ISBN : 2070328015
Éditeur : Gallimard (1995)


Note moyenne : 3.9/5 (sur 59 notes) Ajouter à mes livres
Quatrième de couverture:
" Le monde des théories n'est pas le mien. Ces réflexions sont celles d'un praticien. L'œuvre de chaque romancier contient une vision implicite de l'histoire du roman, une idée de ce qu'est le roman. C'est cette idée du roman, inhérente à... > voir plus
Ajouter une critique Ajouter une citation

Critiques et avis(2)

> Ajouter une critique

    • Livres 5.00/5
    Par JeanLouisBOIS, le 11 mai 2012

    JeanLouisBOIS
    Avec L'Art du roman, Milan Kundera entamait en 1986 son exploration d'une question qui l'a préoccupé tout au long de son œuvre de romancier: Qu'est-ce que le roman? Que nous apporte le roman? En quoi est-il indispensable?
    On pourrait craindre que le livre répondant à ces questions s'avère théorique, indigeste et ne s'adresse qu'aux seuls spécialistes. Tel n'est pas le cas! La grande force de Milan Kundera, c'est de parler à ses lecteurs avec une certaine simplicité, une certaine proximité. Il ne prétend pas faire le tour de la question. Il cherche par petites touches à atteindre le cœur du sujet en tant qu'auteur particulier ayant ses goûts et sa vision de la littérature. A partir de sept textes indépendants et apparemment disparates (essai, critique, discours officiel, dictionnaire personnel, entretiens, notes), il aborde différentes facettes du caractère indispensable du roman en tant que genre.
    Pour Kundera, " le chemin du roman se dessine comme une histoire parallèle des Temps modernes" (p.20) et de la culture européenne. En illustration, il nous dit avoir été particulièrement sensible à quatre "appels" créateurs(p.26 à 28):
    - Appel du jeu: Dans Tristram Shandy de Sterne et Jacques le fataliste de Diderot.
    - Appel du rêve: Dans l'œuvre de Kafka.
    - Appel de la pensée: Dans L'Homme sans qualité de Musil et dans Les somnambules de Broch.
    - Appel du temps Chez Broch, Aragon et Fuentes.
    En résumé, pour l'auteur d'origine tchèque, est un roman toue narration qui permet d'appréhender l'existence humaine dans toute sa globalité en apportant un éclairage original, c'est-à-dire inexistant avant lui. le roman est le fruit d'une histoire qui le travaille, qu'il dépasse et dont il révèle, mieux que par tout autre approche, un aspect ou une "réalité enrichie"; ce surcroit de compréhension passe essentiellement par une forme particulière, un "style". C'est l'adéquation du sujet et de la façon de le rendre qui constitue le roman dans son unicité, dans sa valeur et dans sa nécessité. A ces conditions, le roman se hisse à la hauteur des plus grandes œuvres d'art.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (5 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par JeanLouisBOIS, le 12 mai 2012

    JeanLouisBOIS
    Critique du site lecture/écriture:
    Dans un essai en sept parties (comme la plupart de ses romans), Kundera se propose d'expliquer sa propre vision de l'univers romanesque.
    Dans une première partie, Kundera revisite les sources - ses sources - du roman européen et montre que tout commence avec le Don Quichotte de Cervantès puis l'évolution continue, passant par Richardson ou Sterne, et bien sûr ses maîtres ès ambiguïtés, Kafka ou Broch. Après l'aventure exploitée et interrogée par Cervantès, l'étude les sentiments intérieurs initiée par Richardson, viennent les questions sur l'homme dans L Histoire avec Balzac, l'exploration du quotidien avec Flaubert, le sondage de "l'insaisissable du temps passé "avec Proust puis du temps présent avec Joyce...

    Pour Kundera, "le roman est l'oeuvre de l'Europe". Il a survécu à tous les mouvements avec son esprit de complexité - "les choses sont plus compliquées que tu ne le penses" dit-il au lecteur - et de continuité car "chaque roman est une réponse aux oeuvres précédentes."

    La deuxième partie reprend un entretien avec Christian Salmon dans lequel Kundera développe son approche de l'univers kafkaïen, explique comment le roman peut s'insérer dans L Histoire humaine avec quelques principes, citant au passage ses propres oeuvres.

    Suit une analyse issue des notes que Kundera avait prises lors de sa lecture éclairée des Somnambules de Broch et qui exploite plusieurs "possibilités" dans la composition d'un roman.

    Un second entretien sur "l'art de la composition" montre comment le roman peut aussi avoir des analogies avec la musique.

    la cinquième partie est consacrée à Kafka et notamment au fameux K. Dans Le Procès où "le châtiment cherche sa faute" à l'opposé du Raskolnikov de Dostoievski dans Crime et châtiment, où "la faute cherche le châtiment." K. ne se révolte pas contre une autorité mais cherche plutôt son existence. C'est là toute l'ambiguité de Kafka, son univers particulier, c'est "l'horrible du comique".

    La sixième partie moins évidente à lire provient de l'interrogation de l'auteur sur les diverses traductions de ses oeuvres et propose 71 mots-clés.

    Enfin l'ouvrage finit sur le discours prononcé par l'auteur lors de sa remise du Prix Jérusalem, qui, de façon plus succincte encore, explicite ses choix romanesques, qu' il conclut par cette phrase superbe :
    "J'étais entrain d'oublier que Dieu rit quand il me voit penser."

    Voilà donc un ouvrage aux multiples facettes dans lequel Kundera fait à la fois preuve de culture et de pédagogie. A la lecture, on n'a qu'une envie : relire Kafka et lire les romans de l'auteur et notamment ceux du début.
    Et, pour les plus hardis, pourquoi pas, composer un roman!
    critique par Mouton Noir

    Lien : http://www.lecture-ecriture.com/817-L%27art-du-roman-Milan-Kundera
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (2 votes positifs)

> voir toutes (20)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par mandarine43, le 01 août 2011

    [ Incipit ]

    Première partie : L'héritage décrié de Cervantes.

    1.
    En 1935, trois ans avant sa mort, Edmund Husserl tint, à Vienne et à Prague, de célèbres conférences sur la crise de l'humanité européenne. L'adjectif « européen » désignait pour lui l'identité spirituelle qui s'étend au-delà de l'Europe géographique (en Amérique, par exemple) et qui est née avec l'ancienne philosophie grecque. Celle-ci, selon lui, pour la première fois dans l'Histoire, saisit le monde (le monde dans son ensemble) comme une question à résoudre. Elle l'interrogeait non pas pour satisfaire tel ou tel besoin pratique mais parce que la « passion de connaître s'est emparée de l'homme ».
    La crise dont Husserl parlait lui paraissait si profonde qu'il se demandait si l'Europe était encore à même de lui survivre. Les racines de la crise, il croyait les voir au début des Temps modernes, chez Galilée et chez Descartes, dans le caractère unilatéral des sciences européennes qui avaient réduit le monde à un simple objet d'exploration technique et mathématique, et avaient exclu de leur horizon le monde concret de la vie, die Lebenswelt, comme il disait.
    L'essor des sciences propulsa l'homme dans les tunnels des disciplines spécialisées. Plus il avançait dans son savoir, plus il perdait des yeux et l'ensemble du monde et soi-même, sombrant ainsi dans ce que Heidegger, disciple de Husserl, appelait, d'une formule belle et presque magique, « l'oubli de l'être ».
    Élevé jadis par Descartes en « maître et possesseur de la nature », l'homme devient une simple chose pour les forces (celles de la technique, de la politique, de l'Histoire) qui le dépassent, le surpassent, le possèdent. Pour ces forces-là, son être concret, son « monde de la vie » (die Lebenswelt) n'a plus aucun prix ni aucun intérêt : il est éclipsé, oublié d'avance.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (1 votes positifs)
  • Par ahasverus, le 14 juillet 2011

    La société totalitaire, surtout dans ses versions extrêmes, tend à abolir la frontière entre le public et le privé ; le pouvoir, qui devient de plus en plus opaque, exige que la vie des citoyens soit on ne peut plus transparente. Cet idéal de vie sans secret correspond à celui d'une famille exemplaire : un citoyen n'a pas le droit de dissimuler quoi que ce soit devant le Parti ou l'Etat, de même qu'un enfant n'a pas le droit au secret face à son père ou à sa mère. Les sociétés totalitaires, dans leur propagande, affichent un sourire iddylique : elles veulent paraître comme une seule grande famille.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (4 votes positifs)
  • Par fugitifs, le 20 septembre 2011

    A propos de Tolstoï : "... il écoutait une autre voix que celle de sa conviction morale personnelle. Il écoutait ce que j'aimerais appeler la sagesse du roman. Tous les vrais romanciers sont à l'écoute de cette sagesse supra-personnelle, ce qui explique que les grands romans sont toujours un peu plus intelligents que leurs auteurs. Les romanciers qui sont plus intelligents que leurs oeuvres devraient changer de métier."
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par valetudinaire, le 26 novembre 2011

    "La tendresse prend naissance à l'instant où nous sommes rejetés sur le seuil de l'âge adulte et où nous nous rendons avec angoisse des avantages de l'enfance que nous ne comprenions pas quand nous étions enfants."
    Citation de qualité ? (4 votes positifs)
  • Par JeanLouisBOIS, le 11 mai 2012

    Le roman ne peut plus vivre en paix avec l'esprit de notre temps: s'il veut encore continuer à découvrir ce qui n'est pas découvert, s'il veut encore "progresser" en tant que roman, il ne peut le faire que contre le progrès du monde. (p.31).
    Citation de qualité ? (1 votes positifs)

> voir toutes (15)

Videos de Milan Kundera

>Ajouter une vidéo
Vidéo de Milan Kundera

Pour Philippe Delaroche, directeur adjoint de la rédaction de Lire, le roman de Milan Kundera est celui de l'amour moderne par excellence, car il décrit les périls d'une relation consommée.











Acheter sur Amazon

Faire découvrir L'Art du roman par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (160)

> voir plus

Quiz