ans à écrire "Madame Bovary" : voilà sans doute l'origine de la construction parfaite qui en fait, encore de nos jours, un des romans les plus lus et les plus étudiés. Quatre ans pendant lesquels Flaubert eut le temps de faire corps avec son personnage, au point de lancer le fameux : "Madame Bovary, c'est moi !", mais aussi de se préparer au scandale qu'allait déclencher sa publication en 1857.
    C'est en effet un sacré pavé que lance Flaubert dans la mare bien-pensante de l'époque ! Il montre qu'une femme peut avoir d'autres aspirations que ses devoirs d'épouse et de mère, ose décrire l'infidélité féminine et brise le tabou du suicide, en ce temps où la dépression portait le nom de mélancolie.
    Quel cynisme d'avoir intitulé son livre Madame Bovary et non Emma ! Il est vrai que Jane Austen avait déjà utilisé ce prénom pour son roman publié en 1815, et ce n'est certainement pas un hasard si l'héroïne de Flaubert se prénomme ainsi. Choisir "Madame Bovary" c'est rappeler combien la jeune Emma Rouault, nourrie de littérature sentimentale, est prise au piège de son terne mariage avec le médecin de campagne Charles Bovary. Son époux et sa vie sociale sont si différents des illusions forgées au fil de ses lectures que même la naissance de sa fille Berthe ne peut endiguer sa déception. Son ennui est rendu palpable par les longues descriptions que comporte le récit, comme un lent étirement du temps. D'exaltation en désespoir, mais toujours insatisfaite, sous les yeux d'un mari qui ne voit rien, Emma prend des amants - qui l'abandonneront - et s'étourdit de toilettes toujours plus onéreuses, au point de s'endetter de manière irrémédiable...
    A l'image d'Emma Bovary, mais aussi de l'écrivain ou de l'artiste en général, plus le rêve d'idéal est élevé, plus décevante est la confrontation avec les réalités de l'existence. Pour ceux qui ne savent pas s'en accommoder, la vie n'est que peine et frustration. Et il ne faut pas attendre de compassion de la société, comme l'illustre cette fable amorale où les méchants (le pharmacien qui vend le poison à Emma, le boutiquier qui l'a ruinée) ne sont pas inquiétés et où les innocents (comme la petite Berthe) voient leur vie brisée sans espoir de réparation.
    Du grand art !
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    • Livres 5.00/5
    Par LydiaB, le 06 mai 2014

    LydiaB
    Lorsque la jeune Emma Rouault se marie à Charles Bovary, jeune veuf, médecin de son état, elle pense faire un mariage de rêve. Elle qui avait élevé au couvent, chez les Ursulines, elle aspire aux grands espaces, à la liberté, à la joie de vivre. Quelque chose aurait pourtant dû l'alerter : "Charles n'était point de complexion facétieuse, il n'avait pas brillé pendant la noce. Il répondit médiocrement aux pointes, calembours, mots à double entente, compliments et gaillardises que l'on se fit un devoir de lui décocher dès le potage."(P42) Et si les premiers jours de vie conjugale furent plutôt positifs, Charles se montrant aimant et attentif, elle déchanta vite. Son mari n'était pas un grand causeur, c'est le moins que l'on puisse dire... Il se contentait des petits bonheurs simples de la vie : une petite femme qu'il adorait, un bon repas, un coucher de soleil... Emma s'ennuie très vite. Elle n'est pas vraiment appréciée par ses beaux-parents qui le lui font bien sentir. Sa seule occupation est d'aller promener sa petite chienne. Elle se surprend donc à rêver, à songer à une autre vie, avec d'autres hommes... On connaît la suite...
    Ah, quel plaisir j'ai pris à relire ce roman pour la énième fois ! On peut imaginer aisément le scandale à cette époque ! Mettre ainsi sur le devant de la scène, une histoire d'adultère, voilà qui a dû en choquer plus d'un ! Pourtant, Flaubert n'a fait, finalement, que romancer quelque chose qui se passait je ne dirais pas couramment, mais presque et notamment dans certains milieux. Et si Emma avait été un homme, l'éclat aurait-il été aussi retentissant ?

    Pour les plus réfractaires, je signale l'excellente BD de D. Bardet et M. Janvier.

    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-du-xixe-si%C3%A8cl..
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    • Livres 5.00/5
    Par peloignon, le 14 décembre 2012

    peloignon
    Madame Bovary, c'est le roman d'une âme sentimentale et romantique, qui cherchera « à savoir ce que l'on entendait au juste dans la vie par les mots de félicité, de passion et d'ivresse, qui lui avaient paru si beaux dans les livres. »(46) En faisant lire Paul et Virginie à la petite Emma, dans l'optique de la faire rêver à « ...la maisonnette de bambous, au nègre Domingo, au chien Fidèle, mais surtout à l'amitié douce de quelque bon petit frère, qui va chercher pour vous des fruits rouges dans des grands arbres plus hauts que des clochers, ou qui court pieds nus sur le sable, vous apportant un nid d'oiseau » (46), Flaubert ne pouvait trouver mieux pour la rendre parfaitement inepte au mariage bourgeois prosaïque que sera le sien. La pauvre petite fille en aura l'esprit tourné pour le reste de son existence dont nous verrons le petit fil brûler tout au long du roman, en écorchant tout ce qu'il touchera sur son passage.
    Ce personnage d'Emma Bovary n'est pas entièrement original puisqu'il trouve un précurseur direct dans celui de Don Quichotte, ce petit provincial à qui les romans de chevalerie ont tourné l'esprit à un tel point qu'il se croit réellement chevalier en mission dans un monde rempli de sortilèges et d'enchantements. Lui aussi a tellement lu avec passion qu'il a voulu vivre dans l'existence réelle des idéaux magnifiques présentés dans les romans.
    Par contre, en ce qui concerne la manière dont ces deux asociaux de cause littéraires sont présentés, on ne peut trouver deux romans plus différents que Madame Bovary et Don Quichotte. Alors que Flaubert a un style dont le réalisme est d'un cynisme implacable, Cervantès présente plutôt les aventures de son héros sur le mode du tragi-comique où le comique prédomine largement.
    La réception de ces deux ouvrages monumentaux dans l'histoire de la littérature se fera aussi très différemment. Alors que le roman de Cervantès sera reçu dans l'enthousiasme, « le réalisme vulgaire et souvent choquant de la peinture des caractères » de Flaubert provoquera la controverse.
    Il s'agit évidemment d'un quiproquo un peu bête, puisque le but de Flaubert consistait à démontrer l'absurdité de la position d'Emma, mais le second degré n'est pas donné à tout le monde et l'on voulait tellement croire, à l'époque, en l'indéfectible pureté du féminin.
    En disant « Madame Bovary c'est moi! », Flaubert se montre extraordinairement ironique envers lui-même. En effet, tout au long de son oeuvre, il a constamment, avec un acharnement indéfectible, dénoncé la bêtise, la médiocrité, la bourgeoisie, mais sans jamais montrer quoi que ce soit de mieux, en dehors de sa manière sublime d'exprimer ses dénonciations. Lui-même, à l'instar d'Emma, fut épris de tout son être d'un idéal indicible, hors de sa portée, et il n'a jamais rien su faire de mieux que d'exprimer rageusement son dégoût de tout ce qui ne correspondait pas à ses aspirations. Son combat, présenté avec un style d'un perfection, presque complètement absurde, puisqu'elle échappera à la grande majorité de son auditoire, comportera quelque chose d'une vanité absolue, risible, et sera poursuivi tout de même, sans espoir véritable, avec un cynisme envers lui-même frisant la volonté d'autodestruction. Oui, Madame Bovary c'était lui, Gustave Flaubert, dans toutes les grandeurs et les misères de son destin exceptionnellement tragi-comique.
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    • Livres 3.00/5
    Par isajulia, le 09 avril 2013

    isajulia
    Attention, avant toute chose, je n'ai nullement l'intention de casser Monsieur Flaubert.
    Emma Bovary, je la déteste, et ce depuis de nombreuses années. J'ai cru que ma première impression était due à la fougue de mon adolescence mais une relecture de cette oeuvre l'année dernière a renforcé la haine viscérale que je voue à cette héroine.
    Emma l'insatisfaite, qui sait mieux que son mari, qui s'embourbe dans des histoires d'amour abracadabrantes pour essayer de connaître un semblant de frisson...Non mais quelle sale bonne femme! Ce cher Charles Bovary est peut-être un peu benêt mais sa femme est indubitablement la pire des deux. Elle reporte inconsciemment sur ce pauvre diable toute la frustration qu'elle ressent vis à vis d'elle-même et là c'est le bouquet !
    Charles, je l'ai plaint et ce tout au long de ma lecture et je me suis délectée quand son poison de femme s'est faite avoir par les deux amants qu'elle a pris. Emma se regarde le nombril, il n'y a qu'elle et uniquement elle, sans se soucier le moins du monde de ce que peut engendrer une telle conduite...Après tout elle a semé le vent, elle a récolté la tempête et c'est bien fait...
    En ce qui concerne l'oeuvre en elle-même, c'est un bijou, un colossal portrait de femme d'une finesse incomparable. Emma est détestable, mais c'est chapeau bas pour Gustave Flaubert qui a reconstitué un tel caractère avec tant de détails. A travers cette femme il a poussé au plus loin l'exploration de l'âme humaine.
    C'est un grand roman, malgré les trois étoiles de notation que j'ai mis il faut le lire, au moins une fois pour se faire une idée.
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    • Livres 5.00/5
    Par ThierryCABOT, le 31 décembre 2012

    ThierryCABOT
    Le Second-Empire hélas ! peut se targuer d'avoir jeté devant les tribunaux deux grands écrivains français : Flaubert avec "Madame Bovary" et Baudelaire avec "Les Fleurs du Mal".
    Le premier sera acquitté, le second subira injustement les foudres de la justice.
    Le recul du temps n'a jamais aussi bien mis en lumière l'étroitesse d'esprit dont on fait preuve les autorités de l'époque, lesquelles au nom d'une morale étouffante et sclérosée, ne se faisaient pas faute de stigmatiser les artistes.
    Un parfum de scandale donc suit la publication de "Madame Bovary" dont Flaubert se serait volontiers passé.
    Que dire sur ce roman qui n'ait déjà été dit ?
    D'abord présentons succinctement l'histoire. Une jeune femme insatisfaite et rêveuse s'ennuie en province aux côtés d'un mari falot et aimant. Après avoir réclamé en pure perte les secours de la religion, celle-ci par deux fois se réfugie dans l'adultère ( Rodolphe est cynique, Léon est pitoyable), ensuite Emma va faire des dépenses inconsidérées sous l'influence du patelin L'heureux puis, accablée de dettes, se donner la mort.
    Malgré une intrigue des plus minces, pourquoi cette oeuvre conserve-t-elle par-delà les années un si grand pouvoir de séduction ?
    En contemporain avisé et clairvoyant, Baudelaire en tout cas n'avait pas attendu que la postérité lui donnât son vrai visage pour en analyser finement le contenu :
    "Nous étendrons un style nerveux, pittoresque, subtil, exact sur un canevas banal. Nous enfermerons les sentiments les plus chauds et les plus bouillants dans l'aventure la plus triviale. Les paroles les plus solennelles, les plus décisives, s'échapperont des bouches les plus sottes.
    Quel est le terrain de sottise, le milieu le plus stupide, le plus productif en absurdités, le plus abondant en imbéciles intolérants ? La province. Quels y sont les acteurs les plus insupportables ? Les petites gens qui s'agitent dans de petites fonctions dont l'exercice fausse leurs idées. Quelle est la donnée la plus usée, la plus prostituée, l'orgue de Babarie le plus éreinté ? L'adultère."
    Chaque personnage, admirablement décrit, est une forme de condensé des bourgeois du dix-neuvième siècle. Qu'il s'agisse du boutiquier L'heureux ou du pharmacien Homais, leurs travers et leurs excès sont peints de manière incisive.
    Jouant un rôle essentiel à l'intérieur du roman, ce dernier incarne même avant la lettre le parfait esprit positiviste, chantre du progrès jusqu'à la caricature, contempteur du cléricalisme, imbu de sa personne et dur envers les faibles.
    C'est dans ce milieu qu'Emma, nourrie à satiété de romans de chevalerie et autres fredaines, rêve à l'amour mais ne le trouve pas, s'entiche de deux amants fats et pusillanimes, et s'étourdit par des achats qui la conduiront à sa perte.
    Sa fille Berthe qu'elle trouve laide, lui arrache peu d'élans maternels. Charles, son époux, homme bon et médiocre, ne suscite en elle qu'indifférence, irritation ou mépris. Emma apparaît en somme comme une héroïne du désenchantement face à la platitude et à la monotonie provinciales. Ses aspirations se brisent toutes contre les murs du convenu, de l'étriqué, du banal. Elle finira par en mourir.
    Parlons enfin du style de Flaubert. A l'épreuve du "gueuloir", chaque page dite à voix haute est le fruit d'un labeur surhumain. Pendant cinquante-six mois environ, avec des hésitations, des repentirs, des moments d'exaltation et des jours entiers de déprime, Flaubert cherche la formule juste, le trait saillant, le tour de langue heureux. Comme l'atteste sa correspondance, il souffre mille morts, promet qu'on ne l'y reprendra plus et, la semaine suivante, reprend confiance en lui.
    Au bout de ce véritable chemin de croix, de ce travail de Titan, l'oeuvre enfin voit le jour : belle, fluide, lumineuse.
    Superbement cadencée, forte, précise, vigoureuse, ample et aiguë, la phrase flaubertienne fait merveille. Les transitions sont menées de main de maître. le moindre verbe, le moindre adjectif semble à sa place.
    Rarement la langue française n'a atteint un tel degré de plénitude, de perfection.
    Après avoir noirci des milliers de feuilles, raturé quantité de paragraphes, biffé un nombre vertigineux de mots, Flaubert impose son génie.
    Nous n'en sommes toujours pas revenus.

    Lien : http://www.p-o-s-i-e.over-blog.net
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Citations et extraits

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  • Par Nastasia-B, le 27 août 2015

    Deux jours après la noce, les époux s’en allèrent : Charles, à cause de ses malades, ne pouvait s’absenter plus longtemps. Le père Rouault les fit reconduire dans sa carriole et les accompagna lui-même jusqu’à Vassonville. Là, il embrassa sa fille une dernière fois, mit pied à terre et reprit sa route. Lorsqu’il eut fait cent pas environ, il s’arrêta, et, comme il vit la carriole s’éloignant, dont les roues tournaient dans la poussière, il poussa un gros soupir. Puis il se rappela ses noces, son temps d’autrefois, la première grossesse de sa femme ; il était bien joyeux, lui aussi, le jour qu’il l’avait emmenée de chez son père dans sa maison, quand il la portait en croupe en trottant sur la neige ; car on était aux environs de Noël et la campagne était toute blanche ; elle le tenait par un bras, à l’autre était accroché son panier ; le vent agitait les longues dentelles de sa coiffure cauchoise, qui lui passaient quelquefois sur la bouche, et, lorsqu’il tournait la tête, il voyait près de lui, sur son épaule, sa petite mine rosée qui souriait silencieusement, sous la plaque d’or de son bonnet. Pour se réchauffer les doigts, elle les lui mettait, de temps en temps, dans la poitrine. Comme c’était vieux tout cela ! Leur fils, à présent, aurait trente ans ! Alors il regarda derrière lui, il n’aperçut rien sur la route. Il se sentit triste comme une maison démeublée ; et, les souvenirs tendres se mêlant aux pensées noires dans sa cervelle obscurcie par les vapeurs de la bombance, il eut bien envie un moment d’aller faire un tour du côté de l’église. Comme il eut peur, cependant, que cette vue ne le rendît plus triste encore, il s’en revint tout droit chez lui.

    Première partie, Chapitre IV.
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  • Par Nastasia-B, le 26 août 2015

    Il ne pouvait se retenir de toucher continuellement à son peigne, à ses bagues, à son fichu ; quelquefois, il lui donnait sur les joues de gros baisers à pleine bouche, ou c’étaient de petits baisers à la file tout le long de son bras nu, depuis le bout des doigts jusqu’à l’épaule ; et elle le repoussait, à demi souriante et ennuyée, comme on fait à un enfant qui se pend après vous.
    Avant qu’elle se mariât, elle avait cru avoir de l’amour ; mais le bonheur qui aurait dû résulter de cet amour n’étant pas venu, il fallait qu’elle se fût trompée, songeait-elle. Et Emma cherchait à savoir ce que l’on entendait au juste dans la vie par les mots de " félicité ", de " passion " et d’ " ivresse ", qui lui avaient paru si beaux dans les livres.

    Première partie, Chapitre V.
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  • Par Nastasia-B, le 22 août 2015

    Le cœur d'Emma lui battit un peu lorsque, son cavalier la tenant par le bout des doigts, elle vint se mettre en ligne et attendit le coup d'archet pour partir. Mais bientôt l'émotion disparut ; et, se balançant au rythme de l'orchestre, elle glissait en avant, avec des mouvements légers du cou. Un sourire lui montait aux lèvres à certaines délicatesses du violon, qui jouait seul, quelquefois, quand les autres instruments se taisaient ; on entendait le bruit clair des louis d'or qui se versaient à côté, sur le tapis des tables ; puis tout reprenait à la fois, le cornet à pistons lançait un éclat sonore, les pieds retombaient en mesure, les jupes se bouffaient et frôlaient, les mains se donnaient, se quittaient ; les mêmes yeux, s'abaissaient devant vous, revenaient se fixer sur les vôtres.
    […]
    À trois heures du matin, le cotillon commença. Emma ne savait pas valser. Tout le monde valsait, mademoiselle d'Andervilliers elle-même et la marquise ; il n'y avait plus que les hôtes du château, une douzaine de personnes à peu près.
    Cependant, un des valseurs, qu'on appelait familièrement " vicomte ", et dont le gilet très ouvert semblait moulé sur la poitrine, vint une seconde fois encore inviter madame Bovary, l'assurant qu'il la guiderait et qu'elle s'en tirerait bien.
    Ils commencèrent lentement, puis allèrent plus vite. Ils tournaient : tout tournait autour d'eux, les lampes, les meubles, les lambris, et le parquet, comme un disque sur un pivot. En passant auprès des portes, la robe d'Emma, par le bas, s'ériflait au pantalon ; leurs jambes entraient l'une dans l'autre ; il baissait ses regards vers elle, elle levait les siens vers lui ; une torpeur la prenait, elle s'arrêta. Ils repartirent ; et, d'un mouvement plus rapide, le vicomte, l'entraînant, disparut avec elle jusqu'au bout de la galerie, où, haletante, elle faillit tomber, et, un instant, s'appuya la tête sur sa poitrine. Et puis, tournant toujours, mais plus doucement, il la reconduisit à sa place ; elle se renversa contre la muraille et mit la main devant ses yeux.
    Quand elle les rouvrit, au milieu du salon, une dame assise sur un tabouret avait devant elle trois valseurs agenouillés. Elle choisit le Vicomte, et le violon recommença.
    On les regardait. Ils passaient et revenaient, elle immobile du corps et le menton baissé, et lui toujours dans sa même pose, la taille cambrée, le coude arrondi, la bouche en avant. Elle savait valser, celle-là ! Ils continuèrent longtemps et fatiguèrent tous les autres.

    Première partie, Chapitre VIII.
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  • Par Nastasia-B, le 21 août 2015

    — Pourquoi, mon Dieu ! me suis-je mariée ?
    Elle se demandait s'il n'y aurait pas eu moyen, par d'autres combinaisons du hasard, de rencontrer un autre homme ; et elle cherchait à imaginer quels eussent été ces événements non survenus, cette vie différente, ce mari qu'elle ne connaissait pas. Tous, en effet, ne ressemblaient pas à celui-là. Il aurait pu être beau, spirituel, distancié, attirant, tels qu'ils étaient sans doute, ceux qu'avaient épousés ses anciennes camarades du couvent. Que faisaient-elles maintenant ? À la ville, avec ce bruit des rues, le bourdonnement des théâtres et les clartés du bal, elles avaient des exigences où le cœur se dilate, où les sens s'épanouissent. Mais elle, sa vie était froide comme un grenier dont la lucarne est au nord, et l'ennui, araignée silencieuse, filait sa toile dans l'ombre à tous les coins de son cœur.

    Première partie, Chapitre VII.
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  • Par DarkHippos, le 19 août 2015

    [...] le devoir, c'est de sentir ce qui est grand, de chérir ce qui est beau, et non pas d'accepter toutes les conventions de la société, avec les ignominies qu'elle nous impose.

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