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Adrien Le Bihan (Traducteur)
ISBN : 2228900958
Éditeur : Payot et Rivages (11/05/2006)

Note moyenne : 4.27/5 (sur 159 notes)
Résumé :
Peu de livres ont autant déchainé les passions que celui que vous tenez entre les mains. Publié pour la première fois en 1968, Désert solitaire est en effet de ces rares livres dont on peut affirmer sans exagérer qu’il "changeait les vies" comme l’écrit Doug Peacock.
À la fin des années 1950, Edward Abbey travaille deux saisons comme ranger dans le parc national des Arches, en plein cœur du désert de l’Utah. Lorsqu’il y retourne, une dizaine d’années plus tar... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (49) Voir plus Ajouter une critique
ClaireG
  26 juin 2016
« Poor lonesome ranger » saisonnier dans le parc de Arches National Monument (sud-est de l'Utah), Edward Abbey relate son expérience au milieu de cette nature désertique et sauvage dans les années 1950. Dans son avant-propos, il explique sa manière de voir la nature et ce qu'elle est devenue : « Ce livre n'est pas un guide de voyage ; c'est une élégie, un tombeau. Ce que vous tenez entre les mains est une stèle ».
Un hommage vibrant au rêve de paysage mythique enfoui en tout homme.
Les Arches, c'est une terre rouge et rocailleuse aux paysages morphologiques changeants et spectaculaires où ont été tournés beaucoup de westerns. Un peu comme Monument Valley en bordure de l'Arizona et de l‘Utah.
L'idée que l'on se fait habituellement du désert est qu'il n'y a pas de vie, que rien ne s'y passe, qu'il n'y a que des étendues et des ciels à perte de vue, d'une beauté à couper le souffle, où l'air provoque des ondes de chaleur aux images déformantes. Austérité et nudité.
Or, dans ce récit, à l'écriture somptueuse traduite dans le plus grand respect de la pensée de l'auteur, la vie grouille partout : cerfs, coyotes, lynx, corbeaux, vautours, scorpions, moustiques et parfois aussi, de rares randonneurs bruyants. le genévrier, le frêne et la sauge des sables, toutes sortes de plantes à feuilles rudimentaires, trouvent à survivre sur cette terre aride aux multiples minéraux et métaux rares. Les Indiens Utes et Navajos ont aussi vécu dans ces canyons insondables il y a très, très longtemps.
Le récit de ce Lucky Luke américain, idéaliste pur et dur, est une ode à la vie sauvage, à la splendeur du paysage, à la perfection du silence. Même terriblement bien écrites, 334 pages de descriptions pourraient finir par lasser, mais il n'en est rien. Abbey parsème son amour de l'écologie dans les histoires de ses rencontres avec des cow-boys, ses bivouacs occasionnels avec des ranchers, sa détermination à ramener un cheval redevenu sauvage (chapitre magnifique). Il est aussi ponctué de ses coups de gueule contre les « progrès » de la civilisation, notamment la construction d'une route qui pourra déverser des voitures, sans interruption, à travers l'espace rocheux et réduire ainsi la liberté et les secrets de la nature.
En 1967, Edward Abbey revient dans ce parc qu'il a sillonné inlassablement, des saisons durant, à cheval, à pied, en rampant, en s'écorchant aux épineux, en sondant des failles de roches abruptes, et sa rage de voir ce que le gouvernement et les investisseurs ont fait de la « sauvagerie du monde » le pousse à témoigner de ce qu'était ce paradis perdu quelques années auparavant.
L'écriture très riche et précise de cet homme cultivé ne se limite pas à ce qu'il voit ou ressent au contact de cette « wilderness », elle interroge, elle se réfère à la poésie et à la musique, elle fait des parallèles entre civilisation et culture, par exemple, qui donnent des paragraphes étonnants : « La civilisation est la force vitale de l'histoire humaine ; la culture est cette masse inerte d'institutions et d'organisations qui s'accumulent et deviennent un fardeau pour le progrès de la vie… La civilisation, c'est la tolérance, la distance et l'humour, ou la passion, la colère, la vengeance ; la culture, c'est l'examen de passage, la chambre à gaz, la thèse d'Etat et la chaise électrique…La civilisation, c'est la rivière sauvage ; la culture, cinq cent quatre-vingt-douze mille tonnes de ciment… ».
Une élégie peut-être mais qui draine alors une envie de découvrir ce qu'est l'Eden pour quelques-uns et de revoir « Les Comancheros » ou une certaine « Mission impossible » pour d'autres.
Edward Abbey est mort en 1989 et a été enterré dans un coin des Arches par son ami, Doug Peacock, qui signe la préface de ce Désert solitaire.
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berni_29
  21 avril 2019
Désert solitaire est un jardin de pierres. C'est une lumière sauvage qui frappe, qui vient cogner sur ces pierres. Edward Abbey a jeté dans ce récit autobiographique un cri viscéral et qui m'a totalement pris aux tripes. C'est donc ici l'occasion pour moi de vous évoquer un de mes derniers grands coups de coeur littéraires.
Désert solitaire, c'est le journal d'un ranger dans les années 50.
Ce jardin, celui dont Edward Abbey nous parle, c'est cet espace immense jusqu'aux montagnes. Nous sommes dans le parc national des Arches, en plein coeur du désert de l'Utah.
Le premier chapitre s'ouvre comme serait le premier matin du monde, quelque chose qui nous révèle justement à ce monde qui commence.
Nous sommes ici dans le pays des canyons. Dès la première page, l'auteur nous indique que « c'est le plus bel endroit au monde ». Puis il poursuit ainsi : « Des endroits comme ça, il en existe beaucoup. Tout homme, toute femme, a dans son coeur et dans son esprit l'image de l'endroit idéal, de l'endroit juste, de l'authentique chez-soi, connu ou inconnu, réel ou imaginé. Une péniche dans le Cachemire, un appartement avec vue sur Atlantic Avenue à Brooklyn, un corps de ferme gothique tout gris au bout d'un chemin de pierres dans les Allegheny Mountains, une cabane sur la berge d'un lac bleu dans la région des pins et des épicéas, une ruelle poisseuse près de la rive de l'Hudson, à Hoboken... »
Cette phrase m'a touché. Je me souviens ainsi d'un premier matin sur le lac Dhal, dans la vallée du Cachemire, où j'avais justement dormi à bord d'un house-boat. La veille au soir j'étais arrivé dans la poussière de la route, harassé après plus de vingt heures de trajet dans un autobus bondé où il me fallait subir en continu des films kitchs qui faisaient réagir de joie ou d'effroi les passagers presque à chaque scène ; quittant New-Delhi, traversant le Penjab, nous étions en pleine période de mousson, des convois militaires par centaines montaient vers le Cachemire, les éboulements de montagne nous ralentissaient, menaçant à chaque fois de nous entraîner vers le fond des ravins... Ce matin-là, au bord des rives de la ville de Srinagar, fut comme un renouveau, le ciel était étonnamment bleu, la chaîne de l'Himalaya s'étalait au loin sous mes yeux ébahis tandis que les fleurs de lotus flottaient sur le lac avec une sérénité que je n'ai jamais retrouvée ailleurs. C'était en août 1989, c'était la dernière année où des touristes pouvaient accéder à ce lieu paradisiaque, qui fut, durant plusieurs années qui suivirent, le théâtre d'affrontements sanglants entre indépendantistes et militaires... Pour moi, il s'agit du plus bel endroit au monde... J'aimerais y revenir.
Et dans le désert de l'Utah qui accueille ces arches merveilleuses, un lever de soleil écarlate mêlé d'or est aussi un moment magique que nous décrit l'auteur depuis la solitude d'une caravane.
Son jardin, c'est cet espace immense jusqu'aux montagnes, c'est le vent qui envoie du sable dans les dents. C'est aussi l'amitié avec un serpent indigo.
Le narrateur nous parle avec grâce et sensualité de la rose des falaises, des figuiers de Barbarie, de la bourrache jaune, de l'astragale pourpre, de son empathie pour un genévrier.
S'allongeant à plat ventre au bord de la dune, il observe le monde des fleurs depuis le ras du sol, comme le verrait un serpent. Quelques oiseaux traversent le ciel jaune et noir. Comme c'est beau, on se croirait là-bas. Ces instants sont très émouvants.
Pour Edward Abbey, une fleur, aussi éphémère qu'elle soit, n'a d'intérêt que si elle est sauvage, libre et spontanée. Déjà dans cette première partie du récit, l'auteur pose un acte fort, sa façon rebelle d'embrasser le paysage, la beauté sauvage du désert.
Le paysage qui habite ce livre est aride, âpre, abrupt, abyssal. On y dégringole comme dans un vertige, on y brûle déjà ses ailes.
Chaque rayon de soleil est un cri, un hurlement posé sur la roche rude et brûlante, qui affleure sur notre peau. Le soleil cogne sur les nuques et les coeurs, coule dans les yeux. Parfois cette roche est plus douce que le sable.
L'auteur nous parle des migrations forcées des bêtes, des putois qui dorment sous les fenêtres ouvertes des chambres, des chevaux qu'on selle à la hâte.
Les canyons sont des labyrinthes où même les bêtes se perdent dans la poussière et la chaleur. Il y a aussi parfois une vache qui s'abime à jamais dans les sables mouvants. Mais en général, les troupeaux qui avancent dans la poussière étouffante finissent par retrouver leur chemin.
Et puis il y a les étoiles qui naissent aussi vite que disparaît le soleil. Les constellations deviennent des chemins où viennent se perdre les yeux. On oublie souvent de parler de la nuit d'un désert, qui enveloppe comme un drap d'autres vies qui passent par là, frôlent le sable peut-être une dernière fois. Les cris d'un coyote ou d'un grand-duc... Les papillons de nuit s'affolent dans le halo d'une lampe-tempête.
C'est un désert désormais vide des Indiens, mais qui y ont laissé des traces, des dessins gravés sur la pierre, un peu de leur âme... Edward Abbey ne les oublie jamais...
Et puis plus tard, s'étant éloigné vers d'autres vies, il revient sur les lieux de ce désert. Les années ont passé. Que sont ses amis devenus ? Éparpillés vers d'autres contrées ou d'autres constellations, certains sont morts à présent ou bien égarés sur un autre rivage...
Le tumulte du monde est venu modifier le paysage désormais abîmé, a posé des routes, jeté des touristes en pagaille.
Alors c'est un cri qui dit la peur ou plutôt l'angoisse du devenir.
C'est un cri de rage.
C'est un livre magnifique, le cri d'amour d'un poète pour un environnement grandiose, condamné à être amputé, défiguré, ce qui le met au désespoir.
L'écriture est sublime.
Ce récit nous parle avec allégresse et mélancolie de notre vie sur terre, sa trajectoire, la vie qui est un songe, une manière de s'élever, désirer un plus grand ailleurs, plus grand que nous, le désert est peut-être ce rêve insaisissable, permettant d'effleurer l'éternité...
Parfois les cris deviennent des chants lorsque les notes s'alignent comme des planètes.
Et puis il y a des histoires de femmes et d'hommes, merveilleuses, burlesques, parfois dérisoires, mais toujours intenses, qui se mélangent dans ce récit minéral.
Ce désert solitaire incarne le temps, un temps très lent et quelque chose qui nous dépasse, de plus grand que nous. Ô comme c'est bon et rafraichissant de venir à la rencontre d'un texte vieux de cinquante ans, et même plus, et qui fait corps avec le sens que nous attendons aujourd'hui de l'existence, un texte actuel si on s'accorde sur la vertu de son message.
Je dédie cette chronique à mon amie Blandine qui m'a tendu avec inspiration la main vers les pages solaires de ce livre.
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BillDOE
  14 septembre 2018
Il y a une cinquantaine d'années, Edward Abbey écrivait « Désert solitaire », récit de son passage dans le parc appelé Arches National Monument, près de la ville de Moab, dans le sud-est de l'Utah, en tant que ranger saisonnier. A l'époque nous étions deux milliards et demi d'individus foulant de nos pieds gauches cette merveilleuse planète qu'est la terre. Avant même de nous livrer toute la beauté de la nature qu'il a côtoyée pendant ces quelques mois, Edward nous délivre le message suivant : « L'été prochain, ne sautez pas dans votre voiture pour filer vers le pays des canyons dans l'espoir de voir par vous-même certaines choses que j'ai évoquées dans ces pages. Tout d'abord, vous ne verrez rien du tout en voiture ; vous devrez sortir de votre foutu engin et marcher ou, mieux encore, ramper à quatre pattes sur le grès, à travers les buissons épineux, entre les cactus. Lorsque vous commencerez à laisser des traces de sang derrière vous, vous verrez quelque chose. Peut-être. Ou peut-être pas. Ensuite, la plupart des choses dont je parle ici ont déjà disparu ou sont en train de disparaitre rapidement. Ce livre n'est pas un guide de voyage ; c'est une élégie.» le conseil pris et compris nous ramène à aujourd'hui, nous sommes sept milliards et demi d'individus potentiellement capables de nous répandre au coeur de ces natures et de les souiller avec ce que nous appelons la civilisation ou plus simplement avec notre ignorance, notre inconséquence, notre naïveté. Pratiquement trois fois plus de chance d'éradiquer la virginité de ces lieux sauvages, de souiller ces campagnes par notre bêtise crasse et notre égocentrisme. le récit d'Edward Abbey est en lui-même ce voyage que nous ne devons pas faire mais que nous vivons à travers ses yeux à lui.
Alors oui, il faut lire « Désert solitaire » pour s'évader vers ces merveilleuses contrées sauvages et notre empreinte carbone n'en sera que plus discrète.
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dedanso
  26 septembre 2018
Gros coup de coeur à l'horizon pour ce poche lu dans le cadre du #picaboriverbookclub !
Je ne saurais dire ce qui m'a le plus touchée, de la plume de l'écrivain-aventurier ou de ses propos.
Désert solitaire, comme le dit l'auteur lui-même dans la préface, n'est pas un roman qui tenterait d'imiter le désert, mais bien plutôt un ensemble de scénettes évocatrices de paysages, d'atmosphères et d'émotions vécues par Edward Abbey alors qu'il était ranger dans le Parc National des Arches en Utah.
Et toutes ces scénettes n'ont qu'un seul but, que l'auteur ne cache nullement : sauver les terres sauvages de l'Homme en général et du tourisme industriel en particulier.
Cet amour de la nature se ressent à chaque page, à chaque mot, et nous transporte aux côtés d'Edward Abbey dans le désert de Moab, le long du fleuve Colorado, sur le Mont Tukuhnikivats, aux côtés des scorpions, serpents à sonnette, chevaux, vaches, vautours et tout autre être vivant dans le désert, flore comprise.
Edward Abbey nous invite à la réflexion, ou plutôt à la rébellion. Et loin de se cantonner à quelques véhémentes remontrances envers les gouvernements et les touristes motorisés, l'écrivain propose des réponses concrètes (voir citations ou mieux, lire ce livre !).
Au-delà du discours, j'ai beaucoup aimé ses phrases si poétiques, son humour souvent cynique, sa maîtrise de la langue ("Vaines vaseuses oiseuses rêveries éveillées").
Finalement, j'ai terminé cette lecture bouleversante dans la quiétude du désert, dans l'amour du temps qui passe et, malgré de réelles craintes quant à l'avenir de notre Planète, dans une relative sérénité :
"La plus belle qualité de cette pierre, de cette flore et de cette faune, de ce paysage désertique est l'indifférence à notre présence, notre absence, notre venue, notre séjour ou notre départ. le désert ne se soucie absolument pas que nous vivions ou que nous mourrions. Que les hommes réduisent en leur folie chaque ville à un tas de gravats noirs, qu'ils noient la planète entière sous un nuage de gaz létal - les canyons et les montagnes, les sources et les rochers demeureront, le soleil percera la brume, de l'eau se formera et la tiédeur couvrira cette terre, et au bout d'un temps suffisant, au bout du temps qu'il faudra, quelque part, des choses vivantes émergeront et se rejoindront et se dresseront de nouveau, pour prendre peut-être un tour différent cette fois, un tour meilleur."
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horline
  12 octobre 2011
La mer a Joseph Conrad et Pierre Loti, la montagne Jean-Jacques Rousseau et Yasushi Inoué et le désert Wesley Powell et surtout l'iconoclaste Edward Abbey. Défenseur acharné de la nature sauvage, Abbey restitue dans cette oeuvre son quotidien de ranger au sein de l'Arch National Monument durant six mois de l'année, un quotidien mêlant réflexions personnelles percutantes, contemplations romantiques de la nature et anecdotes cocasses vécues dans ce désert rouge de l'Utah, immensité aride de grès lisse brûlée par le soleil.
Ainsi ce pourrait être un récit de nature writing parmi tant d'autres. Mais avec un temps qui s'étire tout en langueur et une plume envoûtante et brillante, c'est avant tout une évocation sensuelle et magique du désert, une béatitude douce et exaltée là où "tout est beau, sauvage, baigné d'une douceur virginale". Ce vaste vide, terre sans hommes, où règnent chaleur intense, désolation somptueuse et solitude immense suscite pensées vagabondes mais aussi paradoxalement une réflexion particulièrement nourrie, dense, érudite, lyrique, engagée et drôle.
Ni l'immensité, ni la solitude ne font vaciller l'auteur dans sa volonté de se "confronter de manière aussi immédiate et directe que possible au noyau nu de l'existence, à l'élémentaire et au fondamental, au socle de pierre qui nous soutient" …de découvrir le vrai loin du confort moderne qui aseptise l'esprit. Au contraire, l'ivresse de liberté et d'indépendance a ceci de remarquable de révéler une conscience aiguisée chez l'auteur américain. Loin du prosélytisme aveugle et bêlant, il dénonce tantôt avec humour, tantôt avec rage le consumérisme et le confort industriel qui, prophétise-t-il, condamnent ces espaces sublimés à disparaître. Cette plongée dans l'Ouest mythique est d'ailleurs présentée par l'auteur comme "une élégie, un tombeau ", "Ce que vous tenez entre vos mains est une stèle. Une foutue dalle de roc".
Comme tout ce qui se révèle fragile et vulnérable, le désert rouge apparaît alors précieux et enchanteur, la vie exacerbée par la rareté de la faune et de la flore. Ce récit recèle d'autant plus de force que le pays des canyons dépeint par Abbey en 1968 n'existe peut être déjà plus.
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critiques presse (1)
Actualitte   18 mai 2012
C'est un magnifique ouvrage, plein d'humanité et de culture. C'est certainement un incontournable de la réflexion indispensable que devra avoir l'Homme s'il ne veut pas voir les pires scénarii de la science-fiction l'asservir.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (89) Voir plus Ajouter une citation
psycheinhellpsycheinhell   22 mai 2011
Que puis-je dire à ces gens ? Comment puis-je libérer, désincarcérer ces mollusques à roulettes enfermés dans leurs coquilles de métal hermétique ? La voiture comme boîte de conserve, le ranger du parc comme ouvre-boîte. Hé ho ! ai-je envie de crier, hé ho les gars, bon sang sortez de vos foutues machines, enlevez-moi ces putains de lunettes de soleil et ouvrez grand les yeux, regardez autour de vous ; jetez-moi ces satanés foutus appareils photo ! Bon Dieu les gars, qu'est-ce que c'est que cette vie, si à tant s'inquiéter il n'est de temps pour s'arrêter, pour contempler ? Hein ? Enlevez un peu vos chaussures, descendez la braguette, pissez joyeusement, plantez les orteils dans le sable chaud, éprouvez-moi cette terre crue et rude, cassez-vous un peu les ongles de pied, que du sang coule ! Et pourquoi pas ? Bon sang, Madame, ouvrez-moi cette fenêtre ! Vous ne voyez rien du désert si vous ne le sentez pas. C'est poussiéreux ? Bien sûr que c'est poussiéreux – c'est l'Utah ! Mais c'est de la bonne poussière, de la bonne poussière rouge de l'Utah, riche en ferraille, riche en raillerie. Coupez-moi ce moteur. Sortez de cette caisse de tôle et étirez un peu ces jambes variqueuses, enlevez votre soutien-gorge et prenez un peu de soleil sur vos vieux trayons ridés ! Et vous, Monsieur, qui regardez la carte pendant que votre radiateur bout et qu'un tampon de vapeur bouche votre circuit d'essence, exfiltrez-vous de cette boîte de merde chromée siglée GM et allez marcher un peu – oui, laissez donc la vieille bourgeoise et les gnards hurlants, tournez-leur le dos et allez marcher droit dans les canyons, perdez-vous un moment, revenez quand foutu bon vous semble, ça vous fera sacrément bien à vous et à elle et à eux. Et aussi : lâchez un peu la grappe à vos enfants, laissez-les sortir, qu'ils aillent escalader les rochers et chasser les serpents à sonnette et les scorpions et les fourmis rouges – oui, Monsieur, laissez-les sortir, libérez-les ; comment osez-vous emprisonner des petits enfants dans votre foutue carriole toutes options sauf les chevaux ? Oui, Monsieur, oui, Madame, je vous en conjure, sortez de vos fauteuils roulants motorisés, levez vos culs vulcanisés, tenez-vous debout comme des hommes ! comme des femmes ! comme des humains ! et marchez – *marchez* – MARCHEZ sur notre terre douce et sacrée.
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cardabellecardabelle   30 mai 2018
[...] j'écoute la quiétude profonde et pétrifiée du canyon .

Nul vent ,
nul souffle ,
nul oiseau ,
nulle eau vive ,
nul bruit d'aucune sorte hors ma propre respiration .

Seul dans le silence ,

je comprends un instant la terreur que le désert primal suscite chez de nombreuses personnes , la peur inconsciente qui les force à dompter ,
altérer ou détruire ce qu'elles ne peuvent comprendre , à réduire le sauvage et le préhumain pour lui donner taille humaine .

Tout plutôt que d'affronter de face l'ante-humain , l'autre monde qui ne terrifie pas par son danger ou son hostilité mais par quelque chose de bien pire : son implacable indifférence .

p. 247
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Walden-88Walden-88   18 octobre 2012
Nous avons besoin de la nature, que nous y mettions le pied ou non. Il nous faut un refuge même si nous n'aurons peut-être jamais besoin d'y aller. Je n'irai peut-être jamais en Alaska, par exemple, mais je suis heureux que l'Alaska soit là. Nous avons besoin de pouvoir nous échapper aussi sûrement que nous avons besoin d'espoir; sans cette possibilité, la vie urbaine pousserait tous les hommes au crime ou à la drogue ou à la psychanalyse.
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psycheinhellpsycheinhell   20 avril 2011
"Je ne suis pas ici seulement pour échapper un temps au tumulte, à la crasse et au chaos de la machine culturelle, mais aussi pour me confronter de manière aussi immédiate et directe que possible au noyau nu de l'existence, à l'élémentaire et au fondamental, au socle de pierre qui nous soutient. Je veux être capable de regarder et d'examiner un genévrier, un morceau de quartz, un vautour, une araignée, et de voir ces choses comme elles sont en elles-mêmes, vierges de toute qualité attribuée par l'homme, catégories scientifiques comprises. Voir Dieu ou la Méduse face à face, même si cela implique de risquer tout ce que j'ai d'humain en moi. Je rêve d'un mysticisme âpre et brutal dans lequel le moi dénudé se fonde dans un monde non humain et y survit pourtant, toujours intact, individué, discret. Paradoxe et socle de pierre."
+ Lire la suite
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AsteriosAsterios   16 août 2018
Bon dieu me dis-je, quelles merdes incroyables nous supportons la plupart du temps - la routine domestique (même vieille femme tous les soirs), les boulots stupides et stériles et dégradants, l'insupportable arrogance des édiles, la rouée tricherie et visqueuse publicité des hommes d'affaires, les guerres harassantes où nous tuons nos potes plutôt que nos vrais ennemis chez nous dans la capitale, les villes fétides, méphitiques et hideuses dans lesquelles nous vivons, l'incessante petit tyrannie des laves-linges et des voitures et des téléviseurs et des téléphones - Doux Jésus! me dis-je tout en faisant un geste d'adieu à cet idiot beuglant sur la rive, sous quel intolérable monceau d'ordure et de saloperies inutiles nous nous enfouissons jour après jour, tout en endurant patiemment la lente strangulation du col blanc et du riche mais sobre garrot élégamment noué!
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